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Full text of "Works, with a memoir of his live"

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* 



QUELQUES CONSIDERATIONS 

V 



SUE LES RAPPORTS DE 



LA SOCIETE CIVILE 



AVEC 



LA RELIGION ET LA FAMILLE 



Par l Abb 



ANCIEN MISSIONNAIEE DE LA RIVIERE ROUGE, VICA1RE- 
GENERAL DU DIOCESE DBS TROIS-RIVIERES 



(Reproduit du Journal des Troi$-Rivi6res.) 



MONTREAL 

EUS^BE SENEGAL, IMPRIMEUR-EDITEUR 

Nos. 6, 8 et 10, "Rue St. Vincent 

1866 



suivant 1 Acte de la Legislature, en 1 annee mil huit 
cent soixante et six, par le Proprietaire de cet ouvrage, an 
Bureau du Registrateur de la Province du Canada. 




3 



APPROBATION 

DE SA GRANDEUR MONSEIGNEUR COOKE, EVEQUE D1CS 
TROIS-RIVIERES. 

Nous nous empressons de recommander a Xos Diocesains la 
lecture du present recueil, ecrit par 1 Abbe L. LAPLicHE, 1 un de 
Nos Vicaires-Generaux. Les idees fausses, les faux principes, les 
erreurs en tout genre qui inondent le monde rendent precieux tout 
ce qui pent contribuer t\ dissiper ces nuages et a repandre la 
lumiere. 

f THOMAS, v. DES TROIS-RIVIBRES. 
Les Trois-Rivieres, 13 avril 1866. 



AVERTISSEMENT DE L EDITEUR. 



Les pages que nous offrons aujourd hui au public ne 
sont que la re impression des articles remarquables qui 
ont paru dans les colonnes du Journal des Trois- Rivieres 
sous ce titre : Quelques considerations sur les rapports de 
la Societe Civile avec la Religion et la Famille, et qui 
ont en bonne partie valu a. cette feuille le bel accueil 
qu elle a regu du public. 

Le modeste auteur de ces articles n eut jamais 1 inten- 
tion d en faire un livre. Nous les appr^cions assez toute- 
fois pour ne pas he siter a les presenter au public sous la 
forme elementaire d un simple recueil. Quelques heures 
de travail qu une activitd infatigable a su de rober chaque 
semaine a des occupations ddja trop multipliers, nous ont 
donne ces utiles pages. Elles perdraient a une refonte 
par une main etrang&re ; difficilement on remplacerait 
avec avantage le caractere d originalite* distingue e qu elles 
revetent dans les articles, et Ton preferera aux formes 
e tudiees, nous en sommes convaincus, ce langage simple 
et severe qui peint la pense e telle qu elle apparait au pre 
mier jet, forte, vive et lumineuse. Nous croyons done 
devoir reproduire ces articles sans changement ni dans le 
fond ni dans la forme, sauf a faire disparaitre les erreurs 
typograpliiques et quelques Idgeres incorrections e chap- 
p^es comme in^vitablement a la rapidit^ du travail. Nous 
nous permettrons aussi de retrancher dans certains arti 
cles le re sumd de Particle precedent. Dans une publica 



6 

tion souvent interrompue, ces resume s ont leur raison 
d etre ; il n en est pas ainsi dans un recueil complet comme 
celui-ci. Par une raison contraire, nous laisserons subsis- 
ter certaines digressions, certaines instances ou repetitions 
qui seraient hors de mise dans un livre, mais que les cir- 
constances de 1 ecrivain ou des lecteurs permettent abso- 
lument dans un article de journal et dans un recueil. 
Nous avons aussi divisd, pour plus de clarte, les articles en 
paragraphes. 



QUELQUES CONSIDERATIONS 

SUE LES RAPPORTS DE 

LA SOCIETE CIVILE 

AVEC 

LA RELIGION ET LA FAMILLE 



ARTICLE I. 

POURQUOI JUSQU A PRESENT LES PASTEURS ONT PARLE 

DBS DEVOIRS POLITIQUES DU CHRETIEN, ET POURQUOI IL DOIT 
DESORMAIS EN ETRE AUTREMENT. 

" Qu il nous soit permis ici de signaler ayec le plus 
" profond respect et de regretter une omission dans 
" I enseignement de notre clerge", du reste si intelli- 
" gent et si admirable. II ne nous enseigne pas la 
pratique de ces devoirs nouveaux (devoirs politiques) 
et le moyen de les concilier avec les lois ge ne ralos 
de la religion. 

" Le plus souvent il garde a ce sujet un silence 
complet. Quand il parle, on le croirait involontai- 
rement enchain^ a des habitudes respectables sans 
doute dans leur temps, mais qui se trouvent en 
contradiction complete avec la nature et 1 origine 
des pouvoirs nouveaux." 

MOXTALEMBERT : Des devoirs des Catlioliques dans 
les elections, page 40. 

La lacune que le comte de Montalembert signalait il y 
a dix-huit ans dans I enseignement religieux du clerg^ 
frangais, est egalement a regretter ici en Canada. La 
forme de notre gouvernement ^tant au fond la meme que 
celle du gouvernement qui re gissait alors la France, c est- 
a-dire la forme co.nstitutionnelle et Elective, les devoirs qui 
en de*coulent et qui viennent s imposer aux catholiques, 



8 

en leur qualitd d dlecteurs, sont aussi les memes, et ce- 
pendant, ici conime en France, il est bien rare que les 
Pasteurs, du haut do la chaire, entrant dans 1 exposition 
des principes qui doiventguider les consciences dans 1 ac- 
complissement de ces devoirs si grands en eux-memes et 
dans leurs consequences. On pent dire que la cause de 
cette omission est la meme dans les deux pays. Voici 
comment le comte de Montalembert 1 expose : 

" Depuis I nvenement de la mo n archie absolue en 
" Europe, le devoir politique des chretiens, tel que le 
" clerg6 1 enseignait et Te pratiquait lui-meme, etait bien 
<( simple. II consistait & obeir sans reserve et sans res- 
" triction (sauf en ce qui e tait expressement contraire a 
" la loi de Dieu), a obdir a la royaute." 

Or, c est cet enseignement traditionnei et si court que 
le clerge canudien. lui aussi, a suivi jusqu a ce temps 
dans 1 exposition des devoirs politiques des fideles : et cet 
enseignement a pleinement suffi jusqu a ces demises an- 
ndes, c est-a-dire, tant que le gouvernement constitution- 
nel n a die pour nous qu une utopie, et que la majority des 
deputes de la nation n avait pas le pouvoir de controlcr 
efficacement les actes du gouvernement. Le peuple se 
trouvant en face d un pouvoir qui ne lui e tait point res- 
ponsable, n assumait aucune part dans la responsabilitd 
de ses actes ; et les devoirs qu il avait a remplir envers 
un tel gouvernement e taient les memes que ceux qu il 
avait rernplis au temps de la royaute. 

Mais, depuis que le gouvernement constitutionnel est 
passe pour nous dans le domaine des faits, c est-a-dire, 
depuis que sa responsabilite envers le peuple est devenue 
une realite, il est facile de comprendre, il est Evident 
ineme que les rapports du peuple avec un gouvernement 
ainsi constitue ont subi des alterations profondes , et 
qu ils ne consistent plus simplement dans une obe issance 
sans reserve et sans restriction, comme auparavant. Puis- 
que le peuple a le con tr die rid et absolu de la legislation 
et des actes du gouvernement par la mojorite de ses de 
putes, il s en suit necessairement qu il en a la responsa 
bilite non-seulernent devant les hommes, mais aussi devant 



9 



Dieu, qui, dans les dispositions de sa Providence souve* 
raine, lui a d^parti cette forme de gouvernement. 



*** 



GRAVIT^ DBS DEVOIRS POLITIQUES. LE CLERGE EST A SON POSTK 

POUR INSTRUIRB LE PEUPLE ET ECLAIRER LES CONSCIENCES. 

Surveiller et controler Faction legislative dans la cr- 
ation de toutes les lois ne cessaires au bon gouvernement 
d un peuple ; surveiller et controler tous les actes d une 
administration gouvernementale, voila. certes des privi- 
le ges bien grands , et des droits bien sdrieux ; mais 
aussi pour ceux qui jouissent de ces privileges et qui 
exercent ces droits, c est une responsabilite bien lourde, je 
dirai meme effrayante pour qui en cOmprend bien tout le 
poids et toute 1 etendue. Les devoirs qu elle impose sont 
nombreux, souvent difnciles a. remplir et touchent aux 
plus graves interets. 

C est de ces devoirs que parle le comte de Montalem- 
bert, quand il dit du savant et pieux clergd frangais : " II 
" ne nous enseigne pas la pratique de ces devoirs nou- 
li veattx, et le moyen de les concilier avec les lois gene- 
" rales de la religion." 

Quoi qu il en soit, les dloquents et les savants dcrits 
des plus illustres eveques de France, a propos de la li- 
berte* de 1 enseignement et de plusieurs autres questions 
de la plus haute importance, ont en partie comble la 
lacune que signalait avec regret I eloquent dcrivnin, et ont 
jete une grande lumiere sur les principes qui doivent 
guider 1 homme honnete et consciencieux dans 1 accom- 
plissement de ses devoirs d electeur. 

Les discours et les Merits du R. P. Ventura, ou il 
traite cette matiere comme ecrivain catholique, ne sont 
pas moins propres a e clairer les hommes de bonne volont^, 
qui desirent sincerement connaitre Tenseignement reli- 
gieux sur ce sujet. 

Si jusqu il present le clerge" canadien en geridral n a 



10 

louche* que bien legerement ces questions, c est qu en 
Canada, comme il en fut en France, le besoin ne s en dtait 
pas encore assez viveraent fait sentir jusqu a ces der- 
nieres anndes. 

Toutefois 1 inccrtitude d un grand noinbre de fideles 
sur 1 obligation et I dtendue de ces devoirs, les erreurs 
graves meme dans lesquelles se sont laiss^ induire un 
certain nombre de bons catholiques par des homines qui 
n avaient pas mission de les enseigner, les desordres nom- 
breux et scandaleux qui ont deshonore" les elections dans 
plusieurs colleges dlectoraux, ont attird 1 attention de 
nos seigneurs e"veques rdunis en concile a Qudbec en 
1863. 

Dans la lettre pastorale que les Peres de ce concile ont 
adresse e au clergd et aux fideles de la province eccldsias- 
tique jde Quebec, ils ont cru devoir attirer d une nianiere 
toute Spdciale 1 attention des pasteurs et des ouailles con 
fides a leurs soins sur ces ddsordres graves, et leur signa 
ler les dangers qui en rdsultent pour la foi et pour la 
conduite reguliere et morale d un grand nombre. 

En obdissance a cette recommandation des Peres du 
concile, les pasteurs ont generalement accompagnd la lec 
ture de leur lettre pastorale d explications et de coinmen- 
taires bien propres a les dclairer sur cet ordre de devoirs. 
Quelques-uns meme ont donn<5 a ces explications un de- 
veloppement considerable et qu il cst u regretter de n a- 
voir pas par dcrit. 

Mais voici que le Chef-Supreme de 1 Eglise catholique, 
notre Saint-Pere le Pape, vient d elever la voix pour si 
gnaler a 1 univers entier le danger de ces doctrines per- 
verses qui ont deja amene tant de revolutions, de boule- 
versements, et causd tant deruines dans la vieille Europe. 
S adressant a tous les eveques du monde, il leur declare 
que la cause de VEglise catholique et le bien de la so- 
ciiti humaine elle-meme exigent absolument de sa sollici- 
tude pastorale qu il les excite a combattre les opinions 
coupablcs qui decoulent de ces erreurs comme d une 
source. 



11 

" Ces opinions fausses et perverses, dit-il, sont d autant 
plus ddtestables qu elles tendent a neutralise! 1 , a ^carter 
cette puissance salutaire que 1 Eglise Catholique, en vertu 
de 1 institution et du mandat qu elle tient de son divin 
fondateur, doit exercer librement jusqu a la consomma- 
tion des siecles, aussi bien sur chaque homme en particu- 
lier que sur les nations, les peuples et les souverains, et 
a detruire entre le Sacerdoce et V Empire cette union, 
cette harmonie de vues re ciproques qui fut toujours si 
feconde en effets salutaires pour la societe reUgieuse et 
pour la societe civile" 

Les e veques, en consequence, ont adresse aux pasteurs 
et a leurs ouailles respectives des mandements pour la 
promulgation de cette admirable encydique du 8 decem- 
bre 1864, leur enjoignant de se conformer avec leur fide- 
lit d et leur zele ordinaires aux vues du - Souverain-Pon- 
tife, de se prernunir centre le poison funeste de tant d er- 
reurs. 



*** 

OBLIGATION POUR LES CATHOLIQUES D ECOUTER LEURS fASTEURS. 

Quand done nous voyons le Pape et les e veques, et 
tous ceux qui ont charge d ames, se lever comme un seul 
horn me, et nous crier : " Gare a vous ! on en veut a votre 
foi," il semble que tout homme qui croit encore & la 
mission divine de 1 Eglise et & 1 autorite de ses pasteurs 
ne peut b^siter longtemps sur le parti a prendre. 

A nous done de preter une oreille attentive aux aver- 
tissements qui nous sont donnes, de suivre avec docilitd 
les enseignements divins que 1 Eglise est chargde de nous 
adresser sur nos devoirs, quelle qu en soit la nature et 
1 espece ; d e tudier avec soin ces enseignements, de bien 
nous pe netrer de la doctrine qu ils renferment, afin de 
savoir reconnaitre au besoin les faux docteurs et les faux 
freres, et de nous eloigner des paturages empoisonnes oii 
ils voudraient nous entrainer avec eux. 



12 



ARTICLE II. 

GRATES AVERTISSEMENTS DE NOS EVEQUES : 1L Y A PARMI NOUS 
DKS ENNEMIS CACHES QUI EN VEULENT A NOTRE FOT. 

Les Peres du troisieme concile provincial de Quebec 
nous signalent dans leur lettre pastorale des dangers de 
deux sortes, Ics uns relatifs a la foi, et les autres mena- 
ant surtout les bonnes inoeurs des catholiques de cette 
province. 

Le premier de ces avertissements a pour but d attirer 
notre attention sur ce qui peut porter atteinte a notre foi, 
et de nous indiquer les moyens a prendre pour dviter un 
danger qui peut avoir pour nous les plus funestes conse - 
quences. 

Voici comment ils s expriment : " Nous devons vous 
faire connaitre avant tout, nos tres-chers freres, quels 
sont, dans ces temps mauvais, les hommcs qui en veulent 
a notre foi." 

Les Peres du concile constateut, par ces paroles, un 
fait bien triste, mais un fait qu il est de la plus haute 
importance de bien connaitre : c est qu il y a actuellement 
parmi nous des hommes qui en veulent a notre foi ; et, 
de plus, que ces ennemis de notre foi sont deguises et 
caches ; car, ajoutent nos vene re s cheques : " c est un de 
nos premiers devoirs de vous les faire connaitre" 

II ne peut s agir ici en premiere ligne de ces colporteurs 
de bibles protestantes et de petits pamphlets connus vul- 
gairement sous le nom de tracts religieux, que Ton ^ot 
de temps a autres parcourir nos campagnes et essayer, 
avec une hypocrisie plus ou moins deguisee, d endoctriner 
nos paisibles cultivateurs. Non, ces emissaires des diverses 
societes bibliques ne sont pas des ennemis caches de notre 
foi ; ils se posent carrement sur le terrain religieux et 
disent franchement et ouvertement a 1 Eglise catholique : 
tl Vous n etes point notre mere, nous ne vous reconnais- 
sons pas le droit de nous enseigner et de nous commander 
comme a vos enfants. Aussi votre doctrine n est point la 



13 

notre, et nous refusons de nous soumettre a vos lois, nous 
mdprisons votre autoriteV 

Or, ces ennemis de notre foi qui se laissent voir comme 
tels de prime abord, ne sont point les plus dangereux. 
Tout catholique qui n a pas oublie les premieres reponses 
de son petit catdchisme, sait bien a quoi s en tenir sur le 
compte de ces pretendus apotres. II sait bien comment 
Notre-Seigneur J.-C. nous a dit de regarder ceux qui 
n dcoutent pas 1 Eglise. Evidemment ce ne sont point 
U les plus dangereux ennemis de notre foi. 



*** 



QUELS SONT DONG CES HOMMES DANGEREUX? QUELS MOYENS AVONS- 
NOUS DE LES CONNAllRE ? 

Ecoutons ce que nous en disent nos eveques et le Chef 
ve ne re de 1 Eglise ; voici comment ils les signalent : " Pour 
vous les faire connaitre,nous n avons qu a vous faire entendre 
la voix de notre immortel Pontife Pie IX, qui nous dit a 
tous que ces terribles ennemis sont ceux qui ne craignent 
pas de publier, pour tromper les peuples, que le Pontife 
romain et tous les ministres sacre s de 1 Eglise doivent 
etre exclus de tout droit et de tout domaine sur les biens 
temporels. Ces hommes affirment avec autant d" aplomb 
et d assurance que s ils avaient regu le privilege de I in- 
faillibilite" que 1 Eglise doit 3tre sdparde de 1 Etat ; que 
1 ordre purement social et politique est pleinement inde - 
pendant de 1 ordre religieux; que dans le domaine poli 
tique, le catholique est entierement Ubre de ses ddtermi- 
nations et de ses actes. " Ce que nous voulons, en un 
mot, disent-ils avec emphase, c est la separation de bonne 
foi de 1 ordre spiritual d avec le temporel, etc., etc." Voila 
les doctrines que le grand Pape Pie IX vient encore une 
fois de fletrir et de condamner solennellement. Voila les 
hommes qu il nous signale comme les ennemis les plus 
dangereux de notre foi. 

" Ce qu il y a de plus deplorable, continuent les Peres 
du concile, c est que ces funestes erreurs gagnent et 



14 

pdnetrent mme les esprits religieux qui ne eont pas fiur 
leurs gardes, parce que ceux qui les proclament ont grand 
soin de caclier leurs noirs desseins sous les deliors de la 
religion, qu ils font semblant de respecter pour nrieux 
tromper ies simples." Aussi, nous le voyons ; pour inieux 
cacher leur dessein et laisser croire quits sont nos amis, 
nosfreres, ces hoinmes se placent sur un terrain qu ils 
proclament inviolable et qu ils appellent le terrain poli 
tique, et 15,, regardant 1 Eglise en face, ils lui disent hypo- 
critement : lt Vous etes bien notre mere, mais vous n avez 
pas le droit de mettre ici le pied : toutes les questions qui 
s agitent et se discutent sur ce terrain ne vous regardent 
pas," etc. Et, pourtant, il s agit souvent de choses qui 
touchent a. la liberte, a 1 existence meme de 1 Eglise et de 
ses ministres. 

Arguant de ces principes faux et anti-chretiens, qui 
vont a e tablir que, dans 1 ordre politique, la conscience n a 
rien a, faire, qu il nV a ni vrai nifaux, ni juste mj,njuste, 
ni bien ni mal ; en un mot, que dans 1 ordre temporel et 
social, 1 homme ne peut point pe cher, que sa cgnscicnce 
n y est inte ressee en rien, et qu en consequence 1 Eglise 
et le pretre, son^ministre, n ont rien Q y voir ; arguant, 
dis-je, de ces principes immoraux et solennellement con- 
damnds par 1 Eglise catholique, ils proclament avec em- 
phase, dans leurs harangues populaires et leurs ecrits, que 
ie pretre qui parle politique en chaire fait un acte re pre - 
hensible et qu il merite d etre blame* ; que c est un ordre 
de choses qui ne le regardent point, etc. 



*** 



AUTRES FBINTES HYPOCRITES DBS DEMAGOGUES. 

On le voit, la lutte entre le bien et le mal, entre 1 Eglise 
de Dieu d un cote* et 1 esprit d erreur et d intole rance de 
1 autre, est engaged aujourd hui sur un nouveau terrain. 
Ce qu il y a de plus admirable dans la tactique de ces 
nouveaux ennemis de 1 Eglise, c est qu ils se vantent 
d etre ses fils de voue s et respectueux ; se rdservant, bien 



15 

entendu, en leur quality de fils majeurs, d eniandpes de 
son autorittS divine, le droit de la tenir en curatelle, comme 
une bonne mere qui a veiUi, et dont eux r les fils pieux et 
sages, doivent prendre soin et conduite. " Ne sortez point 
" de la maison, lui disent-ils ; les soins de 1 inte rieur vous 
11 suffisent pleinement. A nous maintenant, hommes faits, 
" hommes du progres et du liberalisme. & nous seuls 1 ad- 
" ministration des affaires du dehors qui semblaient vous 
" concerner, etc." 

Oui, c est bien avec la meme liypocrisie, le meme mepris 
qu ils regardent et qu ils jugentl Eglise, qu ilsen agissent 
avec elle. Restez, lui disent-ils, dans votre domaine. Ce 
domaine, ajoutent-ils, est exclusivement dans le monde 
invisible et dans 1 ordre des choses purement spirituelles. 
Us poussent meme la complaisance jusqu & venir lui 
expliquer la Sainte-Ecriture, et lui apprendre que son 
royaume n est pas de ce monde: tl A nous, re petent-ils 
avec un air de conviction, la conduite exclusive des choses 
d ici-bas et le controle absolu de 1 ordre politique et 
temporal." 

Us se croient si certains de leur fait, qu ils sont meme 
tout e tonnds de voir que le Pape, les dveques et tout ce 
qu il y a d hommes franchement catholiques dans le 
monde ne pensent pas comme eux sur les devoirs sociaux 
et politiques des chre tiens. Us ne peuvent concevoir que 
des hommes e claire s et qui ont fait une etude un peu 
se rieuse de la religion, ne croient pas a leur infaillibilite 
doctrinale, et s avisent m^me de les contredire. 

C est vraiment dommage, en effet, que ceux qui ont regu 
de Notre Seigneur Jesus-Christ lui-meme la mission 
divine et V or dr e precis dinstruire non-seulement les indi- 
vidus, mais encore d enseigner les nations et les peuples, 
ne consentent pas a se faire les disciples et a frequenter 
les dcoles de 1 aveugle ddmagogie. 

Bien loin de la, le Pape, les e veques et, sous leur con 
duite, tous les pasteurs savent et enseignent que, divinement 
charges du gouvernement du royaume de Dieu en ce monde, 
ils respondent ame pour ame de tous ceux qui leur sont 
confies. Voila. pourquoi, lorsqu ils voient apparaitre Ten- 



16 

nemi, sous quelque forme qu il puisse se presenter, ils 
doivent jeter le cri d alarme. Que 1 ennemi se prdsente aux 
fideles affubl des livre es du pasteur, coinme les dmissaires 
des socidtds bibliques, s attribuant une mission qu il n a 
jamais regae, et se chargeant de guider ses dupes dans les 
sentiers de la veritd, tandis qu il n a a leur donner que le 
pain du mensonge et de 1 he re sie ; ou qu il apparaisse sous 
le vetement plus modeste du fidele, qu il pousse meme 
1 hypocrisie jusqu u. feindre la docilite* et la douceur de 
1 agneau pour mieux tromper, il n en est pas moins un 
loup ravissant, et le pasteur n en est que plus rigoureuse- 
inent oblige de crier : Attendite a falsis prophetis ; Defiez- 
vous des faux prophdtes. Periculis in falsis fratribus : 
Le plus grand danger vous vient des faux freres. 

II n est done pas etonnant que, dans un temps ou les 
faux prophetes et surtout les faux freres font tant d efforts 
pour sdduire les fideles, le Pasteur Supreme e*leve la voix 
et s adresse a tous ses freres dans I e piscopat pour exciter 
leur zele et leur vigilance. Et apres cela, qui pourra 
douter que ce ne soit un devoir bien grand pour les 
eveques et les pretres ainsi avertis par le Chef de 1 Eglise, 
de signaler aux fideles ces ennemis deguists, en ddnongant 
leurs doctrines perverses, et pour nous, fiddles, d dcouter 
avec attention ces graves avertissements, et de suivre 
avec docilit^ leur enseignement, non-seulement dans 1 or- 
dre individuel et prive, mais aussi dans 1 ordre politique 
et social, puisque 1 homme, comme 1 enseigne 1 apotre St.- 
Paul, nesera pas moins condamni pour avoir el6 mauvais 
citoyen que pour avoir manque* aux devoirs importants 
qu il avait a remplir, soit comme membre de la famille, 
soit comme simple particulier. 



17 



ARTICLE III. 

NATIONALITY, POLITIQUE, ETC. IL FAUT D ? ABORD s ENTENDRE SUE LES 
MOTS 

Combien d hommes parlent de politique, de liberty, etc., 
et, il est triste d avoir a le dire, combieu peu comprennent 
parfaitement le sens de ces mots ! Vous entendez quel- 
quefois de ces orateurs populaires les plus ardents, qui 
vous debitent, avec toute la chaleur d une conviction sin 
cere, des choses magnifiques sur lepatriotisme. sur la natio 
nality, ou bien qui de blaterent de toute la force de leurs 
poumons contre Vautorite, centre \&societ, qui e"levent en. 
m6rne temps jusqu aux nues la souverainete populaire et 
la liberte, etc., etc. Deinandez-leur de s expliquer claire- 
ment et de preciser absolument le sens de ces mots pa- 
triotisme, nationality,, autorite, souverainete, etc., et vous 
les verrez souvent besiter et rester dans Fembarras. 

Laissez-rnoi vous citer comme efemple le fait d un 
savant monsieur qui, a. 1 epoque de la derniere election 
generate, en presence des nombreux electeurs dont il bri- 
guait les suffrages, fut re duit au silence par cette simple 
question de son competiteur : " Monsieur, lui dit celui-ci, 
puisque vous venez ici vous presenter a ce college electo 
ral comme qualifi^ sous tous les rapports pour aller dans 
le conseil de la nation, defendre ses droits politiques et sou- 
tenir ses interets, je ne vous demanderai pas quelle est 
votre politique ; mais dites-moi, s il vous plait, ce que c esfc 
que la politique, ce qu il faut entendre par ce mot." Ce 
brave homme, pris a 1 improviste par cette question a 
laquelle il ne s attendait guere, fut contraint d avouer, par 
son embarras et par son silence, que 1 idee e voquee par ce 
mot ^tait quelque chose de passablement confus dans son 
esprit, et a sa confusion il ne put montrer qu il en eut 
veritablement I lntelligence; la definition qui lui 6ta.it 
demandde ne vint pas. 

Nous aimons naturellement la vdritd, et si Ton voit 
quelquefois un honnete homme la repousser, c est que des 
bommes pervers sont venus la lui presenter affublee des 
livrdes dc la calomnie et du mensonge, en lui amrmant 

2 



18 

avcc audace que c etnit 1 erreur. Au contraire, ces inemcs 
times honnetes cmbrasseront avec empressement, et ddfen- 
dront memo avec 1 ardeur de la passion le mensonge et 
1 erreur qu on leur aura prdsente s sous le nom et avec 
1 apparence de la verite. C est ce qui nous explique com 
ment un grand nombre de catholiques sinceres ct de 
citoyens respectables deviennent aujourd hui dupes des 
charlatans politigues, et victirnes des principes les plus 
subversifs de la religion et de la socie te. 

Je n hdsite pas a dire qu en ddfinissant bicn ce que Ton 
appelle le terrain politique, en prdcisant avec soin la v^ri- 
table signification des mots qu on emploie pour exprimer 
les ide es et les ehoses qui s y rattachent, presque toutes 
les difficultds des problemes que ces articles ont pour but 
de rdsoudre s e vanouiront promptement, ct la solution 
s en prdsentera aux esprits droits et aux coeurs honnetes 
comme d elle-meine, avec I e vidence du soleil en plein 
midi. 

Pour proceder avec ordre, et suivre un encliainement 
logique, commenons par la definition et 1 explication du 
mot nationality. C est bien 1 un des plus sonores et dont 
on ait fait le plus dtrango abus, en proclamant le fameux 
principe des nationalites. Sous ce principe vrai et juste 
lorsqu on donne aux mots leur veritable sens, on s est 
efforce d abriter et de justifier le principe re volutionnaire 
du renversement de 1 autorite legitime, en le presentant 
aux yeux des populations seduites, couronn^ de 1 aureole 
du plus pur patriotisme. Par suite d une deplorable con 
fusion dans les idees, sous le specieux pretexte de recons- 
tituer et sauvegarder des nationalites qui n ont jamais 
existe et qui sont purement imaginaires, on voit de nos 
jours 1 oppression, le renversement, I ane antissenient de 
nationalites vdritables. 

*** 

QU EST-CE DOXC QUE LA NATIONALITE ? QUELLE EST LA CHOSE SIER- 
VEILLEUSE QUI SOUS CE NOM A LE POUVOIR DE REMUER AYEC 
TANT DE FORCE LE CCEUR DE L lIOMME ? 

On pourrait dire que la nationalitd est 1 cnsemble des 
qualitds on conditions qui constituent la nation. Mais que 



19 

faut il entendre par nation, et quelles sont les qualite s et 
conditions qui la constituent ? Le mot nation, dans son 
sens e timologique et ordinaire, signifie posterity descen 
dance d une famille. C est ia propagation et 1 extension de 
celle-ci par le sang d abord, par 1 adoption ensuite. Ainsi le 
sens rigoureux et veritable du mot nation est 1 ensemble 
des descendants d une meme famille. Dans 1 histoire des 
temps les plus recules, dans le plus auguste des livres, dans 
la Ste.-Ecriture, les expressions/m/7/e et nation sont quel- 
quefois prises 1 une pour I autre comme signifiant en 
quelque sorte la meme chose. Et en remontant a 1 origine 
des nations, 1 histoire sacrt e et la profane nous montrent 
egalement que la plupart d entr elles tiraient leur nom du 
chef de la famille dont elles descendaient. La nation, c est 
la famille en grand, dans son parfait developpement ; la 
famille, c est la nation en petit, comme en germe. 

Maintenant, si Ton veut connaitre les qualites qui cons 
tituent la nation, c-tudions-la dans le developpement dc 
son germe, dans 1 enfant. veritable epanouisscment de la 
famille : voyons ce que 1 enfant rec,oit dans la famille, ce 
qu il en emporte au jour ou il en sort pour aller a son 
tour se mettre a. la tete d une nouvelle famille et concou- 
rir au developpement regulier de la nation. 

Yoyez le petit enfant assia sur les genoux de sa bonne 
et tendre mere : il n ? a pas seulement a en attendre la 
nourriture mate rielle et les soins ne cessaires a la con 
servation et au developpement de sa vie physique et cor- 
porelle ; elle doit surtout lui donner le pain de rintelli- 1 
gence et du cceur, en s appliquant a cultiver ses facultes 
intellectuelles et morales. Par quelles voies mysterieuses 
pourra-t-elle , arriver a cette jeune ame encore ensevelie 
dans les sens, et qui ignore meme qu elle existe ? C est en 
ranirnant; ou excitant par la parole, ce souffle divin que 
Dieu communiqua a nos premiers parents. Oui, s ecrie un 
ce lebre orateur, oui, cette ame, en entendant la parole, 
verra bientot la verlte dont elle est le vehicule ; et sortant 
peu a. peu du profond sommeil ou elle ^tait plongee, elle 
commencera a vivre de la vie de 1 intelligence. 

Cette belle et noble faculty qui distingue Thornine de 



20 

tous les autres etres ici-bas, et I e leve a un si haut dcgre* 
au dessus d eux, sera developpde dans la famille, et dans 
la famille le don precieux de la parole lui sera communi 
que par le ministere de la mere, auteur aime* de la langue 
materuelle. L enfant parlera la langue de sa mere, et la 
transmettra a son tour a ses descendants. L uniti du Ian- 
gage est done une qualite distinctive, une condition neces- 
saire, un des elements qui constituent la nation. 

Aussi voyons-nous dans 1 Ecriture Sainte que quand 
Dieu jugea utile pour le genre humain de le disperser 
dans les differentes regions de la terre, pour le punir de 
son orgueil et le preserver d une plus grande corruption, 
il n eut qu a rompre I unite de langage, et briser ce lien 
qui tenait unies en corps de nation, de maniere a ne for 
mer qu un seul peuple, toutes les families alors existantes. 
Or 1 Eternel dit: " Voila un seul peuple et ils n ont tous 
" qu un meme langage... Yenez done, descendons et con- 
" fondons-y leur langue de maniere qu ils ne s entendent 
" pas les uns les autres. Et ainsi 1 Eternel les dispersa de 
" ce lieu dans toutes les regions." 

C est de cette poque memorable que date la diversitd 
des nations sur la terre. Done f a revelation, d accord 
avec la nature, nous dit que le premier element constitu- 
tif d 1 un peuple, quun des liens les plus puissants pour le 
retenir en corps de nation, C EST L UNIT DE LANGAGE. 



ARTICLE IV. 

SUITE DE L ETUDE DES QUALITES CONSTITUTIVES DE LA NATIONALITE. 
UNITE DE FOI RELIGIEU3E. 

Mais le petit enfant grandit. Deja sa langue a com- 
mencd a se ddlier ; son intelligence, s illuminarit peu a peu, 
commence a s ^lever au-dessus des choses de 1 ordre phy 
sique et sensible ; dans son coeur les sentiments, les affec 
tions, les passions commencent a s agiter ; c est un monde 



21 

tout nouveaii qui se re*vele a lui, un monde supe rieur a 
celui que ses sens lui ont montre jusqu a present. 

Mais il lui faut, pour entrer dans de monde nouveau, un 
point d appui dans 1 ordre moral qui soit pour le moins 
aussi ferme que celui qui supporte ses pieds dans le monde 
materiel. La parole dont il use largement n est pas par elle- 
meme la sagesse; ses pens<3es, ses affections vont 1 entrainer 
de cote et d autre ; son intelligence,abandonnee a elle-mme, 
va-t-elle done devenir le jouet de ses passions ou bien etre 
livree aux caprices de son imagination ? Non, certes. 
Cette noble faculte, qui le rend jusqu a une certaine me- 
sure semblable a Dieu, ne sera pas abandonnee a elle- 
meme. Dans les principes immuablcs de la loi naturelle 
gravee dans son eoeur, et surtout dans les dogmes lumi- 
neux de la revelation divine qu il trouve dans la societd 
chretienne, son intelligence trouvera ce point d appui 
solide, ce fondement inebranlable, ces regies sages qui la 
soutiendront et la dirigeront dans les temps de lutte et 
de t^nebres qu elle aura a traverser. " Ce qui soutient 
" et porte 1 intelligence, dit 1 eloquent Pere Felix, ce sont 
" les principes. Pour soutenir la vie haute et ferine, elle 
" doit elle-meme s appuyer sur son inebranlable fond ; et 
" son fond, ce sont les principes." 

Mais qui jettera dans 1 ame de 1 enfant ces principes 
qui font 1 lionnete homme, le bon oitoyen, le vrai chre- 
tien ? C est le pere surtout, a qui Dieu a impose ce devoir, 
cette haute et importante mission d etablir dans 1 ame de 
1 enfant la certitude absolue, qui exclut le doute, par I 1 af 
firmation absolue des principes religieux et naturels. 
" Au besoin qu ^prouve 1 enfant de croire, dit encore le 
" celebre orateur cite plus haut, le pere r^pond par la 
" puissance d affirmer." Et la foi se produit dans 1 ame 
de 1 enfant. C est la seconde quality ou condition qui 
constitue la nationalite : I unite de foi, la foi de ses an- 
cetres. 

L enfant est de la religion de son pere pour la meme 
raison qu il parle la langue de sa mere. 

Si, par malheur, son pere ne possede pas la ve rite , sans 
doute il ne pourra lui transmettre la veritable foi. Et on 



suit par experience quelles difficulty s dpouvantables ren 
contre, pour parvenir a, la connaissance pleinc et entiere 
de l:i verito, I cnfant infortund dont 1 inteliigence a ete 
assise sur le doute, ou sur le terrain mouvant de 1 erreur. 
Semblable au vaisseau qui n a ni ancre ni boussole, il est 
sans cesse entraine an gre des vents et des courants sur la 
mer sans horizon du doute. II n a pas meme 1 idee de la 
certitude inebranlable que produit la possession de la 
vdritd. Mais nonobstant ses doutes et ses erreurs, il 
tiendra aux principes et a la religion de ses pores. Ce 
sera encore pour lui et ses descendants le plus puissant 
element d unite nationale. C est une vdritd d experience. 
Le schisme, I herdsie, 1 infidelite elle-meme, d accord la- 
dessus avec 1 enseignement catholique, proclament dgale- 
ment que 1 unitd religieuse cst le support le plus puissant 
de 1 unitd nationale. 

Dites-moi, quel cst le lien mysterieux qui retient en 
corps dc nation le peuple juif ? Cette nation ddicide, dis- 
persee aux quatre vents du ciel, traverse les siecles, 
parle toutes les langacs, a adopte les coutumes et les 
usages civils de tons les peuples, et cependant elle est tou- 
jours vivante et distincte comme nation. Elle n a plus 
ni chefs, ni gouvernement, ni organisation sociale qui lui 
soient propres : le seul principe de vie qui lui reste, le seul 
lien j qui 1 unit de tous les points du globe, c est la foi 
qu elle tient de ses ancetres, c est son unite religieuse. 
Sans doute que dans cctte tenacite indestructible i\ la foi 
de ses peres, il faut voir le doigt de Dieu. C est sa 
mission. Depositaire de la verite pendant des siecles, ii 
faut que cette nation en soit le tdmoin irrecusable jusqu a 
la fin des temps. Elle n en demeure pas inoins une preuve 
vivante et comme une demonstration en permanence de la 
puissance de vitalite inhe rente a Telement religieux dans 
une nation. 

Pourquoi la Ptussie schismatique tient-elle tant a s assi- 
miler, sous le rapport religieux, 1 heroique mais infortunde 
Pologne ? Pourquoi la protestaute Angleterre a-t-elle fait 
tant d efforts et commis tant d injustices et d atrocitds 
pour arracher & la pauvre mais fiddle Irlande sa foi catho- 



23 

lique ? Ah ! e est que le schismo et 1 he resie, malgre la 
puissance dnorme dont ils disposent, ne S3 croient pas en 
sdretc dans leur domination despotique sur ces deux 
peuples infortunes, taut qu ils n uuront pas brisd le lien 
d unitt) nationale et detrtiit le principe de vie que ces deux 
nations ont regu dans Tunite de la ibi que leur ont l^gude 
leurs religieux ancetres. 

Ces fails prouvent a 1 evidence que le plus puissant lien 
qui reunisse les hommes en corps de nation, cest I unite 
reUgieuse, I unit-e de foi. Inutile de rappeler les con 
vulsions epouvantables dans lesquelles sont tombe es les 
nations ou Ton a eu 1 iraprudence de perraettre qu une 
main sacrilege portat atteinte a ce principe de vie. 



UNIFORMITY DES MCEURS, LOIS ET COUTUMES, ETC. 

Enfin, 1 enfant sortant de la famille n emporte pas seu- 
lement avec lui le langage maternel, les principes et la foi 
de son pere. II a grandi sous le toit paternel en compa- 
cnie de ses freres et de ses soeurs ; il s est tabli entre eux 
des relations qui ne se briseront pas au jour ou ils iront 
chacun se mettre a la tete d une nouvelle famille. Non, 
ces relations, ces habitudes contractees sous le regard et 
la direction de leurs parents, vont constituer en se deve- 
loppant ce que Ton appelie les moeurs, les usages et les 
coutumes nationales qui se refleteront dans les institutions 
et dans les lois destinees plus tard a les regler et & les 
sauvegarder. C est ia troisieme qualite ou condition qui 
constitue la nation : Yuniformite dans les moeurs, les cou 
tumes, les usages ; V uniformitc dans les institutions et les 
lois destinies a les regler et a les sauvegai der. 

Ce troisieme element d unite nationale est aussi de la 
plus haute importance. L histoire nous apprend avecquel 
soin et quel religieux respect les peuples les plus intelli- 
gents ont conserve, tout en les perfectionnant, les institu 
tions qu avaient fonde es leurs ancetres, et les lois sous 



24 

lesquelles ils avaient grand! et prospere. Elle nous apprend 
(igaleineiit que c est cet esprit conservateur, cet attache- 
ment et ce respect pour les traditions et coutumes natio- 
nales qui leur a procure les bienfaits de la paix et sans 
doute la plus grande somme de bonheur et de prospe rite ; 
tandis qu un malaise general, des troubles seVieux, voire 
meine des revolutions sanglantes ont toujours accompagne 
et suivi toute tentative faite dans le but de les alterer 
notablement. La France et 1 Angleterre sont peut-etre 
les deux pays qui nous en offrent les plus frappants exem- 
ples. Aussi Dieu, qui tenait a conserver intactc la natio- 
nalite de son peuple, avait-il defendu rigoureusement les 
alliances avec les peuples Grangers, et surtout 1 adoption 
de leurs coutumes et de leurs pratiques dtait-elle defendue 
sous les peines les plus graves. 

Ce n est pas non plus le territoire ni le gouvernement 
national qui constituent la nationality . LaPologne de mem- 
bree et partagde entre la Russie, 1 Autriche et la Prusse, 
n a pas cesse* d etre une nation aussi distincte et aussi 
reelle que toutes les autres nations de 1 Europe qui ont 
1 itnmense avantage d avoir a elles en piopre un territoirl 
et un gouvernement. Et nous Canadiens-Frangais, pour 
tre passes sous la domination anglaise, nous n en avons 
pas moins conserve notre nationality, ainsi que je me pro 
pose de le faire voir plus tard. Voila en peu de mots ce 
qu il faut entendre par le mot nationality. C est un peuple 
qui parle la meme langue, qui a la meme foi, et dont les 
moeurs, les coutumes, les usages et les lois sont uni/brmes. 
Si Ton affaiblit ou si Ton ddtruit 1 un de ces liens, on 
n andantit pas la nationality, mais on 1 affaiblit d autant. 
Lorsque ces trois liens ont e te brises, la nationality a dis- 
paru, elle a cesse d exister. 

J ajoute & ce qui precede que 1 dducation encore plus 
que la naissance fait la nationality. Voyons en efiet. 
La terrible Epidemic du typhus en 1848 a fait de nom- 
breux orphelins parrni las infortune s emigrants qui nous 
arrivaient de la vieille Europe. La charite chretienne 
s est empressde de les recueillir et de les faire entrer 
dans nos families canadiennes. La, ils ont ete reus 



25 

avec la plus touchante bienveillance, et mis sur un pied 
d e galite avec les autres enfants de la maison. Deve- 
nus homnies aujourd hui, ils parlent la meme langue et 
ont la foi de leurs parents adoptifs. Ils ont les memes 
usages et coutumes que leurs freres et scours d adop- 
tion. En un mot, au point de vue national, ils ne sont 
plus ce que la naissance les avait fails, Alleniands, Ecos- 
sais ou Irlandais, mais ils sont Canadiens, c est-a-dire ils 
sont ce que Education les a faits. La fievre de Emigra 
tion des Canadiens aux Etats-Unis, epide rnie non moins 
terrible en un sens que le typhus de 1848, a enleve a ce 
pays des milliers de braves families. Allez les visiter dans 
leur nouvelle patrie, entrez dans leurs maisons, qu y trou- 
verez-vous? Un pere, une mere canadiens-frangais, nds 
et eleves catholiquement dans le Bas-Cunada. Interrogez 
les enfants, faites-les parler. Le pere et la mere vous re pon- 
dront en frangais qu ils ont quitte le Canada depuis quinze 
ans, vingt ans ; que depuis ils ont parfaitement appris 1 an- 
glais; qu ils s appelaient autrefois Boisvert, Lamontagne, 
mais qu aujourd hui on les nomme Greenwood, Mountain. 
A vos questions en frangais, les enfants, un peu e tonnes 
d entendre cette langue, vous regarderont en repondant : 
" I don t understand^ Suivez-lesle dimanche, vous verrez 
qu un certain nombre ne frequentent aucune dglise, que 
plusieurs vont avec leurs enfants, les uns au temple metho- 
diste, les autres au temple presbytdrien, etc. En frdquen- 
tant*la maison pendant quelques jours, vous ne tarderez 
pas a vous convaincre que les idees, les mo3urs, les usages 
amricains 1 ont completement envahie. Or, je vous le 
demande, une famille canadienne-frangaise ou Ton ne parle 
plus la langue frangaise, ou Ton n est plus catholique, ou 
Ton a adopte les mosurs et les coutumes des Americains, 
d quelle nationalite appartient-elle ? Que lui reste-t-il de 
la nationality de ses ancetres ? Rien. Ils sont Americains 
et nullement Canadiens. Ces quelques explications sur 
le sens qu il faut attacher au mot nationalite , pourront 
nous aider a reconnaitre quels sont nos ve rit ^bles amis 
^ ce point de vue, quels sont les hommes qui ont vrainient 
& coeur nos intdrets nationaux. 



COMMENT PLUiilEURS CAXADIEXS N AGISSENT PAS EX AMIS SINCEttBS DE 
XOTRE XATIOXAL1TE. 

On sera peut-etre etonne do voir quelquefois que ceux 
de nos compatriotes qui orient le plus haut : k Vive notre 
nationalite !" sont ceux qui travaillent en mOme temps le 
plus dircctcment et le plus efficacement a la ruiner. 

En eifet, qu y a-t-il de plus national que nos colleges et 
nos couvents ? Ne sont-ils pas nos institutions nationales 
par excellence ? N est-ce pas dans ces maisons benies que 
se complete et se perfectionne cette education de famille 
qui fait la nation ? Si aujourd hui nos families canadiennes 
parlent si bien le frangais et sont si profondcment catho- 
liques, n est-ce pas en grande partie a la bonne et reli- 
gieuse education que nos meres ont regue dans nos cou 
vents que nous en sommes redevables ? Nos colleges, sem- 
blables a des arbres fruitiers pleins de seve et de vigueur, 
n ont-ils pas fourni re gulierement chaque annee a 1 Eglise 
les levites pieux et savants dont elle avait besoin pour 
recruter les ministres du sanctuaire, agrandir leurs rangs 
proportionnellement a l accroissement de notre population ? 
n ont-ils pas fourni a 1 Etat ces citoyens honnetes et eclai- 
re s dont il a besoin dans les professions liberales et dans 
les differentes branches de 1 administration, depuis les 
chefs du gouvernement jusqu aux plus humbles employes 
de bureau ? N est-ce pas dans ces maisons benies que nos 
plus grands orateurs et nos plus habiles ecrivains ont 
appris a manier avec tant de talent la parole et la plume, 
armes nierveilleuses dont le plus grand nombre font un si 
noble usage pour la defense de nos interets nationaux, 
envers et contre tous ? Les fondateurs de ces institutions 
providentielles ne sont-ils pas mis au rang des premiers 
bienfaiteurs de notre nationalite ? 

Helas ! pourquoi faut-il avoir a ajouter que quelques-uns 
ont retourne ces armes formidables contre leurs peres et 
leurs bienfaiteurs ? pourquoi faut-il avoir a dire qu ils 
ont attaque ces institutions qui les ont nourris, aux joura 
de leur adolescence, du pain pre cieux de 1 intelligence ? 



C est triste, mais c est vrai. On Ics a vus ct entendus dd- 
precier 1 education collegiale, ccnsurer 1 enseignement de 
nos couvents, blamer la surveillance du pretre dans les 
hautes dcoles. Et pourquoi ces censures et ces reproches ? 
Pares qu on n y enseignait pas aesez 1 anglais, ou plutot 
parce qu on y enseignait trop le frangais. Et pourquoi 
encore? Parce qu on y enseignait trop le catdchisme et la 
religion ; en un mot, parce qu on y donnait un enseigne- 
ment trop national, et qu a leur gre nos colleges et nos 
couvents ne nous anglifiaient pas assez vite ; puis, quand 
le besoin de la popularite le demandera, nous les enten- 
drons crier de toute la force de leurs poumons : Vive la 
nationality canadienne-frangaise !" 



ARTICLE V. 



LA PATRI3 ET LE PATRIOTISME. 



Le patriotisine, c est 1 amour de son pays, le devoue- 
ment a la terre ou Ton a vu le jour ; c est cet attache- 
ment innd dans le cosur de 1 homme aux objets de la 
nature qui ont les premiers frappd ses regards, et qui 
ont dtd les tdmoins de ses premiers pas dans la vie. 

Cctte expression, comme on le sait, est derivee du mot 
Patrie, en latin Patria. Dans son sens e timologique, 
elle signifie terre paternelle ; et les Latins avaient consa- 
cre cette expression dans leur langue pour designer le 
territoire que leur avaient legue leurs ancetres, et qu ils 
devaient eux-memes a leur tour transmettre a leurs des 
cendants comme un depot sacrd. C est precisement le 
memo sens que nous attachons a notre mot frangais Patrie. 

Le patriotisme est un de ces sentiments que 1 auteur 
de la nature a graves lui-meme en traits de feu dans le 
fond de 1 ame hurnaine. C est ce sentiment qui fait les 
he ros et qui donno a 1 homme ce courage indomptable 



28 

qui le rend plus fort que la mort. L amour du sol natal 
se retrouve partout, sous les glaces du pole comrne dans 
les deserts brulants de 1 Afrique. Le pauvre Esquimau, 
avec son costume de peau d ours ou de caribou, aime sa 
cabane de glace, il prend avec delice ses repas de chair 
crue. II ne peut concevoir qu il y ait au monde de pays 
plus favorise que le sien. C est en vain que vous le 
promenerez dans les grandes villes de 1 Europe, que vous 
talerez a ses yeux toutes les merveilles de la civilisation, 
que vous essayerez a lui faire gouter les douceurs et 
apprecier les avantages qu elle nous procure. II ne vous 
cornprendra point ; il ne comprendra pas qu on puisse 
trouver le bonheur dans la jouissance de toutes ces choses. 
Pour lui, rien n <?gale la beaute de ces rochers couverts de 
mousse ou broutent des milliers d agiles caribous et que 
parcourent en tout sens les nombrcux troupcaux de boeuf s- 
musque s qui y paissent ; nulle Emotion semblable a celle 
qu il dprouve a voguer dans son canot de peaux entre les 
montagnes flottantes des glaces du pole, a la poursuite 
des grandes baleiries du Nord. 

II faut en dire autant du malheureux habitant des 
sables brulants de 1 Afrique. Les formidables rugisse- 
ments du lion, la fdrocite du tigre et de 1 hyene le font 
bien trembler a la ve rite , mais il n en aime pas moins les 
deserts arides qui 1 ont vu naitre, il n en poursuit pas 
avec moins de bonheur la gazelle legere, cet hote inoffensif 
du desert. Lui aussi, ce rude Africain, a une patrie qui 
possede toutes ses affections et a laquelle nul autre pays 
n est preferable a ses yeux. 

Ainsi ces natures incultes, ces hommes degene^res que 
la Providence semble avoir relegues dans ces regions 
inhospitalieres pour des raisons,sans aucun doute, infi- 
niment justes ; ces hornmes, si degrades qu ils soient par 
leur abaissement intellectuel et leur corruption morale, 
ont cependant conserve vivace dans leur coeur 1 amour de 
la patrie. Dieu, qui a permis que tant de nobles senti 
ments, qui font battre le co3ur des hommes regene res, 
aient fait chez ces infortunes un triste naufrage, n a pas 
voulu dans sa misdricorde que celui du patriotisme cut le 



29 

meme sort. II le leur a conserve comme une compensation 
et une planche de salut dans les dures privations aux- 
quelles il les a soumis. 



LA RELIGION PERFECTIONS LE PATRIOTISMS J ELLE L ELEVE et L E- 
PURE. LE COLON CANADIEN. 

Mais c est chez I homme civilisd, et surtout chez le 
veritable chretien que ce grand et noble sentiment est 
admirable. Qu il nous suffise de dire que c est ce qui 
rend I homme au coeur ge nereux capable des plus grands 
devouernents et des plus grands sacrifices ; c est ce qui le 
rend ine branlable en face de la mort ; que dis-je ? c est ce 
gui la lui fait meme rechercher avec ardeur quand il 
s agit du salut de son pays. 

Aussi la religion est-elle toujours inseparable du veri 
table patriotisme. L homme vraiment digne du norn de 
patriote aime sa patrie terrestre, parce qu elle est pour 
lui un avant-gout de la patrie celeste : il la sert fidele- 
ment et fait de bon coeur pour elle le sacrifice de ses 
biens et de sa vie, s il le faut, parce qu il sait que cette 
fidelitd et ces sacrifices 1 honorent dcvant les homines, et 
sont devant Dieu parmi ses plus beaux titres a la posses 
sion de 1 eternelle patrie. Que serait, en effet, un patrio 
tisme sans religion, sinon une fureur aveugle, un non- 
sens, une absurdite ? Si c est une folie, au jugement de la 
Sagesse incarnde, de gagner 1 univers meme aux depens de 
son ame, comment faudrait-il qualifier la conduite du 
soldat qui affronterait toutes les horreurs des champs de 
bataille sans autre espoir que le neant ou 1 enfer apres 
son trepas ? . . . Que la religion, au contraire, montre au 
plus humble soldat chretien une couronne aussi brillante 
que celle qui ornerait la tete de son general, si comme 
lui il tombe victime du devoir en defendant sa patrie, 
oh ! alors on s explique son courage, on admire son de - 
vouenient et on le comprend. 

Aussi les veritables patriotes, les vrais amis de la patrie 



30 

Pont-ils toujours entcndu dans ce sens. Lcs ancicns 
disaient : " Combattre pour scs autels et ses foyers" Pro 
aris et focis. Les preux chevaliers du moyen-ftge, ces 
admirables modeles du patriote chretien, avaient pour 
motto : " Dieu ct mon Roi" et encore : " Religion et 
patric" il Foi et lionneur" 

Dans leur pense e, la defense de la patrie etait la cause 
inome de Dieu. 

Ce n est pas seulemcnt sur les champs de bataille et 
dans la vie des heros que le patriotisme cst admirable. 
Nous osons ineme dire que ce n est pas la qu ? il est le plus 
sublime. L aur^ole glorieuse qui couronne le deTenseur 
de s.on pays au champ de 1 honneur, Fexemple des chefs 
et des vaillants compagnons d armes, surexcitent les senti 
ments les plus Sieve s du cosur ; cette vue enthousiasme 
facilement mCrae les plus froids, et rend plus faciles Tabne- 
gation et le devouement que dcmande la patrie. II "y a 
un autre champ d honneur, moins brillant a la verite, 
plus meritoire en realite, ou la patrie appelle ses enfants. 
C est ia conquete, par le travail, de son sol encore inhabit^ 
et sa mise en valeur. Oui, le deTrichement et 1 exploita- 
tion des ressources d un pays, surtout d uu jeune pays 
comme le notre, encore couvert d imrnenses forets, deman- 
dent des sacrifices plus heroiques et plus meritoires que 
ccux qu il faudrait faire pour rcpousser des ennemis enva- 
hisseurs, a raison de 1 isolcment et des privations prolon- 
p;ees auxquels il faut se soumettre pour les acconiplir. 
Le courageux pionnicr de la colonisation a certainement 
autant de droit a la reconnaissance de son pays que le 
plus vaillant soldat. Si celui-ci fait respecter son terri- 
toirc, 1 autre Fen met en possession apres 1 avoir fertilise 
de ses sueurs, et quelquefois arrose de ses larmes. Aussi 
le courageux colon a-t-il besoin des secours et des conso 
lations de la religion pour le soutenir dans son dur labeur. 
et se cher ses larmes dans les moments d epreuve et de 
decouragement. 

Le colon canadien, en s eloignant des bords enchanteurs 
du grand fleuve pour s enfoncer a quinze ou vingt lieues 
dans la profondeur des forets, avcc toutes les difficultes 



31 

-[lie Ton connait, a fait preuvc d un courage surliumain. 
U est dans son attacliemcnt a la foi de scs peres et au 
sol oil reposent leurs cendres qu il a pu trouver cette force 
I &me, cette e"nergie indomptable qui ont seules pu sou- 
tenir son courage admirable. En perdant de vuc leclocher 
de sa paroisse, en faisant un dernier adieu a, ces solennite\s 
raligieuses auxquelles il dtait accoutumd a prendre part 
avec tant de bonheur depuis son enfance, il a senti son 
cosur brise par la douleur, et ses larmes out could en 
abondance. L espdrance d avoir la visite du missionnaire 
de temps & autre, 1 assurance de le voir accourir a son chevet 
en cas de maladic, a quelque distance qu il put se trouver, 
dtaicnt un sujet de consolation en ce moment cruel d une 
premiere separation. Mais ce qui le relevait surtout dans 
son abatement, c dtait la consolante perspective de revoir 
avant peu d annees le beau doeher de la paroisse s elever 
au milieu meme de la foret ; c etait la douce pen see d en- 
tendre de nouveau le son joyeux des cloches annoncer le 
retour des grandes solennites religieuses, appeler les fideles 
a la priere, inviter les parents et les amis a se rejouir au 
baptcme des nouveaux-nds. 



BENEDICTION DE DEUX f;GLISES DANS LES CANTONS DE I/EST. TR1STE 

CONTRASTS QU OFFUE L EMIGRATIOX SI REGRETTABLE AEJX KTATS- 
UNIS. 

Permettons-nous une petite digression qui ne laissera 
pas que de nous mener plus heureusement au but. 

Tl a ctd donne, il y a deux ans, a Fhumble auteur de ces 
li^nes, de voir la realisation de cette consolante espe*- 
rance, d assister, dans les cantons de 1 Est, a la benediction 
de deux magnifiques eglises baties en pierre, et qui peu- 
vent rivaliser avec ce qu il y a de mieux dans les grandes 
paroisses qui bordent le fleuve, des deux eglises de St.- 
Eusebe de Stanfold et de St.-Norbert d Arthabaska. Nous 
n oublierons jamais les vives Emotions que nous avons 
eprouvees a la vue de cette multitude toute rayonnanle 



32 

de bonheur qui se pressait dans la vaste enceinte de ces 
temples, au moment ou le Pontife allait en prendre posses 
sion au nom de Dieu par la benediction qui les consacrait 
au culte. Que nous etions heureux de partager le bonheur 
de ces braves colons qui, apres les plus dures privations, 
avaient en si peu dc temps transform^ ces solitudes, dont 
le silence n etait trouble que par les rares apparitions du 
chasseur la poursuite de 1 orignal, en belles et floris- 
santes paroisses toutes canadiennes-franaises par la lan- 
gue, par la foi, par le cosur ! Les noms de ces hommes 
seront en benediction parmi leur descendants, pour leur 
avoir conserve ces biens si prdcieux qu ils avaient reus 
de leurs pieux et valeureux ancetres. Juste recompense 
de leur noble patriotisme ! 

Quel contrast? avec ce que nous avions vu pendant 
notre court sejour sur la terre etrangere, ou une fatalite 
semble pousser irresistiblement un si grand nombre de 
nos compatriotes ! Ah ! pauvres Canadiens de Immigration 
aux Etats-Unis, que votre sort est tristement different de 
celui de vos freres demeures fideles a la patrie ! Vous 
avez recuie devant les sacrifices que votre pays vous a 
demand es ; vous avez regarde les grands arbres de ses 
forets, etvous avez dit : i( Qui pourra debarrasser le sol 
de ces troncs seculaires ? Que de temps et de durs tra- 
vaux il faudra pour transformer ces horribles solitudes en 
riantes habitations !" et vous avez senti la tristesse s em- 
parer de votre ame, le decouragement vous monter au 
coeur. En ce moment critique vous avez regarde vers la 
terre etrangere, et vous avez dit : " Qui sait ? peut-etre 
que la nous trouverons un pain plus facile a gagner." En 
effet, il etait tout cuit, mais dans la main d un mattre 
bien decide a vous exploiter. Apres une penible lutte 
vous en avez pris votre parti, vous avez dit un dternel 
adieu a votre pays ; car le faible espoir que vous con- 
serviez d y revenir n etait qu un nioyen d adoucir 1 amer- 
tume du depart. Au pain noir que vos freres allaient 
gagner noblement a la sueur de leur front, en assurant 
une honnete independance a leurs enfants, vous avez pre- 
fere le pain blanc de la falrique americaine, que vous 
appelez en jargon yauke une factrie, et en retour vous 



33 

avez enrichi du produit de votre travail des maitres 
avides autant qu orgueilleux. Et vos enfants, que leur 
Idguerez-vous ? Tres-certainement la perte de leur nationa- 
lite ; peut-etre, hdlas ! pour un grand nombre, la perte de la 
foi ! Une trop lamentable experience 1 a surabondamment 
prouve. Dans nos lointaines peregrinations vers 1 ouest. 
sur les bords du Mississipi, jusque dans le Minnesota, 
nous avons rencontre, le long de toute la route, de nom- 
breuses families canadiennes. Au recit qu elles nous 
faisaient de leurs ddsappointements, des chagrins et des 
ennuis qu elles dprouvaient dans ce pays, nous avons res- 
senti une profonde affliction. Les soupirs que laissaient 
e chapper malgre eux des peres et des meres qui conser- 
vaient encore dans toute leur vivacite les sentiments de 
la foi et de la pie t<5 caracte ristiques du peuple canadien, 
les dures privations ou ils se trouvaient des secours de la 
religion,les inquietudes cruelles qu ils 6prouvaient sur 1 ave- 
nir religieux de leurs chers enfants craintes qui n etaient 
malheureusement que trop justifie es par I indifFerence et 
la defection d un bon nombre ces chagrins, ces ennuis, 
ces craintes, ces inquietudes de nos infortune s compa- 
triotes dans la terre e trangere, nous rappelaient le sort 
des malheureux Juifs dans les plaines de Babylone. Avec 
autant de v^rite qu eux ils pouvaient dire : " Nous nous 
sommes assis sur les bords des fleuves de Babylone et la 
nous avons pleurd en nous souvenant de Sion Com 
ment pourrons-nous chanter les cantiques du Seigneur 
dans une terre e trangere..." en 1 absence de toutes nos 
solennites religieuses ? Plus d une fois nous avons chante 
avec eux, apres les dures fatigues de la journe e, ces senti 
ments si heureusement exprinies par un de nos poetes 
canadiens a 1 flge de 14 ans, sous 1 inspiration et le 
souffle de I ^ducation collegiate : 

I. 

Un Canadien errant, 
Banni de ses foyers, 
Parcourait en pleurant 
Des pays Strangers. 



34 

II. 

Un soir, triste et pensif, 
Assis au bord des flots, 
Au courant fugitif 
II adressa ces mots : 

III. 

" Si tu vois mon pays, 
" Mon pays malheureux, 
lt Va, dis a. mes amis 
" Que je me souviens d eux. 

IV. 

" jours si pleins d appas, 

" Vous etes disparus 

" Et mon pays, hdlas ! 
" Je ne le verrai plus. 

V. 

<%/ Non, mais en expirant, 
" mon cher Canada ! 
<k Mon regard languissant 
" Yers toi se portera." 

Ce sont bien la, nous 1 attestons pour 1 avoir vu de nos 
yeux etentcndu de nos oreilles, les sentiments de nos infor- 
tunes compatriotes aux Etats-Unis, encore Canadiens 
par la foi et le coeur. Aussi ce chant dtait-il un soulage- 
ment pour eux : " Repe tez, re pe tcz, me disaient-ils, les 
larmes aux yeux ; ce chant nous fait du bien au coeur." 

Le Juif maudissait 1 enfant de Babylone qui venait lui 
dire : " Chantez-nous quelque cantique de Sion." Quel 
n a pas du etre le brisement de coeur du Canadien en 
en ten dan t le maitre qu il a^ 7 ait enrichi du produit de ses 
sueurs, lui dire, a 1 occasion de leur guerre civile : " Main- 
tenant, vendez-nous votre sang! Prenez rang dans nos 
armies, aidez-nous a opprimer nos freres!" Puis, par 



3* 

Tappdt du gain, par la ruse ou par la violence, plus de 
quarante inille ont 6t6 lance s sur les champs de bataille, 
et plus de quinze mille ont pdri mise rablement dans les 
horribles boucheries de cette guerre cruelle ! Qui pourra 
nous dire le nombre, nous raconter les souffrances et les 
angoisses de ceux qui ont dtd abandonnds sans secours sur 
le champ du carnage, comme aussi le nombre de ceux qui 
ont ete affreuseroent amputes, puis entassds dans le fond 
des hopitaux pour y languir et y mourir tristement ? 
Grande et terrible Ie9on pour qui a le sens commun avec 
une etincelle de foi ! Ce n est pourtant la que la consd- 
quence rigoureuse et le juste chatiment d un manque de 
patriotisme. 

Indubitablenient, notre belle et heureuse patrie offre 
en abondance le pain et 1 espace, la liberte et le bonheur 
& qui se sent assez de coeur et d intelligence pour exploi 
ter les ressources que renfermo son sol. Tdmoin le nombre 
et la prosperitd de nos nouveaux dtablissements, et les 
fortunes memes que plusieurs dtransrers vienneut y rda- 
liser. 



OBLIGATION DE COMBATTRE IMMIGRATION. MANQUI DS PATRIOTISMS 
D UN CERTAIN JOURNAL. 

En presence de ces faits, comment arrive-t-il quo la 
fievre de Immigration se vit avec une nouvclle fureur au 
milieu de nous ? II n entre pas dans le cadre de ces articles 
d en rechercher les causes ; peut-etre aurons-nous occasion 
de le faire plus tard. En tout cas, un pareil mal nous 
semble demander un remede prompt et dnergique, et il 
ne faut rien moins que le concours de tous les veritables 
amis de notre pays pour en diminuer ail moins 1 intensite, 
s il est impossible de le gudrir radicalement. Or, un des 
premiers moyens, c est de faire connaitre autant que pos 
sible a nos compatriotes le sort qui les attend aux Etats- 
Unis, en leur presentant les choses dans toute leur realite . 

Nous regrettons d avoir a signaler ici le manque de 
gatriotisine d un certain journal, grand admirateur des 



36 

institutions rdpublicaines, et 1 un des plus ardents avocats 
de Immigration. Dans quelques articles ou il faisait sem- 
blant de combattre 1 emigration, il y a quelques semaines, 
il trouvait le moyen, apres avoir, suivant ses habitudes, 
ddblatdrd centre le gouvernement de son pays et aigri 
1 esprit des pauvres colons en cherchant a leur faire croire 
que tout est pour le pis ici ; il trouvait ie moyen, disons- 
nous, de leur affirmer, avec 1 accent de la conviction, que 
tout est pour le mieux chez nos voisins, que les colons sur- 
tout y reoivent les plus magnifiques encouragements du 
gouvernement. Sachant combien le Canadien tient a la 
religion de ses p6res, il a essayd de lever cet obstacle ; il 
n a pas meme reculd devant 1 dloge de la position des 
catholiques aux Etats-Unis, ou le simple soupgon du ca- 
tholicisme dans un homme est un motif suffisant pour 
qu il demeure a jamais dloignd des postes de confiance, et 
ou il sait qu un si grand nombre de nos compatriotes ont 
tristement perdu la foi. Nous le demandons a tous ceux 
qui aiment sincerement notre pays, et qui, comme nous, 
regardent Immigration comme une calamitd publique , 
est-ce la decourager Immigration ? Est-ce la faire acte 
de patriotisine ? Bien aveugle qui oserait le croire, et ne 
conclurait pas des articles de ce journal anti-canadien, 
qu il vaut mieux pour le Canadien aller demander son 
pain aux institutions de la grande rdpublique. 

Or, tel est le patriotisme d un de ces hommes dont le 
premier besoin est la separation de 1 ordre politique d avec 
1 ordre reiigieux ; et qui, dans une lecture sur la colonisa 
tion, n a pas eu un mot a dire pour faire voir 1 e lan con- 
siddrable que Faction des missionnaires, 1 drection des 
paroisses et la construction des dglises ont donnd au ddve- 
loppenient de la colonisation dans nos beaux et fertiles 
cantons de I Est. 

Nous saurons done a quoi nous en tenir sur le veritable 
sens du mot patriotisme : cest Vamour de notre pays, du 
sol ou reposent Its cendres de nos ancetres ; c est Vattache- 
ment inviolable a la langue de notre mere, a la foi de nos 
peres ; cest le respect de nos institutions et de nos lois. 
Quiconque a ces sentiments profonddment grave s dans le 



37 . 

cceur est un veritable patriote. Mais quiconque meprise, 
d^nigre, combat la moindre de ces choses que nous ont 
le gue es DOS peres, n est pas un veritable patriote. 



ARTICLE VI. 

CHAQUE NATION A UNE DESTINES PROVIDENTIELLE A REMPLIR ; OBLI 
GATION POUR ELLE DE BIEN COMPRENDRE SA MISSION ET DE MAR 
CHER COXSTAMMENT VERS LE BUT QUE LUI A ASSIGNE LA DIVINE 
PROVIDENCE. 

Pourquoi Dieu a-t-il assign^ aux descendants de cer- 
taines families un territoire particulier ou ils doivent 
grandir, se developper en corps de nation ? Pourquoi a-t-il 
voulu que ces families eussent chacune un langage parti 
culier, des lois, des moeurs et des usages tellement diffe- 
rents de ceux des autres, qu ils fussent comme un mur de 
separation entre elles ? C est ce que nous aliens recher- 
cher presentement. 

Remarquons d abord que la division des enfants d A- 
dam en groupes nationaux sur les diffe rents points du 
globe, n apparait qu apres le deluge, et que Phistoire sacr^e 
dit positivement que les hommes, jusqu au moment de la 
confusion des langues, n avaient forme qu un seul peuple, 
parlant le meme langage. La seule ligne de demarcation 
qu elle ait indiquee entre eux jusqu a cette ^poque mdmo- 
rable est celle des moaurs, qui les avait divis^s en enfants 
de Dieu et en enfants des homines, suivant qu ils avaient 
marche sur les traces de Seth le juste, ou de Ca in le fra 
tricide. Point d autre mur de separation entre ces deux 
races d hommes qu une defense formelle aux descendants 
de Seth de s allier avec les enfants de Cain. La violation 
de cette defense si sage fut evidemment la cause eloignde 
du chatiment ^pouvantable, le deluge, que la science geo- 
logique nous montre encore aujourd hui dcrit partout dans 
les ossements et les debris dont il a convert la surface de 
la terre. En effet, c est cette violation qui a amene la 
corruption dont parle Mo ise, lorsqu il dit que toute chair 



38 

avait corrompu sa vole sur la terre, et que Dieu, voyaut 
les iniquites et la malice des hoaimes, prononga centre 
eux la sentence cTextermination. 

C est un fait rernarquable que le crime d idolatrie n ait 
pas & reproche aux premiers hommes. Us paraissent, 
au contraire, avoir toujours conserve la connaissance de 
Dieu et des verites qu il avait reveres a leurs ancetres. 
U unite defoi, parmi eux, a pu maintenir I 1 unite de lan- 
gage, et, par consequent, r unite nationals. 

II en arriva autrement parmi les descendants de Nod. 
On voit apparaitre la divcrsite des croyances et le culte 
des idoles presqu au meme temps que s opera la confusion 
des langues. En examinant attentivement le texte sacre 
ou ces evdnements sont rapportes, on pourrait se croire 
autorise a conclure que la confusion des ides et des 
croyances a precede celle du langage, ce qui, en montrant 
la cause prochaine du chatiment, ferait encore delator 
davantage 1 action providentielle. Dieu, qui chatie tou 
jours en pere, a voulu, tout en coafondant 1 orgueil des 
hommes par cette punition, opposer par la une digue a la 
diffusion des erreurs qui ont amene les monstruosites de 
1 idolatrie. Quoiqu ii en soit de ce sentiment, il est cer 
tain qu il entrait dans les vues de la Providence de divi- 
ser les enfants de Noe* en nations diverses pour plusieurs 
raisons dont 1 Ecriture indique quelques-unes. " En 
introfiuisant la diversitd des langues parmi les descendants 
de Noe, dit le savant auteur de VHistoire universelle de 
VEglise catlwlique, Dieu les contraignait a se s^parer les 
uns des autres, et 11 se grouper par families et par dia- 
lectes pour aller se faire une patrie ailleurs. Yoila, com 
ment, dans le deuxieme age du monde, Dieu lui-meme 
cr^a les peuples : voila comment il les envoya par toute la 
terre pour 1 occuper et la cultiver." 

Dans les oouvres de Dieu, il n y a point de lacune, et 
rien n est laisse au hasard. Tout est coordonne selon 
1 idee divine d un plan infiniment sage ou doit ^clater la 
gloire de Dieu, dans la manifestation de ses divins attri- 
ttuts, surtout de sa puissance, de sa bonte , de sa miseri- 
oorde t de sa justice. L humanit^ entiire concourt a la 



39 

realisation de ce plan. Chaque individu dans la famille, 
chaque famille dans la nation, chaque nation dans 1 huma- 
nitd a reu, en consequence, une mission speciale qu elle 
doit remplir, un but determine qu il lui faut atteindre. 
Dieu, dans les dispositions admirables de sa providence, 
ne refuse a, personne, individu, famille ou nation, les 
moyens d atteindre sa fin ; comme aussi il punit severe- 
ment Tabus de ces moyens, et brise meme, comme un 
instrument inutile, les peuples et les nations qui n ont pas 
compris leur mission, ou qui ont refuse d aceomplir leurs 
destineesen se detournant de la route que Dieu leur avait 
trace e. Reges eos in virgd f erred et tanquain vasfiguli 
cortfringes eos. Vous les gouvernerez avec un sceptre de 
fer, dit Dieu a, son Yerbe ; vous les briserez comme un 
vase d argile. 

C est la une ve rite elernentaire du Cate chisme catho- 
lique qu il est utile de rappeler ici, parce qu un trop grand 
nombre de chre tiens 1 ont perdue de vue. Us s iniaginent 
qu une force aveugle preside a tous les evenements qui 
s accomplissent ici-bas ; que les succes de la guerre, la 
conquete des royaumes, I agrandissement des empires, 
sont dus en derniere analyse a 1 habilet^ des generaux, a 
la valeur des soldats ou aux sages combinaisons de la poli- 
tique des hommes d e tat. Us ne se rappelleut plus ce 
mot sublime de Bossuet : " L liomme s agite et Dieu le 
mene." 



KNSSIGNEMENT DE L HISTOIRE SACREB ET DE L^HISTOIRE PROFANE SUE 
CE SUJET. 

Or, une des premieres conditions necessaires a une nation 
pour atteindre sa fin, c est d avoir un territoire a elle en 
propre. Quo Ton remonte a 1 origine des nations, et qu on 
suive i histoire des migrations des divers peuples, on verra 
que chaque famille a ete dirigde par une inspiration sp- 
ciale, et comme conduite par une main invisible vers le 
pays qu elle de.vait habiter. C est surtout ce que I histoire 
sainte nous montre dans la vocation d Abraham. 



40 

" Dieu dit a Abraham : Sors de ton pays, de ta pa- 
" rentd et de la maison de ton pere, et viens dans la terre 
" que je te montrerai ; la je ferai de toi une grande nation. 
" En consequence Abraham quitta la Mesopotamie et s en 
" alia sous la direction de FEternel son Dieu vers 1 Occi- 
" dent jusqu au pays de Canaan. La, Dieu lui apparais- 
tf sant de nouveau, lui dit : C est cette terre que je don- 
" nerai a ta posterity. Leve tes yeux maintenant et 
" regarde du lieu ou tu es vers le Septentrion et le Midi, 
" a 1 Orient et a 1 Occident, je te donnerai a toi et & ta 
" posterity toute cette terre que tu aperois ; je multi- 
11 plierai ta race a 1 ^gal de la poussiere de la terre, des 
11 etoiles du ciel et du sable qui forme le rivage de la 



Ce passage des Saintes Ecritures, si remarquable sous 
tant de rapports, renferme surtout le plus haut enseigne- 
ment au point de vue auquel nous le citons. Nous y 
voyons comment la Providence juge elle-meme les peuples 
prdvaricateurs, et quels moyens sa misericorde emploie en 
memo temps pour les soustraire aux coups de sa justice. 
La terre que Dieu promet a Abraham tait alors la patrie 
des Chananeens. Ce peuple pervers 1 avait souille e par 
ses abominations au point que Dieu avait rsolu de 1 ex- 
terminer. Avant d en venir a 1 execution, 1 Eternel lui 
met devant les yeux les exemples de vertu et de pie te du 
Pere des croyants. Pendant de longues annees, cet homme 
juste vit au milieu d eux, il visite tour a tour les diffe - 
rentes parties de leur pays. Mais le langage si eloquent de 
sa saintete, et la protection si visible de 1 Eternel sur 
lui, ne font qu aggraver le crime de cette nation coupa- 
ble, qui continue de marcher dans les voies de la perver- 
site. Alors Dieu essaie d un autre moyen pour les ramener 
dans le chemin du devoir. II prend la verge en main. Et 
la suite de Fhistoire sainte nous montre que la guerre, le 
feu du ciel, la famine visitent tour a tour ce malheureux 
pays, jusqu a ce qu enSn 1 heure de leur extermination ait 
sonne. Pendant cc temps Abraham. comblcS des be nedic- 
tions du ciel, arrive, apres diverses peregrinations et les 
vicissitudes d une longue preuve, au comble de la plus 
grande prospe rite ; il lui est donn de marcher & 1 egal des 



41 

rois. Plein de jours et de merites. il meurt dans cette terre 
de promesse avec le consolant espoir qu il laisse a ses des 
cendants une patrie dont Dieu saura les mettre en posses 
sion definitive au jour marque par sa providence. II re- 
commande soigneusement a son fils de 1 ensevelir lui-raeme 
dans cette meine terre ou deja il a fait Facquisition d un 
lieu de sepulture pour y d^poser avec respect les restes 
mortels de son epouse qui avait deja cesse de vivre. Sur- 
tout il recommande a ses descendants de ne jamais retour- 
ner au HeXi d ou 1 Eternel leur Dieu les a fait sortir, mais 
de s attacher pour toujours a cette terre ou ils doivent 
devenir une grande nation. 

L histoire profane nous donne les menies enseignements. 
En ^tudiant avec attention 1 histoire des differents peuples, 
nous y reconnaissons visiblement la main de la Providence 
qui dirige les pas de leurs premieres families, donne a 
chacune son territoire, et un but qu elle doit atteindre. 
Sont-elles fideles a leur mission, la paix chez elles amene 
1 abondance, la prosp^rite et le bonheur. Se detournent- 
elles, au contraire, du droit chemin, le glaive est a leur 
porte et sur leurs tetes. La guerre et 1 esclavage, la peste 
et la famine tour & tour les visitent, jusqu a ce qu enfin 
elles rentrcnt dans le devoir. S endurcissent-elles, Fen- 
vahissement, le d^membrement de leur territoire, Fexil en 
masse, et menie 1 extermination, les fait disparaitre. Voil& 
ce qu une etude attentive de 1 histoire profane nous cn- 
seigne sur la conduite de la Providence a Fegard des 
nations. 

Mais nous nous soinmes arret^ de preference a prendre 
cet enseignement chez le peuple de Dieu, parce que son 
histoire est generalement mieux connue, et qu il y a plus 
d un trait de ressemblance entre 1 histoire primitive de ce 
peuple et la notre, comme nous le verrons plus tard ; 
d ailleurs, Dieu a choisi le peuple juif pour servir d ensei- 
gnement a la terre. 

C est done une verite constante, aussi clairement ensei- 
gn6e par la re^v^lation que solidement demontree par les 
salutaires enseignements de 1 histoire : chaque nation a 
re$u de la Providence une mission a remplir, un but deter- 



42 

mine a atteindre. Infailliblement elle y arrivera, si elle 
correspond fidelement aux vucs de Dieu sur elle : car 
Dieu, dans sa puissance et sa sagesse, proportionne tou- 
jours les mojens a la fin. Quelque faiblc done que soit 
une nation, quelque restreint que soit son territoire, ce 
petit peuple n a rien a- craindre, tant qu il sera ce qu il 
doit etre, fidele a Dieu et a sa mission. Fut-il d ailleurs 
environne de nations puissantes et ambitieuses, aussi bien 
servies par le gdnie de leurs bomnies d dtat que par 1 ha- 
bilete de leurs generaux et la valeur de leurs armies, 
Dieu le protdgera et cdmbattra meme pour lui s il le faut, 
comtne au temps de Sennachdrib ct de Judas Ma-- 
chabe e. 

Au contraire, un vaste territoire, les richesses et la puis 
sance n empecheront pas le peuple prevaricateur d etre 
profondement humilie , demenibre, et mme effac^ du 
nombre des nations, s il se montre incorrigible. Tdinoin 
les puissants empires dont Thistoire nous raconte les rlvo- 
lutions sanglantcs et la fin lamentable. 

C est la, une verite aussi lumineuse que consolante pour 
nous, petit peuple du Canada frangais. Notre sort comme 
nation est entre nos mains. Si les quelques families sor 
ties de la vieille France il y a quelques deux cents ans, 
et qui sont venues s asseoir sur les bords du St. -Laurent, 
sont devenues aujourd hui uue nation d un million d umes, 
ce n est point 1 effet d un hasard capricieux, ni d une 
force aveugle ; mais c est bien 1 oeuvre d une Providence 
toute misericordieuse. Elle a voulu se servir de nos peres 
pour apporter la lumiere de TEvangile et les principes de 
la regeneration chre tienne aux infortunles peuplades qui 
Itaient depuis tant de siecles plongdes dans les tenures 
de I lnfidelite* et assises a 1 ombre de la mort dans cette 
belle et fertile vallee. 

Nos peres ont noblement accompli cette belle mission. 
L he roique et giorieuse histoire du temps est la pour nous 
en convaincre. Leur zele, leur devouement, leur fidelite 
a cette osuvre sont ecrits en traits de sang depuis 1 ern- 
bouchure du St.-Laurent jusque sur les bords des grands 
lacs ou il va prendre sea eaux. 



43 

Soyons intelligentSj courageux et vertueux comme eux, ^ 
et regardons 1 avenir avec confiance. 



ABTICUE VII. 

LES CANADIEXS-FRAN<JAIS SONT REELLEMENT UNE NATION J LA 
VALLEE DU ST.-LAURENT EST LEUR PATRIE. 

Ce que nous avons dit sur les conditions essentielles 
d une nationalite et le territoire ou elle s est formee, nous 
pe-rmet d affirmer sans hesitation que les Canadiens-Fran- 
c.ais en ce pays forment veritableinent une nation, et que 
I iinmense territoire arrose par le majestueux St.-Laurent 
est bien legitimeinent hui patrie. 

Quan.d on voit une population de pres d un million 
d ames se lever comme un seul homme pour r^pondre a- 
1 appel de son nom, parlant la rneme langue, proclamant 
la meine foi ; quand on la voit tenir par le ccsur aux ins 
titutions et aux lois que lui ont l^guees ses ancetres, 
travailler courageusement a exploiter ie sol qu ils ont ac- 
quis au prix de leur sang, qu ils ont arrose et fertilise de 
leurs su^urs ; quand, 1 histoire en main, on voit que ce 
million d ames n est que 1 epanouissement re^ulier des 
quelques families franaises qui sont venues s etablir ici il y 
a a peine deux cent cinquante ans, pour evangeliser les peu- 
plades sauvages et infideles de ces contrees, il faut bien en 
convenir et dire : tl Digitus Dei est hie : Le doigt de Dieu 
est la." Un developpement aussi prodigieux a travers 
tant de vicissitudes et en presence de tant de difficultds, 
est bien reellement le cachet de Toauvre de Dieu. Ces 
quelques families e*taient bien de celles que la divine Pro 
vidence a privilegiees pour etre 1 origine et la source d une 
nation. IA discretion et le soin qui ont preside a leur 
election pour cette haute mission nous autorisent , ce 
semble, a leur appliquer ces paroles de la Ste.-Ecriture au 
patriarche Abraham r " Sors de ton pays et viens dans la 
terre que je te montrerai ; je ferai de toi une grande na 
tion ; j y multiplierai ta poste rit^ a l egal des tftoiles du 



44 

ciel, et le nombre de tcs descendants pourra galer celui 
des sables qui sont au rivage de la raer." 

Oui ! nous le rep^tons avec bonheur pour le passe* et 
confiance dans 1 avenir : nous, Canadiens, nous les des 
cendants de ces nobles families qui ont donne des mar 
tyrs a 1 Eglise et des heros a notre bien-aime e patrie, nous 
sommes aujourd hui une nation. La terre que le sang 
de ces martyrs a purifiee el sanctified, le sol que la valeur 
de ces he ros a si legitimeinent conquis, ddfendu et con 
serve avec tant de sacrifices, est notre patrie. 

Le Canadien qui ne serait pas fier de son origine et 
content de sa patrie se montrerait, certes, par trop diflicile. 
Bien peu de nations apergoivent a 1 aurore de leur his- 
toire une aureole aussi glorieuse et aussi pure ; beaucoup, 
au contraire, ont en partage un territoire dont la fertilite", 
la salubrite climaterique et les richesses naturelles sont 
grandement inferieures a ce qu offre la grandiose et pit- 
toresque vallde du St.-Laureut. Nous devons done, Cana 
diens, be nir la divine Providence qui nous a si bien ser- 
vis, et nous attacher inviolablement au sol ou reposent 
les cendres de nos religieux ancetres, et ou de grandes 
destinies nous sont sans aucun doute re serve es. 

*** 

IMPORTANCE POUR LES CANADIENS-FRAX^AIS DE BIEN COMPREXDRE 

LA MISSION PROVIDENTIELLE CONFIEE A LEURS PERES. DE LEUR 

F1DELITE A CETTE MISSION DEPEND LEUR AVENIR NATIONAL. 

Nous avons, comme nation, une mission a remplir, et, 
comme peuple, un but a \tteindre. Car, nous 1 avons 
deja dit, point delacune dans les ceuvres de Dieu. Cha- 
que individu dans la famille, chaque famille dans la na 
tion, chaque nation dans 1 humanite a son poste assigne 
d avance. Reste a chacun d y arriver par les voies que 
la Providence lui ouvre, et ce sous peine des plus terribles 
chatiments en cas de prevarication, sous peine d exter- 
mination et de mort pour 1 individu, la famille ou la na 
tion qui refusera obstine ment de marcher vers le but 
qu il doit atteindre, et d accomplir sa mission. 



45 

Quelle est done la mission du peuple Canadien ? quel 
est le but vers lequel il doit marcher constamment et qu il 
doit s efforcer d atteindre ? O est ce qu il est pour lui de 
la plus haute importance de bien connaitre et de bien 
com prendre. 

En cherchant la rdponse a ces questions, et en donnant 
quelqu etendue a cette recherche, nous ne croyons pas sortir 
du cadre que nous nous sommes trace par le titre qu on 
lit en tete de ce recueil.. Nous croyons meme que rien 
n est plus propre a jeter quelque lumiere sur les rapports 
qui relient sans cesse la societe civile et politique al ordre 
religieux. Rien ne de inontre mieux 1 absurdite de ces theo- 
ries a courtes vues dont les adeptes ne voient dans 1 or- 
ganisation sociale qu un instrument a exploiter la ma- 
tiere et une machine a produire la richesse. Ces hommes 
ne peuvent regarder les choses d assez haut pour com- 
prendre qu un etre doue d une ame immortelle a une 
autre destinde nationale que la domination de ses sem- 
blables. et par eux, 1 accumulation de tout ce qui peut sa- 
tisfaire son orgueil et sa cupidite. Fut-il jamais de thd- 
ories plus solennellement dementies par 1 histoire de la 
decadence des nations ? Qu on veuille bien se^donner la 
peine de relire 1 histoire des anciennes monarchies de 
TAsie, ou celle des fameuses rdpubliques de la Grece et 
de Rome. C est la qile la logique irresistible des faits 
nous montrera que ces antiques nations ont prospe re et 
grandi tant qu elles ont marche^ selon 1 etendue de leurs 
lumieres, dans les sentiers de la justice et de Tdquitd, et 
qu elles ont rendu a Dieu, autant que leur ignorance et 
leur aveuglement sous le rapport religieux le leur per- 
mettaient, 1 adoration et 1 obeissance qu elles lui devaient. 
Mais cette logique des faits nous fait voir aussi que Td- 
poque de leur decadence a toujours coincide avec 1 invasion 
de la cupidite, de 1 amour effre ne des richesses, de la soif 
d^vbrante de la jouissance mate rielle ou de la domina 
tion. Or ces plaies sociales ont toujours dte le rdsultat 
de doctrines errondes, parmi lesquelles viennent se poser 
magistralement ces theories immorales dont les plus con- 
nues de notre temps vont a bannir Dieu de la societe, en 
proclamant la separation absolue de 1 ordre civil et poli- 



46 

tique d aveo 1 ordre religieux, et en aflirmant Tind^pen- 
dance complete du premier relativement au second. 

Quand ces peuples en sont venus a ce point de dmo- 
ralisation qu ils ont ferine les yeux a la lumierc myste- 
rieuse de la loi naturelle pour suivre ces docteurs qui 
leur montraient le bonheur supreme et final dans la jouis- 
sance de la matiere, dans la preference absolue du moi 
sur tout, alors les liens sociaux se sont relache s, les ver- 
tus nationales se sont affaiblies, et quand la mesure a & 
combine, cette main invisible qui dirige tous les <5vene- 
ments ici-bas a apparu soudainement et a dent sur la 
muraille d un palais de chaque Babylone ces terribles 
paroles : Man6j Thtccl, Phares : J az compti, fai _pese, 
j ai divise. Que cette Babylone fut la capitale d un des 
vastes empires fondes par un Nemrod ou nn E-omulus, 
et qui avaient pour mission de flageller les nations ou de 
broyer les peuples criminels ; qu elle ne fut qu une de ces 
villes infames assises au bord de la Mer Morte, ou 1 une 
de ces bourgades infideles et endurcies que Jacques-Car- 
tier trouva e chelonne es le long du St.-Laurent, peu im- 
porte : empires ou peuplades sont soumis aux memes lois 
providentielles. C est le meme maitre qui a compte leurs 
jours ; c est le meme juge qui a pesd leurs actions ; c est la 
meme main qui a dcrit leur sentence ; c est aussi le meme 
bras vengeur qui les a frapp^s et les a fait disparaitre du 
sol qui leur avait ete donne pour patrie. 

Voila. la grande et terrible leon que I liistoire donne 
aux nations et aux peuples ! Voila le dementi solennel 
que la logique irresistible des faits donne a ces theories 
plus ou moins absurdes qui tendent a rele*guer Dieu dans 
le ciel et a confier la direction des e venenients humains a 
une force aveugle dont les lettres et les fins politiques au- 
raient le secret, et dont ils feraient jouer les ressorts. 

Pour nous, Canadiens, qui avons le bonheur de possd- 
der la plenitude de la \ 7 drite dans Penseignement catho- 
lique, affermissons notre foi dans le dognie si consolant 
de notre sainte religion, et si rassurant pour notre avenir 
national. Tant que nous serons fideles a la mission qu ont 
regue nos peres, tant que nous rnarcherons, sans d^vier ni 



47 

& droite ni a gauche, vers le but quo la Providence noua 
a assigne", nous n avons rien a. craindre. Nulle puissance, 
nulle sagesse humaine ne pourra rdussir & nous arrester 
dans notre marche, a nous cmpScher d accomplir ici notre 
destinee comme peuple. 

Quand meme 1 enseignement religieux ne serait pas 
aussi formel qu il est sur cette virile, I e tude attentive de 
notre histoire suffirait amplement pour nous la demontrer. 
A nous done de chercher dans 1 histoire de notre pays 
ces sages enseignernents qui peuvent nous rnontrer la 
route dans les moments de crise comme ceux que nous 
traversons, et nous inspirer une confiance indbranlable 
dans notre avenir national. L intervention visible de cette 
Providence qui a veilld avec tant de soin sur le berceau 
de cette colonie ; la protection admirable qu elle lui a 
accordde dans les moments de lutte supreme ; cette paix 
profonde qu elle lui a procured a 1 ombre du drapeau bri- 
tannique, en la soustrayant a la violente tempete de la 
revolution francaise ; la sagesse qu elle a inspiree a nos 
peres de register aux avances et aux sollicitations de la 
puissante republique qui nous avoisine, sont pour nous 
autant de pbares qui nous montrent le cheinin, et autant 
de preuves consolantes de 1 action continuelle de cette 
douce Providence qui veille sur nous. 

Encore une fois done, quelle est notre destinde na- 
tionale et la mission providentielle confine a nos peres ? 
C est ce que nous alloas chercher dans un prochain article. 



AStTICXE VIII. 
LA MISSION PROVIDENTIELLE DU PIiUPLE CANADIEN EST ESSENTIELLE- 

MENT RELIGI;-:USE : C EST LA CON-VERSION AU CATHOLICISME DBS 
PAUVBES INPIDELES QUI HABITAIENT CE PAYS, ET L ! EXTENSION DU 

ROYAUME DE D1EU PAR LA FORMATION D UNE NATION ALITE AVANT 
TOUT CATHOLIQUE. 

Que telle soit la mission de nos peres, c est chose facile 
a de montrer, c est meine le premier enseignement de 
notre histoire et le fait dominant qu elle se 4>lait a nous 



48 

signaler & toutes les dpoques les plus importantes de notre 
existence nationale. Ouvrons les annales de notre pays, 
et voyons d abord quel a 6t le but des rois de France, 
lorsque la Providence leur a inspird la pensee de former 
une colonie dans ces contrees. La partie maritime seule 
leur en dtait deja quelque peu connue par les rapports des 
pecheurs qui y venaient tous les ans des principaux ports 
de France pour en rapporter surtout la morue dont ils 
nourrissaient toute 1 Europe. Etudions aussi la pensde 
et le but quo se proposaient les homines dminents et gdnd- 
reux auxquels les rois de la vieille France ont confie 1 ac- 
complissetnent de cette grande oauvre. Yoici comment 
s exprime le savant abbd Faillon sur le but des rois de 
France dans 1 oeuvre de la colonie canadienne : " Le 
motif principal qui fit prendre a Francois ler et tt plu- 
sieurs de ses successeurs la resolution d dtablir en Canada 
une colonie, ne peut pas etre probldmatique, apres qu eux- 
memes Font exposd, dans leurs lettres royales de com 
mission, aux navigateurs qu ils envoyerent dans ces con- 
trdes. II est certain, et personne ne I m nid jusqu ici, que, 
se glorifiant du titre de rois tres-chretiens et de Fils ain&s 
de VEglise, ces princes eurent pour motif principal, dans 
les defenses considerables qu ils firent, 1 esperance de 
porter en Canada la connaissance du Rddempteur et d y 
dtendre les limites de 1 Eglise catholique. Ils n ignoraient 
pas que, en ordonnant a ses apotres et a leurs successeurs 
d enseigner toutes les nations de la terre et de les baptiser 
au nom du Pore et du Fils et du Saint-Esprit, le divin 
Rddempteur des homines avait indirectement invitd les 
princes chre tiens, depositaires de sa puissance, a. preparer 
les voies & 1 Evangile, en lui frayarit le chemin dans les 
pays lointains ou il n a pas encore pe ndtre ; et tel fut, en 
effet, le dessein que se proposerent les rois de France, en 
essayant, a plusieurs "reprises, d dtablir des colonies en 
Canada. 

" Quel plus noble usage pouvaient-ils faire deleur puis 
sance que de s en servir ainsi, non comme des conque*- 
rants pour ravager des provinces , mais comme des 
envoyds celestes pour procurer aux hommes les plus aban- 



49 

donnas lea biens ve*ritables qui, seuls, pouvaient les rendre 
heureux meme des cette vie ? " 

Un autre historien de notre pays, tout aussi savant, et 
que la mort a surpris au milieu de ses travaux histo- 
riq ies, le pieux et regrette abbe Ferland, ne s exprirae 
pas moins clairement sur cette question dans son introduc 
tion au Cours d Histoire du Canada : " Foi et Jionneur ! " 
Portant ces deux mots sur les levies et dans le coeur, les 
missionnaires francais ont fait briller le flambeau du 
Christian ism e et de la civilisation au milieu des tiibus qui 
dormaient plonge es dans la nuit de 1 infidelite . Foi et 
honneur ! tel fut le gage d union et d amour que la 
France remit a ses enfants qu elle envoyait se cre er une 
nouvelle patrie dans les foiets de 1 Occident, sur les bords 
des grands fleuves de 1 Ame rique. Et ceux-ci, 1 histoire 
nous Tapprend, ont respectd les enseignements de leui 

mere Quel inte ret ne doit pas nous inspirer 1 histoire 

de notre pays, puisqu elle renferme le tableau aiiime* des 
e preuves, des souffrances, des succes de nos ancetres ; 
puisqu elle nous retrace les moyens qu ils ont employe s 
pour fonder une colonie catholique sur les bords du St.- 
Laurent, et dfaigne en meme temps la voie que doivent 
suivre les Canadiens afin de maintenir intactes la foi ^ la 

langue et les institutions de leurs peres ! J) ailleurs, 

cette histoire pre*sente, dans ses premiers temps surtout, 
un caractere d heroisme et de simplicity antique que lui 
communiquent la religion et 1 origine du peuple canadien. 
En effet, des les commencements de la colonie, on voit la 
religion occuper partout la premiere place. C est en son 
nom que les rois de France chargeaient Jacques-Cartier 
et Champlain d aller a la dccouverte de pays a civiliser et 
a \convertir au christianisme ; elle tait appelee a b^nir 
les fondations des bourgades fran^aises sur le grand 
fleuve ; elle envoyait ses pretres porter le flambeau de la 
foi chez les nations sauvages de 1 interieur du continent, 
et ces courses lointaines de quelques pauvres mission 
naires amenaient la dccouverte d une grande partie des 
regions de 1 ouest. Les apotres infatigables de la Com- 
pagnie de Jsus avaient deja explore tout le lac Huron, 
que les colons de la Nouvelle- Angleterre connaissaient & 



50 

peine les forets voisines du rivage de 1 Atlantique. Les 
premieres families Tenant pour habiter le pa*ys y arrivaient 
a la suite des religieux, qui dirigerent les peres dans leurs 
travaux et procurement aux entants les bienfaits d une 
Education chretienne. 

Ainsi done la religion a exerce une puissante et salu- 
taire influence sur 1 organisation de la colonie frangaise en 
Canada ; elle a regu des (Siemens divers sortis des diffe - 
rentes provinces de France ; elle les a fondus ensemble, 
ELLE EN A FORM UN PEUPLE uni et vigoureux, qui con- 
tinuera de grandir aussi lonjtemps qu il dcmeurerafidele 

TRADITIONS PATERNELLES." 



Yoila comment les deux homines qui ont le mieux 
approfondi et dent 1 histoire de notre pays, et qui n ont 
recule devant aucune difficulte pour en eclairer et rectifier 
ce que leurs devanciers avaient laissd d obscure ou avance 
d inexact, ont expose en tete de leur ouvrage respectif 
1 intention et le but des fondateurs de notre nationality. 
On peut dire meme que leurs ouvrages ne sont qu une 
demonstration complete de cette vdrite, que la mission 
imposee a nos peres a iti la conversion et la civilisation 
des sauvages de ce pays, et que le but que leur a assign^ 
la Providence n est rien moins que V etaUissement d un 
peuple profondement catholique dans cette terre quelle 
leur a donnee en heritage. 

*** 

AUTRES PREDVE3 DE LA MISSION PROVIDENTIELLE DD PEUPLE 
CANADIEN. 

Nous pourrions nous contenter des deux longues cita 
tions ci-dessus pour prouver que notre destine e couime 
peuple est essentiellement religieuse ; cependant nous 
signalerons encore quelques faits de notre histoire ou la 
Providence laisse apercevoir d une maniere plus sensible 
son action, et nous de voile plus clairement ses vues sur 
notre nation. 

Suivons d abord Jacques Cartier dans ses voyages de 

* 



51 

de couverte. Arrive* a 1 embouchure du grand fleuve, une 
tempete le force a se r^fugier dans la Bale de Gaspe*. La, 
pour la premiere fois, il met le pied sur la terre canadienne. 
Qucl est le premier acte qu il accomplit en abordant sur 
cette terre vers laquelle la Providence a dirigd son vais- 
seau ? C est un acte religieux; il plante sur la pointe de 
1 entree du port une grande croix, haute de trcnte pieds. 
Quel est le second acte ? c est un acte politique. II grave 
sur cette croix ces mots : " VIVE LE ROI DE FRANCE !" 
Le Seigneur avait dit du Redempteur, en parlant par la 
bouhe du prophete : " Dabo tibi gentes in hcereditatem: 
Je vous donnerai les nations en heritage" C est done 
en sa qualite de roi tres-chretien et, pour ainsi parler, 
d e conome de sen maitre que le chef de la nation qui se 
glorifie du titre de fille ainee de 1 Eglise prend possession 
de ces terres. Ce n est point pour en traiter les habitants 
en peuples vaincus, et les exploiter comme des esclaves en 
leur ravissant le produit de leur travail, et en leur arra- 
chant les ri chesses de leur sol, niais bien pour leur pro 
curer les immenses avantages d une civilisation vraiment 
catholique, et Jeter au milieu d eux la fondation d un nou- 
veau royaume ou le Christ avant tout re gnera. Voila 
bien ce que nous dit Jacques Cartier en appuyant sur la 
croix m&ne 1 autorite et le regne des rois de France dans 
ces immenses contre es. 

En remontant le golfe du grand fleuve, Jacques Cartier 
arrive a 1 Ile-aux-Coudres. II nous apprend que son premier 
soin en y ddbarquant fut de dresser un autel et de faire 
offrir a Dieu le sacrifice du Calvaire par 1 un des pretres 
qui taient a bord de ses vaisseaux. C e tait le jour menie 
ou 1 Eglise chr^tienne cdlebre la nativite* de la Yierge 
Mere de Dieu ; et c dtait aussi la premiere fois que le St. 
Sacrifice 6tait offert dans 1 intcrieur des terres du Canada. 
II debarqua ensuite au pied du cap destine" a porter le 
drapeau chr^tien et national, et son premier soin est d im- 
poser a cette terre un nom chretien, en nommant Ste.- 
Croix la petite riviere qui vient apporter en cet endroit 
le tribut de ses eaux au grand fleuve. 

Arrive* a Hochelaga, Jacques Cartier fit ce qu aurait 



62 

pu faire le missionnaire le plus ze le et le plus pieux. 
" Dans Pimpuissance ou il tait de parler de Dieu a ce 
peuple dont il ignorait la langue, dit le savant abbe 
Faillon, il adressa a Dieu meme des prieres en leur 
faveur, et se rnit & reciter le commencement de 1 Evangile 
selon St. -Jean : In principio erat verbum. II fit ensuite 
le signe de la croix sur tous les malades qu on lui pre - 
sentait, " priant Dieu qu il leur donnat connaissance de 
notre sainte Foi et de la passion de notre Sauveur, et leur 
accordat la grace d embrasser le christianisme et de rece- 
voir le bapteme." Mais comme ces actes de charitd et de 
pie te semblaient n avoir pour objet que les malades qui 
lui dtaient pre sente s, Cartier voulut dernander a Dieu les 
memes faveurs pour tout ce peuple. Ayant done un livre 
de prieres, il lut integralement et a haute voix tout le 
rdcit de la passion de Notre-Seigneur, afin que, s il ne 
pouvait remplir 1 esprit de ces sauvages de la connaissance 
de ce rnystere adorable, la source et le motif de toutes les 
espe rances du genre huuiain, au moins les paroles qui en 
expriment le rdcit frappassent leurs oreilles. Pendant 
cette lecture, tout ce pauvre peuple, dit-il, fit un grand 
silence et ils furent merveilleusement bien attentifs, regar 
dant le ciel, et faisant eux-memes des ce r&nonies pareilles 
a celles qu ils nous voyaient faire." 

Ces actes religieux accomplis, Jacques Cartier gravit la 
montagne au pied.de laquelle ^tait la bourgade d Hoche- 
laga, et, arrivd au sommet, il regarde avec admiration et 
contemple avec bonhcur le spectacle grandiose qui se 
ddroule sous ses yeux. C e tait a cette e^poque de 1 annde 
ou nos forets, touchees des premiers souffles de Pautomne, 
ont pris ces teintes variees et si delicatement nuanc^es de 
rouge, de jauue, de vert, qui prdsentent au spectateur un 
coup-d oeil si ravissant. 11 regarde done vers 1 aquilon et 
le midi, a 1 orient et a i occident, et partout d immenses 
forets, ou regne une gigantesque vdg^tation, s e tendent 
a perte de vue. Les eaux du grand fleuve qu il vient de 
remonter forment a et la des lacs de plusieurs lieues 
d etendue et se partagent en deux courants principaux 
pour arroser les deux versants de la montagne ou il se 
trouve. 



53 

A la vue de cette grande nature, au souvenir de tout 
ce qu il venait d observer dans sa navigation de plus de 
trois cents lieues dans 1 inte rieur des terres, quels ne durent 
pas tre les pense es et les sentiments qui s emparerent 
d une ame aussi grande, et surtout aussi chre tienne que 
celle de cet intr^pide voyageur ! Le present semble lui 
de>oiler 1 avenir, une secrete inspiration lui dit qu il est 
bien au centre d un territoire destin^ a devenir la patrie 
d un grand peuple chretien. II en est tellement convaiucu 
qu il lui semble deja voir le chef de ce peuple etablir le 
si^ge de son empire en cet endroit, et en consequence il 
impose a cette montagne le nom significatif de Mont- 
Royal, ou, conime on prononeait alors, Montreal. 

#** 

RAPPROCHEMENT REMARQUABLE 1NTRE JACQUES CARTIER ET LE PERE 
DES CROYANTS. 

En presence de ces faits si importants que Jacques 
Cartier nous raconte lui-meme avec un grand detail, dans 
les relations qu il a faites de ses voyages, qui ne serait 
frappe des rapports qu ils e tablissent entre cet homme 
illustre et le patriarche Abraham ? 

Lisez plutot ce que la Ste.-Ecriture nous dit du Pere 
des Croyants : " Sors de ton pays, lui dit 1 Eternel son 
Dieu, et viens dans la terre que je te montrerai, et je 
ferai de toi une grande nation." En arrivant dans cette 
contr^e vers laquelle 1 Eternel a conduit ses pas et qui 
tait alors la patrie des fils de Chanaan, que fait Abra 
ham ? II dresse un autel a 1 endroit meme ou le Seigneur 
vient dc lui apparaitre et de lui dire : " Je donnerai ce 
pays a ta poste rite." Etant passe de la vers une mon 
tagne qui est a 1 orient de Bethel il dresse encore la 

un autel au Seignerr, et il invoque son nom. Apres que 
Lot se fut separe du Patriarche, le Seigneur dit a Abra 
ham : " Leve tes yeux et regarde du lieu ou tu es vers le 
septentrion et au midi, a 1 orient et a 1 occident. Je te 
donnerai a toi et a ta poste rite pour jamais toute cette 
terre que tu aperois. Parcours pr^sentement toute I d- 



54 

tendue de cette terre dans sa longueur et sa largeur, 

parce que je te la donnerai " et Abraham dressa 15, 

(pros de la valle e de Mambre ) un autel au Seigneur. 

Nous le re pe tons, quel est 1 homme chretien, et qui croit 
au dogme d une Providence infiniment sage qui dispose 
de tons les evenements ici-bas, qui ne soit frappe de la 
ressemblance qu il y a entre la conduite du patriarche 
Abraham prenant possession de la terre que Dieu promet 
a ses descendants, efc celle de Jacques Cartier prenant 
possession de la terre canadienne, vers laquelle la meme 
Providence a dings ses pas par 1 ordre de son souverain ? 
Le Canada, comme le pays de Canaan, etait la patrie d une 
race coupable, et Dieu, dans sa justice, 1 avait condamne e 
et voue e a 1 extermination ; mais dans sa mise ricorde, il 
voulut lui donner le temps de ddtourner de dessus sa tete 
la terrible sentence portee contre elle. Jacques Cartier 
apparatt done au milieu d eux, avec les pretres de voue s 
qui le suivent, comme un envoye celeste, comme Abra 
ham au milieu des Cananeens criminels. Us ne sont 
guere mieux regus Tun que 1 autre par ces hommes per- 
vers, et ils doivent s eloigner de la terre ou Dieu les avait 
conduits pour leur donner le temps de profiter du delai 
que la mise ricorde divine leur avait accords . L histoire 
sainte nous apprend comment la Providence chatia pen 
dant ce temps, pour les corriger et les sauver, les enfants 
de Canaan. La guerre, la famine, le feu du ciel tour a 
tour les frapperent, mais en vain ; ils avaient mis le comble 
a la niesure. L histoire canadienne ne nous redit pas ce 
qui se passa, apres le depart de Jacques Cartier, chez les 
habitants de Stadacone et d Hochelaga, mais elle nous dit 
qu au retour de ceux a qui il avait prepare les voies, ces 
peuplades avaient disparu pour faire place & d autres, & 
peu pros aussi coupables. 

Yoila la double legon que la premiere page de notre 
histoire nous donne sur notre mission et notre destine e 
comme peuple, et sur le sort r^servd aux races infidelcs 
qui ont devie de la voie et qui ont persists dans leur 
endurcissement. 

Puisses-tu ; 6 peuple canadien, bien comprendre le pre- 



55 

mier enseignement de ton histoire qui t apprend ta noble 
destine e, et te ddfier des hommes aveugles ou pervers qui 
voudraient te la faire dchanger centre un plat de lentilles ! 



AHTIC1LE IX. 

CONTINUATION DES PREUVES DE LA MISSION PROVIDENTIELLE DES 
CANADIENS. 

Ce que nous avons deja dit sur Forigine de la colonie 
frangaise en Canada, les temoignages importants de nos 
deux plus savants historiens que nous avons cit^s pour 
faire connaitre 1 intention et le but des rois de France 
dans la fondation de cette ceuvre importante, prouvent 
surabondamment le caractere religieux do notre mission 
nationale. 

La parole et la conduite des honrmes remarquables 
que la Providence a mis au service des rois tres-chretiens 
pour 1 accomplissement de cette glorieuse entreprise, ne 
le deniontrent pas moins clairement. Nous pourrions, 
ce semble, nous en tenir la, sur la recherche de notre des- 
tinde ommune. 

Cependant, dans la conviction ou nous sommes que 
c est ici, pour nous Canadiens-Frangais, un point capital, 
et que notre avenir national de pend de cette verite bien 
connue et bien comprise, nous ne croyons pas pouvoir 
jeter sur ce sujet trop de lumiere. Oui, nous croirons 
rendre un service important a nos compatriotes en contri- 
buant pour quelque chose a. affermir leur foi dans notre 
nationality et leur confiance dans son avenir, en contri- 
buant a augmenterla conviction ou nous devons tous gtre 
que notre SALUT NATIONAL non moins que notre salut 
dternel depend de notre attachement constant et intlran- 
lable au CATHOLICISME. 

C est la sans aucun doute le lien le plus puissant qui 
nous relie en corps de nation, et qui contribuera toujours 
le plus efficacement a. nous preserver des dangers nom- 



56 

breux qui nous environnent, et dont le plus redoutable 
sans contredit est celui de notre division. 

Nous allons done encore etudier les hauts enseigne- 
ments q ue nous donnent a ce point de vue quelques faits 
importants consignees dans notre histoire, et que la Pro 
vidence semble avoir mis la comme des phares qui doivent 
servir a nous dclairer dans les temps critiques que nous 
traversons, et comme des jalons destines a nous guider 
dans notre marche vers 1 avenir. 

*** 

POURQUOI LA PROVIDENCE FRAPPE DE STERILITls L1S PREMIBRS 1SSAIS 
DE COLONISATION EN CANADA. 

Le premier hivernement de Jacques Cartier dans le 
voisinage de Stadacone avait produit un effet si desas- 
treux dans sa recrue par le froid excessif et les maladies, 
qu on regarda, en France, ce pays comme presque inha 
bitable. Aussi quand il fallut trouver des colons pour 
aller s y fixer definitivement, fut-il presqu impossible d en 
trouver qui voulussent de bon gr abandonner le beau 
pays de France pour s enfoncer dans les sombres forets 
du Canada. II devint en quelque sorte necessaire de 
recourir a des moyens de coercition. 

En consequence, Frangois ler autorisa Koberval et 
Jacques Cartier a prendre dans certaines prisons de 1 dtat 
les crimincls condamne s a mort qu ils jugeraient propres 
a cette entreprise. Cette etonnante resolution de com 
poser en partie d hommes coridamne s & mort la recrue 
destinde a donner commencement a une colonie en Canada, 
peut faire 1 e loge du co3ur de ce monarque, qui trouvait 
par la un moyen de soustraire ces malheureux aux coups 
de la justice, en leur offrant une belle occasion de te moi- 
gner leur reconnaissance a Dieu par un entier change- 
ment de vie ; mais on conviendra que c dtait un bien 
triste choix pour atteindre le but qu il se proposait et 
amener la conversion des sauvages. Cette premiere ten 
tative, en consequence, e choua completement ; Dieu voulait 
de plus dignes instruments pour accomplir ses desseins. 



57 

Sous le regne de Henri III, une seconde tentative du 
meme genre, dirige e par le marquis de la Roche, eut le 
meme sort. 

Henri IV, qui voulait, comrne ses pre decesseurs, fonder 
une colonie CATHOLIQUE avant tout sur les bords du St.- 
Laurent, eut 1 ideenon moins singuliere d en confier 1 exd- 
cution et le soin au Calviniste Chauvin. II semble qu un 
prince aussi intelligent que ce grand hornme aurait du 
mieux comprendre qu un des e le ments les plus indispen- 
sables au succes d une telle fondation dtait la force que 
toute association d hommes tire de 1 union, et surtout de 
1 union religieuse, de I unite dans la foi. Mieux que tout 
autre, ce monarque devait comprendre cette ve rite de pre 
mier ordre pour la paix et le bonheur de la socie te , lui 
qui voyait sous ses yeux les malheurs epouvantables qu en- 
trainaient les divisions religieuses chez les nations meme 
les plus vigoureusement constitutes. II n est done pas 
tonnant que ce nouvel essai de colonisation ait eu le 
sort des pre ce dents. Car comment un peuple naissant 
aurait-il pu resister a une cause de destruction qui a si 
souvent mis sur le bord de 1 abinie les nations meme les 
plus florissantes ? 

Sans nous arreter a examiner les causes secondaires 
qui ont rendu inutiles tant d efforts et de sacrifices pour 
asseoir les bases d une colonie prospere en ce pays, 
remontons de suite a la cause premiere, et disons que la 
Providence etait la, qu elle veillait avec soin sur Torigine 
d une nation qu elle appelait a de hautes et saintes des- 
tinees. Aussi frappa-t-elle de sterilite toutes les tenta- 
tives dont les Elements de colonisation n etaient pas en 
harmonie avec la pense e qu elle avait elle-meme inspir^e 
constamment aux rois de France, de fonder une colonie 
avant tout catholique. 

C est la, n en doutons pas, la cause rdelle et premiere 
de 1 insucces des premiers essais de colonisation sur un 
sol qui devait etre arrose du sang des martyrs. 



58 



CHOIX PROYIDENTIEL DES PREMIERS COLONS. 

Enfin, quand le temps fut venu de fonder une vrai 
colonie dans ce pays, Dieu suscita a cet effet Cham pi ail 
comme il avait suscite Jacques-Cartier pour en faire ] 
decouverte. Ce grand homme reunissait a un liaut degi 
toutes les qualitds necessaires pour accomplir une ceuvi 
aussi importante. Sa foi et sa pie td lui firent comprendi 
quels soins il devait apporter dans le choix du personm 
destine a former le noyau de la colonie. 

Et, certes, ce doit etre pour nous, Canadiens-Frangai 
le sujet d un bien l^gitime orgueil que de savoir que 1< 
premieres families de cette colonie, desquelles nous de 
cendons pour la plupart, ont e te choisies parmi ce qu 
y avait de mieux dans la mere-patrie, sous le rappo: 
moral et religieux. 

Ce sont ces families d elite qui nous ont legue* cette f< 
vive et ces moeurs douces qui ont toujours caracte rise 
Canadien-Fratiais, ce profond respect pour 1 autorit 
soit religieuse, soit civile ; cet attachement ine branlable 
l enseiguement de VEglise, qui a fait notre force, qui 
toujours e te notre salut au temps du danger, en no\ 
tenant unis comme un seul homme. Les precieuses qu 
Ike s du coeur qui distinguent nos compatriotes. leur gen 
reuse et bienveillante hospitalite, leur politesse prove 
biale, qui charment les Strangers ; cet esprit franchemei 
et sincerement liberal qui leur assure Testime et la coi 
fiance de leurs concitoyens d origine e trangere, sont enco] 
une portion de 1 heritage pre cieux que nous ont le gue c< 
nobles et religieux ancetres. 

Or, nous le demandons a tout homme qui croit a 
sollicitude d une Providence infiniment sage, qui a m6n 
compte jusqu au nombre de nos cheveux, afin qu il n ( 
tombe pas un sans sa permission, faut-il attribuer 1 i 
succes absolu des premiers essais de colonisation en Canat 
au hasard ou & une force aveugle et malveillante qu 
e*tait impossible de controler, ou bien faut-il croire qi 
cette mme Providence ne trouvait pas les e le ments ei 



59 

ployes dans ces premiers essais, c est-a-dire des repris de 
justice condamne s a mort ou des homines di vises entre 
eux par les haines religieuses les plus profondes, faut-il 
croire que la Providence ne trouvait pas, disons-nous, ces 
Elements de colonisation en harmonic avec la pense e 
qu elle avait elle-meme inspired aux rois tres-chretiens ? 
Evidemment, en effet, on ne pouvait faire un plus malheu- 
reux choix pour amener la conversion des infideles, et 
jeter les bases d une nationality unie et religieuse. Les 
moyens n etant done point propres a atteindre la fin, 
Dieu n a pas voulu les be nir, mais les a mis de cotd comnie 
des instruments inutiles. 

Voila, sans aucun doute, la cause providentielle de 
I inutilite des efforts et des sacrifices faits en premier lieu 
pour commencer la colonie canadienne. 

Champlain apparait ; son intelligence, e clairee par sa foi 
et sa pidte, ccmprend cette verite . II fait, en consequence, 
le choix d un personnel convenable. Bien que des diffi- 
cultes toujours renaissantes se dressent sans cesse devant 
lui, son courage soutenu par sa vertu les lui fait surmon- 
ter toutes. Son oeuvre a deja traverse* plus de deux siecles, 
et est arrive e au ddveloppement prodigieux que nous 
voyons aujourd hui. 

Encore une fois, nous le demandons, est-ce la 1 oeuvre 
d un hasard heureux? Quel est done le Canadien qui ne 
voie dans cette seconde page de notre histoire une legon 
que la main de la Providence a voulu y inscrire pour 
notre instruction, dans laquelle elle nous dit : " C est par 
le catholicisme que vous avez regu la vie et le de veloppe- 
ment national ; c est aussi par lui que vous continuerez a 
grandir et que vous arriverez a raccomplissement des 
hautes destinies auxquelles je vous ai appel^s comme 
peuple ?" 



ACTION PHOVIDENTIELLE DES MISSIONNAIRES A L*OE1GINE DE NOTRE 
NATION. 

Latroisieme page de notre histoire nous de couvre encore 
plus clairement ce plau de la divine Providence. Elle nous 



60 

raconte d abord 1 oeuvre des missions chez les sauvages et 
les efforts faits par les Peres Recollets ct les Peres J^suites 
pour amener ces infortun^s infideles & la connaissance de 
la foi et a la veritable civilisation. Elle nous redit ensuite 
les services immenses rendus par ces memes hommes aux 
premiers colons, surtout en attendant 1 organisation hie rar- 
chique de 1 Eglise du Canada. 

La palme du martyre, remportde par plusieurs de leurs 
membres, a couronn^ leur oeuvre ; elle a attache* au front 
de notre nation naissante cette aurdole de gloire qui brille 
d une lumiere si vive et si pure. 

Le sang de ces martyrs a re ellenient e te pour nous une 
source de benedictions ; il a etd le prix d acquisition de 
notre patrie, de ce sol qu ils ont les premiers visite , et 
qu ils ont ainsi purifie de toutes les abominations d une 
infidelit^ plusieurs fois s^culaire. Ce sang des envoye s du 
Dieu de paix et de charitd si indignement repandu par les 
mains du farouche et barbare infidele, a mis le sceau a la 
reprobation de ces races coupables qui rejetaient la lu 
miere. Dieu les a juge es, et c est a peine s il en reste 
quelques temoins pour dire qu elles ont existe. 

En presence de ce fait terrible, on se rappelle involon- 
tairement ces paroles que jloise fait dire a Dieu lorsqu il 
a voulu se venger de ses ennemis : " Dixi!.. ubinam 
sunt ? J ai parle !. . et ou sont-ils ?. . J effacerai meme 
jusqu a la mdmoire de leur nom." Voila naturellement la 
pensee qui se presente a 1 esprit chr^tien en voyant le 
sort des infortunds infideles de ces contrees. 

Mais ce sang de nos peres dans la foi est devenu notre, 
plus glorieux comme aussi notre plus Idgitime titre a la 
possession de ce territoire. Les premiers possesseurs, qui 
devaient devenir nos freres, en ayant disparu, nous en 
avons etd mis en possession providentiellement et de la 
maniere la plus legitime qu il ait jamais ete donne a un 
peuple d avoir une patrie. 

Cette belle ceuvre des missions sauvages, eoniinence e 
aux premiers jours de la colonie canadienne sur les bords 
du St.-Laurent, se continue de nos jours. Nos mission- 



61 

naires ont pe netre dans 1 interieur du continent, et de lit, 
se diri^eant vers 1 ouest et le nord, ils ont arbore 1 ^ten- 
dard de la croix sur les bords de Poce an Pacifique, et 
j usque sous le cercle polaire, ou le soleil ne se couche 
point en 6t6 et ne se leve point ea hiver. 

Parmi les heros chrdtiens qui ont inaugurd 1 oeuvre de 
la conversion des "sauvages, apparait en tete une de nos 
plus grandes figures historiques, et qui marche a 1 dgal de 
Jacques Cartier et de Samuel de Champlain : c est le pere 
Jean de Brdboeuf ; en lui et ses compagnons se personnifie 
1 epoque la plus terrible comme aussi la plus glorieuse des 
missions. 

*** 

L ORGANISATION HIERARCHIQUE DE L EGLISE EN CANADA A TE LE 

PRINCIPE DE NOTRE VIE NATIONALE. 

Mais voici une autre page de notre histoire dont Fen- 
seignement est encore plus clair que tout ce qui precede. 
C est celle qui nous raconte la formation de 1 Eglise du 
Canada et des oeuvres qu elle y a fonddes. Nous aurons 
occasion d dtudier un peu plus tard ce qu ont valu pour 
notre nationality et ce qu ont fait pour sauver du nau- 
f rage .dans les temps de tempete que nous avons eu a 
traverser, tout ce qui nous distingue comme peuple, les 
osuvres fondees par Mgr. de Laval. C est dans la conser 
vation providentielle de toutes ces fondations que Ton 
voit bien la puissance de ce souffle de vie que la religion 
communique a tout ce qu elle touche. 

L o3uvre politique de Champlain a perirnalgre 1 habilete 
des gendraux et la valeur des soldats de la France, inalgrd 
la fidelity he roique de nos peres, et le drapeau britannique 
a remplacd depuis plus d un siecle 1 orinamme sur le vieux 
cap de Stadacone. Mais dans ce naufrage amene par les 
souffles avant-coureurs de 1 horrible tempete de la Evolu 
tion franaise, ou devait s abimer une monarchie de qua- 
torze siecles, 1 Eglise du Canada s est trouve e la, comme 
une arche sainte, pour recueillir les debris de notre natio- 



62 

Halite* et les sauver en les confiant a ses colleges et a- ses 
couvents. L ceuvre religieuse de Mgr. de Laval a traverse* 
sans encombre cette terrible crise. Elle en est sortie plus 
forte et plus vigoureuse qu auparavant. Depuis cette 
e*poque surtout, nos e*veques canadiens ont 6t les instru 
ments dont la Providence s est servi, non-seulement pour 
guider nos pas dans la voie du salut, mais encore pour 
soutenir et sauvegarder nos inte rets nationaux chaque 
fois que les circonstances 1 ont demand^. Qu on relise 
plutot, pour s en convaincre, la vie de 1 illustre e veque 
Plessis, par le regrette abb6 Ferland. 

Voila en peu de mots quelques-uns des enseignements 
que nous donne notre histoire nationale sur la mission 
et la destine e du peuple canadien. On peut les resumer 
en quatre noms qui nous rediront avec la meme Eloquence 
que notre avenir national est dans notre attachement au 
catholicisme. Et ces noms sont : JACQUES CARTIER, SA 
MUEL DE CHAMPLAIN, JEAN DE BR^BCEUF et J. F. 
LAVAL. 



ARTICLE X. 

RESUME DK CE QUI A &TE DIT DANS LBS ARTICLES PR^C^DENTS. 

I. 

Nous allons aujourd hui faire comme le voyageur qui a 
parcouru un long espace de pays, et qui aiine a se rendre 
compte de ce qu il a vu de plus int^ressant, et & compren- 
dre ce qu il a observd de plus remarquable et de plus 
digne de ses souvenirs. II s assied done, et jetant un coup 
d ceil en arriere, il apergoit la vaste plaine qu il a tra- 
versde, qui se deploie en longues ondulations, depuis la 
colline ou il vient de s asseoir jusqu au pied des hautes 
montagnes qu il a gravies avec tant de fatigues quelques 
jours auparavant. Dans le lointain ou elles lui apparaisseut, 
elles semblent s ^tre abaiss^es, et etre devenues plus acces- 



63 

dbles ; la teinte bleu-ciel qu elles ont revetue leur a fart 
Derdre Fapre et rude aspect de leurs masses granitiques 
m 1 oeil fatigu^ pouvait a. peine se reposer sur quelques 
:ares ve getaux. La vue d eusernble de ces masses, dont les 
jommets se dessinent avec hardiesse dans un ciel azurd, 
ui permet d en saisir mieux les contours et les formes 
rarides ; il peut se former une ide plus exacte des chai- 
lons qui relient ces sommets, et suivre leur direction ge ne - 
:ale jusqu aux dernieres limites de 1 horizon. 

Suivons en ce mement la mme nidthode dans la recher- 
3he que nous faisons des rapports qui relient la socie te 
jivile a la religion et a la famille. Arretons-nous un ins 
tant a considerer le chemin parcouru, et a bien saisir dans 
une vue d ensemble l enchainemerit des idees et des prin- 
cipes que nous avons exposes et des faits que nous avons 
invoques pour les rendre plus saisissables. Nous aurons 
par la, le double avantage de mieux saisir les choses aux- 
quelles nous n aurions pas donne une attention suffisante, 
ou qui se seraient echappees de notre souvenir, et de 
mieux apercevoir 1 enchainement logique qui relie les 
sujets trailers dans chaque article s^pardment. 

II 

Nous avons d abord constate qu en Canada comme en 
France, le clerge*, si digne de respect et si plein de zele et 
de l?amieres, s ^tait cependant fort peu tendu, dans son 
enseignement religieux, sur les devoirs sociaux et politi- 
ques des chre tiens. II s dtait en gdndral content^ de pr^- 
cher le respect et la soumission aux autorites constitutes, 
et 1 ob^issance aux lois que ces autorite s faisaient pour le 
maintien de 1 ordre et de la paix dans la societe . Get en 
seignement si court avait pleinement suffi jusqu a ces der- 
niers temps, parce que 1 ordre de choses alors existant ne 
laissait peser, en dehors de ces limites, aucune responsa- 
bilite sur la conscience des citoyens , attendu qu ils 
n avaient aucun controle, ni sur les actes du gouvernement, 
ni dans la legislation. 

Mais depuis I avenernent des gouvernements responsa- 



64 

bles pardevant les populations, depuis que le peuple est 
appele serieusement & controler, par son vote dans les elec 
tions, les actes des gouyernants et a surveiller leur l^gis- 
lation, il a assume une bien grande responsabilite, et 
chaque electeur se trouve, a raison de ces nouveaux droits 
et privileges, en face de devoirs nouveaux et importants a 
remplir. La connaissance incomplete de la gravite* et de 
1 etendue de ces devoirs chez un grand nombre d electeurs, 
1 ignorance religieuse de certains hommes qui se donnent 
comme doc ten rs du peuple. ont amend de graves de sordres 
dans plusieurs colleges electoraux, au point d attirer 
1 attention des pasteurs, et meme de nos e veques dans le 
dernier concile provincial. 

Mais, faut-il le dire ? les doctrines abominables de la 
revolution europcenne qui, semblable a une mer de fiireur, 
vient briser depuis plus de cinq ans sa rage impuissante 
sur le roc impenssable ou repose le chef de 1 Eglise catho- 
lique, notre S.-P. le Pape ; ces doctrines abominables, 
disons-nous, ont trouve dans nos rangs quelques adeptes 
qui ont eu assez d ignorance en morale ou de perversity 
pour abandouner la foi de leurs peres, et dire hypocrite- 
ment & nos populations si catholiques que cet ordre de 
devoir n existe pas ; que 1 ordre religieux doit etre entie- 
rement sdpare de 1 ordre politique ; que la religion n a rien 
a voir dans les actes politiques du chretien, etc. 

Nous avons done conclu legitimement, dans ce premier 
article, qu il y a une bien grande obligation pour nous de 
nous instruire, en notre qualitd de chre tiens, de nos 
devoirs politiques ; et que la chose est bien urgente, puis- 
que le Pape, nos Eveques et nos pasteurs se levent, comine 
un seul homme, pour nous en signaler la ndcessite, et 
nous mcttre en garde contre les dangers auxquels notre 
foi est exposee de ce cote. 

III. 

De la ( obligation pour nous de bien connaitre, en pre 
mier lieu, les hommes qui sont a ce point vue un danger 
pour notre foi. Nos Eveques nous disent 7 dans leur 



65 

lettre pastorale du troisieme coucile de Quebec, que c est 
un de leurs premiers devoirs de nous signaler ces hommes 
qui en veulent a notre foi. Us nous disent d abord qu ils 
sont hypocrites et menteurs, se cachant avec soin sous le 
manteau de la religion qu ils font seinblant de respecter 
pour rnieux tromper les populations, et se disent fausse- 
ment fils obeissants de 1 Eglise catholique, dont ils md- 
prisent Tautorite et n observent pas les lois. 

Ce premier signalement nous fait connaitre qu il ne 
s agit pas ici, a proprement parler, des predicants de 1 hd- 
rdsie ni des colporteurs de bibles qui ne craignent pas de 
dire, eux, qu ils meprisent Tautorite de 1 Eglise catho 
lique, et qu ils ne lui reconnaissent pas le droit de leur 
faire des lois et des comuiandements qui les obligent en 
conscience. 

Dans le second signalement qu ils nous en donnent, les 
Peres du concile nous font connaitre clairement qu il 
s agit des demagogues politiques, et nous ddnoncent, a cet 
effet, plusieurs de leurs doctrines errone es qu ils s efforcent 
avec tant de soin d infiltrer dans 1 esprit de nos popula 
tions, si unies jusqu a ces derniers temps et si soumises 
a 1 autorite de 1 Eglise. La tendance generale de ces 
doctrines est de detruire, dans 1 esprit des fideles, la sou- 
mission et le respect que nous devons a 1 Eglise et a ses 
ministres. Et le moyen le plus generalement employe* 
pour arriver a ce resultat, est de Jeter le soupgon et la 
defiance vis-a-vis des pasteurs en cherchant a faire croire 
qu ils n agissent que par des motifs indignes de leur carac- 
tere sacre et tout-a-fait opposds au ministere qui leur est 
confie. Les dveques et le Pape lui-meme ne sont pas & 
1 abri de ces accusations injurieuses. 

Aussi, avons-nous du conclure cet article par.Tavertis- 
sement qui nous est donnd dans la Ste.-Ecriture : " Defiez- 

vous des faux prophetes Le plus grand danger vous 

vient des faux freres." 

1?. 

Nous avons cru que la me thode la plus sure pour nous 
preserver du danger des fausses doctrines e tait d exposer 



66 

I cnscigncment dcl lv_;liye surees questions. Do la Ic litre 
qur nous avons cni devoir iiictlre en tet.e dc res articles: 
IJmtijins Consideration* s/tr l<s raji/turfs <!c. la Hocn tc, 
civile (tree lit l\i lii/nni cf l /<\iril(c. Ce litre nous 
SCmblc bicn resunnT la pensec do tous CCS articles et dc 
ceux (jui Ics sum-out, ])iiis(juc, en demontrant I ex istcnce 
dc ces rapports, nous renvcrserons par la hi bas(! inline 
sur laqucllc ils .sVfl orccii!, d asscoir une nouvello socicte 
sans religion ot sans ])iou, en proclamant le principe 
funesl e <le la ,^ paration absoluc dc 1 ordrc social d avuc 
1 ordrc rcli;-icux. 

La niarelic qui nous a paru la plus naturelle danscette 
exposition dc I enseigtiemetit catliolicjuc sur Ics rapports 
de 1 ordrc civil ct dc 1 ordrc rcligicux, a dtc cclle du na- 
turalistc (pii etud n; 1 Gtrc qu il vcut nous f aire connaitre, 
dans son oi i^ine, dans son dcveloppenient, et dans les 
ujoyen^ <|iu^ la 1 rovidencc lui a dorines pour atteindrc sa 
lin. C est le ])lan (juc nous avons adnpte, et. <|iie nous 
nous proposons de suivre jusqu au bout. Bicn s enten- 
drc sur le veritable sens dcs mots, determiner avec soin 
I 6* ten due ct Ics limites des ehoses <ju ils expriincnt, nous 
a soluble* etre la premiere condition pour laire le jour oil 
tant d obscuritcs et de tdncbrcs ont dte repaiidu(\s. Apres 
avoir precise le sens des mots, nous avons taehe dc le de- 
velopper a la lumiere de 1 histoir^ profane et de Thistoire 
religieusc, qui nous font entendre le lan^a^e d(^ la Provi 
dence dans les ehoses d iri-bns, et nous nous sommcs ap- 
pli<jue a deduirc le.s eons(M|iunices qui en decoulent natu- 
rcllcmcnt, mais surtout et avant tout, nous avons fait 
notre possible pour suivre fidelement 1 enseigncment re- 
vele qui claire tout hommc vcnant en ce monde : ct telle 
a ete, eomme on n a pas manque* dc le remarqucr, la mar- 
che que nous avons suivic. 

V, 

L-i NATIONALITY: voiliX le premier mot quo nous 
avons examine, ct sur lequel nous avons cru devoir atti- 
rer 1 attention, pour en prcciscr le sens et en faire bicn 
saisir toute I e tendue. C cst 1 cnscmblc des qualitcs qui 



C7 

constituent la nation. Et la nation est I ensemble des; 

\e famiUe. En .-or to que la famille 

que la nation en petit et en ^enne: et lunation, 

b la famille en grand. J> rapports; nornbreux 

et fmppants entre la societe civile et la sodete do ;. 

rernemeni 

rapports que nous ri avoris fait qu effleurer, mais que 
nous ferons ressortir plus tard. 

Avec cette idee du mot nation, il nous a o te facile do 
dire quelles sent les quote s constitutive--* do la nation, 
nfants dans la famille parlent la meme langue, ih 
ont la rnGrno foi ; les rapports qu iis ont entr eux er 
sent des usages ot de.s couturnes qui lour nont au-isi chers 
que la vie ; ils le,s ernportent avec eux en entrant d. 

ie. 

De la il nous a ete facile de conclure que la langue ma- 
ternelle, la foi des ancetres, les rna-urs. les cout in 

;ues duns la famille sorit les elements constitu- 

tifs de la nation, et forrnent ce que Ton appeile la nationa- 

quo no.s coii- ^es <s. nos couverits. ou -es se 

cultivent et se perfectionnent avec le plus grand soin, sont 

.r:stitutions nationales par excellence. 

e famille ne peut se d^velopper qu a la condi 
tion d avoir u sa disposition un espace co.-; von able et un 
territoire a elle en propre. 

ce territoire, c est la patrie : Tamour de ce sol oil 

I hoiume a vu le jour, de ce sol qui a port*- -on berceau et 
ECS premiers p- vie. de c<. ..-o.sont les cen- 

8 ancetre-, cet amour, c e.st le patriot : srne. 
attachement a la terre d 

qui ont. les premier?, frappe nos ie^ ;J rds. est u-i des sen 
timents les plus prolon dement graves dans le coeur de 

.me. I)ans to us les temps et dans tous les lieux, 
chez 1 Esquimau de la Mer Glaciale a-, que chez 

le ne^re d s brulants de 1 Afrique. 

.ssi fort que la mort. C ost done une loi de la nature. 
..ppe et perfection u6 par le sentiment relipeux, il 
fait les heros. et houtient dans les luttes d un charnp de 
bataille les vaillants d^fenseurs de la patrie. 



Le courageux colon qui s enfoncc dans les profondeurs 
de la foret, non plus cornme nos peres pour y repousser 
un ennemi envahisseur, ou y combattre le farouche Iro- 
quois, mais bien pour y lutter pendant des annees contre 
les privations de tout genre, dans 1 isolement et 1 ennui, 
se soumettant cliaque jour au dur labeur du defriche- 
ment; voila, dans notre humble opinion, 1 exemple du 
patriotisme le plus pur et le plus admirable. Aussi la 
grandeur des sacrifices que la patrie a demande s et de- 
man de encore sur ce champ de labeurs a-t-elle (ait reculer 
un nombre malheureusement trop grand de nos compa- 
triotes, qui ont prefere s expatrier pour aller servir des 
maitres aussi crgueilleux qu avides, et meme verser leur 
sang pour les aider a opprimer leurs freres. Honneur 
done a nos courageux colons qui ont deja. transforrne en 
belles et prosperes paroisses une si grande etendue de 
nos forets. Lu ils transmettront a leurs descendants, qui 
les en bdniront, notre sainte religion, la belle langue fran- 
gaise, nos moaurs si pures, nos usages et coutumes si polis 
et si bienveillants. Juste recompense de leur noble 
patriotisme ! 

Quant au sort qui attend les emigrants et leurs descen 
dants aux Etats-Unis, ce n est rien moins que les humi 
liations de Id mort nationale, et pour un grand nombre, 
hdlas ! la perte de leur religion, et tons les malheurs qui 
s en suivent. 

Triste consequence de leur manque de patriotisme... 
VII. 

11 entrait certamemeiit dans les vues de la Providence 
de grouper ainsi par corps de nation les enfants d Adam. 
La confusion des langues en a e te le moyen, et la confu 
sion des idees et des principes religieux, laquelle Dieu 
semble avoir voulu gener et diminuer par la, peut en 
avoir 6t6 une des causes. Mais, sans aucun doute, c est 
pour des raisons infiniment sages que la divine Provi 
dence a ainsi regie la division des descendants de Noe. 

Or ? dans les oeuvres de la Providence, point de lacune, 



69 

rien n est laisse au hasard ; tout est coordonne relative- 
ment a un plan infiniment sage ou chaque chose a sa 
place ct chaque individu son poste a occuper. Oui ! 
chaque individu dans la famille, chaque famille dans la 
nation, chaque nation dans 1 humanitd, a sa mission a 
remplir, son but a atteindre; done, aussi, lous les secours 
et tous les moyens necessiires pour cela. 

C est la un des hauts enseignements du cate chisme 
catholique, que trop d hommes peut-gtre perdent de vue 
dans notre temps. Nous avons cru devoir le rappeler 
pour relever le courage d un certain nombre de nos coin- 
patriotes, et affermir leur foi dans notre avenir national. 

Nous avons demande & 1 histoire sainte et a 1 histoire 
profane de nous redire les enseignements qu elles ont re- 
cueillis dans leur passage a travers les siecles, sur le sort 
reserves aux nations et aux peuples. Et partout, en tous 
lieux et en tout temps, elles nous ont rnontre la main ter 
rible de la justice divine ecrivant la sentence des nations 
coupables, apres les avoir pesdes dans sa redoutable ba 
lance. Elles nous ont montre la justice divine divisant 
le territoire qu elle leur avait donne en heritage, et les 
reduisant en servitude, ou meme vouant a l extermination 
les races endurcies et opiniatres qui ont mis le comble a 
la mesure par Tabus des mojens que sa mise ricorde leur 
avait donnes pour detourner les coups de sa justice. 

Ces memes tdnioignages de 1 histoire, au contraire, 
nous ont toujours montre dans la paix, dans la prosperity 
et le bonheur des petites nations aussi bien que des 
grandes, tant qu elles ont march($ dans les sentiers de la 
justice et de 1 equit^. 

VIII 

Apres avoir dtabli ces principes, nous avons cru qu il 
convenait d en faire 1 application a notre peuple. Et 
d abord, nous nous sommes arrete s a constater quelques 
faits importants relatifs au ddveloppement de notre popu 
lation. Quand, en feuilletant les documents ofiiciels etles 
statistiques ou se trouvent consign^s ces renseignements, oil 



70 

vient a. trouver que les quelques families franchises dbar- 
que es il y a a peine deux cent cinqunnte ans sur lesbords 
du St.-Laurent,sont devenues aujourd hui, parlour develop- 
peraent nature! seul, une population de pres d un million 
d ames, et ce]a malgre les difficultes sans nombre et les 
tiprcuves de tout genre que Ton connait, comment ne pas 
s ecrier avec les dcvins de Pharaon, en presence des ocuvres 
de Moise : " Le doigt de Dieu estici." Un developpement 
aussi etonnant, et a pcu pres sans example dans 1 histoire des 
peuples, ne nous autorise t-il pas a conclure que ces quel 
ques families etaicnt vraiment do celles que Dieu a pri- 
vilegitjes, comme celle d Abraham, pour etre la source 
d ousort un grand peuple? Nous avons done affirme, avec 
une grande conviction, nous sommes une nation, puisque 
nous sommes un million d arnes parlant la merne langue, 
professant la meme foi, ayant des coutumes, des usages, 
des lois et des institutions a nous en propre. 

Puisque nous sommes une nation, nous avons done une 
patrie ; cette patrie, c est la terre que nous ont leguee nos 
peres, la belle et riche vallde du St.-Laurent. C est la 
Providence elle-meme qui 1 a donnee a nos peres, en 
recompense de leur zele a travailler a la conversion des 
pauvres infideles qui en etaient les premiers occupants, et 
que, dans ses jugements epouvantables, Dieu a fait dispa- 
raitre de ce sol comme la neige au retour du soleil du 
printemps, 

IX 

Puisque les Ganadiens-frangais. dans la vallee du grand 
fleuve, sont aujourd hui une nation, ils ont done une mis 
sion et une destinee nationales a accomplir. La Provi 
dence, qui les a appele s elle-meme a cette destinee, leur a 
done prepare d avance les secours et les moyens n^cessaires 
pour 1 atteindre. mes compatriotes ! comprenons bieu 
cette import ante verite, et ayons confiance dans notre 
avenir national. Notre sort est entre nos mains. Soyons 
fideles a notre Dieu } et ne craignons rien. 

Mais quelle est cette mission et cette destinee natio- 
jiales ? 



71 

Nous Taverns demands a notre liistoire, et 1 histoire 
nous a repondu, par la bouche des rois tres-chre tiens et 
le zele dcs ames d elite de la France, fille aine e de 1 Eglise 
catholique : " Votre mission nationals est la convention 
des pauvres sauvages et V extension du royaume de Jesus- 
Christ ; votre destinee nationale, cest de devenir un 
grand peuple catlwlique" 

Nous 1 avons encore interrogde cette liistoire qui nous 
parle si bien le langage de la Providence ; et elle nous a fait 
la meme reponse par la bouche des hommes de genie que 
Dieu a suscites pour cette grande ceuvre de la colouie 
canadienne. 

Le courage et le genie Chretiens de Jacques Cartier ; la 
sagesse. la prudence et la foi de Samuel de Champlain ; le 
zele infatigable du jesuite Jean de Brebreuf et de ses com- 
pagnons martyrs, rnais sitrtout la sagesse, le gdnie et la 
pie"te du premier dveque de Quebec, Mgr. Jean-Franois 
Laval de Montmorency, et les fondations si precieuses 
qu il a faites en ce paj r s, et qui ont dte 1 arche sainte 
dans laquelle les debris de notre nationality ont ete sauv^s 
du naufrage au temps de la tempeHe ; ces homines et ces 
institutions nous redisent avec la merne clarte et la meme 
Eloquence que notre mission et notre destinee nationales 
sont 1 ceuvre des missions sauvages, et 1 extention du 
royaume de Dieu par la formation d un peuple catholique 
dans la vallee du St. -Laurent. 

Telle est en peu de mots la premiere partie du travail 
que nous avons entrepris. II nous reste a voir maintenant 
comment une nation peut et doit marcher vers le but que 
lui a assigne la divine Providence, et quels sont les dan 
gers auxquels elle est exposee le long de la route. C est 
ce que nous essaierons de traiter dans deux ou trois 
semaines, nos occupations nous foryant a differerce travail 
pour le present. 



ARTICLE XI. 

QUELQUES REFLEXIONS SUR LA CONQUETE DU CANADA PAR L*AN- 
GLETERRE. 

Avant que d aborder la question de 1 autorite ou du 
pouvoir dans la nation, nous croyons devoir dire un mot 
d un des faits les plus import-ants de notre liistoire : nous 
voulons dire la conquete du Canada par 1 Angleterre. Les 
quelques remarques que nous de sirons consigner ici sur 
cet evenement culminant de notre existence nationale, 
auraient du naturellement trouver place a la fin d un des 
articles prdcddents, mais nous en avons <$te empech par 
diverses causes. 

La conquete de notre pays* par les armes anglaises a 
certainement porte une atteinte profonde a notre exis 
tence comme peuple, non-seulement en tarissant la source 
de 1 immigration catholique franchise qui nous dtait encore 
si ne*cessaire, dans 1 etat de faiblesse ou se trouvait la 
col onie, mais encore en nous enlevant 1 elite de nos corn- 
/ patriotes, qui aimerent mieux retourner au pays de leurs 
ancetres plutot que de passer sous une domination tran- 
gere. Presque tous les hommes qui se trouvaient naturel 
lement nos chefs par leur valeur, leur intelligence et leur 
fortune reprirent la route de la vieille France, abandon- 
nant tristement au sort qui 1 attendait, le petit peuple, 
mais 1 he roique peuple de la Nouvelle-France. En cette 
extre mite le peuple canadien put connaltre ce que valaient 
pour lui 1 amour, le zele et le devouement de son clergd. 
Sans se laisser elbranler par le deplorable exemple que lui 
donnait la noblesse de cette colonie, le clerge* "demeura 
fidele au poste du devoir ou la Providence 1 avait place^ 
pour consoler nos peres dans leur affliction, les encourager 
dans leur abattement, et leur conserver dans ce naufrage 
le plus precieux de tous les biens, la foi que leur avait 
le gue e la mere;patrie, si justement qualifi^e du titre de 
fille ainde de 1 Eglise. Dans nos colleges et nos couvents 
les debris de notre nationality trouverent un asile salutaire 
que leur avait menage la Providence, 



73 

On pourrait ne anmoins demander si la conqu6te, avec 
tous ses inconv^nients et ses de savantages, a re ellement 
e te pour nous un malheur national. 

Si nous etudions avec soin quelle dtait alors la situation 
de la France, la demoralisation profonde ou 1 avaient jete e 
irrdsistiblement les abominables doctrines de 1 impiete 
re volutionntire ; si nous sondons 1 abime pouvantable que 
ces doctrines subversives, preche es pendant plus de cin- 
quante ans par des homraes tels que Voltaire et J.-Jacques 
Kousseau, creusaient chaque jour de plus en plus, et dans 
lequel ce puissant royaume devait disparaitre, quelques 
annees plus tard, comme un vaisseau qui sombre en pleine 
mer, on se convaincra que la conquete n a pas 4t6 pour nous 
un malheur, mais qu elle a etd le moyen providentiel dont 
Dieu s est servi pour nous sauver comme pcuple. ^ 

Nous ne craindrons pas m^me de dire que ce sont les 
premiers souffles de la tempete revolutionnaire qui ont 
detach^ du grand arbre de la nationality franchise le 
rameau canadien. En effet, lorsqu il s agissait, dans les 
conseils de cette puissante nation, d aviser aux moyens de 
ddfendre et de conserver la belle colonie de la Nouvelle- 
France, n a-t-on pas entendu Voltaire, ce prdtendu philan- 
trope, ce pliilosophe dgoiste, cet homme au coeur r^trdci et 
et mal fait, qui mdprisait sa patrie autant qu il haissait 
son Dieu, ne l a-t-on pas entendu dire qu il etait bien ridi 
cule de se battre pour quelques arpents de neige. C est 
ainsi que dans son froid egoisme et son ignorance impar- 
donnable, il appreciait 1 immense et fertile territoire de 
la Nouvelle-France, plus de trois fois aussi grand que le 
rovaume de la Vieille-France. 



FORCE ET BEAUTE DB LA CONSTITUTION BRITANNIQUB. FlD^LITfe DE 
NOS P^RES A LEUR NOUVELLE MERE-PATRIE. 

La Providence done, qui voyait ce raineau plein de 
s&ve et de vie si violemment arrachd du tronc qui lui 
avait donnd Texistence, n a pas voulu qu il pdrit. Elje 
1 a ramassd sur le sol pu il gisait e puisd, et 1 a greffd sur 



74 

le tronc vigoureux de la constitution britannique. Depuis 
lors nous avons vecu de la vie sociale par la seve abon- 
dante et riche que nous ont communiquee les institutions 
gouvernementales de ce grand et puissant empire ; institu 
tions assez fortement constitutes pour avoir pu register 
jusqu a present a toutes les tentatives et a tous les efforts 
de la demagogic europe enne et re volutionnaire pour les 
renverser. 

Aussi sommes-nous heureux de pouvoir dire ici que ces 
institutions et la forme de gouvernement qui out fait la 
force, la grandeur et la gloire de 1 Angleterre, sont un 
legs de 1 un de ses plus grands rois, le pieux et fervent 
catholique Alfred-le-Grand. Cet homme de gdnie avait 
compris et admire la beaute ct la force de la constitution 
du gouvernement de 1 Eglise catholique. 11 essaya de 
1 appliquer au gouvernement de la nation que la divine 
Providence 1 avait charge de gouverner. C est la 1 origine 
et le modele de la constitution anglaise. 

Nos peres, qui avaient combattu avec tant de courage 
et de fide lite pour la defense du drapeau franc. ais ici, ne 
montrerent pas moins.de fidelite et de courage, ne s atta- 
ch"erent pas avec moins de sincerity au nouveau gouver 
nement sous lequel la Providence venait de les placer. 
Depuis lors, c est a 1 ombre du drapeau britannique que 
le peuple canadien a pu jouir d une paix qui lui avait i& 
inconnue auparavant, et dont les bienfaits ontcontribue* si 
puissamment a le faire grandir et prospe rer au point que 
nous connaissons. C est cette fidelite de nos peres a leur 
nouvelle mere-patrie qui nous a preserves, en 1775 et 1812, 
d etre englobes dans la grande republique americaine, et 
qui nous a preserve s par consequent de tous les malheurs 
et de toutes les ruines qui se sont accumule s sur ce peuple 
pendant les quatre annees de la guerre civile qui vient de 
se terminer, et dont les consequences possibles effrayent 
en ce moment leurs homines d dtatles plus e claires. Que 
serions-nous devenus, nous, petit peuple canadien, si la 
religion et le patriotisme de nos peres ne nous avaient 
preserve s de 1 annexion aux Etats-Unis ? Si nous voulons 
le savoir, nous n avons ,qu a visiter les anciens dtablisse- 



75 

ments franyais de la Louisiane, du Missouri et de 1 Illi- 
nois, et nous verrons la qu un bien petit nombre d entre 
nous parleraient encore li langue de ncs peres, le frangais, 
puisque dans ces anciennes colonies frangaises cette langue 
n est plus qu une langue etrangere ; nous verrons qu un 
trop grand nornbre, helas ! auraient perdu la foi eatho- 
lique et honteusement apostasie, et que, pour tous, il 
aurait fallu adopter les coutumes et les usages re publi- 
cains, si peu en harraonie avec 1 urbanite et la politesse 
proverbiale de la Vieille-France dont nous avions herite. 
En un mot, nous nous convaincrons qu il nous aurait 
fallu passer par les avanies et les humiliations d une com 
plete transformation nationalc tres-peu brillante. 

En face des calamites que la revolution franchise nous 
preparait, et dont la conquete nous a preserves ; a la vue 
du sort qui nous attendait dans la grande republique 
americaine, et que la loyaute prdvoyante et le noble cou 
rage de nos * peres ont detourne de dessus nos tetes, 
comment ne pas reconnaitre la main bienveillante de cette 
douce Providence qui veille avec tant de soin sur nos des- 
tindes nationales ? 



DEVOIRS QUE NOUS IMPOSE NOTRE POSITION A L EGARD DE NOS COM- 
PATRIOTES D ORIGINE ETRANGERE. 

Cependant, si la conquete nous a procurd de si grands 
avantages, il n en est pas moins vrai qu ellc a entraine 
avec elle d asse^ graves inconvenients. 

Un nouveau courant d immigration a remplace celui 
que la France avait e tabli avec tant de sacrifices ; et ce 
nouveau courant nous a amene des hommes qui n ont rien 
de commun avec nous sous le triple rapport du langage, 
des croyances et des coutumes. Us appartiennent a des 
nationalites tout-a-fait etrangeres a la notre, et cependant 
il entfe dans les plans de la Providence que nous vivions 
de la m6me vie sociale, les uns a cote des autres j elle 



76 

nous a donne* une patrie commune, nous a soumis au 
mSme gouvernement. 

Nous devons done accepter cet dtat de choses avec con- 
fianc.e, et trailer ces nouveaux compatriotes avcc toute la 
bienveillance qu ils ont droit d attendre de nous. Nous 
isoler systematiquement d eux serait un maihcur et pour 
nous et pour eux, ce serait jeter une division regrettable 
entre ceux que Dieu a appeldsavivre sous un meme ciel, 
& vivre en freres, puisqu il les a mis sous la tutelle d une 
commune m6re-patrie. 

Defions-nous, neanmoius, de ceux qui voudraient nous 
precher la fusion des races et des natio Halite s ; car il est 
bien clair et bien entendu que la fusion pour nous, c est 
1 andantissement de notre nationality. Nous avons une 
existence et une vie propre, c est notre existence et notre 
vie nationale ; conservons-la comine la prunelle de notre 
reil, et ne permettons jamais qu on lui porte la moindre 
atteinte. Pour cela sachons aussi toujours respecter tout 
ce qui constitue la nationalite de nos compatriotes d ori- 
gine dtrangere. 

En meme temps nous avons une existence et une vie 
commune avec ces memes compatriotes d origine etran- 
gere, c est 1 existence et la vie sociale ; travaillons toujours 
d un commun accord et avec une bienveillante dmulation 
a amdliorer et & perfectionner cette existence sociale 
commune, 

Bien loin de penser que la diversite d origine soit un 
obstacle a son perfectionnement, n est-on pas autorisd a 
dire que la population du Canada aujourd hui, qui tient 
par son origine aux deux plus grands peuples de TEurope 
et m^me du monde entier, est destinde a devenir un grand 
peuple par Tunion et la communication des eminentes 
qualitds qu elle a reues de la France et de 1 Angleterre, ^ 
devenir un peuple qui jouera certainement un role impor 
tant dans les destinees du continent nord-amdricain ? 

Les jardiniers ont un art bien remarquable en horti 
culture : c est 1 art de la greffe. Sur un tronc vivace, ils 
ont le secret de faire pousser des fruits de diffe rentes 



77 

especes, quelquefois au n ombre de trois ou quatre sortcs, 
L amatcur qui visite leur jardin est agreablement surpris 
de trouver sur un meme arbre des pommes, des poires, 
des citrons, qui se sont tous nourris de la seve commune 
que leur a fournie le meme tronc. Chaque fruit a su 
prendre ce qui lui convenait sans nuire a son voisin et 
sans rien perdre de sa forme, de sa couleur et de son 
gout. Cette comparaison dont 1 apotre St. Paul s est 
servi pour exprimer comment le Juifet le gentil devaient 
galement trouver la vie de 1 ame dans le chfistianisme, 
nous semble convenir parfaitement pour rendre notre 
pensee sur 1 ordre de clioses qui nous occupe. Nous 
sommes ici plusieurs nationality s groupies a cote les unes 
des autres sur le ineme arbre social. Sans aucun doute, 
c est la I ceuvre de la Providence. Conservons done avec 
un grand soin, chacun, tout ce qui nous constitue etnous 
caracte rise comme nation, tout en conservant notre carac- 
tere national avec autant de fidelite et de Constance que 
les fruits greffes, dont nous venons de parler, font de leurs 
qualites : travaillons en meme temps de toutes nos forces 
et d un commun accord au developpement et a la pros- 
peritd de notre commune et bien-aime e patrie. La vaste 
dtendue de son territoire est plus que suffisante pour les 
besoins de 1 accroissement de nos populations; elle fait 
meme appel chaque anne e a Immigration dtrangere pour 
venir nous aider a "exploiter les richesses qu elle renferme. 

La fertility de son sol recompense toujours le travail 
intelligent et persdverant ; la richesses de ses mines, la 
grandeur de ses forets, la puissance de ses cours d eau 
presentent partout a 1 industrie les exploitations les plus 
avantageuses. Avec des avantages aussi precieux et aussi 
varids, comment ne deviendrons-nous pas un peuple pros- 
p^re et heureux, si nous savons faire regner parmi nous 
cette dquite et cette justice qui die vent les nations et fait 
la force des empires ? 

Si tous les habitants du Canada, a. quelqu origme qu ils 
appartiennent, pouvaient bien comprendre cette importante 
v^rit^, et mettre en pratique cette loi du christiamsme : 
{ Traitez les autres comme vous aimeriez & en etre 



78 

trace s," la confiance la plus intime rdgnerait toujours 
entre eux, et les regies de la plus stride equite* preside- 
raient a toutes les relations journalieres qu ils ont 
ensemble. 

Nous sommes heureux d avoir a constater qu en 
general, et a un assez petit nombre d exceptions pres, tels 
ont ete les rapports des nationality bas-canadiennes. 
Nous declarons ici que, tant que Dieu nous donnera vie 
et force, nous travaillerons de tout notre pouvoir et du 
fond de notre cceur a maintenir et a conserver intactes 
notre foi, notre langue, nos institutions, nos coutumes et 
nos lois. Tout en engageant nos compatriotes d origine 
franyaise a faire de meme, nous serons toujours heureux 
d avoir a stimuler leur zele par les exemples de leurs com 
patriotes d origine britannique, qui veillent avec tant de 
soin et de Constance a la conservation de tout ce qui se 
rattache cle pres ou de loin a leur nationalite. 



ARTICLE XII. 

DE L AUTORITE ; SA NATURE ET SON ORIOINE, 

Nous avons vu comment la Providence, dans le gouver- 
nement des clioses d : ici-bas, preside a 1 origine et a la for 
mation de chaque peuple ; par quelles voies admirables 
elle dirige les pas de leurs premieres families vers ie ter- 
ritoire ou elles doivent se developper et marcher vers le 
but qu elle leur a assigne. Examinons a present par quels 
moyens la famille, devenue une nation par son develop- 
pement, pourra s avancer d un pas sur vers 1 accomplis- 
sement de sa destine e providentielle. 

La premiere condition necessaire a cet effet, c est d avoir 
un gouvernement regulierement constitue, pour la protec 
tion et la conservation des families, des personnes et des 
proprietes. A proprement parler, ce n est que par ce 
moyen qu une nation arrive a 1 existence reelle et person- 
nelle de peuple distinct des autres peuples, et qu il lui 



79 

est donne de prendre son rang u cote* des autres nations 
avec tous les privileges et droits inhe rents a cette nouvelle 
existence. Or, la base essentielle et fondamentale de tout 
gouvernement, celle merae sans laquelle on ne pent avoir 
1 idee d un gouvernernent, c est VAutoritt,, le Pouvoir. 

L autoritd : voila le mot qui yoffre pre sentement a 
notre dtude ; nous allons essayer de le ddfinir et de le 
commenter, comme nous avons fait pour les mots Nation 
et Patrie. 

" Naguere, dit le Rev. Pore Felix dans ses conferences 
de Notre-Daine de Paris, naguere trois mots celebres appa- 
raissaient de tous cotes inscrits sur nos murs comme la 
formule du progres des societes : Liberte, Egalite, Fra- 

ternite J admire qu une formule donnee comme le 

secret da perfectionnement des societes, ait omis totale- 
ment dans son expression ce qu il y a de plus radicale- 
inent social; quoi done? V Autorite ; 1 autorite sans 
laquelle il ne peut j avoir ni liberte, ni egalite, ni frater- 
nite veritable; 1 autorite sans laquelle le progres social 
est impossible, parce que la societe elle-meme ne peut pas 
etre... Je veux done etablir, avant d aller plus loin, que 
Jesus-Christ est le vrai moteur du progres social, parce 
que dans la societe*, 1 autorite est la condition du progres, 
et que Jesus-Christ est la source de 1 autorite." 

Qu est-ce done que 1 autorite ? que faut-il entendre par 
ce mot ou ses equivalents, pouvoir et puissance ? Le pere 
a le droit de dire a son enfant : " Mon fils, ecoutez-moi, 
suivez mes conseils, et gardez bien mes commandements." 
Personne ne pensera a contester au pere ce droit sur son 
enfant ; tous, au contraire, lui feront un devoir de 1 exer- 
cer constamment dans 1 interet de cet etre si faible que 
Dieu lui a confie. De meme, dans un Etat, le chef a le 
droit de faire des lois, de donner des ordres, suivant la 
constitution du pays : et les sujets ont le devoir et 1 obli- 
gntion d obeir a ces ordres et d observer ces lois. Dans 
1 Eglise, le Pape a le droit de decider les questions de doc 
trine, de regler les formes iiturgiques, de donner aux 
e"veques et aux pretres la juridiction dans la mesure 
qu il le trouve convenable et utile au salut des ilmes ; et 



80 

les simples fiddles, les pretres, les e vequcs ont le devoir et 
1 obligation de respecter et d observer fidelement tout ce 
qui a ete ainsi r^gle par le chef de 1 Eglise. Pourquoi 
done le Pape dans 1 Eglise, le chef civil dans 1 Etat et le 
pere dans la famille ont-ils le droit de faire des lois et des 
commandements, chacun dans la societe a laquelle ils sont 
pre pose s ? C est parce qu ils sont revetus de 1 autorite. 
L autorite , c est done le droit de commander d une part 
et le devoir d ob^ir de 1 autre. Voila, bien precisdment ce 
qu il faut entendre par \ AutoritL 

Mais d ou vient ce droit de commandement pour les 
uns et ce devoir de I obe issance pour les autres ? Quelle 
est 1 origine de cette puissance merveilleuse qui eleve un 
homme en quelque sorte au-dessus de son semblable et le 
met en position de lui dire : " faites ceci," et il doit le 
faire ; " ne faites pas ceci," et il dt)it s en abstenir ? 
Quelle est 1 origine de 1 autorit^ ? Par quels moyens arri- 
ve-t-elle a celui qui en est invest! 1 " Considered dans 
son origine, dit 1 auteur cite plus haut, 1 autorite vient de 
la creation. Tout ce qui est cre ateur est auteur, et tout ce 
qui est auteur a une autoritd ; il a 1 autorite sur ce qu il 
a produit." Cette raison de 1 autorite est vraiment radi- 
cale ; elle tient a la racine des choses ; elle est ^crite aussi 
dans la racine des mots. 



SUR L ORIGINE DE L AUTORITE. LES SOCIALISTES ET LES 
RATIONALISTES, LES DEMAGOGUES. 

Quoi qu il en soit, il s est trouve des homines assez per- 
vertis pour oser enseigner que 1 autorite , le pouvoir vient 
de 1 esprit du mal, le demon. De nos jours meme certains 
socialistes ont renouvele ce tte erreur abominable. Mais 
comme 1 id^e du diable leur rappelait la pense e d un Dieti 
juste et vengeur, ils en ont eu peur. Ils ont cru qu il dtait 
prudent de la revetir d une forme plus en harmonic avec 
1 incre dulite moderne. En cachant le diable avec soin 
sous une pe riphrase, ils ont dit et enseignd que tout pou 
voir parmi les hommes vient du mat, est un mal, et pro- 



81 

duit le mal. En cela ils ont 616 consequents avec eux- 
memes; car ils ont dit par ia bouche d un dc leurs chefs : 
" Lapropritii, c est le vol ; Dieu, c est le mal." 

Les rationalistes, eux, un peu plus raisonnables que les 
socialistes et les athe es, n ont pas entrepris comme ces 
derniers d anantir la divinite, et d effacer jusqu a la 
me moire de son nom ; ils se sont contentes de chasser 
Dieu de ce monde et de le releguer dans une region ou 
ils espe"rent bien n avoir jamais aucune affaire a regler 
avec lui. Ils ne reconnaissent en consequence rien de 
sacre, rien de divin dans le sens propre de ccs expressions. 
Ils enseignent done que le pouvoir ne vient pas de Dieu 
mais uniquement de 1 homme ; que toute autorite vient 
du peuple. Et cette origine, & leurs yeux, ne la rend que 
plus legitime, que plus digne de respect. " 

Si notre pays est encore trop chretien pour que la pre 
miere de ces doctrines ait ose" s afficher en plein jour, et 
que ses rares adeptes aient eu le courage de se montrer a. 
leurs corapntriotes tels qu ils sont, affubles des degou- 
tantes livrees d une incre dulite aussi absoluc, nous 
sommes force par la verite dc dire qu il n en est pas ainsi 
de la seconde. Plus d une fois nous avons eu la douleur 
de constator dans les journaux et les harangues popu- 
laires, qu il ne manque pas d hommes parmi nous qui 
ecrivcnt et qui proclament bien haut la prefendue souve- 
rainete alsolue du peuple ; que c est le peuple qui est la 
source de Pautorite ; que c est lui qui fait et defait les 
gouvernements comme bon lui semble ; qu il n a pas 
besoin d avoir raison pour justifier ses actes ; que tout ce 
qu il vent et tout ce qu il fait est boil, juste et legitime. 

II est bien difficile de poser plus carre ment les prin- 
cipes anti-chretiens de la revolution. En effet, si c est 
dans le peuple que reside le principe de 1 autoritd, comme 
dans son essence et dans sa source, il s en suit qu il est 
toujours le maitre d en disposer quand et comme il le 
voudra, et qu il pourra aujourd hui elever un pouvoir 
qu il renversera demain, sans autre raison que son caprice. 
On ne s est pas arrete la, on a 6(6 jusqu a dire que c est 
imm^diatement et directenient par une delegation espresso 



82 

et formellement consentie que le pouvoir vient du peuple ; 
que tout pouvoir qui no vient pas du peuple est illdgitime ; 
que c est le droit et le devoir de tous de le combattre et 
de le renverser. On a ose enseigner encore que le pou 
voir e mane du peuple est absolu et au-dessus de toute 
loi, de toute justice ; qu il fait par lui-meme la justice et 
la loi. Le peuple, a-t-on dit, garde toujours le droit de 
rdvoquer le pouvoir qu il a cree ; il en dispose arbitraire- 
ment, sans autre raison que son bon vouloir. Telle est en 
peu de mots la the orie de 1 origine et de la nature de 
Tautorite et du pouvoir d apres les demagogues modernes. 
Ce n est rien moms que la consecration et la justification 
du despotisme democratique, le pire de tous les despo- 
tismes. 

Les courtisans et les adulateurs du despotisme monar- 
chique ont imaging une autre throne de 1 origine du pou 
voir. Us ont dit au monarque despote : Vous tenez votre 
pouvoir de Dieu et de Dieu seul, sans autre interme diaire 
que votre epee. II n y a pas de loi au-dessus de votre 
pouvoir; votre volonte, c est la r6gle de la justice, la justice 
et requitd meme. Tout est souniis a votre bon plaisir ; 
la religion elle-ni6me n est que votre humble sorvante ; 
toute resistance & votre volonte est un crime ; la religion 
commandat-elle le contraire, dcouter la religion dans ce 
cas serait un crime de lese-rnajeste. Apres avoir ainsi 
encense le despote, ils ont commence par lui donner les 
qualifications qui ne conviennent qu & la divinite, ils 1 ont 
appele immortel, invincible, divin. Puis ils ont fini par 
lui dire : vous etes Dieu. C est ce que Ton appelle le Cesa- 
risme ancien, parce que cette the orie impie et tyrannique 
de 1 origine du pouvoir a etc surtout formulee et mise 
en pratique au regne des Cesars. Elle apparait de nos 
jours sous une forme plus deguisee. C est en vertu de 
cette doctrine que les Chretiens qui refusaient d adorer 
1 empereur payen dans ses images ou ses statues, etaient 
impitoyablement envoye*s a la mort ; c etait la doctrine dcs 
despotes orientaux ; 1 histoire de Daniel jete dans la fosse 
aux lions, celle des trois enfants dans la fournaise en font 
foi. Ce systeme a subi ensuite plusieurs modifications 
dues a 1 influence des idees chretiennes, qu il n entre point 



83 

dans le cadre de cet article d exposer. Le fond cependant 
en est toujours restd le memo : il consiste a. laisser le chef 
de 1 Etat sans aucun controle, a lui livrer le corps et 1 ame 
de ses sujets. C est la subordination de 1 ordre religicux 
a I ordre politique, de 1 Eglise a 1 Etat ; c cst faire de la 
religion un instrument dont le chef politique a la haute 
direction, ct le jugement en dernier ressort. 

*** 

VJBRITABLE OHIOINE DE L AUTORITE. 

L Eglise catholiquc nous fait connaitre la veritable 
origine du pouvoir, et les limites qui lui sont imposees. 
Elle nous montre son divin fondateur, Notre Seigneur 
Jesus-Christ lui-meme, en face de Pilate, lui apprenant 
d ou lui vient ce pouvoir etonnant que ce gouverneur se 
vantait d avoir, de le ddlivrer ou de le faire mourir. 
Pilate croyait tenir ce pouvoir de Cesar ; il ne pouvait 
concevoir qu il y eut ; meme dans le ciel, quelqu un au- 
dessus de C&sar. Le Sauveur le lui rappelle par ces pa 
roles solennelles: u Vous n auriez sur moi aucun pouvoir, 
s il ne vous cut etc donne d en-haut." C est-a-dire, le pou 
voir que vous avez de me delivrcr ou de me faire mourir, 
je ne le conteste pas ; mais apprenez, et souvenez-vous 
que vous le tenez de Dieu, et qu il vous demandera 
compte de 1 usage que vous en aurez fait. 

L apotre St.-Paul rappelle cette doctrine du Sauveur 
dans son epitre aux Koinains, quand il dit : " Que toute 
ame soit soumise aux puissances supe rieures ; car il n y a 
point de puissance qui ne vienne de Dieu, et c est lui qui 
a etabli toutes celles qui existent... Le prince est le mi- 
nistre de Dieu, pour vous favoriser dans le bien ; que si 
vous faites le mal, vous avez raison de craindre, parce 
que ce n est pas en vain qu il porte 1 epde." 

L apotre St.-Pierre apprend aux chefs des peuples 
jusqu ou s etend leur pouvoir, et quelles sont les limites 
qu ils ne doivent pas de passer. " II faut obeir a Dieu 
plutot qu aux hommes." La loi de Dieu, voila la limite 



84 

que le pouvoir civil ne pourra jamais franchir sans se 
rendre coupable do tyrannie. St.-Pierre dcvant le San- 
he drin ou le senat des Juifs, a, qui il adresse ces paroles, 
pose, une fois pour toutes, la regie qui sera ddsormaij 
suivie jusqu a la fin des siecles par les Papes ses succes- 
seurs : c est qu il appartient au chef de 1 Eglise a decider 
en dernier ressort quand une chose est conforme on 
opposee a la loi de Dieu : et cela aussi bien pour les Sou 
verains que pour les simples fideles. C est ainsi-que eel 
apotre, en posant la loi dc Dieu comme la limite que 1( 
pouvoir civil ne doit jamais depasser, (Stablit en menu 
temps le rapport de subordination de 1 ordre civil et poli 
tique a 1 ordre religieux, puisque Dieu a constitue l Eglis( 
interprete infaillible et juge en dernier ressort de tout c< 
qui regards sa loi sainte. 

Toute autorite vient done de Dieu j ct dans le cour 
ordinaire de la Providence, le pouvoir temporel vient d< 
Dieu par 1 intermediaire des moyens humains ; c est-^ 
dire que le choix des diverses formes de gouvernement 
la designation des depositaires de 1 autorite, etc., etc. 
tout cela est ordinairement laisse a la libre determinatioi 
des homines, selon 1 exigence des temps, des lieux et de 
besoins des peuples. C est co que nous allons etudie 
dans les articles suivants. 

Tel est en peu de mots Tenseignement lumineux di 
1 Egliso catholique sur 1 origine de 1 autorite, et cett 
doctrine condamne egalement du meme coup les trois pre 
ini^res opinions sur cette grande question. 



ARTICLE XIII. 
LES DIFFERENCES FORMES QUE REVET I/ AUTORITE. 

Dans le texte de 1 Epttre aux Romains que nous avon 
citd pre ce dernment, 1 apotre St.-Paul se sert d une expres 
sion que Ton a du remarquer : ; Que toute dme, dit-il 
soit soumise aux puissances supe rieures." 

II s agit surtout, dans ce passage remarquable du Doc 



85 

teur des nations, d dtablir Forigine divine du pouvoir 
public, de la fin pour laquelle Dieu 1 a institud, c est-a- 
dire la protection des bons et la repression des me cbnnts, 
et de 1 obligation qu il y a pour tous les lionimes de le 
respecter et de lui obeir en conscience, et ce sous peine 
de damnation. Cependant, en posant le grand principe 
de I obdissance a I autorite , le grand apotre parlo au plu- 
riel et dit qu il y a plusieurs puissances superieures aux- 
quelles on doit 1 honneur, le respect et la soumission. 
Quelles sont done ces puissances supe rieures auxquellcs 
Dieu a soumis l honime ici-bas ? II n est pas ndcessaire 
d une longue recherche pour les trouver; elles se pr- 
sentent d elles-menies a tout homme qui a des yeux pour 
voir, des oreilles pour entendre, un coeur pour aimer. II 
suffit de nommer la famille avec son chef, la patrie avec 
son roi et la religion avec son Pontife Supreme. Oui, 
voila bien les trois gouvernemer,ts auxqucls Dieu a confid 
1 existence, la conservation et le bonheur de Pliomme ici- 
bas. Dans chacune de ces organisations sociales ou gou- 
vernements, il y a un pouvoir, une autoritd propre des- 
cendue du ciel, avec ses attributions et sa forme particu- 
liere. La qualite essentielle de chacun de ces gouverne- 
inents, sans laquelle meme ils ne peuvent subsister, c est 
1 unite. Aussi iccutoritt, ou le pouvoir qui est Y instru 
ment divin destine & maintenir ces diverses conditions 
d existence, est-elle toujours personnifiee ou incarne e, si 
je puis m exprimer ainsi, dans un seul individu. 

Dans la famille, la personne revetue de Pautorite s ap- 
pelle Pere ; dans 1 Etat, cette personne s appellera Empe- 
reur, Roi, President, suivant la forme de gouvernement 
qui aura dtd adoptee ; dans 1 Eglise, cette personne se 
nomme Souverain-Pontife ou Pape. Ainsi , qui dit 
famille, e tat, ^glise, dit en meme temps Pere, Roi, Pape. 

*** 

L AUTORIT PATERNELLE ET L AUTORITE PAPALE ou PONTIFICALB 
^ 7 IEN^ T E^ T T DE DIEU QUANT AU FOND ET QUANT A LA FORME. 

Nous disons que Fautorit<5 dans ces trois sortes de gou- 
vernements vient de Dieu. II y a cependant une remarque 



86 

importante a faire ici. Dans la famille, I autorite vient 
directement et immddiatement de Dieu, et dans son fond 
et dans sa forme. C est Dieu lui-meme qui a donne* au 
gouvernement domestique la forme monarchique qu il a 
toujours cue et qu il aura toujours, sans quo jamais les 
hommes puissent la changer. Le Pore ticnt son autoritd 
de Dieu immediatement. La-dessus point de doute pos 
sible, aussi point de contestations, a moins done qu on .ne 
veuille faire attention aux systemes plus ou moins contre 
nature de quelques soi-disant philosophes qui voudraient, 
dans leur philantropie, detruire completement la famille, 
pour faire a 1 homme 1 honneur de le parquer a peu pres 
comme les anes et les mulets dont ils admirent I dtat social 
et envient le grossier bonheur. Jean-Jacqups Rousseau. 
Fun de ces philosophes utopistes, jugeaitparfaitement bien 
ces faiseurs de systemes dans un de ses moments de bon 
sens, quand il disait d eux que de pareils hommes ne 
mdritent pas de rdponse, et que ce serait meme leur faire 
trop d honneur que de les envoyer aux petites maisons. 

Ce que nous disons du gouvernement de la famille, 
nous devons aussi le dire du gouvernement de 1 Eglise. 
L autoritd, dans ce gouvernement, vient aussi de Dieu, 
non-sculement dans son fond, mais encore dans sa forme 
essentielle. Notre divin Sauveur, en dtablissant son Eglise, 
lui a donnd la forme monarchique qu elle a toujours con- 
servee depuis plus de dix-huit siecles et qu elle conservera 
certainement jusqu a la fin des temps, malgre 1 orgueil des 
hommes qui se rdvolte a la vue d une aussi grande auto- 
rite, laquelle se presente ii eux, le plus souvent, sous les 
dehors d un faible mais venerable et saint vieillard ; mal 
gre les efforts de 1 enfer, qui ne cesse d amonceler les 
nuages et de soulever la tempete pour 1 altdrer ou la chan 
ger. Le Pape tient son pouvoir de Dieu directement et 
immediatement, par son elevation reguliere au souverain 
pontificat, dont le sceau est la consecration papale, et 
jamais pouvoir humain ne pourra le lui ravir. Ainsi, le 
pere dans la famille, le Pape dans FEglise, sont tous deux 
souverains dans leur gouvernement respectif, de par le 
droit divin, directement et immddiatement, le premier en 



87 

vertu du droit naturel, le second en vertu du droit divin 
positif, 

*** 

L AUTORITE ROYALE OU CIVILE VIENT IMMEDIATEMENT DE DIEU, 
QUANT A SON FOND SETTLEMENT. 

II n en est pas ainsi dans le gouvernement de 1 Etat. 
L autorite , dans ce gouvernement, a Men, a la verltd, son 
origine et sa source dans le cie! 3 comme nous 1 avons vu 
prece demment, mais dans son fond et son essence seule- 
ment, et non pas dans sa forme; c est-a-dire que Dieu n a 
pas etabli d une maniere precise et de finie la forme du 
pouvoir dans le gouvernement civil, comme il Fa fait pour 
la famille et 1 Eglise ; il en a laisse le choix aux hommes 
suivant les circonstances des temps et das lieux, selori les 
usages et les besoins des populations. Or, les diffe rentes 
formes que Pautorite peut revetir dans le gouvernement 
de 1 Etat se reduisent a trois : la monarchic, Y aristo 
cratic et la democratic. La monarchic est cette forme de 
gouvernement ou 1 autorite ou le pouvoir est surtout 
confie a un seul. Si le monarque trouve, dans les grands 
corps de 1 Etat, un controle salutaire et efficace dans 
1 exercice de 1 autorite , son gouvernement est alors une 
monarchic temperee ; et c est la forme qui se rapproche le 
plus du gouvernement naturel de la famille et du gouver 
nement divinement institue de 1 Eglise. Mais s il ne 
trouve, en dehors de lui, aucun controle efficace a 1 exer 
cice de son autoritd, c est alors ce que Ton appelle monar 
chic absolue. 

L aristocratic est une forme de gouvernement ou 1 au 
torite est confiee a un petit nombre, et la democratic n est 
rien autre chose que le gouvernement de la multitude. 
Ces deux formes de gouvernement peuvent, aussi bien que 
la premiere, degenerer en absolutisme ; car, dans 1 une et 
dans 1 autre, c est le gouvernement des majorites ; et une 
rnajorite qui ne trouve pas un controle efficace dans la 
combinaison sage et prudente des grands corps de 1 Etat, 
charge de promouvoir et de d^fendre au besoin les inte - 



88 

rets des differentes clnsses de citoyens, peut devenir nn 
gouvernement d un absolutisms encore plus redoutable 
que celui de la monarchic. Tout gouvernement absolu 
ou sans eontrole efficace est extremement expos6 a tomber 
dans le despotisme, on 1 abus de 1 autorite, et si cet abus 
va a 1 exces, c est la lyrannie. 

La monarchic on le gouvernement d un seul, Varisto- 
cratie ou le gouvernement d un petit nombre, et la de 
mocratic ou le gouvernement de la multitude, sont troia 
formes de gouvernement bonnes et legitiines en elles- 
memes. Aussi 1 Eglise catholique les accepte-t-elle et 
les consacre-t-elle partout ou elies s dtablissent legitime- 
ment, et fait-elle a ses enfants un devoir de conscience 
des plus importants de respecter Vauioriti et de lui 
obeir egalement sous 1 unc ou 1 autre de ces formes. 

On voudra bien^remarquer ici que le caractere d unite* 
dans le pouvoir est tellement ndcessaire et essentiel, qu il 
faut toujours en vcnir, quelle que soit la forme da gou 
vernement, a le personnifier ou resumer dans un seul in- 
dividu, qui sera la plus haute expression de I autorite . 
On ddsignera cette personne sous differents noms, peu 
importe : ce qui sera toujours la meme chose a quelques 
l^geres diffdrences pres. C est ainsi qu on i appellera 
Einpereur, Eoi, President, etc., suivant que le gouverne- 
ment auquel il est prdpos^ est monarchique ou re pu- 
blicain. 



CE3 TROIS FORMES DB GOUVERNEMENT RliGI?SENT AUJOURD HUI LES 
TRO.S GRANDS PEUPLES QUE SOUS CONNAISSONS LE MIEUX. 

Les trois peuples puissants avec lesquels nous avons 
aujourd hui le plus de rapports, les Frangais, les Anglais, 
les Arne ricains, nous oflfrent un exemple bien remarquable 
de ces trois formes de gouvernement. La France est 
presentement une monarchic temperee par le contre-poids 
du senat et de la chambre des deputes. 

L Angleterre est une aristocratic pre side e par une 
reine, et contrebalancee par une chambro des communes. 



89 

Les Etats-Unis sont une democratic ou tout depend 
du peuple, depuis le president qui est elu tous les quatre 
ans, jusqu au plus petit magistral qui doit lui aussi sor- 
tir de 1 urne electorate. 

Le chef du gouvernement en France, c est 1 empereur. 
En lui reside reellement la souverainete qui doit se trans- 
mettrc par droit d hereditd. La 1 empereur regne etgouver- 
ne, Sa volonte cependant n a pas force de loi ; dans Faction 
et le concours Idgislatifs des senateurs qui represented la 
noblesse, et des deputes qui sont charge s des inte rets du 
peuple en general, il rencontre un controle salutaire qui 
donue a la nation un moyen efficace de faire entendre ses 
vceux et connaitre ses besoins. 

En Angleterre, la souverainete officielle reside bien 
dans la personne du souverain, et se transmet aussi par 
droit de primogeniture ; mais la souverainete re elle reside 
dans la riche et puissante aristocratie de cet empire ; par 
son importance territorial et pecuniaire, par ses antiques 
privileges et son influence, elle commande toujours un 
assez grand nombre de colleges electoraux pour controler 
eincacement la chambre des communes. Le chef du gou 
vernement ne peut rien sans le concours de ces deux 
branches importantes de la legislature. La. done le roi 
ou la reine regne, mais les nobles gouvernent. 

Aux Etats-Unis, le souverain prend le nom de presi 
dent. II n a que pour quatre ans 1 exercice de I autorite 
dont il est investi. Comme en France et en Angleterre, 
il existe encore dans la grande republique deux branches 
importantes du gouvernement dont le concours est n^ces- 
saire a la legislation. Ce sont les sdnateurs charge s des 
inte rets de la classe riche, et les reprdsentants qui ont 
pour mission de protdger et de deTendre tout ce qui inte- 
resse le peuple. Quelques precautions qu aient pu pren- 
dre les fondateurs de ce gouvernement pour y maintenir 
1 action populaire et y personnifier le moins possible la 
Souverainet^, les evenements qui se sont accomplis depuis 
quatre ans dans ce pays, qu on se plait a proclamer la 
terre classique de la liberte, ont surabondamment prouve 
que la encore plus qu en France, le chef de VEtat a tout 



90 

ce qu il faut pour rdgner et gouverner en maitre, et 
meme au-dela, quand il le juge expedient. 

*** 

QUELLE EST LA MEILLEURE FORME DE GOUVER.NEMENT ? 

On pourrait demander ici quelle est la meilleure de cos 
trois formes de gouvernement. C est une question que 
nous avons entendu discuter plusieurs fois, et presque 
toujours rdsoudre diversement. Chacun trouvait que le 
gouvernement qui allait le niieux a ses sympathies dtait 
sans aucun doute le plus parfait. La France, enchantde des 
grandeurs de la royautd, des triomphes et de la gloire de 
1 empire, ne peut concevoir qu il y ait rien d egal a la 
monarchic. II faut convenir que les experiences de son 
pays en fait de rdpublique et de gouvernement constitu 
tional, ne sont guere propre a 1 enthousiasmer, et a la dd- 
gouter d une forme de gouvernement qui, en s identifiant 
1 esprit chr^tien, a fait marcher sa nation pendant des 
siecles a la tete de PEurope et de la veritable civilisation. 
On comprend qu elle a raison d admirer le sceptre mo- 
narchique quand elle le voit dans les mains d hommes 
tels que Charlemagne, St. Louis, Napol<5on. 

L Anglais, au contraire, croit bien sincerement que le 
chef-d oeuvre de 1 esprit humain, en fait de gouverne 
ment, est la forme constitutionnelle, qui a e leve e sa nation 
a, 1 apogee de la puissance et des richesses. Ce qui le 
confirme dans cette conviction, c est 1 admiration de 
presque tous les autres peuples de 1 Europe pour cette 
forme de gouvernement, et les efforts qu ils ont faits pour 
1 introduire chez eux. 

Quant a 1 Ame ricain, lui, il sourit de pitie lorsqu il 
entend revoquer en doute la supdriorite des institutions 
republic aines. II ne peut croire qu on pense a leur prd- 
fdrer la monarchic quatorze fois sdculaire de la France, 
ou 1 aristocratie envahissante et dominatrice de 1 An- 
gleterre. 

Dans ce conflit d opinion, ou est la vdrite ? Nous 



91 

croyons que les uns ont raison et que les autres n ont pas 
tort, chacun jugeant suivant les iddes, les besoins et meme 
les prdjugds de son pays. Ces trois formes de gouverne- 
ment qui ont leurs avantages et leurs inconvdnients res- 
pectifs, ont dtd laissdes par la Providence au choix libre 
des peuples, a qui toutefois elle n a permis ni la rivolte 
ni Vinjustice. Done elles conviendront mieux les unes 
que les autres aux populations di verses, suivant les cir- 
constances des temps et des lieux. La meilleure pour 
chaque peuple sera sans aucun doute celle qui se trouvera 
le plus en harmonic avec ses mceurs, ses iddes, ses coutumes 
et ses besoins, et m6me avec ses ddfauts. 

La forme rdpublicaine, appliqude u la France, 1 a con- 
duite aux massacres et aux horrcurs de 93, Fa mise a deux 
doigts de sa ruine. Ce premier essai de democratic a 
fini par mettre ce beau pays, le plus passionnd pour la 
libertd, sous les pieds d un Danton et d un Robespierre. 
Apres le despotisme de la Convention et du Birectoire, 
ces fiers rdpublicains ont acclamd avec enthousiasme 1 em- 
pire avec son gdnie et ses gloires. Us ont accepte avec 
empressement son absolutisme autrement vigoureux que 
celui de 1 ancienne monarchic, a la condition toutefois 
qu il les delivrat de la tyrannic ddmocratique ; a la con 
dition, encore, qu il cachat sous Faurdole dclatante de ses 
triomphes le stigmate hideux et sanglant que la rdpu- 
blique une et indivisible avait attache* au front de la grande 
et illustre nation franaise. 

Ainsi, pendant que le peuple franais repudiait la dd- 
mocratie qui 1 avait deshonore et ruind, cette meme de 
mocratic faisait grandir et prospdrer la jeune et indus- 
trieuse nation que Dicu venait de former dans les forets 
du nouveau-monde. Dans 1 espace d une vie d homme, 
elle s est dlevde, a 1 ombre des institutions republicaines, a 
la taille des premieres nations de FEurope. 

Le meme regime applique a PAngleterre ne lui a pas 
mieux rdussi qu a la France. Du premier coup il a im- 
primd au front de cette grande nation le stigmate du 
rdgicide. Le peuple anglais s est trouve heureux de reve- 
nir a la forme de gouvernement que lui avait Idgud ses 



92 

ance tres catholiques, pour y retrouver la paix, la puis 
sance et les richesses. 

Que conclure de ces fails et de tant d autres du meme 
genre consignees dans 1 histoire ? C est que les nations 
comme les individus ontune constitution propre etun tem 
perament particular qu elles tiennent de la nature, c est- 
a-dire de la Providence que cette constitution et ce tem- 
pdrament chez le m6me peuple varient et s alterent aux 
differentes phases de sou existence nation ale, comme chez 
1 individu aux differents ages de la vie. En consequence, 
il faut a. la nation, comme a 1 individu, un regime et un 
traitement en rapport avec ses qualites constitutives. 

Done encore une fois, considered dans son application, 
la meilleure des trois formes de gouvernement dont nous 
parlons est celle qui se trouve le mieux en harmonie avec 
les besoins du peuplc auquel elle s applique. 

Telle est la solution que nous croyons la plus veri 
table sur la valeur relative et pratique des trois diffe rentes 
formes de gouvernement politique la monarchic, 1 aris- 
tocratie et la democratic. 

*** 
CONSIDEREE EN soi, LA. MEILLEURE FORMEDE GOUVEBXEMENT EST 

LA MONARCHIE. 

Si on aime a savoir queile est le plus parfait de cos 
gouvernements, consider^ en lui-meme et d une maniere 
absolue, voici ce qu en dit St. Thomas d Aquin, le plus 
profond theologian et le plus grand metaphysicien qui ait 
peut-etre jamais exists : " Le gouvernement du monde 
ayant pour fin ce qui est essentiellement bon, ce qu il y 
a de meilleur, il est ndcessaire que ce gouvernement soit 
excellent. Or, le meilleur de tons les gouvernements est 
celiti qui ne depend que d un seal. La raison en est 
qu un gouvernement n est rien autre chose que la direction 
que Ton imprime aux choses que Ton gouverne en les 
portant vers une fin qui est bonne. Or Yunite est comme 
de 1 essence de la bonte (ou perfection), parce que comme 



93 

tous les etres recherchent ce qui est bon, de meme ils 
recherchentl unit^ sans laquelle ils ne peuvent exister : car 
une chose ri existe qu autant qu elle est une(et tout royaume 
diuise contre lui-meme ne pent snbsister). Aussi voyons- 
nous que les etres rdpugnent de tout leur pouvoir a etre 
divises, etque la dissolution d une chose provient toujours 
d une imperfection qui dtait en elle. C est pourquoi le 
but que se propose celui qui gouverne une multitude 
quelconque, c est 1 unite ou la paix, et pour produire cette 
unite, il faut qu il soit un lui-meme... Par consequent, 
une multitude est mieux gouverne e par un seul que par 
plusieurs ; et coinme le gouvernement du monde est le 
meilleur de tous les gouvernements, il s en suit qu il ne 
depend que d un seul etre." (Som. thdol., t. 3 ; p. 487.) 

Quant a, 1 application de cette the orie aux choses hu- 
maines, qui ne sont pas susceptiblcs de la perfection 
absolue a cause de leur infirmitd naturelle, voici comment 
s exprime le meme docteiir : " Le meilleur regime pour 
une cite ou pour un e tat, c est de n avoir qu un prince 
vertueux qui commande a. tous les autres ; que sous lui il 
y ait des chefs subalternes qui, a son exemple, usent de 
leur autorite couformement a. la vertu, de man id re que le 
pouvoir n appartienne pas moins a tout le monde, soit 
parce que tous les citoyens sont eligibles, soit parce qu ils 
sont tous dlecteurs. C est ce que Ton trouve dans tout 
gouvernement mixte, qui represente la royaute parce 
qu il n y a qu un chef; 1 aristocratic, parce qu il y en a 
beaucoup qui participent au pouvoir en raison de leur 
vertu ; et la democratic ou le pouvoir populaire, parce que 
les derniers hommes du peuple peuvent etre elevens au rang 
des princes, et que d ailleurs tous les citoyens sont elec- 
teurs. Et c est le gouvernement qui fut e tabii par la loi 
de Dieu. Car Mo ise et ses successeurs gouvernaient le 
peuple comme un chef qui commande a tout le reste, et 
leur pouvoir ressemblait a une royaute". On e lisait 
soixante-douze vieiltards d apres leur vertu, ce qui reprd- 
sentait 1 element aristocratique. Quant a Tenement de mo- 
cratique, on en avait tenu compte, puisque tous les citoyens 
dtaient dligibles et electeurs. D ou il est manifesto que 



94 

la meilleure organisation du pouvoir est celle que la loi 
de Dieu a dtablic." 

Le savant cardinal Bellarmin enseigne la mcme doc 
trine. II a demontrd par les tdmoignages des Peres, des 
theologiens, des philosophes et des historiens, que la forme 
monarchique est de toutes les formes de gouvernement la 
plus parfaite. 

Nous voyons par ces citations avec quelle largeur dc 
vue les docteurs catholiques ont examine* et traits ces 
questions sociales qui prdoccupent si vivement les esprits 
les plus graves de notre temps. Un fait bien remarquable 
et que nous croyons devoir signaler ici, c est que ce regime 
est pre cise ment 1 ideal le plus parfait imagine par toute 
la sagesse antique de la gentilite. Confucius, Platon, 
Aristote ont enseigne que cette forme serait la plus 
parfaite, mais ils ont cru qu elle 6ta.it au-dessus de 1 hu- 
manite . 

Or, c est la forme que la sagesse incrde a appliqude a 
la societd la plus parfaite qui ait jamais existe ici-bas, et 
qu elle est venue elle-meme fonder pour durer jusqu a la 
tin des temps ; nous voulons dire 1 Eglise catholique. Tels 
ont e^e* aussi, avec plus ou moins de perfection, la plupart 
des gouvernements chre tiens du moyen-age. Nul doute 
que la superiority definitive des pcuples de 1 Europe n en 
soit le resultat. 

En re sume done, le gouvernement du monde est une 
monarchic dont Dieu est le roi ; le gouvernement naturel 
de la famille est une monarchic dont le pere est le roi ; 
le gouvernement du peuple de Dieu est une monarchic 
dont Moise et les juges ont e te rois ; le gouvernement 
divinement institue de 1 Eglise catholique est une mo 
narchic dont le Pape est le roi. Or Ton doit croire que 
Notre Seigneur Jesus-Christ a choisi pour son Eglise la 
forme la plus parfaite ; aussi a-t-elle toujours etc* la plus 
ge ne rale chez tous les chre tiens. Done la monarchic tem- 
peree, telle que 1 enseignent les docteurs catholiques, est 
la forme de gouvernement la plus parfaite. Par contre, 
ces memes docteurs regardent la democratic comme la 
plus imparfaite de toutes les formes de gouvernement. 



95 

Cependant Faristocratie et la democratic, quoique moins 
parfaites, ne sont pas mauvaises en elles-m^mes. Elles 
sont au contraire bonnes et utiles, quelquefois m6me 
necessaires, Fdtat d une societe dtant donne. Un peuple 
peut done en certains cas choisir celle qu il croit lui con- 
venir le mieux. 



ARTICLE XIV.l 
CE QUE C EST QUE LA MONARCIIIE TEMPEREE. 

La longueur de 1 article pre ce dent ne nous a pas per- 
mis de faire ressortir comme nous 1 aurions desire les 
beautes et les avantages de la monarchic temptree, telle 
que Fentendent St. Thomas et tous les grands publicistes 
catholiques. Nous espe*rons que nos lecteurs ne trouveront 
pas mauvais que nous revenions, dans cet article et le sui- 
vant, sur ce sujet si important des differentes formes que 
peut revetir Fautorite et de leur valeur respective. 

L ange de Fdcole se pose done cette importante ques 
tion : " Quelle est la forme de gouvernement la plus par- 
faite ? " 

Comme nous 1 avons vu, il en distingue trois, la mo- 
narchie, I 1 aristocratic, la democratic. Cette distinction de 
trois sortes de gouvernements, entierement differents, est 
dans la nature meme des ehoses ; elle a dt^ reconue des la 
plus haute antiquite et a etd formulde par le fameux phi- 
losophc grec, Aristote. 

St. Thomas commence par examiner cette question 
dans le gouvernement provi lentiel du monde. Apres avoir 
constate que le gouvernement divin est un gouvernement 
monarchique, il se prononce en faveur de cette forme de 
gouvernement et dit qu elle est la plus parfaite en tout 
ordre de ehoses, et notamment dans 1 ordre politique. II 
renverse d abord, avec cette logique dcrasante, les objec 
tions que les hommes aux iddes etroites et aux vues ra- 
courcies avaient essaye d dlever centre la monarchic ; 
puis avec la supe riorite de raison qui le caracterise, et cette 



96 

lucidit^ d argumentation qui contraine la conviction, il 
ddmontre que Vunitb dans I autorite et le gouvernement 
est la premiere condition d existence et de perfection, et 
que la forme gouvernementale qui rdalisera le mieux cette 
condition essentielle sera la meilleure. En cela il est 1 in- 
terprete fidele et le commentateur intelligent de la sagesse 
incarne e, qui avait dit que tout royaume divis6 contre lui- 
m^me ne pourra subsister, et que toute maison divisde 
contre elle-meme devra dgalement pdrir. 

Le gouvernement de Dieu dans 1 univers est une mo 
narchic. Mais est-ce une monarchic tempdre e, ou une 
monarchic absolue ? 

II est evident qu en proclamant la monarchic comme 
la forme de gouvernement la plus parfaite, les docteurs 
catholiques entendent parler de la monarchie temperee, et 
non point de la monarchie absolue, qui est le premier pas 
vers le despotisme, et mene en ligne droite a la tyrannic. 
Aussi le modele qu ils sont allds chercher duns le ciel est- 
il la monarchie tempe re e la plus parfaite qu il soit possi 
ble de concevoir. C est la Toute-Puissance assistee mais 
non aeparee de la sagesse increee, et determinee dans ses 
actes parl amour infini ! Oui, le gouvernement de Dieu est 
veVitablement une monarchie, ou les trois personnes divi 
nes, 4 jamais inseparables et en tout egalcs, concourent 
d une maniere ineffable a gouverner le monde, non pns par 
une puissance aveugle et capricieuse, mais par 1 autorite, la 
puissance agissant dans les luinieres de la sagesse, et par 
les inspirations de 1 amour. C est, passez-moi cette expres 
sion, la puissance temptree par la sagesse et mue par 
Vamour. 

Dieu le Pere est Vautorite personnelle et substantielle. 

Dieu le Fils est la saqesse personnelle et substantielle. 

y 

Dieu le Saint-Esprit est Y amour personnel et sub- 
stantiel. 

Et ces trois personnes, ^galement puissantes, sages, 
aimantes, concourent dgalement a la formation du gouver 
nement divin. C est la le veritable ideal de la perfection 
du gouvernement. II est impossible de ne rien imaginer, 
de ne rien concevoir meme qui puisse surpasser la beaute 



97 

de ce type, de ce module admirable ! Que peut-ii y avoir 
de plus parfait et de plus magnifique qu un gouverne- 
ment ou I autorite est guide e par la sagesse et mise en 
activit^ par 1 amour ? Et pourtant c est bien la ce que la 
foi eatholique nous enseigne. Des le premier chapitre de 
ce livre e tonnant qu on appelle Cate^chisme, elle nous dit 
que les attributs du Pere sont essentiellement la puis 
sance et la creation : " Je crois en Dieu le Pere Tout- 
puissant, Criateur" et par consequent qu il est I autorite . 
En parlant du Fils, elle nous dit qu il est la sagesse mgrne 
qui habite dans le conseil et qui se trouve presente aux 
pense es judicieuses. Elle nous enseigne dgalement que 
le St.-Esprit est cette emanation reelle et substantielle de 
1 aniour du Pere et du Fils, qu il est 1 amour et la charite 
par excellence, qui ernbrase et purifie les cosurs. 

*** 

LE GOUVERNEMENT DIVIN EST UXE MONARCHIE TEMPEREE* 

Aussila Ste.-Ecriture, pour notre instruction, nous fait- 
elle assister en plus d un endroit aux deliberations de ce 
gouvernement admirable de la Providence, compose des 
trois personnes divines. S agit-il, par exemple, de pro- 
ceder a la creation de I homme, Dieu semble deliberer 
etse consul ter lui-m^me, disent les Saints Peres, avant de 
produire la plus parfaite de ses creatures. La Toute^ 
Puissance, parlant par la bouche du Pere, dit : " Faisons 
1 homme;" la Sagesse, parlant par la bouche du Fils, 
repond : " Faisons-le a notre image et ressemblance ; "" 
1 Amour, parlant par la bouche du St.-Esprit, dit : " Fai 
sons-le a notre image et ressemblance, capable de con- 
naitre, d aimer et de jouir avec nous du bonheur e ternel." 

Et sans qu il y ait separation dans 1 ope ration divine, 
Dieu le Pere cre I homme a son image et ressemblance ; 
il lui donne cette puissance qui le rend capable de 
vouloir. 

Dieu le Fils cre e I homme a son image et ressemblance. 
en imprimant en lui un rayon de cette lumiere divine qui 

7 



98 

dclaire tout homme venant en ce monde, et qui le rend 
capable de connaitre. 

Dieu le St. -Esprit crde 1 homme a son image et res- 
serablance, en ddposant dans non cocur une dtincelle de ce 
feu divin qui le rend capable d 1 aimer. 

L homme, ainsi doue de la volonte , de V intelligence et 
de Yamour, est ve*ritablement 1 iniage et la ressemblance 
vivante du Dieu en trois personnes qui lui a donn 
Vetre. 

Voila bien le gouvernement divin dans son action, tel 
que nous 1 enseigne le Catholicism^. S en faire une autre 
idee, croirc que la sagessc et 1 amour n ? accompa2;nent pas 
les actes de sa puissance, c est se faire un dieu a la fa^on 
de Mahomet, un dieu qui abandonne toute chose a un 
destin aveugle, qui n a ni intelligence ni cocur: ou, ce qui 
revient nu meme, c est admettre qu il agit par une force 
irresistible, une ne cessite fatale a hiquelle tout est absolu- 
mcnt soumis, sans qu il y ait aucun controle possible. 

Tel etait encore le Fatum des payer/:, dieu aveugle et 
cruel qui gouvernait a latons le ciel et la terre avec un 
sceptre de fer. Les plus eclairds meme de ces anciens 
payens ne voyaient dans la divinitd qu un etrc capricieux 
et impitoyab c, qui (^tait le type le plus paiiuit du despo- 
tismc. O est bien ainsi que le concevait un poete celebre, 
quand il faisait dire i\ son Jupiter adultere : " Sic volo, 
sicjubeo ; sit pro ratione voloutas" " Ainsi je le veux, 
ainsi je Tordonne ; la raison, c est que tclle cst ma volonte." 

Voila le gouvernement divin du mahonxHisine et du 
paganisme : modele le plus parfait du despotisme qu il 
soit possible d imaginer ; modele sur lequcl ils ont taillc 
la forme du gouvernement de leur famillo ct de leur 
societe" politique ; car le des-potisme dans son essence, c est 
de n avoir pour regie dc conduite que 1 arbitraire. La 
volonte et les caprices du despote sont la loi supreme a 
laquelle tout doit obeir et etre sacrifie, la raison, le bon 
sens, la conscience. II imports fort peu que le despote 
soit un Neron, un Caligula, ou qu il s appelle la Conven 
tion ou le Directoire, le despotisme democratiqne 
encore plus redoutable que le despotisme monarchique. 



99 

Le gouvernement divin est done une monarchie tcm- 
; et c est le plus parfait de tous les gouvernements 



^ 5k 

LE GOUVERNEMENT DE LA FAMILLE EST AUSSI UNE MONARCHIE 



Le gouvernement naturel de la famille cst au ssi une 
monarchic temperee. Dieu 1 a constitue d apres le modele 
et 1 iudal que nous venons d etudier. L autorite reside 
dans la pere ; il est invest! de la souverainete, ct personne 
ne pourra jainais Ten depouiller. Mais cettc autorite n est 
point absolue; elle est temperee, si je puis m exprimer 
ainsi,par la sagesse et mue par 1 amour. Dieu a donnd a 
I liomme une aide semblable a lui-nieme, qui a aussi une 
autorite subordonnee, a la verite, a eelle du chef de la 
famille, laquelle a cependant des droits propres et impres 
criptible*. La mere a reu de Dieu 1 intelligence du 
coeur; elle entre do plein droit dans les conseils et delibe 
rations ncessaires au bon gouvernement de la famille. 
A ce premier moderateur de 1 autorite paternelle, il faut 
adjoindro les sentiments d amour umtuel et reciproque 
que Dieu a mis au coeur du pere et de la mere, lesquels 
se concentrent et so personniiient en queique sorte dans 
1 enfant. Get amour si pur, cette charitd si ardente et 
plus forte que la mort, sera le mobile le plus puissant de 
tout ce qu il faudra cntreprendre, faire et mGrne souffrir 
pour ia conservation, le developpeiuent et le perfecUon- 
nement de cet etre si faible et si cher que Dieu a confid 
^, leurs soins. 

Queile difference entre ce gouvernement de la famille 
chretiennc, tempere par la sagesse et mu par i amour, et 
celui de la famille inudele, vrni type de 1 arbitraire et do 
la tyrannic ! Ici, le pere, veritable despote, ne voit dans 
la it; ui me qu une esclave destinde a le servir et a assouvir 
ses passions, et la pauvre mere, nbratie par les mauvais 
traitements de son maitre dur et souvent cruel, en vient 
& perdre ces qualitea du coiur qui sont la plus sure pro- 



100 

tection pour 1 enfant ; le froid dgoi sme a remplace 1 amour, 
et 1 enfant d une telle famille n est plus, h^las ! qu une 
triste victime. D ou vient ce contraste cntre ces deux 
families ? N est-il pas Evident qu il eat le re sultat de 
leurs croyances religieuses ? La famille chretienne, a la 
lumiere de la revelation, a trouve, dans la eonnaissance du 
vrai Dieu et la foi au mystere de la Ste.-Trinite , le vrai 
modele et I ide al parfait du gouvernernent qui lui convient. 

La famille infidele et payenne, au contraire, s est mode- 
lee sur son dieu aveugle et dgoiste, qui n a d autres regies 
de ses actes qu une ndcessite fatale ou une volontd irr^sis- 
tiblement entraine e par 1 arbitraire et le caprice. 

Or, tel est le sort des families ou Ton a mis en oubli 
les principes religieux et la pratique des devoirs qu ? ils 
imposent ; encore plus, le sort de ce.s infortune s infideles 
qui font de Dieu le despote le plus absolu. 



l.E G Jl VfiRNF-.MENT DE L/KGUSE EST UXE MOXARCHIE 

Une autre application non moins remarquable de la 
monarchic tempdree, c est le gouvernement de 1 Eglise 
catholique. La constitution de 1 Eglise, aussi bien que 
cclle de la famille, est I osuvre de Dieu, et on doit croire 
que la Sagesse e ternelle a donne a ces deux societes la 
forme do gouvernement la plus parfaite. Or, dans 1 une 
et 1 autre on reconnait la forme monarchique temper^e 
par la sagesse et rnue par 1 amour. Nous vcnons de le 
voir pour la famille, voyons-lc pour 1 Eglise. 

Le chef de cette socidt^ c est le Pape, mot qui signifie 
pere ; aussi ddsigne-t-on le plus souvent le chef de 1 Eglise 
sous le nom de St.-Pere. En lui reside la souverainet^ 
etla plenitude de 1 autoritd. II est un veritable monar- 
que. L autorite dont il est investi lui vient directement 
et irnm^diatement de Dieu, comrne celle dont le pre jouit 
dans la famille. Dans le corps Episcopal il trouve ce 
conseil, cette assistance, ces lumieres qui sont la plus 
haute expression de la sagesse ici-bas, Les e ve ques ont 



101 

aussi rccu de Dieu des droits et une autoritd vdritable 
mais secondaire, subordonnde a cello du Pape, et sont, 
conjointement avec lui, juges de la foi dans les conciles ; 
toutefois la source d ou ddcoulcnt les droits et 1 autoritd 
juridictionnelle des dveques, dans le gouvernement de 
1 Eglise, c est 1 autoritd supreme du Pape. Le corps 
sacerdotal, sans etre juge de la foi et sans avoir voix ddli- 
bdrative dans le gouvernement de 1 Eglise, a aussi une 
autoritd subordonnde et des droits propres qui ddcoulent 
en derniere analyse, comme ceux des dveques, de 1 auto 
ritd supreme. Vivant au milieu des fiddle? dont ils sont 
les pe"res spirituels, puisqu ils leur out donnd la rdgdnd- 
ration baptismale ; connaissant les besoins et les infirmitds 
de cbacun en particulier, ils sont vraiment 1 expression de 
1 amour la plus complete. C est cet amour, cctte charitd 
qui les presse de porter a. la connaissance des dveques, et 
par leur cntremise & la connaissance du Pape merne, les 
besoins particuliers de chaque fidele aussi bien que les 
besoins gdndraux du troupeau qui leur est confid, lesquels 
ndcessitent Faction du gouvernement de PEgUse. 

II est done littdralement vrai de dire que le gouverne 
ment de 1 Eglise catholique est une monarchic ou la puis 
sance est tempdrde par la sagesse et ddterminde dans ges 
actes par 1 amour. 

Est-il possible de concevoir un gouvernement plus par- 
fait et plus admirable que le gouvernement de 1 Eglise ? 
Le plus petit enfant du plus pauvre fidele sera immd- 
diatement 1 objet de 1 attention et de 1 action du gouverne 
ment, aussitot que son infirmitd spirituelle ou quelque 
besoin de son aine le ndcessitera ; et pourtant la socidtd 
que rdgit ce gouvernement est aussi grande que le 
monde. 

En memo temps, ce gouvernement, si admirable jusque 
dans les moindres ddtails de son immense administration, 
est destind a conduire l humanitd tout entiere dans sa 
marche ii travers les siecles, jusqu au port de Pdternitd. 
Pour accomplir cette tachc immense, quels moyens a-t-il? 
Humainement parlant, c est la faiblesse organisde ; c est 
toujours un vieillard qui apparait a la tete de cette organi- 



102 

action socinle, la plus parfaite et la plus ^tonnante qui ait 
jainais paru sur terre. II a pour conseil im college de 
vieillards egalement venerable?, ct ce sont ces vieillards, 
qui n ont d autres armes pour maintenir leur autoritd quc 
1 epee cle la parole, qui ont deja traverse une periode de 
plus dc dix-huit siecles, qui ont assists a Tagonic et a, la 
inort de 1 ancien inonde, qui ont eclaire et protege le ber- 
ceau de toutcs les nations actuelles de 1 Europe. Us ont 
vu et traverse sans flechir les revolutions et toutes les 
vicissitudes des clioscs humaine?. D ou p^ut done venir 
a 1 Eglise catholique cette force de resistance indestruc 
tible, cettc vitality prodigieuse qui semble la rajeunir et 
la renouveler par les evenements nieincs qui bouleverscnt 
et engloutissent infailliblement toutes les autres associ 
ations huinnines ? Les sngcs et les fins politiques de ce 
mondc se le deniandent et ne pcuvent se 1 expliquer. Le 
vrai chroti-jn seul, eujet souniis et enfant obeissant de 
cette admirable sociere, le comprend. 

C est la vuc de ce spectacle etonnant qui faisait dire, 
dans le parleincnt anglais, au celebrc historien de 1 Angle- 
terre, I dloqucnt Macaulay, qui ne voyait dans cettc insti 
tution que 1 oouvrc dc 1 homme, ees rensarquables paroles : 

c: La constitution dc 1 Eglisc romaine cst certaine- 
mAt le chef-d oeuvre de 1 esprit humain. Le Pape etait 
sur un trone a Rome avant que le nom anglais fut connu 
sous le ciel ; il pourrait bien arriver que quelque \ Ceheur 
viendrait secher ses filets sur les ruines des dcrniers 
paLtis dc Londres, apres r.ue I Angleterrc aura, disparu 
du milieu des nations, que ie Pape n cn continuera pas 
moins son regne etonnant ct indestructible -dans la Ville 
Eternelie." 



ARTICLE XV. 

LA MOSARCHIB TEMPEKlE A SA PLUS BELLE EXPRESSION DAXC LA 
PATET^NITE. 

La monarchic fempe ree, on 1 a d^jil remarque, cst une 
forme de gouvernement ou 1 autorite, confide a une seule 



103 

personne, est guide e et controie e dans tous ses actos par 
les conseils de la sngesse. Or, cette sagesse, dans une 
nation, se troiwe personnifiee dans nn petit nombre 
d hommes vertu< : ux ct eehiires ; ce corps, dcstind a scrvir 
de contue-poias a i autorite du monarque, prend ordin.ure- 
ment le nom de senat, ou assembiee des vieillards. I/au- 
torite , ainsi assistee, n est de terminee a agir qife par 
I amour dii bien et dans Tinteret de ceux qu eilo est 
appelde a re gir. Les gouvernes ont le moyen de faire 
connaitre leurs besoins et de les discuter.en presence de 
1 autorite et devant le conseil des sages, par ieurs repre- 
sentants. 

Telle est la conclusion Idgi.imc a laquelle nous avons 
6t6 ameues dans 1 etude quo nous vcnons de faire siir le 
gouvernement naturel de la faniilie et sur le gouverne- 
ment divinement institue de rEglise catholique. Ces 
deux gouvernenietits cux-menies sent modeles et formes 
il 1 image da gouvernement divin qui presids a la creation, 
i\ la conservation et a la perfection dc toutes choses. 
C est lu un des enseignements lumineux et itnportants de 
la foi au mystere d un seul Dieu en trois personncs. Ces 
personncs sont la triple per.-onnification de la puissance, 
de ia sagesse et de Tamour, et ccs trois chcses sont la per 
fection de 1 autorite. 

II y a un fait remarquable dans le gouvernement de la 
fainille et de 1 Eglise : c est que ceux qui en sont les , c -ou- 
verains portent le meme nom que la premiere personne 
de lu Sainte Trinite : ils s appellent. 1 un et 1 siutre le 
Pfre, car le mot Papa n a point d autrc signification 
que le mot Pere. Et encore dcsigne-t-on sou vent le chef 
de 1 Eglise sous le nom de St.-Pere. 

Ainsi la premiere personne en Dicu, celle a Ir.quelie 
on attribue specialement la puissance et lc pouvoir crea- 
teur, qui est par consequent Vautorite substimtlelle, s ap- 
pelle le Perc. 

Le chef de la societe domestique, en qui se personnifie 
naturellcuient Yautorite, s appelle aussi le Pere. 

Le monarque qui preside a la societe religicuse, qui a 



104 

reu du divin Fondateur de FEglise la plenitude de 
Vautoritt, s appelle encore le Pere, et plus souvent le St.- 
Per*, comme pour exprimer un rapport plus imme diat 
avec la Divinitd. 

Or ce mot Pere, a lui seul, exprime coiupletement 
FideVque 1 on doit se faire du gouvernement le plus par- 
fait. Car qui dit pere dit en me"me temps autorite, 
mais autoritd douce, autorite bienfaisante, autorite ruise - 
ricordieuse. Qui dit pere dit sagesse, mais sagesse du 
cceur encore plus que de 1 esprit, et non point sagesse 
orgueilleuse du savant et du pliilosophe qui aiment a do- 
miner , ni sagesse ego iste du maitre et du spe culateur 
qui aiment a s enrichir. Qui dit pere, enfin, dit aussi 
amour, mais amour g^ndreux et constant, amour vigilant 
et plus fort que la moft, amour capable de faire tous les 
sacrifices. 

Le plus bel loge que Fhistoire ait eu a de cerner aux 
souverains vraiment dignes de ce nom, g a ^t^ de les appeler 
Pere du Peuple : a ^t^ de constater que leur regne 
avait te celui d un pere, et que leur gouvernement avait 
td un gouvernement paternel. 

Done, plus un gouvernement se rapprochera du triple 
modele que nous venons de consid^rer, plus il se rapprO 
chera de la perfectioUf 

*** 

EXISTENCE PHENOMENALE DU PEUPLE DE DIEU. 

II nous reste a signaler un dernier exemple de monar 
chic tempere e, ou le doigt de Dieu apparait encore bien 
visiblement : c est le gouvernement donne au peuple hd- 
breux par le ministere de Mo ise. 

La constitution cle ce gouvernement, les principes qui 

ont preside a toute sa legislation, devraient surtout attirer 

1 attention des hommes qui s occupent de Fdtude des lois 

ui rdgissent la socie te , etre 1 objet de leurs recherches et 

e leurs plus s^rieuses meditations. Et cela, nous le 

disons non-seulement pour les hommes de foi qui sont 



105 

profonde ment convaincus de la mission providentielle du 
Idgislateur des enfants de Jacob, de Finspiration divine 
des e crivains qui ont consign^ leur histoire dans nos 
livres sacrds, de ces homines de foi qui admettent avec 
une dgale conviction Intervention directe de la Divinitd 
dans les affaires nationales et la constitution politique de 
ce peuple dtonnant ; mais nous le disons surtout pour ces 
hommes qui voudraient chasser Dieu de la socie te hu- 
maine, et qui ne veulent voir dans 1 organisation sociale 
des descendants d Israel tjue 1 oeuvre de I homme. L ex- 
istence phdnome nale des Juifs, comme nation ; leur atta- 
chement indestructible a. la legislation mosaique qui les 
conserve et les rdgit, depuis pres de quatre mille ans, 
sous tons les climats, a travers toutes les vicissitudes des 
choses huraaines, cette existence et cet attachement sont 
quelque chose de si dtrange, que tout esprit sdrieux et 
observateur doit naturellement aimer a en rechercher les 
causes, et a dtudier avec soin par quels moyens la Provi 
dence a voulu conserver toujours vivace la nationality de 
ce petit peuple. 

II a vu naitre et grandir les imrnenses monarchies de 
1 Asie. Apres avoir subi leur domination, endurd leur 
tyrannie, il a ete le te moin de leur chatirnent, il les a vu 
ddmembrer et disparaitie du milieu des nations comme 
la poussiere que le vent emporte. 

Cette nation a vu encore passer, comme un me tdore 
brillant, 1 empire d Alexandre-le-Grand, et a pareillement 
subi la domination tyrannique de ses successeurs. Elle les 
a vus ensuite disparaitre tour a tour dans le gouffre de la 
domination romaine. 

Lorsque Romulus jetait les fondements de la ville de 
Home, les Israelites avaient deja vu passer 1 apogde de 
leur grandeur nationale sous les regnes illustres de David 
et de Salomon. Us ont vu naitre et grandir cette gigan- 
tesque aristocratic connue sous le nom de Rdpublique 
romaine, qui a rempli le monde de sa puissance et qui se 
plaisait a humilier les rois apres s etre emparde de leurs 
royaumes ; ils lui ont vu subjuguer et de trujre les ddmo- 
craties chicanieres et belliqueuses de la Grece savante* et 



106 

orgueilleuse ; ils ont ensuite assiste a 1 humiliation de ces 
fiers nristooratea de la grande Rome, sous lc despotismc 
brutal et avilissant et le joug de fer dc leurs Cesars. Puis 
les Cesars i\ leur tour ont du porter leurs levres a la coupe 
des humiliations. Leur empire n ete demembre, brise par 
les birbnres cnfants dc 1 nquilon. Le tout a etc broytf, 
pulverise, balaye par le souffle de la co-lure de Dieu. comme 
la poussiere des g?ands chcmins devant un tourbillon de 
1 occident. Et les Juifs eux-mumes, disperses aux quatrc 
vents du ciel par ce colosseque leur prophete avait decrit 
sous la figure d une bete epouvantable avec des dents et des 
griffjs de fer, sont demeures la, temoins irnperissables des 
vengeances de Dieu sur les peuples et les nations cou- 
pables. 

Ils ont ensuite vu ces farouches cnfants du Nord, ins 
truments aveugles et executeurs de la justice divine, se 
grouper en corps dc nation, se transformer peu & pen sous 
la direction sage et bienfaisantc de 1 Eglise catbolique, et 
dcvenir avec lc temps les peuples chretiens et les nations 
civilisees de 1 Europe actuelle. 

Ce peuple a survecu u toutes ces vicissitudes des cboses 
humuincs : il a resiste a toutes ces causes de destruction 
qui ont precipite dans le incme abtme et fait disparaitrc 
tour a tour Assyriens fft Perses, Grccs ct Remains. 

. Ce peuple parle aujourd hui toutes les langues, il babite 
tous les climuts, il se piie a tous les regimes politiques ; 
ct, chose etonnante ! ii ne cesse jamais, et en aucun lieu, 
d etre un peuple a. port, rcconnaissaljlc au milieu de tous 
les autres peuples, ayant toujours sa legislation ct ses espd- 
rances imp^rissables. 

*** 

LE GOUVEUXEMENT DU PEUPLE DE DIEU, TEL QU : iTABLI PAH MO ^SE, 
ETAIT UNE MONARCHIE TEMPEREE ; DERMERE PREDVE QUE C fiST LA 
ME1LLEURE FORME DE GOUVERXEMEXT. 

Comment expliqucr ce phenomene unique dans 1 his- 
toire de tcutes les nations ? D 1 ou vient aux descendants 
d Israel ce principc indestructible de vitalite nationale ? 



107 

C est lil sans doute rocuvrc de Dien, qui a donne & co 
peuple une mission toute speciale. Mais sans aucnn doute 
aussi, lemoyen nalurel Ic plus pti ssantdont la Providence 
se soit servi pour :itteindrc ce but a cite le gouvernerueut 
admirable qu elle lui a domic. La ferine de ce gouvjrnc- 
ment e ait une monarchic teniperee dont la premiere 
pierre d assi?c etair, la religion. Les rapports qui reliaient 
Tautorite religieuse a. 1 autorite civile etaient aussi intimes, 
aussi forts que les liens qui nnissent I &me ;-.u corps ; 
cependant cesdeux autorites etaient austi distinctes, aussi 
Jibres dans leurs attributions respectives que Fame ct le 
corps. 

Voici comment s esprime saint Thomas d Aquin, dans 
?a fomme thdologiquc, sur la forme de gnuvernemcnt que 
Dicu avait donne a son peuple. Apresavoir demontre que 
la monarchic est le gouvernement le plus parf ait, le doc- 
teur aniielique continue ainsi : C cst ce qui fut institud 
selon la loi divine. En effet, Moi^e ct scs succcsseurs gou- 
vernaicnt le peuple coin me dtantchacun le princo de tous : 
cc qui est une espece de royautc. Les septante-deux seua- 
teurs etaient choisis selon la vertu. Car il est dit nu ler 
chapitre du Deuteronorne : J ;d pris de vos tribus des 
homines sages et nobles, et je les ai constitues princes ; " 
ct voila qui etait ari>tocratique. Cc qu ily avait de demo- 
cratiquc, c est que ces homilies etaient choisis d entre tout 
le peuple. " Procurez-vous d cntre tout le peuple, e>t-il dit 
au Seme chapitrc de 1 Exode. drs homines puissants et 
craignant Dieu, qui aiment la verite et haissent Tavarico." 
Ce qu il y avait de democratique encore, c est que e dtait 
le peuple qui les choi--issait. " Presenlcz d entre vons, cst- 
it dit a la multitude dans le premier chapitrc du Dente- 
ronome, des hommes sagos et capableset dont la conduite 
soit approuvee dans vos tribus, afin que je vous les c-tablisse 
princes." 

u D ou il est manifesto, conclut ce grand dccteur, quo 
la constitution poiitique etablie par la"" loi de Mo ise etait 
la meilleure." 

Telle est la doctrine de St. -Thomas d Aquin touchant 
la monarchic temperee des Hebreux. 



108 

Le savant abbe* Rohrbacher s exprime dans le mgrne 
sens, an septieme livre de VHistoire universelle de TEglise 
Catholique : " Tous les Israelites ne forment qu une fa- 
mille, qu une patrie, parce qu ils n ont que le meme pore 
en Israel ou Jacob. 

"Ainsi, Moise engendrant les enfants d Israel a I dtat de 
peuple libre, en sera le pere et le chef ; et il le sera, comme 
le pere selon la nature, par la grace de Dieu. Toute 1 au- 
torite du gouvernement reside d abord en lui comme en 
Abraham, Isaac ou Jacob divinement ressuscite s. Cette 
autorite, si grande qu elle soit, n est que Fautorite de ses 
anciens peres, coulant plus abondante de sa source pre 
miere qui est Dien, selon les besoins plus grands de leur 
posterity. Moise, ce merveilleux pere d Israel, ce fidele 
lieutenant de Dieu, aura lui-meme pour lieutenant et 
vicaire, dans le spirituel, Aaron et ses fils aide s des Idvites, 
et dans le temporel, 1 assernble e des soixante-dix vieillards, 
peres ou se nateurs, auxquels sont subordonne s les juges 
des villes. 

" Dans cette constitution divine et paternelle, il n y a 
ni patriciens, ni pleb&ens ; tous sont e galement nobles, 
tous ^galement enfants d Israel et sujets de Dieu seul. 
Tous sont egaux devant la loi ; et cette loi n est pas d un 
homme, niais de Dieu. Et cette loi n est pas le secret 
d une caste nobiliaire comme chez les vieux Romains ; 
c est le patrimoine de tous et de chacun. Pour garantir la 
vie de l homme, le meurtrier est puni de mort. Un meurtre 
impuni souille la terre. Le sang ne peut etre expie que 
par le sang." 

A ces citations, qu il serait inutile de prolonger en les 
inultipliant, nous nous contenterons d ajouter cette r^- 
flexion : Puisque Dieu a choisi un peuple pour etre d une 
maniere toute spe ciale son peuple, puisqu il a voulu lui- 
mme etre son legislateur, et lui dcwiner une constitution 
politique, capable de raster a toutes les causes de des 
truction qui font disparaitre dans le cours des siecles les 
choses humaines les plus fortement et les plus sagement 
^tablies, n est-il pas l^gitime de conclure que la forme 



109 

du gouvernement qu il a donnd & ce peuple est la meil- 
leure ? 

En resume done, nous voyons sur la terre trois societes 
ou 1 intervention de la Divinite est evidente, savoir: la 
societe naturelle de la faniille, la societe religieuse du 
Catholicisrae et la societe theocratique des enfants d ls- 
rael. Et dans ces trois societes nous trouvons en tete un mo- 
narque revetu de 1 autorite, et assiste par un conseil ou 
siege la sagesse, et qui a voix deliberative quand il s agit 
d exercer 1 autorite . Ce monarque et ce conseil sont aussi 
aide s dans leurs deliberations par les gouverne s ou leurs 
representants, qui ont voix consultative dans tout ce qui 
se rattache a iours interets. 

En effet, dans ia famille, c est le pere qui a 1 autorite ; 
la mere a voix deliberative dans les conseils, et les enfants 
ont voix consultative. Dans 1 Eglise, le Pape est investi 
de 1 autorite supreme ; les e\ r ques out voix deliberative 
dans les conciles, et les pretres ont voix consultative dans 
les synodes. 

Dans la constitution mosa ique, lechef de 1 Etat, d abord 
designe sous le nom de juge, etensuite connu sous le nom 
de roi, est aussi investi de 1 autorite souveraine ; le Sanhe- 
drin, ou conseil des vieillards, a voix deliberative, et les 
juges subalternes con&titues dans les villes, et vivant au 
milieu du peuple dont ils sont les representants naturels, 
ont voix consultative. 

En presence de ces faits et de ce haut enseignement de 
la religion et de 1 histoire, ne sommes-nous pas autorise*s 
a conclure avec le grand Saint Thomas d Aquin que le 
meilleur et le plus parfait des gouvernements est celui ou 
le souverain, investi de 1 autorite supreme, est assiste d un 
senat dans lequel les premiers de la nation ont voix deli 
berative dans les conseils, et ou le peuple a, par ses repre 
sentants, voix consultative ? 



110 



ARTICL.E XVI. 

AVAXTAGES ET IXCOXVENIEXT3 DES GOUVEBXEMEXTS ARISTOCRA- 
TIQUES ET DillOCRATI^UES. 

Nous avons vu, dans les articles precedents, que le 
gouverneraent le plus parfait est celui qui reunit dans 
une s;ig3 proportion, c est-u-dire avec des rapports conve- 
nablcs, les trois formes essentielles de tout gouvernement, 
nous voulons dire Telement monarchique, 1 elemcnt aris- 
tocratique et 1 element de aiocratiquc. Isolez ces Elements 
les uns des autres. et vous avez du coup les trois formes 
de tout gouvernement rnmvais : 1 absolutisme, 1 oligar- 
chie et la demagogic. La monarchic, sans aucun controle, 
devient 1 absolutisme ou le despotisme. L aristocratie qui 
s est cmpare e de i autorite et qui ne vise a s en servir que 
pour exploiter le peuple, c est I oligarchie. La democratie 
qui ne voit de droit que dcins le noinbre et .la force des 
bras, c est la demagogie. 

Nous avons done fait voir que la monarchic temperee 
par un melange convenable d aristocratic et de democratie 
est le meilleur gouvernement. II ne s en suit pas que les 
gouvernements ou le principe aristocratique ou democra- 
tique domine, pour etre uioins parfaits que le premier, 
soient mauvais et condamnables en eux-memes. Au con- 
traire, ils sont quelquefois necessaires, u raison des cir- 
constances ou peut se trouver un peuple ; c est pour cela 
que la Providence en a laisso le choi^libre, etque 1 Egiise 
catholique les accepte et ies benit toutes les fois qu iis 
sont l^gitimement etablis. 

Noas allons essayer, dans cet article, de nous fuire unc 
idee plus precise de c^s cleux sortes de gouvernements, 
Windier les avantages qu iis presentent ct les iacoave- 
nients qui les accompagnent. 

D abord, comme nous 1 avons deja insinue, n oublions 
pas qu une des conditions essentielles de tout gouverne- 
ment, c est Vantoriti. La ou est 1 autorite, la est le gou 
vernement. Si 1 autoritu est dans les mains d un seul, 



Ill 

c est la monarchic ; si 1 autoritd cst dans les mains d un 
petit nombre, c est 1 aristocratie ; au contraire, c est la 
democratic si 1 autoritd cst dans les mains de la multi 
tude. 

L autoritd peut etre dans les mains de celui qui en est 
revetu, de deux manieres, officiellement ou reellement. 
Ainsi, dans le gouvernement actael de la France, 1 au 
torite est officiellement et reellement dans les mains de 
1 Empereur; aussi, nous avons cite ce gouvernement 
comrne un gouvernement monarchique. En Angleterre, 
1 autoritd est officiellement dans les mains de la reine, 
mais elle est reellement dans la chambre des Lords. Aussi 
ce gouvernement est-il un des exem pies les plus remar- 
quables du gouvernement aristocratique. z\ux Etats- 
Unis, au contraire, 1 autorite est reellemeut dans le peuple, 
qui fait la loi et commande, par les elections, a tous les 
hommes constitues en autorite, depuis le President jus- 
qu au plus petit magistral C est aussi un exeinplc du 
gouvernement ddmocratique. 



*** 

L ARISTOCRATIE POKNE PLUS D UNIFORMITE DANS L ACTION DU GOU- 
VKRNEMENT KT FAVOUISE I/ACCUMCLATION UES RICZKSSES, MAIS 
DIVISE EN CASTES LA NATION. 

L aristocratte est done une forme de gouvernement ou 
1 autorite reside dans un petit nombre d houimes choisis 
parmi ce qu il y a de plus sage et de plus capable dans la 
nation. 11 y a, par consequent, ici, displacement de 1 au 
torite ; cette base essentieile de tout gouvernement ne se 
trouvant plus dans les mains d un seul, mais dans un 
corps collectif, perd de son caractere d unite. A la veritd, 
on rctrouvera dans toutes les aristocraties une perconnifi- 
cation de 1 autoritd dans un chef quolconque, car 1 unitd 
cst tellement de son essence qu il taut toujours en venir 
a lui donner une forme simplitiee et deterrninde, et la pla 
cer dans un individu qui la resume en lui pour en devenir 
Torgane, sans quc toutefois 1 autoritd rdelle et gouvernant 



112 

de fait cesse de se trouver dans la majorite* du corps deli- 
berant, qu il s appelle le Senat ou la chambre des Lords. 

II pent etre avantageux pour un peuple qu il en soit 
ainsi dans certaines circonstances. II y a plus d unifor- 
mite dans la direction donnee aux affaires, les plans arrg- 
ts apres de mures deliberations sont suivis avec plus de 
Constance et d uniformite , et ne sont pas exposes a ces 
modifications et ces changements subits qu amene lamort 
soudaine du souverain, surtout quand il a pour successeur 
un homme de vues et de sentiments tout differents. 

Si Ton consulte la-dessus 1 histoire, elle nous redira 
qu en general les aristocracies qui se sont fortement cons- 
tituees ont d abord de veloppe considerablement les res- 
sources de la nation, agrandi son territoire et tendu son 
commerce. C est 1 enseigneuient que nous donne, chez les 
anciens, 1 histoire des Carthaginois et des Romains, et, 
chez les modernes, nous pouvons vous citer les Venitiens 
et les G^nois, mais surtout la puissante et riche aristo 
cratic de 1 Angleterre, dont les vaisseaux sillonnent les 
niers et lui apportent les richesses du monde entier. Mais 
il faut avouer qu a cote de ce mouvement et de ce progres 
materiel, il se produit un phe nomene en sens inverse sous 
le rapport moral. Le ddveloppement exage re de 1 indus- 
trie developpe a son tour sans borne et sans mesure toutes 
les cupidites ; 1 histoire ancienne et 1 histoire moderne 
sont la pour le redire. La soif de Tor a tout essaye ; elle 
a mis toute chose au service de ses de sirs, et elle a fini 
par enfermer dans d immenses boutiques, et faire des- 
cendre jusque dans les entrailles de la terre, pour en arra- 
cher les richesses qu elles renferment, des milliers d indi- 
vidus de tout age et de tout sexe qui deviennent la des 
instruments vivants propres a toute sorte de besogne, 
mais qui vivent dans la plus profonde ignorance et des- 
cendent parfois jusqu aux derniers Echelons de la de"gra- 
dation humaine. Les maitres et les speculateurs qui les 
exploitent avec la plus grande habilet^, accumulent des 
richesses fabuleuses ; de la. un d^sordre grave dans la 
nation , qu on retrouve plus communement dans les 
gouvernements aristocratiques ; c est le partage de la 



113 

nation en castes ou classes privilegides. Une ligne de 
demarcation profonde partage le peuple en deux catego 
ries qui contrastent hideusement Tune a cote* de 1 autre. 
La premiere, au comble de 1 opulence, regorge de richesses, 
au point que les individus qui en font partie marchent a 
Fe gal des rois par leur faste et la magnificence de leurs 
Equipages et de leurs palais, tandis que les seconds, et qui 
sont assez nombreux pour former la masse de la nation, 
languissent dans la misere la plus profonde, manquent, 
souvent des choses les plus ndcessaires a la vie, et meurent 
quelquefois d inanition par milliers le long des grands 
chemins ou au fond de leurs bouges degoutants et mal- 
sains. 

Yoila bien aussi quelle e tait la condition sociale de cette 
puissante aristocratie romaine qui avait accumuld les 
richesses de tout Funivers dans ses parterres enchanteurs 
de la belle Italic. Quelques-uns de ses fiers aristocrates 
n avaient pas moins de trois a quatre mille esclaves pour 
les servir, et les homines qui en ont fait la recherche avec 
le plus de soin ont trouve qu en terme moyen chaque 
Romain noble n avait pas moins de quatre esclaves pour 
le servir. 

Le celebre philosophe grec Aristote, en traitant le 
sujet qui nous occupe, avait signald ce desordre dans 
lequel 1 aristocratie est surtout sujette a tomber. Voici 
comment il s exprime : " L aristocratic degenere pareil- 
lement en ce qu on appelle oligarchic, lorsqu au lieu de se 
distinguer par la vertu, et de se proposer 1 utilite com 
mune, ceux qui gouvernent n estiment que les richesses, 
ne pensent qu a se distinguer par les richesses, n envisa- 
gent I autorite que comme un moyen d amasser plus de 
richesses, et se permettent pour cela tout ce que font les 
tyrans." 

Que Ton jette aujourd hui les yeux sur la plus celebre 
aristocratie contemporaine, la riche et puissante Angle- 
terre ; que Ton etudie avec soin son 6tat sociale ; que Ton 
compare la puissance et la fortune de ses nobles avec la 
misere et la faiblesse de ses pauvres ; que Ton veuille 
prendre la peine de les compter, en y comprenant 1 Ir- 



114 

lande, ct Ton nc pourra manqucr d etre etonnd de la res- 
semblance que 1 Angleterre d aujourd hui pre sente avec 
Rome payeune d autrefois. 

Si le gouvernement aristocrat! que peut ainsi ddgene- 
rer et amener d aussi regrettables ddsordres, il ne s en 
suit pas qu il soit mauvais en lui-meme. Au contraire, il 
pre sente certainement de grands avantages, devient quel- 
qucfois ndcessaire, et il est le seul compatible avec les 
ide es et les inclinations de certains peuples. 

On retrouve quelquefois dans la famiile une image de 
ce gouvernement. Un pere vient-il a, n avoir pas les apti 
tudes et 1 energie ne cessaires pour la bonne administra 
tion des affaires de la famiile, c est alors un bonheur pour 
les enfants s ils retrouvent dans leur mere cette intelli 
gence des affaires, cette capacitd et ce talent d adminis- 
tration qui la met en e tat de supplier, avec le concours de 
quelques-uns de ses enfants, a celui que Dieu avait place a 
la tete de cette niaison. On peut dire alors d une telle 
famiile que son gouvernement est plutot aristocratiquc 
que monarcliique. Cependant, pour etre bon et meine 
ndcessaire a une telle famiile, il n en est pas inoins vrai 
qu il est inoins parfait que celui ou le pore est a la hauteur 
de sa mission et des devoirs qu il a u remplir. 



LA DEMOCRATIC EST LA FORME LA PLUS IMPARFAITE DES GOUVER- 
XEMENTS ET PRESENTE LE J10INS DE GARANTIE8 POUR LA PAIX. 

La democratic ou gouvernement de la multitude est la 
plus imparfaite des trois formes de gouvernement. Du 
moins est-ce le jugement qu en ont portd les plus grands 
philosoplies de I antiquite , les plus profonds theologiens 
du moyen-age, et les plus ce"lebres publicistes des temps 
modernes. Qu il nous suffise de nommer Aristote pour 
1 antiquitd , St. Thomas pour le moyen-age, et J. de 
Maistre pour notre siecle. Dans cette forme de gouver 
nement, Tautorite est de fait dans les mains du peuple. 
Les magistrats, dans cette sorte do gouvernement, ne gont 



115 

de fait que led tres-huinbles serviteurs de la multitude, il 
leur faut la consul ter dans tous leurs actes, et se laisser con- 
duire par elle autaut qu il est possible. Plus 1 action popu- 
laire se fera sentir dansles diverses branches del adminis- 
tration gouvernemcntale, plus aussi 1 iddal democratique 
sera parfait. Ici la sagesse ne siege plus au conseil des 
vieillards, 1 autorite ne reside plus dans le president on 
chef de 1 Etat, mais c est la multitude qui a tout cela en 
partage. C est une famille ou les enfaiits ont pris la di 
rection de toutes les affaires, et ou le pere et la mere n ont 
le droit de rien fairc sans les consulter, et sans avoir au 
prdalable recu leur approbation et leur assentiment. L d- 
lection, et surtout I election frequente, est le moyen d as- 
surer au peuple cette action immediate dans la legislation 
et la direction des affaires. 

Ce simple expose* des principes constitutifs de la denio- 
cratie suffit pour en faire ressortir 1 imperfection et les 
inconve nients nombreux qui 1 aecompagnent. 

Cette forme, toute defectueuse qu alle soit, n est cepen- 
dant pas radicalement mauvaise. II peut arriver des cir- 
constances ou elle soit la seule convenable pour un peuple, 
comme pour une famille. Mais 1 histoire est la pour nous 
apprendre que les republiques, les veritables republiques, 
ou le principe democratique est une re alite dans son ap 
plication, ont toujours eu une existence extremement agi- 
tee. Les ambitions de toutes sortes, surexcitees par la 
facility de renverser les mandataires investis de 1 autorite 
legislative et gouvernementale, et de prendre leur place 
au moyen de la direction donnde a 1 opinion de la multi 
tude dans les elections, ont toujours cree des partis plus 
ou moins hostiles, qui ont souvent trouble 1 ordre et la 
paix publique. Les haines, venant se joindre aux ambi 
tions, ont souvent divise les peuples republicains en deux 
ou trois camps hostiles, et ameneV des guerres civiles qui 
ont fini par ensanglanter le sol de la patrie dans des com 
bats fratricides. Presque toujours 1 anarchie ou le despo- 
tisme ont en fin de compte remplace la democratic. 
Temoin les petites republiques de la Grece dont 1 his- 
toiro se compose en grande partie du r^cit de 



116 

guerres civiles et des pe*riodes d anarchie ou de tyrannic 
qui en etaient ordinairement la suite. Te moin la grande 
rdpublique ame ricaine qui n a pas encore ve cu 1 age d un 
homme, et qui a deja traverse les peripe ties et essuye les 
desastres de la guerre civile la plus gigantesque qu Ont eu 
a enregistrer les annales des nations. 

Le ce lebre publiciste Joseph de Maistre disait, il y a a 
peine cinquante ans, en parlant de cette jeune nation : 
" L enfant est encore au maillot ; attendez qu il ait atteint 
Tage ou il devra laisser ses langes, et vous verrez comment 
il les dechirera ! " 

Or c est ce que nous avons vu depuis quatre ans ; et les 
homines qui s y connaissent disent que ce n est que le pre 
mier acte du drame ! Quel en sera done le denouement 1 
Sera-ce 1 anarchie ou le despotisme ? L un et 1 autre ont 
deja montre la tete. 

Voici comment s exprime Aristote sur cette forme de 
gouvernement : " La democratic degenere en demagogic, 
lorsque ce qu il y a de plus bas dans le peuple, ceux qui 
n ont aucune fortune et encore moins de vertus, voyant 
qu ils sont les plus nombreux, se laissent entrainer par des 
flatteurs a, depouiller et a tyranniser les autres. Car le 
peuple est aussi un monarque, non pas individuel, mais 
collectif. II cherche done aussi a, faire de la monarchic, 
lui ; a regner seul, sans loi et en despote. II prend les 
allures et les moeurs des tyrans : comme ceux-ci, il a des 
flatteurs qu on appelle demagogues. Ces flatteurs gran- 
dissent en puissance et en richesse, parce que le peuple dis 
pose de tout, et qu eux disposent de 1 opinion du peuple. " 
Tel est le gouvernement democratique. 



ARTICLE XVII. 

COUP D CEIL SUE L ORIGINE DE LA SOCI&TE. 

Avant tout la Providence a fait 1 homme pour vivre en 
socie te . Elle a voulu, en consequence, qu il fut a la fois 
membre de la soctete domestique, de la socie te civile, de 



117 

la socidtd religieuse ; ou, en d autres termes, elle a voulu 
qu il appartiat en meme temps a, la famille, a 1 Etat, a. 
PEglise, et la soeidtd totale et complete de Phomme com- 
prend ndcessairement cette triple socidtd. Dans la fa 
mille, I homme vit en socidtd avec lui-meme ; dans PEtat, 
il vit en societe avec ses sernblables ; dans PEglise, il vit 
en societe avec Dieu. L autoritd, comme nous venons de 
le voir, se resume dans chacune de ces socidtes et se per- 
sonnifie dans un homme ; c est le Pere dans la Famille, le 
Eoi dans PEtat, le Pape dans PEglise. 

Puisque I homme est simultandment soumis a la triple 
autoritd du Pere, du Roi et du Pape, puisqu il est oblige 
en conscience de- leur obdir, il s en suit necessairement 
qu il doit y avoir entre ces trois autoritds des rapports 
de subordination, de maniere que Pune n ait pas le droit 
de commander une chose que Pautre sera obligee de dd- 
fendre. Autrement il faudrait conclure qu il y a contra 
diction dans les osuvres de Dieu ; ou que la socidtd n est 
pas Pouvrage de sa sagesse et de sa bontd. Ce qui ne 
rdpugne pas moins a notre raison qu a notre foi. 



IMPORTANCE DS I/ENSEIGNEMEXT HISTORIQUE SUR CETTE QUESTION. 

Quelle est en fait Porigine de la socidtd ? 

Une chose nous a toujours dtonnd, c est que la plupart 
des hommes qui se sont occupes si activemeht depuis 
plus de deux siecles des questions de Pordre social et 
politique, aient mis de cote la mdthode d observation et 
de Pdtude des faits, mdthode et etude qui ont fait accom- 
plir des progres si admirables dans toutes les sciences ou 
elles ont etd appliqudes. C est par cette mdthode que les 
grands physiciens sont parvenus, a> force de patience et de 
sagacite, en accumulant les observations et les faits, en les 
rapprochant les uns des autres, les comparant avec la 
plus scrupuleuse attention ; sont parvenus, disons-nous, a la 
ddcouverte de ces grandes lois de la nature dont les appli 
cations multiplides et ingdnieuses font aujourd hui notre 
admiration. C est encore par cette mdthode que les 



118 

grands astronomes, a 1 aide des instruments que leur a 
fournis la physique, ont pu sender la profondeur des cieux, 
y faire ces observations multipliers et exactes sur les 
mouvements et les revolutions, la grandeur ct les distances 
prodigieuses des corps celestes. En comparant ces faits 
si inge nieusement observes avec les theories que leur 
avaient fournies leurs dtonnants calculs, ils sont arrives a 
de couvrir les grandes lois de la nature qui rdgissent les 
mouvements de ces globes imrnenses qui roulent dans 
1 espace au-dessus de nos tetes : lois admirables dont la 
connaissance permet a ces savants de prddire a, une minute 
de precision, dix ans, cent ans d avance, les phe nomenes 
qui s accompliront dans la voute celeste, et de tracer du 
fond de leur cabinet la route que les marins de toutes les 
nations devront suivre sur l immensitd des oceans. 

II faut en dire autant des g^ologues, qui sont parvenus 
a constater, par leurs laborieuses recherches et leurs lon- 
gues investigations dans les entrailles du sol que nous 
habitons, que notre globe n est qu un brasier immense a 
peine reconvert d une assez mince couche refroidie. 

Nous le re pe tons, nous avons toujours 6t6 singulie"rement 
surpris de voir que, dans un temps ou la science de 1 ob- 
servation et de I e tude des faits tait en si grand hon- 
neur, menait a des r^sultats si magnifiques, les savants 
qui se sont donne pour mission I dtude de la science poli- 
tique et sociale aient suivi une marche toute diffe rente. 

II est pourtant incontestable que la socie te humaine, 
encore plus que la nature physique et inanime e, est soumise 
a des lois stables etinfiniment sages ; que 1 etude attentive 
et consciencieuse de 1 liistoire, ou sont consigned les e ve- 
nements etles faits important* qui se sont accomplis parmi 
les homines, peut aider conside rablement a arriver a la 
connaissance de ces lois. Or cette connaissance est absolu- 
ment ndcessaire pour le bon gouvernement des nations. 

^ 
* * 

JEAN-JACQUES ROUSSEAU ET LE COXTRAT SOCIAL. 

L un des homines qui ont fait le plus de bruit dans le 
sicle dernier a abordi ce grand probleme de 1 origine de 



119 

la socie^ et de la source de 1 autoritw. Le Contrat 
social est le titre du livre ou Jean-Jacques Rousseau a 
essays de resoudre ces deux questions. II se donne avec 
complaisance le titre de philosophe. Sans aucun doute 
il va suivre la route que lui ont trace e ses devanciers les 
plus illustres dans la recherche de la vdrite . Aristote 
voulant -arriver a la connaissance de la meilleure forme de 
gouvernemerit, examine avec soin les re publiques id^ales 
des philosophes qui 1 ont precede , ainsi que les gouverne- 
ments re*els de Lace de moRe, de Crete, d Athenes. Pour 
proce der en ses comparaisons d une maniere plus sure et 
plus pratique, il avait ddcrit, dans un livre a part qui 
n est point venu jusqu a nous, les institutions politiques 
de cent-cinquante Etats diff^rents. 

Le philosophe de Geneve va-t-il suivre cette rne thode 
de bon sens ? Lui, chre tien, va-t-il s aider des lurnieres 
si vives que la Rdvelation a jetdes sur les questions qu il 
entreprend de resoudre dans le Contrat social ? Oh ! 
n allez pas le croire. II sait trop bien ce que vaut la 
philosophic moderne, pour aller demander des legons et 
des enseignements & 1 histoire des siccles, ti la raison 
humaine parlant par la bouche de ses plus illustres reprd- 
sentants, Socrate et Platon, Aristote ct Cice ron, a la 
raison divine s exprimant par la bouche et par les ecrits 
des auteurs inspires. Et qu est-ce que la raison diving ? 
qu est-ce que la raison humaine ? qu est-ce que la sagesse 
accurnule e des siecles, pour un philosophe moderne ? Get 
homme, qui connaissait si bien ses confreres en philo 
sophic, n a-t-il pas dit qu ils n etaient qu une bande de 
charlatans, decides chacun a pref^rer Terreur qu il aura 
inventde a la ve rite trouvde par un autre ? 

C est d aprus ce principe qu il s en va a la recherche 
de 1 origine de la societe* et de la source de 1 autoritd. II 
s enferme dans son cabinet, dont il defend 1 entre e aux 
rayons du jour ; la, dans les cavite s profondes de son cer- 
veau malade, il recherche les origines de 1 ordre social ; il 
se fatigue, il se tourmente 1 esprit, et se livre a de subli 
mes contemplations ! Et quelle reponse son intelligence 
ainsi illumine e va-t-elle lui donner ? Ecoutons, voici la 



121 

sagesse moderne qui va nous parler par son plus illustre 
repre*sentant ; elle va nous redire notre origine et le point 
de depart de tout ordre social : 

" Dans leprincipe, Thomme, a Tinstar du singe, rfetait 
qiCun habitant des forets ; son gouvernement pour le 
moins valait celui des loups. Mais void que tout-d-coup 
cet liomme se met a avoir de I esprit, ilinvente le langage, 
et s entend avec ses seniblables beaucoup mieux que les 
loups entr eux^ 

Telle est notre origine d apres ce grand pliilosoplie. 
Inutile de dire que ces hommes qui apparaissent dans les 
forets comme une talle de champignons, et qui se font si 
facilement un langage, trouvent fort aise de constituer la 
socie te . Un bon matin ils se re*unissent ; sans faire d aussi 
longues harangues que les legislateurs de nos jours, ils 
conviennent que chacun va cder sa part d autoritd sou- 
veraine au chef qui les gouverne. Puis tout est dit ; le 
contrat social est dressd, signd pour toutes les generations 
prdsentes et a venir. 

La societe est creee, Vautorite constitute ! 

On ne sait ce qui doit le plus e*tonner en relisant ce 
fameux Contrat social : ou de 1 audace de 1 homme qui a 
osd, en plein christianisme, ^mettre au s^rieux de sem- 
blables ^lucubrations ; ou de 1 admiration stupide de la 
generation qui 1 a accueillie avec le plus grand enthou- 



&^ 
siasme. 



Et dire que dans notre Canada si catholique, il se 
trouve des hommes qui, comme les seldes de la revolution 
frangaise, baillent d admiration devant ce chef-d oeuvre du 
pliilosoplie de Geneve ! dire que ces Canadiens, le Contrat 
social en main, et appuyds sur I autorite de Jean- Jacques 
Rousseau, regardent avec pitie" les sublimes enseigne- 
ments de nos livres saints, et se moquent de I autorite de 
1 Eglise, qu ils ne cessent de denigrer hypocritement dans 
la personne de ses pasteurs, depuis le Pape jusqu au plus 
humble Idvite ! C est la un spectacle qui fait peine a voir. 
Tout Canadien qui aime sincerement son pays et sa reli 
gion ne peut manquer d en tre profond^ment afflig^. 



121 

MOYSE ET LA GENESE. TRADITIONS DBS PLUS ANCIENS PEUPLES. 

L ecrivain sacrd qui nous raconte le commencement de 
toutes choses, nous fait assister a T origine veritable et a 
la formation rcelle de la societe. Transporte par 1 Esprit- 
Saint au temps qui prece da 1 apparition de l homme sur 
la terre, il nous en fait connaitre la noble origine et les 
hautes destinees. Moise nous montre la Divinite tenant 
conseil et deliberant avec elle-meme sur les qualitds qu elle 
va donner a ce chef-d o3uvre de ses mains. II nous fait 
entendre ces paroles etonnantes qui sont la decision du 
conseil divin au moment ou il vient de decre ter la creation 
de notre premier pore : " Faisons 1 homme a notre image 
et a notre ressemblance." 

Voila ta sublime origine, 6 homme ! crdature si fragile 
par la partie matdrielle de ton etre, mais si grande par 
cette ame immortelle qui n est rien moins que le souffle 
du Tout-Puissant lui-meme : tu es 1 image vivante et la 
ressemblance veritable de ton Createur, qui daigne t appe- 
ler son fils. 

Le voila cet etre admirable. Au sortir des mains de 
son Crdateur, il est tout rayonnant de gloire et de beautd ; 
il s avance dans toute la perfection de sa nature. L e van- 
ge liste St.-Luc nous dit qu il est le fils de Dieu ; il est 
re ellement le Roi de la creation. Lo pouvoir de com 
mander aux poissons de la mer, aux oiseaux du ciel, aux 
betes, a toute la terre et a tous les reptiles qui se meu- 
vent sur la terre, lui est donnd. Et tous ses serviteurs 
viennent lui rendre hommage : en signe de sa domination 
sur eux tous, il impose a chacun le nom qui lui convient. 

Mais dans toute cette multitude d etres qui passent 
devant Adam, nous en cherchons en vain un qui lui soit 
semblable. Moyse nous declare qu il n y en a point. 
L homme existe, il parle, il agit en maitre, il prend pos 
session de toute la creation, et il est seul. L ecrivain sacrd 
prend la peine de le constater de la maniere la plus solen- 
nelle. C est que, voyez-vous, des le point de depart, Dieu 
voulait nous donner un des plus hauts enseignements sur 
1 origine de la socie te . 



122 

La socie te ! mais comment peut-elle exister a oette 
que ? I/humanite* tout enti6re ne compte qu un seul indi- 
vidu ! C est vrai ; il n y a, par consequent, ni goci^t^ 
domestique, ni socie te civile, ni famille, ni Etat. Adam 
est seul : il prend possession de toute la nature avant la 
creation de notre premiere mere ; ccpendant il parle, il 
converse avec Dieu, comme 1 erifant avec son pere. Dieu 
lui donne ses lois, les dcrit en traits ineffac.ables au fond 
de son coeur ; et ces lois ont pour but de relier 1 homme & 
son Cr<jateur. Dj& le mot religion, qui signifie, dans son 
sens elimologique, lien, attache, et dans son sens propre 
et naturel, societe de Vliomme avec Dieu. 

Done, la societt religieuse, ou TEglise^ est la premiere 
de tontcs les societes. Elle a precede meme la societd domes 
tique ou la famille, a plus forte raison la socie te civile, qui 
n a fait son apparition sur la terre que de longues ann^es 
apres. Ainsi le premier homme a d abord e tc le premier 
Pontife, puis il est devenu le premier pere, et longtemps 
apres le premier roi. 

Voila. 1 un de ces sublimes enseignements que nous 
donne la premiere page de nos livres saints. 

Si Ton consulte attentivement les annales des plus anti 
ques nations, nous les trouverons d accord pour le fond 
avec le rdcit de la Genese ; elles nous parlent d un dge 
d or ou la divmite habitait sur la terre, conversait avec les 
hommes, les instruisait on leur enseignant les arts et les 
sciences, etc ; en un mot, elles nous montrent partout 
1 homme en societe* avec Dieu avant que de 1 etre avec ses 
semblables, etc., etc. 

Si J.-J. Rousseau et ses confiants adeptes avaient pris 
la peine de lire cette page admirable des livres saints, et 
surtout de la mediter, ils n auraient pas e te a la peine de 
donner au genre humain 1 origine honorable d un enfant 
trouvi que ces charitables sophistes sont alles chercher 
dans le fond des bois, sans jamais pouvoir nous dire quel 
dtait son pere. Nous nous trompons : les plus perspicaces 
ont de couvert avec certitude et appris au monde etonnd 
que ces hommes agrestes de J.-J. Rousseau taient bien 
et dument, en filiation directe, les descendants du pre- 



123 

mier des singes; et cette, de couverte est due 4 un corol- 
laire des principes lumineux du progres moderne ! Mais 
lui, ce premier des singes, d ou venait-il ? de qui tait-il le 
fils ? C est ce qu ils n ont encore pu nous dire : il paralt 
bien certain qu un nouveau corollaire des memes princi 
pes nous 1 appreridra bient6t ! ! 

Et c est de J.-J. Rousseau que Ton a dit : " Le genre 
huinain avec perdu ses titres, et J.-J. Rousseau les a 
retrouve s ! " 

II semble qu en signalant de semblables aberrations de 
1 esprit huinain, on ne puisse etre serieux ; que jamais 
homme n a os6 avancer, encore moins soutenirde pareilles 
absurdite s. He las ! plut a Dieu qu il en ffit ainsi ! 

Les pages sanglantes de la revolution frangaise rediront 
a, la posterity la plus reculde que la nation la plus civili- 
sde de 1 Europe a cru avec un tel entrainement aux doc 
trines du Contrat social et des droits de 1 homme, qu elle 
n a pas hesitd a faire inonter sur I dchafaud le plus doux 
et le plus pieux de ses rois, a. faire dgorger par milliers 
ses pretres et ses nobles, & renverser ses temples, a profa- 
ner ses autels, et tout cela pour en venir a Implication de 
ces theories anti-sociales et absurdes d une socie te 
taire sans pretres et sans Dieu. 

M. Ch. Comte, signalant les contradictions, Ics^consd- 
quences et les absurdites du Contrat social, dit : 

" Un jou on sera surpris qu il se soit trouve des peu- 
ples qui, n ; e ut prive s ni d intelligence ni de lumiere, 
aient cherche des regies de conduite dans un systeme aussi 
incoherent, et, je ne craindrai pas de dire, aussi insensd ; 
mais iorsqu on aura examind les principes qu ils prirent 
pour guides, on ne sera pas surpris de les voir marcher 
d exces en execs, et d e tablir le plus violent despotisme en 
croyant fonder la liberte." 



124 



ART1CXE XVIII. 

LA PREMIERE DE TOUTES LES LOIS ECRITES A POUR SANCTION LE PRIN 
CIPE DE LA PEINE DE MORT. 

Par une singuliere coincidence, nos recherches sur 1 ori- 
gine de la socidte nous amenent aujourd hui a parler de 
1 origine de la peine de mort. Cette question, agite een ce 
moment avec tant de vivacitd par une certaine partie de 
la presse, est assurdment de la plus haute importance, 
puisqu elle touche a. la base me me de 1 edifice social, 6tant 
la sanction supreme de la loi qui relie les hommes entre 
eux, et assure leur sauve-garde personnolle. II est dton- 
nant que des hommes qui se disent catholiques puissent 
s&ieusement rdvoquer en doute la ne cessite , par conse - 
quent Futility et la justice de ce principe que Ton trouve 
inscrit de la maniere la plus solennelle en t6te de la l^gis- 
lation divine. Aussi leur argumentation est tellement fai- 
ble, les raisons qu ils alleguent a 1 appui de leur erreur 
sont tellement pauvres, qu on voit de suite qu ils ne croient 
pas a la these qu ils prdtendent soutenir. 

Nous pensons faire plaisir a nos lecteurs, puisque 1 oc- 
casion s en prdsente, de signaler en passant 1 origine de la 
peine de mort, et de leur dire qui le premier 1 a affirme e, 
qui aussi 1 a conteste e et nie e le premier. Les defenseurs 
de ce grand principe doivent etre fiers de marcher, dans 
ce combat, sous la conduite du Le gislateur Supreme lui- 
meme, qui a dit a 1 homme au jour de son apparition sur 
la terre, afin de lui conserver la vie : " Si tn desobeis, tu 
mourras tres-certainement." 

Les adversaires, au contraire, n auront pas lieu de se 
glorifier avec autant de droit de leur ohef. Car c est Satan 
qui s est eleve le premier centre la peine de mort, qui a 
dit a 1 homme en nientant impudemment, afin de lui don- 
ner la mort : " Tres-certainement tu ne mourras pas" 

Tel est vdritablement le haut enseignement que con- 
tient le drame qui se passa au Paradis terrestre il y a SLJ 
mille ans. 



125 

Notre intention, dans cet article, n est pas d entrer en 
lice et de prendre part a la discussion. Ce serait double- 
ment inutile. L attaque dtant faite de mauvaise foi ou par 
une ignoranee^volontaire, la lumiere de la ve rite ne peut p- 
ndtrer dans 1 esprit de celui qui la repousse. D ailleurs, la 
defense est entre des mains assez aguerries et assez fortes ; 
elle aura beau jeu d attaques aussi gauchement combi- 
nees et aussi faiblement conduites. Nous sommes heu- 
reux de lui laisser le soin de mener a bonne fin une aussi 
utile besogne que celle de demasquer et de confondre nos 
ignares demagogues sur ce chapitre important. 

Nous voulons seulement exposer le fait et faire rcs- 
sortir quelques-unes des consequences lumineuses qui en 
ddcoulent. 



RAISON DE LA PREMIERE LOI. 

Comme Crdateur, Dieu appelle 1 liomme 4 1 existence ; 
comme Pere, il le cre a son image et a sa ressemblance ; 
il lui dit: " Tu es mon fils. " Avant tout il le destine a 
vivre en societe ; aussi la premiere soeiete dans laquelle il 
entrera sera celle de son Createur et de son Pere. Oui 1 
voila bien la noble prerogative de 1 homme a son appa 
rition sur la terre : il est en societe avec son Dieu ! II 
parle, il converse avec lui dans la plus grande intimitd. 
Son plus grand bonheur est de jouir de sa presence. 

Dans cette societe de 1 homme avec Dieu, 1 Eternel lui- 
meme agit comme legislateur ; car on ne peut concevoir 
de society sans loi. 

En consequence, done, il donne une loi a 1 homme ; une 
loi qu il crit en traits de feu au fond de son ame, et en 
caracteres indestructibles dans un livre qu il semble avoir 
doud du privilege de 1 immortalite. 

Cette loi doit edairer 1 homme dans sa marche a. travers 
les siecles, et le guider surement vers le bonheur. Elle 
doit 1 aider a atteindre sa fin. Etre libre, cette loi respec- 
tera sa liberte. Elle lui commandera de manger de tous 



126 

les fruits qui sont en rapport avec le bien ; c est-a-dire 
elle lui coinmandera de s aliinenter de tout ce qui peut 
ddvelopper, conserver et perfectionner la triple vie dont il 
a ete doue , la vie du corps, la vie de 1 esprit et la vie du 
coour. Etre faible, la sanction de la loi soutiendra sa fai- 
blesse ; elle la prote gera, elle 1 aidera centre les sollicita- 
tions etles influences e trangeres qui pourraient tenter de 
Ten faire deVier. En consequence, elle lui defendra, sous 
peine de inort, de manger le fruit qui est en rapport avec 
le raal ; attendu que la mort du corps n est que la conse - 
quence naturelle et necessaire de la mort de 1 ame, mort 
amende indvitablemeut par le mal ou la re* volte contre 
Dieu. 

En deux mots, cette loi supreme commando & 1 homme 
le bien s il veut vivre, et ce n est que pour cela qu il a 
regu la liberte ; elle lui ddfend le mal sous peine de mort, 
appelant la voix puissante de la crainte au secours de sa 
liberty pour lui conserver plus surement la vie. 

*** 

SANCTION DE LA PREMIERE LOI. 

La voici cette loi, telle que nous la trouvons formulae 
au second chapitre de la G-en&se, V. 15, 17 : " Le Sei 
gneur Dieu prit done 1 homme et le mit dans le paradis 
de devices, afin qu il le cuttivat, et qu il le gard&t. II lui 
fit aussi ce commandement, et lui dit : " Mangez de tous 
les fruits des arbres du paradis, mais ne mangez point 
du fruit de 1 arbre de la science du bien et du mal ; car 
du jour ou vous en mangerez, vous mourrez tres-cer- 
tainement. " 

Voila le Le gislateur Supreme qui pose en tete de sa 
legislation le principe de la peine de mort. Dans sa sa- 
gesse infinie il juge que c est la sanction la plus efficace 
pour assurer 1 observation fidele de sa loi, et soutenir 
en meme temps la faiblesse de I ejtre libix qu elle doit 
rdgir et d^tourner dcs sentiers du mal et de^ .hernins de 
la mort. L Eternel pose ce principo do la peine de 



127 

mort avec une energie d cxpression qui fait fremir : "Morte 
morieris : Tu mourras de mort." 

L homme, cependant, etait dans Pdtat d innocence ; 
toutes ses inclinations et les plus doux sentiments de 
son co3ur le portaient vers Dieu. Tons les jours il s en- 
tretenait familierement avec lui, et les moments les plus 
heureux etaient ceux ou il lui dtait donne de jouir de 
sa presence sensible. Pourquoi done lui faire une menace 
aussi terrible ? Ah ! voyez-vous, c est que le moment de 
I e preuve devait venir. C est que ce Pere bon, qui le 
destinait a un bonheur plus grand encore, avait re gle 
qu il y arriverait par 1 exercicc de cette noble prerogative 
qu il lui avait accordee, la liberte et le libre-arbitre. II 
pouvait observer ou violer la loi ; de hi la vie ou la mort. 

Done, dans la pensee de Dieu lui-meme, la terrible 
sanction de mort etait le moyen le plus fort et le plus 
efficace pour le soutenir contre les sollicitations des pas 
sions et 1 entrainement de la cupiditd ; mais surtout, c <5- 
tait le moyen le plus propre a 1 eclairer sur les conseils per- 
fides et les insinuations abomiuables de Satan, et & le pre 
server de la seduction a laquelle il devait etre exposd. 

Car cet esprit du mal, ce pere des menteurs, que le 
Sauveur appelle meurtrier d<^s le commencement, ne de 
vait pas reculer devant la calomnie a regard de Dieu lui- 
meoie. II devait accuser le Seigneur, Dieu de toute sain- 
tetd, des sentiments vils de la plus basse jalousie. 

Voyons plutot comment la chose se passa. Nous trou- 
verons la. 1 histoire de ce qui se passe dans Fame de tous 
les pre varicateurs, et nous reconnaitrons ais^ment quel 
est le contrepoids le plus puissant pour le retenir sur le 
bord de 1 abime, nous voulons dire la vue d une mort 
assured. 

*** 

LUTTE DE LA PASSION CONTRE LA LOL 

C est par la femme que I dpreuve commence, c est-a- 
dire par la partie la plus faible de 1 huinanitd. La pre- 
mi&re attaque vint de 1 intdrieur, elle eommenga par la 



128 

cupidit^. Eve dtait devant le fruit ddfendu ; elle en con- 
templait avec satisfaction F eclat et la beaute ; le desir 
d en manger s allumait peu a peu dans son coeur. Mais 
la terrible loi etaitla : " N en mange pas : sinon tu mour- 

ras." Et elle reculait " Puis, se disait-elle ; est-il bien 

vraiquej en mourrai? II est si beau! le gout 

doit en etre delicieux ! ! Qui sait ? peut-etre 

que non peut-etre que je n en mourrai pas" 

Telle est Fceuvre de la passion et de la cupiditd ; elle 
offusque la vue, elle mene au doute. 

N est-ce pas la Fhistoire prophetique de ce qui se passe 
dans le coeur de tous les prdvaricateurs, et surtout de 
ceux qui commettent des crimes dignes de mort ? 

La passion crie pour e touffer la voix de la conscience : 
la haine, par exemple, qui a mis le poignard a la maic 
du feroce assassin, crie au fond de son ame endurcie : 

" Frappe ! frappe ! ! , c est si beau ! c est si doux de 

se venger ! ! " La soif de For, ce demon insatiable, crie 

aux oreilles du voleur et du brigand : " Frappe ! . .. assom- 

me ! pille ! incendie ! For procure tant de 

jouissance et de bonheur ! " 

Mais la terrible loi est la aussi. Elle crie souvent en 
core plus fort que la passion. Quand la conscience a dtd 
completement rdduite au silence, la loi, avec sa formidable 
sanction de mort, finit a son tour par faire entendre ces 

paroles salutaires : "Arrete! ne frappe pas ! 

malheureux ! sinon, tu mourras tres-certdnernent ! 

Ne vois-tu pas d4ja Faffreuse potence se dresser devanl 
toi ? " 

Puis, saisi de crainte a cette menace, le feroce meurtriei 
hesite. Son imagination effraye e lui laisse entrevoir la 
potence dja toute dressde. A cette vue, le poignard lui 
tombe de la main ; il recule e pouvante ! ! 

Mais la passion infatigable revient a la charge et lui 

dit comme a, Eve : " Tu mourras ? mais est-ce bier 

vrai ? est-il bien certain que tu mourras ? N as-tu pas 
mille moyens d ensevelir dans Fe ternel silence de la tombt 
cette action qu une loi tyrannique condamne sans raison c t 



129 

Et cettc loi avec tous ses agents, ne saurais-tu lui e*chap- 
per ? ne saurais-tu de jouer les plans et toutes les pour- 
suites de ses ^missaires, depuis ses plus fins limiers de 
police, quetu d^pisteras facilement, jusqu a ses magistrals 
les plus perspicaces, qui ne pourront que tres-difficilement 
trouver les teraoins convenables pour constater juridique- 
ment ta culpabilite ?" 

Qui sait, se dit alors le brigand, qui sait ?... Peut-etre 
que je ne mourrai pas." De la aussi le doute. 

Done la passion, seule, mene ordinairement au doute, 
et rarement au-dela. 

Eve, en toute probabilite, n aurait pas 6t6 plus loin, si 
elle eut eld abandonnde a elle-mgme ; elle n aurait pas 
voulu risquer sa vie sur un peut-etre. La preuve, c est 
que Satan a du intervenir. 

Beaucoup de prdvaricateurs en sont la: ils reculent 
devant la terrible menace de mort, lors meme qu elle ne 
leur apparait qu a travers le nuage d un doute. D autres, 
cependant, plus violemment agitds par la passion, passent 
outre et risquent hardiment leur vie sur ce peut-etre. 

*** 

Mais voyons la suite du drame d Eden. 

Le serpent, le plus ruse des animaux, se pose ouverte- 
ment devant la femme comme 1 ennemi de cette loi salu- 
taire qui lui interdit sous peine de mort le fruit qu elle 
convoite. II pousse me"me 1 impudence jusqu a accuser 
le Seigneur Dieu de jalousie ct de mensonge, et il n he 
site pas a dire : <c Nequaquam moriemini ; Pas du tout, 
vous ne mourrez pas." 

A cet horrible blaspheme, la femme ne fre rnit pas : il 
trouve dcho dans son coeur. Sa foi chancelante tre buche ; 
sa conscience ne dit plus rien. Elle parte la main au fruit 
defendu et avale sans crainte ce germe de mort. Le gout 
lui en parait exquis. Son e poux, a qui elle en pre sente, 
he site un instant, puis succombe. 

C est ainsi que le serpent acheva 1 ouvrage que la pas- 

9 



130 

sion avait comment : la r^volte de 1 homme centre son 
Perc et son Dieu. 

Dans le temps ou nous vivons, a 1 heure meme oil nous 
traons ces lignes, que voyons-nous ? qu en ten dons-nous 
sur cette question de la peine de mort ? Nous devrions 
peut-etre nous arreter ici, et laisser a nos lecteurs le soin 
de faire eux-memes 1 application de cette grande legon qui 
nous est donnde dans ce passage celebre de nos livres 
saints. 

Cependant, notre conscience nous dit de parler, non 
point pour ddnoncer la personne ou les intentions de ceux 
qui jouent vis-a-vis des malfaiteurs le role insidieux de 
Satan vis-a-vis d Eve. Nous aimons a croire qu ils sont 
un peu comine les Juifs qui crucifiaient Notre-Seigneur : 
" Ntsdunt quid faviunt :" ils ne savent pas trop ce 
qu ils font et surtout ce qu ils disent. Mais nous par- 
lerons pour denoncer leur doctrine anti-sociale et anti- 
chretienne. Ils croient bien servir la socie te en renver- 
sant le plus ferine rempart que Dieu ait ordonne d elever 
entre 1 assassin et sa victime. Dieu dit a cet assassin, 
par le ministere de la societe , a qui il a reniis I e pee pour 
la protection des bons et la repression des mdchants ; 
Dieu dit a cet assassin : " Tu mourras tres-certainement." 
Cette parole terrible doit etre une menace salutaire pour 
lui comme pour Adam et Eve. Cette menace, bien com 
prise, sauvera du meme coup 1 assassin et sa victime. 
Mais avec leur doctrine perverse, ils viennent crier sur 
tous les tons au malfaiteur deja a moitid vaincu par la 
passion, et qui n est plus retenu que par la vue de la 
potence qu il voit dresser devant lui ; ils viennent crier a 
cet infortune malfaiteur ces paroles de Satan : " Ncqua- 
quam moriemini" Ne crains pas, tu ne mourras pas. 
Ce serait une immoralitd, une barbaric. Tu ne mourras 
point ; mais tu vivras : dans un pdnitencier, il est vrai, 
inais toujours est-il que tu vivras. Meme on te traitera 
humainement." Et.ils pre tendent par cette doctrine 
anti-sociale, appuye e sur une philantropie mensongere, 
rendre service ix la societe ! tandis qu en re alite ils livrent 
du meme coup a la mort, et la nialheureuse victime et son 
infame meurtrier. Car combien d assassins, flottant entre 



131 

la fureur de la passsion et la crainte de 1 e chafaud, n ont 
e te decides a frapper leur victime que par les plaidoyers 
e loquents de ces philantropes a rebours centre la peine 
de mort, et par leurs de noneiatioris scandaleuses centre la 
socie te qui en fait 1 application conformement aux ordon- 
nances d un Dieu juste et bon ! 

Done la ve rit^, sur cette grande question, est que Dieu 
a &{abli la peine de mort comme sanction de la loi. 

Voila, en peu de mots, le grand enseignement que nous 
donne ce passage memorable de nos livres saints, et 1 ap 
plication admirable qu il trouve dans le temps ou nous 
vivons. 

Avec ces deux doctrines en regard, nos lecteurs peuvent 
facilement connaitre les veritables amis de leurs semblables, 
et juger qui sont les avocats de Dieu et qui sont les 
avocats du diable. 



ARTICLE XIX. 

ORIGINS DB LA SOCIETE DOMESTIQUE OU DE LA FAUILLJ. 

Disons un mot aujourd hui de Forigine de la famille. 
C est encore un fait que le plus ancien, comme le plus 
authentique des livres, nous a transmis avec tous ses 
details. 

La famille, c est la socie te de 1 homme avec lui-meine. 
Les liens qui unissent ceux qui en sont la tete et le coaur 
sont tellement intimes, que, devant Dieu et devant les 
homines, ils ne sont en quelque sorte qu une seule et 
meme chose. Aussi cette union est-elle 1 oeuvre de Dieu, 
comme le divin Fondateur du christianisme le rappelle 
aux Juifs, quand il leur dit : " Que 1 homme done ne 
sdpare point ce que Dieu a joint." Cette socie te existe 
done, non-seulement de droit nature!, mais encore de droit 
divin positif. Elle a pour base et pour point d appui 
1 ordre religieux. Elle apparait sur la terre au moment 
meme ou Dieu, declarant que cette socie te est utile et 



132 

me rne ndcessaire a I homme, vient de lui erder une aide 
semblable a lui-mgme. Cette compagne que le Crdateur 
a formde de la substance meme d Adam, il la lui presente 
en disant les paroles qui rdgleront pour toujours la for 
mation de la famille : " L homme abandonnera son pere et 
sa mere pour s attacher a sa femme, et la mort seule les 
sdparera." Defense done a 1 homme de ne jamais briser 
cette union qui est 1 oeuvre de Dieu. 

Cette socidte a pour mission de presider a la formation 
et au doveloppement de 1 homme. Le Crdateur qui lui a 
donnd cette mission sublime lui a donnd, en meme temps, 
tout ce qu il lui faut pour s en acquitter convenablement, 
et atteindre un but aussi important. La famille, amide 
du droit et de la puissance d dlever, est uneosuvre divine. 
Dans les plans de la Providence, les Etats ne sont pas les 
instituteurs de la vie ; ils n en sont que les defenseurs. 
La famille est la societe crdde pour Clever les generations, 
tandis que 1 Etat n est que la societe organisde pour pro- 
tiger les families. Le sujet do cette socie te , de par le 
droit naturel et divin, c est rhomme-etifant, depuis son 
entrde dans la vie jusqu au jour ou il sera arrive a la 
taille de I Jwmme-complet. Alors seulement, lorsque le 
pere et la mere auront donnd a P enfant que Dieu leur 
avait confid le triple developponient du corps, de 1 esprit 
et du coeur, alors seulement le pere et la mere auront 
accompli leur tache importante. L enfant, devenu homme 
parfait, se detachera de la famille qui 1 a vu naitre, sans 
effort et sans secousse, com me le fruit mur de 1 arbre qui 
1 a nourri de sa seve, protdgd de son feuillage, pour aller 
a son tour prendre le poste ou 1 appelle la Providence, 
accomplir la destinde qu elle lui a prdparde. 



LE MARIAGE CHRETIEN. 

Du moment que Dieu eut bdni 1 union de nosjpremiers 
parents, une nouvelle societd a apparu sur la terre j 
riionime a dte investi d une nouvelle dignitd. II est entre, 
en quelque sorte, en participation du pouvoir crdateur 



133 

lui-meme, il a ete leve a la sublime dignite de la pater- 
nite. II a regu 1 honneur insigne de porter le nom de la 
premiere personne en Dieu ; & la qualite de Pontife, il a 
ajoute celle de Pere. C est a ee litre qu il a ete institue a 
jainais le chef et le soitverain de cette societe, qu il doit 
regir et gouverner d apres les lois que Dieu lui-meme a 
ecrites en traits de feu au fond de son ame. 

Pour donner a nos lecteurs une juste idee de 1 impor- 
tance de la famille dans 1 ordre social, nous emprunterons 
a 1 un des plus celebres orateurs de notre temps les paroles 
suivantes : 

" La societ^ domestique, ou la famille, dit le Rev. 
Pere Felix, est, au sens le plus rigoureux, la societe-prin- 
cipe ; elle est tout ensemble la generation, la formation, la 
tradition de la vie sociale, et, a ce triple titre, la mere 
ingenue et a toujours feconde de la patrie elle-meine. 

" Supposez, continue le meme orateur, supposez dans 
I liumanite contemporaine toutes les families pareilles & 
des sources vives, versant continuellement dans la societe, 
avec les generations sorties d elles, des doctrines sans 
erreur, des moaurs sans depravation, et un sang pur de 

toute corruption ; le r^sultat general sera une huma- 

nite grande et forte par 1 intelligence, grande et forte par 
le C03ur, grande et forte par le sang ; grande et forte par 
ces trois faces principales : intellectaellement, moralement, 
physiquement." 

Comme nous le voyons dans son institution, la societe 
domestique a pour base inebranlable et pour point d ap- 
pui la society religieuse. C est Dieu lui-meme qui lui 
donne sa forme et en determine la juridiction et les 
limites. Quand la malice des hommes, par suite de la 
durete de leur coeur, en a altere le caractere d indissolu- 
bilite et d unite qui lui avait ete donne dans le piincipe, 
le divin Fondateur du christianisme s empresse de la reta- 
blir dans sa perfection primitive, en abolissant pour tou 
jours le divorce et la polygamie. II eleve meme 4 la 
dignite de sacrement le contrat par lequel elle est creee. 
Par la il en met definitivement la formation, avec toutes 
ses conditions, sous la juridiction. et le controle iinme diat 



134 

et exclusif de 1 Eglise. Aussi est-ce toujours en face des 
autels, en presence de Dieu et des hommes, que les jeunea 
6poux viennent s agenouiller, pour implorer la benediction 
accordee a nos premiers parents et deposer dans les mains 
du prgtre le serment solennel qui va les unir insdparable- 
ment Fun a 1 autre ; serment que les anges inscrivent en 
meme temps aux archives celestes dans le livre de vie. 

*** 

BRREURS SUR LE MARIAGE CHRETIEN. 

Nous croyons devoir ici signaler a nos citoyens les trois 
grandes erreurs de notre temps relatives a la famille : 
nous voulons dire le manage civil sans 1 intervention de 
1 Eglise, le divorce, et I e ducatkm des enfants par 1 Etat 
sans le contr61e des parents. 

Le mariage, comme nous venons de le voir, e*taut de sa 
nature un acte religieux, et meme un des sacrements de 
la loi nouvelle, il va sans dire que c est a 1 Eglise, et & 
1 Eglise seule, a determiner les conditions dans lesquelles 
le contrat qui fait la matiere de ce sacrement est licite et 
valide, et queues sont les causes qui peuvent le frapper de 
nullite. 

Voici comment s exprime sur ce chapitre un des plus 
savants Docteurs de notre temps, le Cardinal Gousset: 
" Le mariage n est point un contrat ordinaire ; c est un 
contrat d institution divine : on ne peut done 1 assimiler 
aux contrats purement naturels ou civils. Le mariage a 
6td eiev^ par Jdsus-Christ a la dignite de sacrement pro- 
prement dit : il est done sounds au domaine et a la juri- 
diction de 1 Eglise. Aussi, c est un dogme catholique, 
un article de foi, que les causes matrimoniales regardent 
les juges eccle siastiques, et que 1 Eglise peut, en vertu de 
sa constitution native, ou d un pouvoir qui lui est propre, 
(Stablir des einpechements de mariage, soit prohibitifs, soit 
dirimants ; des empSchements qui rendent les parties inha- 
biles a contracter. 

(; Quant ^ la puissance temporelle, elle peut, sans con- 



135 

tredit, r^gler ce- qui a rapport aux efFets civila, aux droits 
respectifs des epoux sur les biens de la communaute ma- 
trimoniale ; en un mot, c est a elle a statuer sur le temporel 
du mariage ; mais voila tout son domaine : elle ne peut ni 
directement ni indirectement porter atteinte au sacre- 
ment; elle ne peut par consequent annuler le contrat na- 
turel sans lequel il n y a point de sacrement." 

" Les lois humaines ou civiles ne sufnsent pas, dit St.- 
Thomas, pour etablir des empechements de mariage ; il 
est necessaire que 1 autorite de 1 Eglise intervienne." 

En presence d un enseignement aussi clair et aussi po- 
sitif, il est evident que toute legislature civile qui pretend 
avoir le droit de connaitre et de re gler les causes matri- 
monialcs, d etablir des empechements que 1 Eglise ne re- 
connait pas, ou meconnaitre ceux qu elle a juge convena- 
ble et utile d etablir, il est evident qu une telle legislature 
d^passe v^ritablement ses pouvoirs, et que sa legislation 
en ce sens est anti-catliolique et anti-chrdtienne, par con 
sequent anti-sociale ; car qui en tend mieux les interets de 
la societe que le regen^rateur de tout ordre social lui- 
meme, Notre-Seigneur Jesus-Christ ? 

Done, tout legislateur catholique, vraiment digne de ce 
nom, ne peut jamais donner directement son concours a 
une semblable legislation. 

Bone, tout electeur catholique doit repousser, dans la 
mesure de ses forces, tout depute ou conseiller qu il sau- 
rait etre dispose a legislater, comme son representant, 
dans un sens aussi oppose a ses convictions religieuses. 

Dans un pays comme le notre, avec une forme de gou- 
vernement semblable a celle qui nous r^git, une minorite 
catholique peut subir une telle loi, sans tre obligee de se 
retirer des conseils de la nation. II lui suffit, dans de 
semblables occurrences, d enregistrer courageusement sa 
protestation centre de telles lois, en les repoussant, autant 
qu elle peufc legitimement le faire, par son vote. Si une 
majorite qui indconnait les principes catholiques, les lui 
impose de force, elle n en assumera nullement la respon- 
sabilite, ni devant Dieu, ni devant les homines, pour la 



136 

bonne raison quo personne n est tenu & 1 impossible ; et 
elle n en continuera pas moms de prendre sa part do legis 
lation dans toutes les autres mesures bonnes et utiles qui 
pourront etre amenees devant elle, attendu que de deux 
maux il faut choisir le rnoindre. 

Dans les cas difficiles et douteux, comme celui qui s est 
present^ 1 annde derniere, dans le projet de Confederation 
actuellement en contemplation, le le^gislateur catholique 
doit agir dans ces circonstances difficiles, comme il le fait 
pour toute autre affaire de conscience : il doit consulter ceux 
que Dieu lui a donnas pour guides dans 1 ordre spirituel, 
et s assurer par eux de la regie de conduite que 1 Eglise 
catholique trace a ses enfants en de seinblables extre mite s. 

*** 

CB QU lL FAUT PENSER DBS ALARMES DE CERTAINS HOMMES AU 
SDJET DU DIVORCE DANS LE PROJET DE CONFEDERATION. 

Puisque le mot de Confederation vient de s ^chapper 
de notre plume, nous croyons que c est un devoir pour 
nous de dire a nos lecteurs ce qu il convicnt de penser de 
ce scandale pharisa ique qu une certaine presse et certains 
orateurs ont fait sonner si haut, a propos du divorce et 
des causes matrimoniales qu on proposait de deferer au 
futur gouveruement federal. 

II est d abord a propos de rappeler que, s il j a dans le 
pays des journaux qui s elevent centre 1 intervention du 
clerge dans la politique et les affaires civiles, ce sont ces 
journaux-la ; s il y a des liommes qui mdconnaissent 1 au- 
torite de 1 Eglise catholique et meprisent ses lois, ce sont 
ces Jiommes-la; s il y a des catholiques qui se sont nioque s 
des avertissemenrs v de leur veque, qui se rient encore & 
1 heure qu il est des defenses les plus seveTes de Fautorite 
ecclesiastique , ce sont ces catholiques-la : temoin les 
lettres pastorales du doyen de 1 episcopat canadien, da 
venerable et saint e veque de Montreal, en date du 10 mars, 
30 avril et 31 mai 1858, ou sont condamnees les doc 
trines anti-catholiques de ces journaux, et ou 1 Institut- 
Canadien, dont les membres sont pour la plupart de ces 



137 

orateurs et de ces e crivains, est denonce comme une asso 
ciation dangereuse pour la jeunesse et pour le pays, sous 
le rapport religicux, moral et national ; ou il est dit de 
plus que le dit Tnstitut, en perseverant dans sa revoke 
centre l *Eglise, serait cause qu aucun catholiquc ne pour- 
rait plus lui appartenir, ni meme assister a ses stances, 
ou aller ecouter ses lectures. 

Or voila que tout a coup ces hommes, en reVolte ouverte 
centre 1 Eglise catholique et contre leur digne e veque 
depuis plus de cinq ans, s eprennent d un beau zele pour 
la defense de la morale, orient a tue-tete contre 1 abandon 
des principes catholiques, parce que le projet de confede - 
ration propose de remettre au fatur gouvernement fede 
ral le pouvoir que s est attribue le gouvernement actuel 
de notre pays sur les questions de divorce et les causes 
matrimoniales. D ou vient ce zele subit chez ces hommes, 
qui sont pour la plupart si hostiles a la religion et au 
clerg^ ? Get exces de zele meme n est-il pas une injure 
pour nos eveques si vertueux et si vigilants ? N est-ce pas 
leur dire : " Yous, les gardiens-nes de la morale et des 
dogrnes catholiques, vous ies princes et les defenseurs de 
1 Eglise, pourquoi demeurez-vous rnuets en presence d un 
semblable danger 1 ?" 

Non, si le danger que ces hommes se plaisent a signaler, 
pour des raisons qu ils n osent avouer, e tait un danger 
nouveau et nous faisait une position pire que celle ou nous 
sommes, nos eveques n auraient pas attendu que le signal 
partit de leur camp pour clever la voix et avertir les 
fideles confies a leurs soins, dont ils repondent ame pour 
ame. Les condamnations qu ils ontdeja portces contre leur 
association et leurs doctrines, et les journaux qui les re- 
pandent au grand scandale de plusieurs de nos compatrio- 
tes, nous sont une preuve que nos premiers pasteurs veil- 
lent avec soin sur le troupeau qui leur est confie, et qu en 
cela ils s acquittent fidelement de la charge qui leur a e te 
imposee par le Saint Esprit lui-meme. 

Voici encore qui peut aider a juger la bonne foi de ces 
Iraillards pharisaiques. Un de nos pretres canadiens les 
plus distiugue s, le Grand-Vicaire Taschereau, Kecteur de 



138 

1 Universite-Laviil, a pose lui-meme la question aux 
premiers theologiens de Rome; il leur a demande si 
un catholique pouvait en conscience, dans les circonstances 
ou se trouvent pr^sentement les Canadiens-franyais dans 
ce pays, si un depute catholique pouvait en conscience 
appuyer de son vote le projet de confederation tel qu il est 
sorti des conferences de Quebec ? Devant la r^ponse affir 
mative de ces savants de premier ordre en matiere reli- 
fieuse, nos theologiensde la demagogic se sont-ils, incline s ? 
as du tout. Us ont ete heureux de profiter de la circons- 
tance pour affirmer de nouveau, a la face du pays, que les 
plus savants Docteurs de 1 Eglise, que les eveques, que le 
Pape lui-meme ne sont pas une autorite devant laquelle 
ils doivent abaisser pavilion et se soumettre ; maisque leur 
haute raison, edairee des vives lumieres de leur science 
profonde, surtout en fait de religion, est le tribunal en 
dernier ressort ou doivent se juger finalernent les ques 
tions de 1 ordre religieux aussi bien que celles de 1 ordre 
social. 

Enfin, pour faire voir combien ils tenaient au dogme ca 
tholique sur le divorce et les causes matrimoniales, ils se 
sont mis & precher plus ou moins directement 1 annexion 
aux Etats-Unis, jugeant sans doute que le respect du au 
pacte fondamental de la famille, 1 indissolubilite et la sain- 
tete du mariage, ne pouvaient etre mieux proteges que 
par un gouvernement qui ne voit dans cette institution divi 
ne qu un concubinage plus ou moins bien regie, et qui ne 
trouve aucun inconvenient & tolerer le mormonisme. 

Voila qui peut aider u juger la sincerity de ce beau 
zelc dont ces hommes semblent animus a propos du pro- 
jet de confederation. 

II va sans dire que notre intention n est pas de porter 
ici un jugement sur cette ceuvre si grande en elle-meme 
et dans ses consequences. Attendu qu elle a ete elaboree 
avec tant de soin et avec le concours de nos hommes les 
plus eminents sous le triple rapport du talent, de 1 expe- 
rience et de 1 honnStete, nous n hesitons pas a declarer 
qu elle nous inspire une pleine et enti&re confiance. 



139 

ARTICLE XX. 

LA. LIBERT^ D ENSEIGNEMENT A ETE ARDEMMENT DISCUTEE EN FRANCS. 

II n y a peut-etre pas de question qui ait e*te agite e 
avec plus d ardeur et de talent, depuis le commencement 
de ce siecle, que la question de 1 education et la libertd 
d enseignement. C est surtout en France que la lutte a 
pris les proportions les plus grandes, et que Ton a vu aux 
prises les adversaires les plus formidables par la science et 
le talent. D un cote le corps universitaire, command^ par 
des homnies tels que M. A. F. Yillemain ; et de 1 autre, 
le corps episcopal fran^ais avec les peres de famille catko- 
liques les plus distingues, represented dans les chambres 
par 1 illustre et Eloquent comte de Montalembert, et dans 
la presse par le premier publiciste de 1 Europe, le celebre 
Louis Yeuillot. 

II ne s agissait rien moins que de decider a qui appar- 
tiendrait la direction et le controle de 1 education ; en 
d autres termes, a qui appartiendrait 1 esprit et le coeur de 
la jeunesse : si ce serait a la famille ou a 1 Etat. 

Les dveques, au noin de la religion et de la loi natu- 
relle, revendiquaient le droit inalienable des peres de 
famille sur leurs enfents; et M. A. F. Yillemain avec ses 
collegues reclamait, au nom de 1 Etat, comme Fun des 
attributs indeniables du pouvoir civil, le droit exclusif 
d enseigner 1 enfance et la jeunesse ; fallut-il pour cela 
condamner a 1 amende et menacer dela prison la bonne et 
pieuse dame qui aurait pris la libertd d enseigner le petit 
cate ehisme aux enfants du village ; de former-par la force 
publique Te cole gratuite que des maitres de la taille de 
H. Lacordaire et du comte de Montalembert auraient ou- 
verte gratuitement en faveur du jeune age de leur voisi- 
nage, sans avoir un diplome universitaire. Car c est bien 
la qu en dtait venu reellement le despotisme liberal, avec 
son monopole exorbitant de 1 Universite de France. 

C est ainsi que le libiralisme contempo?*ain en tend la 
liberty mme dans ce qu il y a de plus inviolable, le sane- 



140 

tuaire de la famille ; meme dans ce qu il y a de plus saint 
et do plus sacre dans 1 humanite, le coeur pur et 1 ame 
virginale des enfants, qu il pretend sournettre absolument 
au despotisme de 1 Etut. 

*** 

ERREUR DU LIBERALISMS SCR CE SUJET. DANGER DES JSCOLE3 

COMMUNES. 

II va sans dire que notre intention n est pas de donner 
ici un resume de cette lutte memorable qui a peut-etre 
contribue plus que tout le reste a la chute du trone de 
Louis-Philippe, et qui a certainerncnt reussi a, rendre 
plus tolerable le joug quo ce despotisme fesait peser sur 
les consciences catholiques. 

Attendu, cependant, que la demagogic liberate a partout 
les memes pririeipes et les memes instincts de domination, 
nous croyons qu il ne sera pas tout-a-fait inutile de dire 
ici un mot de 1 iinportance sociale de 1 education, et des 
deux grandes erreurs dans lesquelles nos demagogues torn- 
bent sur cette question. A la ve rite, ils n en sont pas 
encore rendus ou en dtaient les rationalistes et les revolu- 
tionnaires frangais, il y a vingt-cinq ans. Ils ne voudraient 
pas encore mettre a 1 arnende ou uienacer de la prison la 
charitable dame qui aurait le zele d enseigner le catholi- 
cisme aux petits enfants ; ni faire fermer, d autorite pu- 
blique, 1 acad^mie que quelque illustre professeur aurait 
ouverte gratuitement a la jeunesse pauvre mais intelli- 
gente. Non : pas de monopole universitaire. Pour aujour- 
d hui, ils se contentent de vanter de temps a autre ; dans 
leurs ecrits et leurs harangues, le systeme des ecoles 
communes, c est-a-dire des ecoles sous le controle exclu- 
sif du gouvernernent. Ils promettent bien solennellement 
aux parents qui ont une conscience un peu timoree, que 
leurs enfants y seront eleves proprernent et polimcnt, ins- 
truits soigneusement dans tous les arts, dans toute la 
science et toute la sagesse de 1 antique Grece ; etcela sans 
aucun danger pour leurfoi, attendu que, par respect pour 
la croyance de chaque enfant, ou ne leur parlera jamais 



141 

de Dieu, ni de la priere, ni du cat^chisme, dans ces ver- 
tueuses ecoles. Pourparler plus clairement, ils demandent 
que tous les peres qui tiennent a sauvegarder la foi et les 
mceurs de leurs enfants leur fournissent largement Far- 
gent dont ils ont besoin pour fonder et entretenir desomp- 
tueux dtablissements d education, danslesquels ces menies 
peres ne pourront jamais envoyer leurs enfants sans man- 
quer aux devoirs les plus graves devant leur conscience 
et devant Dieu. 

Les plus zele s de nos demagogues, dans 1 impatience ou 
ils sont de voir ce beau systeme d e cole sans religion fonc- 
tionner ici comme il fonctionne deja dcpuis longues anne es 
au pays de leur predilection, au grand honneur de la 
chaste et honnete jeunesse qu il a formee dans la religieuse 
republique americaine; les plus zeles conseillent prudem- 
ment et a demi-voix aux peres de famille qu ils ont rdussi a 
endoctriner, de 1 introduire peu a peu dans les dcoles sous 
leur controle. Ils leur assurent que le temps employ^ a 
1 enseignement du catdchisme et consacre a la priere pen 
dant 1 ecole est un temps perdu ; que Ton ne fera jamais 
des hommes pratiques avec le catechisme catholique, 

*** 

VALECR SOCIALE DE L ^DUCATION. 

Disons d abord un mot de la valeur soclale de 1 education ; 
peut-etre trouverons-nous la le secret du beau zele que ces 
hommes deploient pour s emparer a tout prix du jeune 
age. Ils savent bien que 1 avenir appartient aux gdnera- 
tions naissantes ; et comme ils ont la prevention d avoir 
dans leurs theories le secret da perfectionnement de 1 hu- 
manitd, ou tout est a refaire, d apres eux, ils comprennent 
que le chemin le plus court pour arriver a cet heureux 
resultat est de former la jeunesse a leur image et ressem- 
blance, et de prendre en consequence le gouverncment 
des Ecoles, en y substituant surtout et avant tout le cate - 
chisme demagogique au catechisme catholique. 

11 L ^ducation, dit le P. Felix, determine le vrai pro- 



142 

gres des peuples, parce qu elle y marque le degre* de la 
valeur humaine et le niveau des civilisations ; I education 
distingue le sauvage du barbare, le barbare du civilisd et 
les civilises entr eux. Un civilise est un honime bien 
e ^eve , et le plus civilise est le mieux elevd. Un barbare 
est un homme mal eleve ; et celui qui ne fut eleve en au- 
cune maniere demeure toujours 1 homme-enfant, avec la 
candeur de moins et la grossieretd de plus." 

L homme est done ce que I education 1 a fait. La civi 
lisation la plus parfaite et la barbaric la plus revoltante 
ne sont pas 1 oeuvre de la nature; c est 1 ouvragede I e du- 
cation. Nous ne nions pas que les hommes en naissant 
n apportent des dispositions bieu differentes les unes des 
autres ; que le sang dont ils ont heritd n influe conside ra- 
blement sur les qualitds morales et intellectuelles qu il a 
plu au Createur de leur donner en les appelant a, 1 exis- 
tence. Non- nous savous que Fame humaine est naturel- 
lement comme une terre plus ou moins fertile, mais 
impuissante a rien produire par elle-meme. Tant qu une 
semence, bonne ou mauvaise, n y aura pas dtd de pose e, 
elle demeurera improductive et comme frappee de ste rilite . 

Mais cette terre se couvrira d une riche moisson, ou 
produira en abondance des ronces et des epines, suivant 
que la main qui 1 aura cultivee y aura de pose la semence 
du bon grain, ou qu elle aura permis imprudemrnent a. 
toutes les mauvaises plantes d y prendre racine et de s y 
de velopper. 

Nous reconnaissons e galement qu il y a des natures 
tellement perverses et des caracteres si re tifs, que les soins 
les plus assidus, I education la plus soignee ne peuvent 
les modifier que bien faiblement ; ce sont la d assez rares 
exceptions qui n infirment pas la regie e nonce e ci-dessus, 
rnais qui la confirment, puisque toute exception a une 
regie est Faffirmation meine de la regie, et que Ton dit 
de tels etres qu ils de rogent a leurs families. 

Nous le rep^tons done : c est Feducation qui fait 
Fhonime ce qu il est, et non la nature. 

L enfant du sauvage sera sauvage ; et pourquoi ? C est 



H3 

parce qu il aura te elevd en sauvage. Prenez, a son 
entre e dans la vie, cet enfant nd de 1 homme plongd dans 
les tenebres de 1 infidelite, et assis a 1 ombre de la mort; 
transportez-le au sein de 1 une de ces heureuses families 
qui ont regu la lumiere veritable qui dclaire tout homme 
venant en ce monde ; confiez-le aux soins d une bonne et 
pieuse mere qu il croira etre rdellement sa mere selon la 
nature, et vous verrez que, sous le teint cuivre et la che- 
velure e paisse de cet enfant des bois, la socie te reeevra en 
lui un chre tien a 1 ame noble et au coaur genereux, un 
citoyen honnete, laborieux, plein de bonne volont6 pour 
concourir, dans la mesure de ses forces, au bonheur de ses 
semblables. 

Prenez, au contraire, 1 enfant de cette femme chre*- 
tienne, vrai type de la femme forte des .livres saints ; con- 
fiez-en 1 education a la femme sauvage, qui ne connait pas 
de plus douces jouissances que celle de danser avec la che- 
velure toute sanglante d un ennemi re cemment massacre*, 
de boire meme son sang encore tout cliaud, et vous ver 
rez que sous la peau blanche de cet enfant devenu homme, 
bat le coeur f^roce d un cannibale ; vous verrez que der- 
riere son ^paisse barbe et sous sa chevelure blonde habite 
bien rdellement 1 ame sanguinaire d un barbare. 

L ^trange transformation de ces deux enfants par 1 edu- 
cation n est point une supposition gratuite ; c est un fait 
rdel qu il nous a te donne d observer par nous-meme. 
Pendant plusieurs annees, nous avons voyage" parmi les 
tribus inlideles qui sont a 1 oucst des grands lacs du 
Canada; nous avons vecu au milieu des farouches peu- 
plades qui parcourent sans cesse les immenses plaines qui 
s e tendent de la^Eiviere-Rouge jusqu au pied des Monta- 
gnes Rocheuses, et la nous avons rencontre de ces hommes 
infortunes, arrache s sournoisement, dans leur enfance, 
aux embrassements de leur mere chretienne. Hdlas ! ils 
etaient devenus plus farouches et plus barbares que la 
plupart des enfants de la barbarie meme ; tandis que plu 
sieurs de ces derniers, que nous avions pu soumettre au " 
regime de 1 e ducation chretienne, dtaient devenus des 
modeles de douceur et de piet^. 



144 

Inutile, d ailleurs, d appuyer sur cctte ve rite que per^ 
sonne ne conteste. L enfant sera ce que son Education 
1 aura fait : chretien sincere, catholique fervent, si son edu 
cation est profonde ment elire tienne, franchement catho 
lique ; mais il sera protestant ou indifferent, rationaliste 
ou mate rialiste, suivant la forme que ses precepteurs et 
les livres dont ils se seront servis lui auront donnee. 

De Itl les efforts inouis et les tentatives do toutes sortes 
pour s emparer de I e ducation de 1 enfant ; car celui qui 
en sera le maitre sait bien que 1 avenir lui appartient. 

A qui done appartient le droit d elever 1 enfant et de 
lui donner Fdducation ? Est-ce a la socidte domestique, 
au pere et a la mere qui lui ont donne le jour, ou a la 
societe civile, c est-a-dire au premier venu que le not de 
1 e ve nement, ou une ambition servie par d heureuses cir- 
constances^ aura fait arriver au pouvoir ? Poser une 
pareille question, n est-ce pas la r^soudre, pour tout homtne 
qui croit a 1 institution divine de la famille ? 

Dans un prochain article, cependant, nous releverons 
les deux grandes erreurs dans lesquelles la de rnagogie 
tombe sur ce chapitre, en voulant soustraire 1 education 
de 1 enfant a la direction et au controle de la famille et 
de la religion, c est-a-dire au controle du pere selon la 
nature et du p&re selon la grace, a qui Dieu Pa contie 
absolument, exclusivement, pour le remettre a un pou 
voir qui n a nullement mission de remplir un si haut mi- 
nistere. 



ARTICLE XXI. 

L DUCATIOX DES ENFANTS PAR LEURS PARENTS N EST QUE L APPLI 
CATION D UNE DES LOIS PRIMORDIALES DE LA NATURE. 

II est dtonnant qu il se soit trouve des hommes assez 
hardis pour con tester au pere et a la mere le droit impres 
criptible qu ils tiennent de la nature meme, de donuer 
1 e ducation a 1 enfant, pour transferer ce droit a FEtat et 



145 

en faire 1 un de ses attributs., C est pourtant la une des 
lois priuiordiales de la nature. Les peuples infideles, tom- 
bes dans les plus graves erreurs, n ont jamais mdconnu 
ce droit inalienable que rautoritd paternelle tient de Dieu 
lui-meme. Us ont toujours reconnu et proclamd bien haut 
que le pere est le seul souverain de 1 enfant, et qu il en 
est e galement le premier prdcepteur. Pourquoi faut-il 
done que cette ve rite de premier ordre ait dte attaqu^e 
ct niee par des hommes Sieve s dans le christianisme, qui 
la proelame encore bien plus clairement et bien plus haut ? 

Non-seulement cette loi import-ante regit les etres rai- 
sonnables, mais c est une loi commune a tous les etres qui 
jouissent du bienfait de la vie. L animal pmd de la rni- 
son, qui n a d autre guide que 1 instinct, la connait cette 
loi de 1 education des etres qui lui doivent la vie. Le 
vegetal lui-meme, n ayant ni instinct ni sentiment, 1 etre 
que Ton trouve aux dernieres Hmites de la vie, ne la 
me connait pas. II sait, a sa maniere, que les fleurs qui 
se sont epanouies sur ses rameaux, que les fruits qui en 
sont nes, doivent recevoir de lui, et de lui seul, la nourri- 
ture ne cessaire / ii leur developpement, les soins, la protec 
tion sans lesquels ils ne pourront arriver a une heureuse 
maturite. Aussi leur donnera-t-il, suivant leurs besoins, 
une seve abondante et salutaire qui les fera croitre ; son 
feuillage epais les d^fendra contre la violence de la tem- 
pete, les protegera contre la trop grande ardeur des rayons 
solaires. En un mot, il en prendra soin, il les elevera a 
sa maniere, jusqu a ce qu enfin, arrives a leur complet 
developpement, ils puissent se suffire a eux-metnes. Alors 
ils se detacheront sans efforts de la tige qui les a vus 
naitre, pour aller, a leur tour, prendre racine dans le sol 
que la Providence leur aura prdpare, produire un arbre 
semblable a celui qui leur a donne la vie, aveo tous ses 
perfectionnemenls. 

Que faudrait-il penser du jardinier qui voudrait se 
charger de nourrir lui-mSme les fruits diff^rents qui crois- 
sent dans son parterre ; leur donner, saris le ministere des 
arbres qui les portent, la seve qui convient a chnque 
espece ? N est-il pas evident qu une semblable idee deno- 

10 



146 

terait chez lui une aberration de jugement plus que suffi- 
sante pour faire douter de I e tat sanitaire de son cerveau, 
et de montrer a I e vidence qu il n a pas la premiere notion 
de sa mission et de son ministere, puisqu il ignore cette 
grande loi de la nature qui prescrit au ve ge tal de nourrir, 
de prote ger le fruit auquel il a donne naissance, jusqu i 
ce qu il puisse se sum* re a, lui-mme ? Le jardinier doit 
prendre soin des arbres, les grouper convenablement, leur 
procurer, autant qu il le pourra, les substances que ees 
memes arbres pourront seuls ^laborer et transformer en 
une seve vivifiante avec laquelle ils nourriront leurs fruits. 
Mais se charger lui-meme d dlaborer cette seve, d entrer 
en rapport imme diat avec leurs fruits, de la leur distribuer 
journellement et dans une juste mesure, c est une folie 
quin est encore jamaispasse e parla tte d aucun jardinier ! 

Non ; la mission et le devoir du jardinier, c est de pro 
te ger Parbre, de 1 arroser; la mission et le devoir de 
1 arbre, c est de nourrir le fruit en lui donnant la forme 
et I e clat convenables. Or, le jardinier c est I Etat, 1 arbre 
c est la famille, le fruit c est 1 enfant. 

La meme loi d e ducation regit le regne animal. L etre 
qui a donne la vie en donne aussi les de veloppements. 
Non-seulement 1 animal nourrit ses petits, mais il les 
e leve en leur donnant, a sa maniere, Pe ducation qui leur 
convient. Le castor industrieux apprend & ses pewits 1 art 
de construire une loge, en les faisant travailler avec lui ; 
1 animal carnassier enseignera aux siens toutes les ruses et 
les de tours par lesquels ils rdussiront a saisir leur proie. 
C est meme dans cet ordre d ide es que le prophete Ezd- 
chiel prend la comparaison dont il se sert pour reprocher 
a Jerusalem la mauvaise education de ses rois : " Pour- 
quoi votre mere, qui est une lionne, s est-elle repose e 
parmi les lions, et pourquoi a-t-elle nourri ges petits au 
milieu des lionceaux ? 

" Elle a produit un de ces lionceaux, et il est devenu 
lion : il s est instruit a prendre la proie et a devorer les 
hommes." Et, un peu plus loin, il continue : " Mais la 
mere, voyant qu elle dtait sans force et que ses esperances 
^taient ruine es, prit un autre de ses lionceaux et 1 e tablit 



147 

pour Stre lion. II marcha parmi les lions, il devint lion. 
II apprit a faire des veuves et a deserter les villes." L aigle 
enhardit ses aiglons en les soutenant d abord de scs puis- 
santes ailes ; il s efforce de leur apprendre comment ils 
doivent s emparer de 1 immensite des plaines de 1 air, en 
s e langant avec eux du liaut des cimes escarpees, ou il a 
placd le nid dans lequel leurs yeux se sont, pour la pre 
miere fois, ouverts aux rayons de 1 astre du jour. 

Ici encore, c est 1 etre qui a donne la vie qui est charge* 
par la nature de la ddvelopper et de la perfectionner. Sa 
tache n est accomplie que quand il a forme a son image 
et a sa ressemblance 1 etre qui lui doit le jour. Toujours 
et partout, dans la classe des tres prive s de la raison, le 
pere et la mere sont par instinct les instituteurs ne ces- 
gaires de leurs petits, 

*** 

LA. LOI D EDUCATION QU ON OBSERVE DANS LES ETRES PRIVES DB LJL 
RAISON EST AUSSI CELLE QUI PRESIDE AU DEVELOPPEMENT DE 
L HOMME. 

Dieu a-t-il done soumis les de veloppements et le per- 
fectionnement de 1 homme a une loi differente ? Non ; 
c est encore le meme principe qui preside a la formation 
de 1 etre raisonnable. Ccux qui lui ont donnd le jour 
n ont, eux aussi, accompli la tache providentielle qui leur 
a e te impos^e que quand ils lui ont procur le perfection- 
nement physique, moral et intellectuel qui en fait un etre 
r^ellement semblable a eux-m^mes. Ici ce n est plus un 
instinct aveugle qui leur enseigne cette grande ve rite ; 
c est la noble faculte qui les met a la tete de la creation 
ici-bas, c est la raison ^clairee des lumieres de la re ve la- 
tion, qui leur dit que I homme ne vit pas seulement d un 
pain materiel, mais qu il lui faut encore Je pain de la 
parole qui re>eillera dans son ame la vie de 1 intelligence 
et du co3ur. Or, cette vie intellectuelle et morale aussi 
bien que la vie physique, c est au pere et a. la mere a la 
donner ; ce n est meme qu a cette condition qu ils ont 
re ellement droit & 1 honneur et aux privileges attache s a 
la paternity. 



148 

u Si le pere et la mere ont chaeun dans la .famille une 
fonction propre, dit le R. P. Felix, la Providence a fait a 
tons deux une fonction commune, ou 1 autoritd qui carae- 
te rise l un, et ce deVouemeut qui caracterise 1 autre, se 
rencontrent et s unissent pour faire le grand 03uvre de la 
famille, elever I* enfant ; 1 enfant, troisieme persorme de 
cette trinite humaine, procedant du pere et de la mire, 
pour computer la soci^te domestique et atteindre sa de.s~ 
tineV 

Le pere, qui est la personnification la plus l^gitime et la 
plus parfaite de 1 autorite, tient de Dieu lui-meme les 
attributs essentiels a la paternite, dont le premier est la 
puissance d enseigner et d instruire ; c est en lui un droit 
inviolable centre lequel aucune usurpation, quelque longue 
et puissante qu elle puisse etre, ne pourra jamais prescrire. 
Le pere et la mere dans la famille sont les premiers mai- 
tres de 1 enfant : c est sous le rayonnement de leur parole 
que se produira le premier raouvement de la vie intellec- 
tuelle de 1 enfant. La parole maternelle d abord fait bril- 
ler aux yeux de cette ame encore plonge e dans le plus pro- 
fond sommeil, une lumiere aussi douce que celle de 
1 aurore qui dissipe au matin les tenebres de la nuit. Puis 
la parole paternelle s unissant a celle de la mere, sembla- 
ble au soleil qui apparait sur Thorizon, donne a Tame de 
1 enfant la verite qui 1 ^claire, la nourrit et la ddveloppe. 
Et c est ainsi qu il reQoit la vie de 1 intelligcnce. 



Le second attribut de la paternitd, c est le droit de gou- 
verner. La verit^ qui eclaire dejal intelligence de 1 eiitaiit 
lui montre le bien, ce qu il doit aimer et pratiquer; mais 
en meme temps se pre sente sur son chemin le mal qu il 
doit hair et repousser. Une voix qui reteutit au fond de 
son ame lui dit qu il peut choisir entre 1 un et 1 autre. 
Faible et sans experience, que va-t-il faire ? Abandonne* 
d lui-mme, ses premiers pas dans la vie morale, comme 
dans la vie physique, seront accompagne s de chutes noni- 
breuses, si la surveillance maternelle et 1 autorite des 
comniandeinents du pere ne sont la pour le soutenir et le 
deYendre contre les solicitations et les premiers entraine- 
ments des mauvais penchants qui ne tardent pas a faire 



149 

leur apparition. C est sous cette surveillance et soutenii 
par cette autorit^ que Fenfant debute dans la vie morale ; 
il apprend peu a peu a faire Implication des principes e ter- 
nels et immuables qui ont etc graves au fond de son ame, 
sur lesquels s appuie son intelligence pour soutenir coura- 
geusement les luttes de la vie. En pliant sa volonte sous 
ie joug de Fobelssance, il apprend psu a peu a se comman- 
dfr lui-mOme. Le coramandement fait a Penfant a done le 
double avantage d eclairer son intelligence, de fortifier son 
coeur par la crainte du chatiment qui en suivra la viola 
tion, et en meme temps de d^velopper I e nergie de la vo 
lonte par les efforts qu il lui faut faire pour se soumettre. 

Lorsque le pere ne peut lui-mSrae continuer, dans tous 
les details, 1 education de 1 enfant, et qu il lui faut avoir 
recours a un precepteur Stranger pour lui venir en aide, 
non-seulement il conserve le droit imprescriptible de con- 
troler Tenseignement donne par ce delegue, mais il a le 
devoir, le plus grand devant Dieu, de le surveiller et de 
s assurer qu il est re ellement digne de le remplacer aupres 
de 1 etre le plus cher a son coeur. Impuissant a instruire 
lui-meme son enfant, il garde la faculte de lui choisir un 
maitre. 

*** 

LES DROITS DU PRETRE A CONCOURiR A L/EDUCATION DE I/ENFANT 
DBCOULENT DU MEME PRINCIPE. 

Ce que nous venons de dire des droits et des devoirs du 
p&re selon la nature dans 1 e ducation d donner a 1 enfance, 
s applique egalement a la paternite dans 1 ordre de la 
grace. L enfant rege ne re a regu au jour de son bapteme 
une nouvelle vie ; il est devenu reellement, par 1 effet de 
ce sacreuient, 1 enfant de Dieu et de 1 Eglisc. Le pretre, 
qui est le ministre et le representant visible de cette pater 
nite d un ordre supdrieur, doit aussi concourir, de par le 
meme droit divin, a 1 ^ducation de 1 enfant, dans tout ce 
qui se rattache de pres ou de loin & la vie spirituelle et a 
son d^veloppement. 

La religion, qui a prdsid^ i la formation de la famille, 



150 

doit aussi pr^sider a 1 education de 1 enfant et la con* 
troler. 

C est ce que les livrcs saints nous enseignent en une 
multitude de passages ; c est ce que 1 Eglise catholique a 
toujours recommande et prescrit rigoureusement aux 
fideles confi.es a ses soius. C est meme un des points les 
plus importants de la mission des pasteurs : " Ite, docete : 
Allez, enseignez." 

Un fait bien remarquable dans nos livres saints nous 
montre d une maniere claire 1 application de ce principe ; 
il est, en meme temps, une figure frappante de TEglise 
dans ses rapports avec 1 education de 1 enfant chrdtien : 
c est la naissance et 1 education du legislateur des He- 
breux avec toutes leurs circonstances merveilleuses. 

Qui ne reconnaitrait dans ce petit enfant expose* a une 
mort certaine sur les eaux du grand fleuve de 1 Egypte, 
en vertu d une loi terrible qui le condarnnait a. la mort 
meme avant sa naissance ; qui ne reconnaitrait le genre 
humain tout entier, heritier du peche originel, et sous le 
coup d une sentence de mort encore plus terrible ? Cette 
noble princesse, qui se trouve a temps sur les bords du 
Nil, pour sauver des eaux 1 enfant qui doit y perir, n est- 
elle pas une figure admirable de 1 Eglise, qui se tient au 
bord du fleuve de la vie ou passent les generations dans 
leur marclie vers Teternite, et qui en sauve un si grand 
nombre en les soustrayant a la condamnation portee 
contre eux, par la regeneration baptismale, et 1 adoption 
qui les retablit dans tous leurs droits et privileges d en- 
fants de Dieu ? 

L Eglise, ainsi de venue mere de 1 enfant Chretien, fait 
venir, comme la fille de Pharaon, sa mere selon la nature, 
et lui dit : " Keois cet enfant, nourris-le pour moi, en 
lui apprenant a connaitre, aimer et servir son Dieu." 
L enfant devenu grand est de nouveau remis a 1 Eglise 
pour en recevoir une education religieuse plus complete ; 
puis, comme Moise, confie a des personnes que le prgtre 
et le pere auront trouvees propres et convenables 4 leur 
venir en aide pour 1 initier aux connaissances hutnainea 



151 

dont il aura besoin dans le poste ou la Providence 1 ap- 
pelle. 

Ce n est que quand cette grande oeuvre de 1 education 
ailra dtd parachevee, que 1 enfant arrive a la taille de 
1 homme parfait, cessera d etre le sujet de lafamille ou il a 
pris naissance. Apres avoir regu le complet developpe- 
ment de ses facultes physiques, intellectuelles et morales, 
par les soins et sous le controle de son pere et de sa mere 
dirige s par le pretre, il sera pret a prendre le rang que la 
Providence lui a assign^ d avance dans la socie te. 

Voila bien ce que la raison et la foi, la loi naturelle et 
la loi divine enseignent et prescrivent sur les droits e$ les 
devoirs de la paternite dans 1 dducation des enfants. 



LE LIBJERALISME TEND A s APPROPRIER LE DROIT DES PARENTS DANS 
L iDUCATION DE I/ENFANT. 

Mais qu en pense le liberalisme moderne ? Quelles sont 
ses doctrines sur un sujet si grave ? Au nom de la liberte 
et du progres, le liberalisme n he site pas a de clarer Fin- 
capacite gendrale des peres 5, elever leurs enfants et con- 
troler et surveiller leur instruction. Au nom de la liberte 
et du progres, il n hesite pas a proclamer que c est la un 
des attributs de 1 omnipotence de TEtat. II a 1 dtrange 
pretention de mieux entendre que ceux qui en ont reu 
de Dieu lui-meme la charge, 1 art si difficile de bien for 
mer 1 enfance. Les libe raux trouvent tout naturel que 
des hornmes porte s au pouvoir par un e venement imprcvu 
ou une ambition heureusernent servie par les circonstances, 
se substituent aux peres et se chargent de donner, au nom 
de la liberte, un enseignement obligatoire. Us trouvent 
parfaitement juste de taxer les peres pour fonder de 
soniptueux etablissements d education, salarier grasse- 
ment des professeurs emerites, auxquels leur conscience de 
pere aussi bien que leur foi de chretien leur de fendent 
rigoureusement de confier leurs enfants. Au nom de la 
liberte , ils proclameront la langue officielle de 1 Etat ; ct 



152 

ils forceront le pere a payer un maitre pour apprendre a 
son enfant la langue de ses oppresseurs. comuie en Irlande, 
en Pologne et a la Nouvelle-Orldans. Le libe ralisme, 
lorsqu il a ses couddes franches, ira meme jusqu a defendre, 
au nom de la nationaiite, d eriseigner a 1 enfunt la langue 
maternelle. 

Mieux que tout autre, il pretend connaitre la verite* 
qu il faut admettre et le Dieu qu il faut adorer. Or, la 
veritd qu il faut croire, qui ne la connait ? C^est sa pen- 
see, ce sont ses principes avant tout. Le Dicu qu il faut 
adorer, c est le Dieu des inere dules et, faut-il le dire ? le 
Dieu des athees ; c est-a-dire qu il faut bannir de ses 
ecoles tout enseignement religieux. II a la modeste pr- 
tention de former des homines vertueux, des citoyens 
honnetes, sans ancune religion. Malheur aux peres qui 
ne penseront pas comme lui, lorsqu il a le pouvoir en 
main. S ils refusent de lui sacrifier leurs fils et leurs 
filles, il saura bien au moins empocher leur argent, et les 
mettre dans la triste ne cessite de condamner leurs enfants 
a la fletrissure de I mcapacite litt^raire et scientifique, et 
de leur fermer airrsi toute carriere libdrale. 

A la vdrite, dans notre Canada encore si catholique, 
le liberalisme se trouve un peu plus a la gene. Nos lib^- 
raux savent qu il faut user de prudence et attendre des 
temps plus favorables. Ils se contentcnt de vanter, pour 
le quartd heure, les avantages et la superiorite des ^coles 
communes, qui sont exclusivement sous le controle de 
1 Etat, dans lesquelles on impose aux peres les maitres et 
les livres juges orthodoxes de par la loi. On les entendra 
quelquefois dire que renseigneinent du catdchisme et 
de la religion dans 1 ecole est un temps prdcieux que Ton 
fait perdre aux enfants, qui ont tant d autres choses utiles 
d. apprendre ; mais reculant devant le sentiment encore 
trop catholique des parents, ils font profession de ne point 
youloir leur imposer, de force, leur syst&me de prdi- 
lection. 

Voila ce que rve le liberalisme, voila la plus ardente 
de ses aspirations : arracher 1 enseignement de 1 enfant a 
I autorit4 paternelle, le soustraire au controle de la reli- 



153 



gion, s emparer absolument de son education par le des- 
potisme de 1 JKtat, afin de le former a son image et a sa 
ressemblance. C est peut-etre le point le plus violem- 
nient ct le plus habilement attaque de notre temps, et la 
plus sanglante injure faite & 1 autorite des parents. 



ARTICLE XXII. 

DE LA SOCIETE CIVILE. EPOQUE PATRIARCALE. NEMROD 
PREMIER SOUVERAIN NOMME DANS L ECRITURE. 

Le premier homme a d abord ete le premier pontife, 
puis le premier pere. Ce sont la deux faits que le plus 
ancien, comme aussi le plus authentique de tous les docu 
ments dcritSj dtablit avec la derniere evidence. 

Get enseignementde 1 histoire sainte est en meme temps 
le plus conforme a notre raison et au temoignage des dcri- 
vains profanes de Pantiquite la plus reculde. 

Mais qui a etc* le premier souverain dans 1 ordre civil ? 
Quand la premiere socie te nationale a-t-elle fait son appa 
rition sur la terre ? C est ce que nous allons etudier pre- 
sentement; non pas dans les suppositions imaginaires et 
les hypotheses absurdes des utopistes qui se sont orgueil- 
leusement affubles du manteau de la philosophic, mais bien 
dans 1 ordre rationel des faits, tels qu ils ont ete observes 
d abord, puis raconte s et transmis par ceux qui en ont dtd 
les tdmoins vdridiques et les depositaires fideles. 

Nous avons ddja eu occasion de dire qu une nation, 
c est 1 ensemble des descendants d une mme ftimille ; et 
que les liens principaux qui retiennent en societd ces 
hommes issus du meme sang, sont la langne, la foi, les 
usages, les m&urs et les coutumes. Qui dit nation dit 
unite de langage, unite de croyance, uniformity dans les 
usages et les coutumes. 

Yoila bien ce que nous enseigne 1 histoire. C est aussi 
oe que nous dit la raison et le bon sens. 

En examinant attentivement les pages sacrdosqui nous 



154 

racontent les e ve nements ante -diluviens, il parait assez 
clair que 1 humanite tout entire ne formait alors qu une 
grande nation : la seule division qui nous est signaled par- 
mi les homines est celle qu avait amende la corruption 
des moeurs : c est-a-dire que le premier lien national au- 
quel on port a atteinte fut 1 uniformite et la purete des 
mceurs; ce qui entraina ne cessairement une grande diver- 
sit^ dans les usages et les coutumes. Cette division prit 
naissance dans la famille meme d Adam. Defense fut 
faite en consequence, de la part de Dieu lui-menie, aux des 
cendants de Seth le juste de s allier avec les enfants de 
Cain le fratricide. 

L historien sacre* designe les premiers sous le nom d en- 
fants de Dieu, tandis qu il appelle les seconds enfants des 
hommes. . II ne reproche point aux Ca inites d avoir aban- 
donne la loi de leurs ancetres. 

De plus, a 1 epoque de la tour de Babel, 1 Eternel de 
clare positivement que le genre humain n avait eu jusque- 
la qu un seul et meme langage. Les deux liens les plus 
puissants de toute nationalite avaient done jusqu alors 
retenu les hommes en corps de nation. Parlant tous la 
langue commune de leurs meres, croyant uniforrne ment 
les dogmes que leur avaient transmis leurs peres, ils 
n avaient point cesse de se regarder comme freres, malgre 
la diversit^ des coutumes qu avait entralne e la corruption 
des moeurs d un si grand nembre d entre eux. 

Quoiqu il en soit de cette opinion, il est certain que 
dans cette longue pe riode, Ton ne rencontre nulle part les 
noms d empereur et de roi, d empire et de royaume. La 
force publique, qui doit regler les intdrets de famille a. 
famille, de tribu a tribu, nous apparait d abord comme 
une extension de I autorite paternelle. L homme dans 
lequel cette force reside et se personnifie, le premier Sou- 
verain en re alite , s appelle Patriarche, c est-a-dire pdre- 
prindpe ou pere-chef. Le premier de ces souverains fut 
Adam. Et pouvait-il en etre autrement ? 



155 



ADAM PREMIER CHEF DE LA SOOIETE PUBLIQUE. 

Adam, chef de famille, dut d abord dormer tous ses 
soins a. I e ducation de ses enfants, leur transmettre fide- 
lernent tout ce qu il avait lui-meme reu de son Cre ateur ; 
avec la vie physique et tous les soins propres a la deVe- 
lopper, il devait leur donner la vie de 1 esprit et du coaur, 
avec la culture propre a la perfectionner, jusqu a ce qu ar 
rives a la taille d hommes faits, ses enfants pussent a leur 
tour se mettre a la tete de nouvelles families, et marcher 
sur les traces de leur pere commun. 

Alors les rapports de pere a enfant, qui avaient exists 
entre le premier homme et ceux dont Dieu lui avait con- 
1 education, cesserent, pour faire place a d autres rap 
ports non moins importants. Ces nouvellez families 
avaient necessairement des relations les unes avec les 
autres ; ces relations devaient amener des differends qu il 
fallait re gler ; elles avaient des interets qu il fallait pro- 
teger,sans toutefois se nuire les uns aux autres. Le juge 
naturel et impartial de tous ces differends, le protecteur 
nd de ces interets divers, c etait leur ancetre commun. II 
n agissait plus alors comme pere. mais bien comme chef 
tegitime de ces families. Son autorite ne s appuyait point 
sur la force physique ; son gouvernement reposait entiere- 
ment sur la force morale. II tait la source du conseil 
et des lumieres qui devaient distribuer la seve de la vie 
sociale a ces families qu il avait vuas naitre, grandir et se 
multiplier, comme 1 arbre distribue jusqu au plus petit de 
ses rameaux la seve de la vie vegetative. 

Telle fut done, comme nous venons de le dire, la pre 
miere apparition de la socie te civile sur la terre ; ce fut 
I e poque patriarcale. Une telle societe est un tout par- 
faitement uni dans la personnification de 1 autorit^, ou 
cependanttous les membres vivant de la vie commune qui 
en de coule, jouissent de la plus parfaite liberte , ayant 
chacun le droit et la faculte de faire tout ce qu il est per- 
mis et l^gitime de faire. 

Le premier homme fut done la fois le premier Pon- 



156 

tife, le premier Pere, le premier Roi, en prenant ce der 
nier mot dans son sens le plus large. 

Or, cette formation premiere du gouvernement civil se 
retrouve en tete de 1 histoire de tous les peuples qui ont 
une origine vraimemt nationale, c est-5,-dire qui sont rel- 
lement la descendance d une ineme famille. 



NEMROD ET ROMULUS FONDATEURS DE SOCIETE. 

Plus tard, on rencontre une autre origine de la socie te 
civile. C est meme assez longtemps apres la confusion 
des langues. L histoire sacrde nous parle d un fameux 
chasseur qui devint puissant devant 1 Eternel. II s appelait 
Nemrod, et n etait rien moins que le petit-fils de Cham. 
C est le premier roi, le premier souverain qui soit noinme 
dans les annales de 1 humanite . 

Or ce vigoureux chasseur, apres s etre rendu habile et 
puissant dansl art de la guerre contreles animaux malfai- 
sants, crut qu il pourrait tirer un autre parti de sa force 
et de son habilete dans le maniement des armes. II avait 
appris aux plus redoutables animaux de la foret et du 
ddsert a respecter son autorite, a redouter la precision et 
la force de ses coups. Pendant un temps il fut le bien- 
faiteur de ses semblables en les protegeant contre la fu- 
reur des lions, et les delivrant de la ferocite des tigres. La 
trop grande multiplication des betes feroces dans ces temps 
recules devenait souvent un fleau redoutable pour les 
faibles et timides populations d alors. 

Nemrod done, le puissant chasseur, cdda a la tentation 
de faire la chasse aux hommes et de les soumettre a son 
empire, comme il avait fait des animaux les plus redou 
tables. Son audace fut couronnee do succes ; avec lui 
apparut le premier empire, le premier uespote et les pre 
miers esclaves ; car son Edifice social reposait sur la force 
physique. 

Les interpretes chretiens et les e crivains orientaux 
regardent ge ne ralement Nemrod comme le premier tyran. 
Son nom m^me signifie tyran ; en arabe. 



157 

Telle fut I origine du fameux empire babylonien, le 
plus ancien des empires de la terre, et qui ne dura pas 
moins de quatorze siecles. 

Le celebre empire romain eut une origine fort sem- 
blable. Comme tout le monde lesait, son fondateur, Ro 
mulus, n etait rien moins que le chef d une bande d es- 
claves fngitifs et de voleurs qu il sut discipline!- et qu il 
eut 1 habilete de soumettre a ses lois, de maniere a en 
faire une societd rdgulierenient organised. 

Ces empires et ces royaumes, formes d dle ments divers, 
de families vagabonded, d aventuriers sans aveu ou de 
faibles et timides nations, incapables de se defendre centre 
la force brutale et envahissaute de chefs audacieux autant 
qu habiles, sont devenus avec le temps des societes legi- 
times, parce que leurs chefs, qui ne reconnaissaient, dans 
le principe, d autre droit que celui du plus fort et d autres 
lois que celles de leurs massues et de leurs coutelas, ne 
tardaient pas a reconnaitre 1 insuffisance de ces moyens 
pour fonder quelque chose de stable. Ces hommes sans 
foi ni loi, ces chefs de brigands, se voyaient forces d aller 
chercher ailleurs que dans la force brutale le point d ap- 
pui, la pierre fondarnentale de 1 edifice qu ils projetaient 
.d elever, et cela dans leur propre interet, autant pour 
leur conservation personnelle que pour le succes et la 
prospe rite de leurs entreprises. 

A peu pro s tous allaient chercher dans le ciel meme 
1 autorite de la legislation qu ils croyaient dev >ir donner 
^ ceux qu ils avaient fait plier sous leur joug de fer. 
C etait au nom de la divinite qu ils leur donnaient les 
lois qui devaient les regir, c etait par le ssrment qu ils 
s assuraient de leur iidelite ct de leur obeissance. 

Ces lois ainsi acceptees, en autant qu elles e taient 
justes, qu elles pouvaient promouvoir les ve ritablesinterets 
des populations auxquelles elles s appliquaient, devenaient 
r^ellement obligatoires, et par la meme ces socidtes, fondees 
d abord par le brigandage et dans le sang, finissaient ainsi 
par devcnir de veritables et legitinies societes. 

Si avec le temps I unite de langage et de foi venaient 



158 

A se produire, ainsi que 1 uniformit^ des usages et cou- 
tumes, elles pouvaient arriver a. 1 homoge ne ite d une nation 
veritable. Mais 1 histoire nous en offre bien peu d ex- 
emples. Les plus puissants empires meme ont rarement 
re ussi k denationaliser comple tement les peuples infor- 
tune s qu ils s e taient incorpores. Pourtant leurs annales 
ont enre gistre des injustices criantes, d atroces perse cu- 
tions exercees en vain pour atteindre ce but. Presque 
toujours ces efforts sont venus se briser contre la force de 
resistance que I unite de foi et de langue donnait a ces 
populations malheureuses. C est meme un spectacle qu il 
nous est donne de contempler de nos yeux dans les jours 
ou la Providence a place* notre existence. L histoire con- 
temporaine nous raconte journellement la conduite re vol- 
tante de 1 Angleterre pour anglifier et protestantiser la 
fidele Irlande, et la barbaric sanguinaire de la Russie 
pour denationaliser et ddcatholiciser I he roique Pologne. 

Non ; Passimilation des diffe rentes races qui ont pu 
entrer dans la formation d un empire ou d un royaume, 
est I o3uvre de la nature, et doit s ope rer lentement sui- 
vant ses lois, sans violences et sans secousses. 

Voila, done, en peu de mots, ce que 1 histoire nous 
apprend sur 1 origine et la formation des socie te s politi- 
ques et civiles. C est que les unes n ont dte que le ddve- 
loppement r^gulier d une ou de quelques families de meme 
race que Dieu a be nies et multipliers spe cialement dans 
le territoire qu il leur avait pre pare pour y accomplir 
leurs destinies. L& elles sont devenues de "veritables 
nations, remarquables surtout par la puissance de leur 
vitality et leur force de cohesion. 

Une telle socie te , c est un arbre vivace plants dans une 
terre fertile. II poussera, j usque dans les profondeurs du 
sol, de fortes et nombreuses racines, capables de soutenir 
un tronc robuste dont les branches et les rameaux, en 
nombre presqu infini, s e lanceront vers le ciel. Leur ^las- 
ticite vigoureuse lassera les efforts du vent, brisera meme 
la violence de la tempete ; leur pais feuillage arretera 
facilement les ardeurs d un soleil brulant, qui ne fera que 
hater la maturity des fruits abondants dont il sera charge . 



159 

C est ainsi que lea socie te s politiques vraiment Rationales 
ont toujours pr^sentd une bien plus grande force de rdsis- 
tance a toutes les causes de destruction. 

Au contraire, les socie te s ndes de la conquete et de la 
violence, bien que re gularise es et le gitime es ensuite, par 
des lois justes et librement acceptees, se ressentent bien 
longtemps, sinon toujours, du vice de leur origine. Ce 
sont des arbres qu un ouragan violent ou un torrent im- 
pe tueux a de pouille s et reverse s sur le sol. Apres la 
tempete passde, une main habile a pu en ramasser les 
rameaux dans lesquels se voyait encore un reste de vie, et 
les greffer heureusement sur le tronc le moins endom- 
mage. Mais un tel arbre aura-t-il jamais la consistance 
et la vitalitd de celui qui est exclusivement 1 ceuvre de la 
nature elle-meme ? 

Ainsi ces socie te s politiques, compose es d e le ments he te - 
rogenes, portent dans leur sein meme une cause constante 
de troubles et de dissensions, suites inevitables des rivalite s 
de nationalite s etrangeres, des germes de divisions qui ont 
souvent amen^ des guerres civiles sanglantes, et quelque- 
fois meme la dissolution finale du corps social. 



ARTICLE XXIII. 

ITUDE DIS PRINCIPES SUR LESQUELS REPOSE LA SOCIETE. 

Apres avoir jet^ un coup d oail sur 1 origine de la soci^te 
civile, nous aliens 1 dtudier prdsentement dans ses d^ve- 
loppements, dans les vicissitudes inevitables auxquellas 
elle est expos^e dans sa marche vers le but qu elle doit 
atteindre. Nous aliens rechercher les principes immuables 
sur lesquels elle repose ne cessairement, et constater que 
toute commotion et pertubation sociale a pour cause cer- 
taine une deviation de ces principes. Ea decadence et la 
mort des peuples est la consequence rigoureuse de leur 
abandon ; tandis que leur application fidele et intelligente 
est la source fe conde de la prospe rite nationale ct du 
veritable progres. En exposant ces principes, nous nous 



160 

efforcerons de traceries regies pratiques que chaque mem- 
bre de la socie te doit suivre pour en faire une application 
judicieuse et utilc. Ge sera un moyen d aider ]es homines 
de bonne volont^ a eviter des ecarts qui entrainent pres- 
que toujours les plus tristes consequences. 

Encore une fois, ce n est point dans les utopies irre a- 
lisables des sophistes anti-chre tiens, ni dans les reves 
absurdes des charlatans politiques, que nous aliens faire 
ces recherches ; c est dans les annales de I humanite , le 
flambeau de la foi a la main, que nous ferons cette e"tude. 
C est surtout dans ce monument imperissalle que Dieu a 
fait clever par ses fideles serviteurs, les eerivains inspires, 
que nous trouverons 1 expose lumineux et eloquent de cet 
ordre de veritd. Car nos livres saints renferment 1 ensei- 
gnement de toute verite necessaire et utile a. 1 hoinrae, la 
verite sociale aussi bien que la verite religieuse. De plus, 
ils ont rimmensc avantage de les presenter prcsque tou 
jours sous des formes sensibles, faciles a saisir, a la portee 
meme des intelligences les plus communes ; elles ne sont 
obscures et indechiffrables que pour les esprits que 1 or- 
gueil a dblouis. 

L histoire du Peuple de Dieu^ telle qu elle a e te consi- 
gnde dans les li-vres saints, est, sans contredit, le monu 
ment le plus complet, le type le plus parfait de la science 
sociale. 

*** 

SDP^RIORITE DE LA LEGISLATION MOSAlQUB. L ENSEIGNEMENT DE 

L EGLIS;-; SUR CE SUJET EST LA KEGLB QUE DOIT SUIVRE TOUT 
CATHOLIQUE. 

Lorsqu un artiste a cree un chef-d oeuvre, qu il a appro- 
che de la perfection iddale autant qu il est donne & 
1 homme de g^nie de le faire, son travail regoit en quel- 
que sorte le sceau de I immortalit4 ; il devient le modele 
que tous les artistes du meme genre viendront tour-a-tour 
^tudier. C est dans la perfection de ce type qu ils decou- 
vriront les vrais principes de leur art, les regies les plus 
propres & ddvelopper leuj; talent. Les v&itables artistes 



161 

ne se lasseront point de contempler ce modele ; plus ilfr 
y decouvriront de beautes et de perfections, mieux ils 
comprendront les principes immuables du beau ideal. 
Alois, et alors seulement, ils pourront espe rer d arriver & 
leur tour a la gloire de 1 artiste qui approche de la perfec 
tion dans son travail ; leur oeuvre attirera 1 admiration 
des connaisseurs. 

En autant que les choses humaines peuvent etre com- 
parees aux clioses divines, il nous semble que 1 on peut 
dire la meme chose des principes sociaux que nous reVe- 
lent la legislation mosai que et Pensemble de 1 histoire du 
peuple de Dieu. Comment ne pas admettre qu une orga 
nisation sociale qui a re siste a toutes les causes de des 
truction qui ont agi pendant des si&cles, et avec tant 
d intensite, sur un peuple aussi petit que le peuple juif, 
sans jamais lui arracher ce principe de vie qui semble 
1 avoir doue de 1 immortalite ; comment ne pas admettre, 
disons-nous, qu une telle organisation sociale ne soit ua 
chef-d osuvre hors ligne ? Que sont, a cote de ce monument 
impe rissable, les constitutions et les codes ephemdres des 
sages et des legislateurs de toutes les nations qui n ont 
point ete modele s sur ce chef-d oeuvre? Quelle figure 
font, a cote dugouvernementmosaique, la federation chica- 
niere des Grecs orgueilleux, la r^publique envahissante et 
tyrannique des fiers Remains, formes gouvernementales 
pourtant que Ton admire tant de nos jours ? Le faible 
Israelite n a-t-il pas vu naitre et grandir ces puissants 
empires? n a-t-il pas ete envahi et subjugue tour-a-tour 
par leurs puissantes armees ? Et cependant, il a vu leur 
decadence, il a ete temoin de leur agonie, il a assiste & 
leur trepas, il les a vus disparaitre comme la poussiere 

rs le vent brulant emporte au fond du desert. Et lui, 
perse aussi, a cause de son infidelite, aux quatre vents 
du ciel, est la debout, avec sa legislation de quatre mille 
ans a la main, pour redire a toutes les generations qu elle 
renferme veritablement les principes sociaux qui rendent 
les nations immortelles. 

Tous ceux done qui s occupent de science sociale ne 
doivent-ils pas 1 etudier avec le plus grand soin, Tappro- 

11 



162 

fondir avec toute la sagacite* que la Providence leur a 
donne e, s ils veulent arriver & la connaissance des vri- 
tables principes sur lesquels reposent la vie et la prospe- 
rite des nations ? 

Le sentiment de notre incapacity nous fait presque 
tomber la plume des mains, en face de ce monument ; oe- 
pendant, puisque nous avons commence I e tude de ces ques 
tions, nous la continuerons dans la mesure de nos faibles 
moyens. Nous aurons au moins le me rite de notre bonne 
volonte et le de sir d etre utile & nos bien-aime s compa- 
triotes, en tachant de mettre sous leurs yeux ce qui peut 
les faire prospdrer et grandir comme peuple. 

En leur signalant en meme temps les principes de mort 
que des esprits le gers et imprudents, ignorants ou me - 
chants, leur prcchent avec tant de zele depuis quelques 
annees, nous contribuerons peut-etre a leur faire eviter 
1 abime qui semble s ouvrir devant nous, dans lequel s en- 
gloutiront assure rnent nos destinies nationales, si nous 
n avons pas la sagesse, le bonheur de revenir a cette union 
entre nous, qui a fait la force de nos peres au temps du 
danger. 

Nous en sonimes arrive*, croyons-nous, & la partie la 
plus importante de notre travail, parce qu il nous faut ne*- 
cessairement aborder des questions d actualite et sur les- 
quelles, souvent, nous trouverons les esprits fortement 
divises. Cependant c est a nos cornpatriotes canadiens- 
franais que nous nous adressons. Tous, nous sommes 
catholiques ; c est la notre plus glorieux titre : tous, nous 
tenons a honneur de nous montrer enfants de voues et ob- 
issants de 1 Eglise. Or, c est 1 enseignement infaillible de 
cette Sainte Mere sur ces questions que nous allons nous 
efforcer d exposer le plus clairement qu il nous sera 
possible. 

Nous de clarons solennellement que nous n avons point 
d autre parti que celui de la verite ; et celui des partis 
politiques qui divisent inalheureusernent nos biens-airne s 
compatriotes, qui aura les principes les plus conformes a 
la v^ritd, aura aussi nos sympathies les plus de voue es. 
La laison qui nous fait agir ainsi, qui nous attache davan- 



163 

tage & cette ligne de conduite & mesure que nous avan- 
gons dans la vie, c est que la ou est la vdrite , la est aussi 
la vie, 1 est aussi la liberty. Pour nous, comme pour tout 
catholique, le criterium, la derniere Evidence de toute ve 
rite , c est I enseignement de 1 Eglise. Et la parole de 
1 Eglise arrive a nos oreilles par la bouche de nos pasteurs 
guides et conduits par Notre St.-Pere le Pape. 

Voila, croyons-nous, pour nous Canadiens-Frangais et 
catholiques avant tout, voila. le terrain coramun sur 
lequel nous pouvons nous rallier facilement. C est la que 
nous trouverons I unite dans les principes, la liberty dans 
les choses qui sont matieres d opinion, et cette charitd 
vraiment chrdtienne qui est, dans Tedifice social, ce ciment 
tenace qui en unit toutes les pierres de maniere 4 en faire 
un tout homogene assez fortement uni pour braver 1 effort 
de la teinpte et rdsister aux plus violentes secousses. 



LOIS PROVIDENTIELLES QUI REGLEXT LE SORT DES NATIONS. 

Notre intention n est pas de redire ici les hauts ensei- 
gnements que nous donnent la premiere et la seconde page 
de 1 histoire des Hdbreux. En ddfinissant le mot nation, 
nous avons eu occasion d en dire quelque chose, et mcjme 
de signaler un rapprochement assez frappant entre la 
famille du patriarche Abraham, choisie de Dieu pour de- 
venir la tige d un peuple nombreux et fidele, et les pre 
mieres families francaises amendes aussi providentielle- 
ment sur les bords du St.-Laurent. La terre fertile des 
coupables enfants de Canaan fut promise pour patrie aux 
descendants du pere des croyants, comme la riche vallde 
du grand fleuve est devenue notre Idgitime heritage, apres 
l extinction des races criminelles qui 1 habitaient. Grande 
et terrible legon qui se lit en tete des livres historiques de 
Mo ise, et que notre ori^ine nationale a repetde avec une 
fiddlitd remarquable. Yoici en quelques mots quelques- 
uns de ces enseignements : 

1 Dieu juge les nations criminelles, et quand elles ont 
mis le comble a la mesure, par Tabus de tous les moyens 



164 

de salut que sa misericorde leur avait menage s, il les 
frappe et les disperse aux quatre vents du ciel, suivant le 
langage sacre. Quelquefois me me, il fait disparaitre jus- 
qu aux derniers vestiges de leur existence nationale, et les 
fait rentrer dans 1 oubli du n^ant. 

2 II donne en heritage leur territoire it une race plus 
fidele qu il y appelle providentiellement, lui promettant 
d abondantes benedictions tant qu elle pers^vdrera dans le 
droit chemin, et lui laissant toujours devant les yeux, 
comme une menace salutaire, le sort de la nation prevari- 
catrice qui 1 a prdc^dee. 

3 C est done Dieu lui-meme qui Jissigne a chaque 
nation le territoire ou elle doit se developper ; en meme 
temps, il lui donne une mission sp^ciale qu elle doit ac- 
complir, avec tous les moyens ndcessaires pour atteindre 
cettefin. 

4 Obligation rigoureuse pour chaque peuple de bien 
comprendre sa mission, et de s efforcer constamment d y 
etre fidele. 

Tels sont quelques-uns des enseignements fondamen- 
taux que nous donnent les premiers faits de 1 histoire 
sainte et que nous avons de veloppe s un peu au long dans 
un des articles precedents. 

Vient ensuite I ^poque patriarcale de ce peuple. C est 
dans 1 Egypte que les enfants d Israel reoivent cette pre 
miere benediction promise a leurs peres Abraham, Isaac 
et Jacob. La Providence les avait conduits 1& pour les 
soustraire aux chatiments qu elle allait exercer dans sa 
misericorde centre les coupables habitants de la terre de 
Canaan, comme dernier moytn de conversion. La guerre, 
la peste, la famine ravagent tour-a-tour cette contrive 
infortunee; mais en vain. Comment ces fldaux auraient- 
ils corrige et convert! ces races endurcies que les vertus et 
la predication du p atriarche Abraham avaient trouvees 
insensible^, et dont 1 aveuglement n avait pu meme leur 
laisser entrevoir, a la lueur du feu vengeur qui consuma 
les villes infames de Sodome et de Gomorrhe, le sort epou- 
vantable qui leur etait reserve ? 



165 

Pendant que la main vengeresse de la justice divine 
flagellait les fils endurcis de Cham pour les abominations 
dont ils avaient souille, dans leur ingratitude, la terre de 
benediction que le Seigneur leur avait donne e en partage, 
Dieu dans sa bonte repandait ses plus abondantes benedic 
tions sur les descendants de son fidele serviteur Abraham, 
dans les fertiles plaines de 1 Egypte. Les soixante et dix 
personnes qui y etaient entrees avec le patriarche Jacob 
s etaient multiplies en peu d annees, au point d alarmer 
les fiers Pharaons eux-memes, assis sur leur trone, a la tete 
d une des grandes nations d alors. Etonnes d un accrois- 
sement de population aussi rapide parmi les Israelites, les 
Egyptiens craignirent de se voir bientot surpasses en nom- 
bre et comme noyes dans leur propre pays au milieu de 
ces etrangers. C est ainsi que Dieu prdparait dans sa 
sagesse la population priviiegiee a laquelle il avait promis 
la fertile contree qu arrosait le Jourdain. 

Deja les enfants de Jacob formaient une nation assez 
nombreuse pour que les sages Egyptiens crussent prudent 
de prendre les mesures, meme les plus atroces, pour en 
empecher le trop rapide accroissement. 

C etait le moment marque par le Seigneur pour rappe- 
ler ce peuple dans la terre qu il lui avait destined et lui 
donner 1 organisation sociale que nous nous proposons 
inaintenant d ^tudier. 



ARTICLE XXIV. 

ERREUR FONDAMENT ALE DU LIBERALISMS. BANNIR DIEU DE LA SOCIETE. 

L une des erreurs les plus graves du liberalisme mo- 
derne, dans 1 ordre social, est d avoir voulu deplacer la 
societe de la base sur laquelle elle repose necessairement, 
1 ordre religieux. En dehors du principe rcligieux, non- 
seulement il est impossible d ^difier aucune societe quel- 
conque, mais les societes meme les plus florissantes et les 
plus solidement etablies, doivent necessairement eprouver 
de profondes perturbations, de violentes convulsions, et 



166 

s e crouler bientot avec fracas, si on leur donne pour point 
d appui un autre terrain. De cette erreur fondamentale 
decoulent, comme de leur source, la plupart des autres 
erreurs sociales de la demagogic. 

Aussi est-ce la la premiere erreur que 1 immortel Pie 
IX signale & ses freres dans 1 episcopat et a tout 1 univers 
catholique, dans son admirable Encyclique duSde cembre 
1864. Voici comment ce Grand Pape s exprime : " Vous 
ne Tignorez pas, Ve ne rables Freres, il y a de nos jours 
bon nombre d hommes qui, appliquant & la socie te civile 
le principe impie et alsurde du naturalisme, comme ila 
1 oppellent, osent enseigner que la bonne administration 
de la societe publique et le progres social requierent que 
la socie te humaine soit constitute et gouverne e sans gard 
pour la religion et comme si elle n existait pas 

Or cette erreur fondamentale se formule dans le Ian- 
gage de plusieurs manieres, comme on peut s en con- 
vaiocre par la lecture des propositions condamne es dans 
la sixieme Section du Syllabus qui accompagne 1 Ency- 
clique, ou sont re sume es les erreurs sur la socie te civile 
conside re e en elle-meme*et dans ses rapports avec la reli 
gion. En voici quelques-unes : 

39eme erreur. La socie te civile dtant Forigine et la 
source de tous les droits, possede en elle-meme une auto- 
rite sans limites. 

40eme erreur. La doctrine de 1 Eglise catholique est 
contraire au bien et aux inte rSts de la socie te humaine. 

55eme erreur. L Eglise et 1 Etat doivent etre se pa- 
r^s, etc. 

Un journal liberal de ce pays formulait ainsi cette 
erreur fondamentale : " Nous maintenons que dans le 
domaine politique, le catholique est entierement libre de 
ses ddterminations et de ses actes. Le liberalisme rd- 
clame sapleine independance dans 1 ordre purement social 
et politique. " 

Combien de fois ne 1 avons-nous pas entendu d^biter, 
avec toute la chaleur d une conviction |inc&re, dans les 



167 

harangues de certains demagogues avides de popularity, 
cette doctrine anti-catholique et anti-sociale, ainsi for- 
mule e : u Uautoriti vient du peuple, et du peuple seul. 
C est le peuple qui est la source et le principe de Vauto- 
riU dans la societe, etc. " Comme si la Providence n avait 
rien a voir aux affaires de ce bas-monde, et qu elle en eut 
laissd le soin a une force aveugle et irresistible, dont les 
fins politiques auraient seuls le secret, avec pouvoir d en 
faire jouer tous les ressorts au gre de leurs caprices ou de 
leurs convoitises. 

Nous avons deja sign ale* cette erreur si grave, en par- 
lant de 1 origine de I autorite ; mais il n entrait pas dans 
notre plan de la rel uter specialement en cet endroit, et 
d en faire ressortir la faussetd et toutes les abominables 
consdquences par le te moignage de 1 histoire et de la rai- 
son, sachant que nous aurions occasion de le faire plus 
tard. A 1 amrmation anti-chre tienne des libdraux et des 
demagogues, nous nous sonirnes content^ d opposer 1 en- 
.seighement de la revelation, et de dire avec 1 Apotre et le 
Docteur des nations : " Que toute ame soit soumise aux 
puissances supe rieures, car il n y a point de puissances 
qui ne viennent de Dieu ; et toutes celles qui sont sur la 
terre sont ordonnees de Dieu. Celui done qui resiste aux 
puissances rdsiste a 1 ordre de Dieu ; et ceux qui rdsistent 
attirentsur eux la damnation. " Rom. 13, 1, 2, etc. 

Ce passage de 1 epitre de St.-Paul aux Remains prouve 
surabondamment qu il ne faut pas avoir la foi chre tienne 
pour dire et enseigner que 1 autorite ddcoule et vient du 
peuple, comme le fleuve de sa source, et pour nier impu- 
demment son origine divine. 

Mais il semble qu il ne suffit pas de faire voir que ces 
nouveaux docteurs sont en opposition avec les enseigne- 
ments divins directement reveles; il sera encore utile de 
faire voir qu ils ignorent ou qu ils mdprisent l enseigne- 
ment des siecles tel que consign^ dans 1 histoire, et sur,^ 
tout dans la premiere de toutes les histoires, celle du 
peuple de Dieu. 

La raison humaine, parlajit par la bouche de ses plus 
illustres repre sentants ne les condamne pas moins dnergi. 



168 

quement que Fhistoire et la revelation. C est ce que nous 
aliens commencer a faire voir aujourd hui. 

*** 

LE PREMIER ENSEIGNEMENT DES LIVRES SAINTS, EN NOUS MONTRANT 
L ACTION INCESSANTE DE LA PROVIDENCE DANS LA SOCIETE, REFUTE 
CETTE ERREUR. 

L un des premfers enseignements que nous donne 1 his- 
toire des Israelites, a I e poque de leur organisation sociale, 
c est cette action incessante de la Providence qui veille 
sur les peuples a. toutes les pe riodes de leur existence. 
Sont-ils coupables, nous avons deja vu comment elle les 
flagelle. Sont-ils fideles, la protection etonnante accorded 
au petit peuple juif, les prodiges ope re s en sa faveur, sont 
bien propres a consoler leurs populations afflige es, et & 
soutenir dans leurs dpreuves le courage des nations d elite 
auxquelles le Seigneur a confie quelque mission impor- 
tante dans les affaires humaines. 

Le Seigneur Dieu avait done conduit la famille du pa- 
triarche Jacob dans les fertiles plaines du pays de Gessen, 
au sud de la Basse-Egypte, pour les soustraire aux coups 
que sa mise ricorde allait laisser tomber sur les coupables 
et incorrigibles enfants de Chanaan. C etait le moyen de 
les faire entrer en eux-memes et de les sauver en les con- 
vertissant. Pendant que la guerre et la famine ravageaient 
tour-a-tour leur pays et de cimaient leur population, la 
race du fidele Abraham, semblable a une semence vigou- 
reuse d^posde dans une terre fertile, recevant en abon- 
dance la ros^e du matin et la chaleur vivifiante du jour, 
se d^veloppait rapidement et devenait un peuple deji 
nombreux. 

Dieu 1 avait plac^, pour la pe riode si delicate de 1 en- 
fance, sous la tutelle bienveillante des sages et pacifiques 
Egyptiens, qu il se plut a combler en consequence des 
plus abondantes benedictions. 

Mais a peine quatre cent trente ans s etaient-ils e coule s 
que les soixante et dix personnes entries en Egypte avec 
Jacob dtaient devenues un peuple de trois millions d ames 



169 

c est-&-dire la moiti de la population totale de ce P a y s - 
Les Pharaons d alors, oubliant les services de Joseph? et 
effraye s d un accroissement de population aussi rapide, 
changerent de role a 1 egard de ce peuple naissant. P e 
protecteurs bienveillants des enfants de Jacob qu il 3 
avaient 6tG j usque la, ils en devinrent d abord les maitres 
durs et impitoyables. Dans 1 espoir de ralentir le dve- 
loppement de leur population, ils les accablerent de tra- 
vaux et de mauvais traitements. C est a cette e poque 
qu ils leur firent construire ces digues immenses pour arre- 
ter les eaux du Nil, creuser ces vastes bassins et ces nom- 
breux canaux pour les distribuer de part et autre. Ils les 
forcerent aussi a batir des villes et a les entourer de hau- 
tes murailles, et enfin a eriger ces gigantesques pyraraides 
que les siecles n ont pu de truire, et dont les masses nor- 
mes font encore aujourd hui 1 ^tonnement de tous les 
voyageurs. 

Mais plus on opprimait ce peuple, plus il se multipliait 
et croissait. 

Outre s de d^pit et voyant que cette politique injuste 
et despotique ne leur r^ussissait point, les Pharaons ne 
reculerent point devant la persecution la plus re voltante 
et la plus atroce. Par une loi infame, ils commanderent 
de mettre a mort impitoyablement tous les petits enfants 
du sexe masculin au moment meme de leur naissance. 

C e tait la que les attendait la justice divine. Ce fut 
cette derniere iniquitd qui mit le comble a la mesure, et 
attira sur 1 Egypte les terribles chatiments qu elle avait 
si bien me rites. C dtait aussi 1 ^poque que le Seigneur 
avait marquee dans sa misericorde pour donner la vie so- 
ciale a son peuple, en le delivrant de cette cruelle capti- 
vit^, et le mettant en possession de la riche et fertile con- 
tr6e qu il avait promise a ses peres. -* 

Quatre faits importants de 1 histoire des Israelites sont 
surtout propres a jeter une grande lumiere sur le sujet qui 
nous occupe, et a nous faire voir avec la plus grande Evi 
dence que la base essentielle et ndcessaire de toute soci^t^ 
est Pordre religieux, et que la premiere pierre d assise a 
y placer est 1 origine divine de I autorite . 



170 

Le premier de ces faits, c est Election et la mission de 
Mo ise, le libdrateur d abord, puis le Idgislateur de ce 
peuple et le fondateur de toute son organisation sociale. 

Le second, c est I dlection de Josud, le premier de sea 
chefs connus sous le nom de Juges, et sa mission pour 
1 introduire dans la Palestine et lui en partager les terres. 

Le troisieme, c est I e lection de Saiil par le prophete 
Samuel, pour etre le premier roi de la nation. 

Enfin, le quatriemc fait que nous dtudierons, sera 
1 election de David a la royaute apres la reprobation et le 
rejet de Saiil, & cause de sa prevarication. 

Le Seigneur Dieu apparaissant a, Mo ise, lui dit : " J ai 
vu 1 affliction de mon peuple qui esten Egypte, j ai entendu 
ses cris au sujet de ceux qui 1 oppriment ; car je connais 
ses douleurs. Je suis done descendu pour les delivrer de 
la main des Egyptiens et pour les emmener de cette terre- 
la en une terre bonne et spacieuse, en une terre ou coulent 
le lait et le miel: au pays de Chanaan. Le cri des enfants 
d Israel est venu jusqu a. moi, et j ai vu 1 affliction dont 
les accablent les Egyptiens. 

" Maintenant done, viens, etje t enverrai a Pharaon 
afin que tu retires de 1 Egypte mon peuple, les enfants 
d Israel. 

" Va done, assemble les anciens d Israel, dis-leur : 
" Jehova, le Dieu de vos peres, m est apparu, disant : Je 
vous ai visites et j ai vu toutes les choses qui vous sont 
arrivdes en Egypte, et j ai dit : je vous retirerai de 1 afflic 
tion de Mizraim pour vous conduire en la terre des Clia- 
naneens, terre ou coule le lait et le miel, etc., etc." 

Ces passages qu on lit dans les deux premiers chapitres 
de 1 Exorde renferment un enseignernent bien clair et bien 
prdcieux. Us nous adcouvrent cette action incessante de la 
Providence sur les peuples aussi bien que sur les indi- 
vidus ; cette sagesse profonde, cette puissance irresistible 
qui voit toute chose d une extremite a 1 autre, et dispose 
en consequence tous les dvenements avec douceur d abord, 
pour ne pas detruire les oeuvres d un Dieu plein de misd- 
ricorde et d amour. 



171 

Us nous enseignent encore bien clairement que Fauto- 
rite dont les chefs des nations sont revetus vient de Dieu, 
et non pas du pcuple, comme 1 enseigne la demagogic. Ce 
n est pas au nom du peuple et comme un de ces tribuns 
turbulents et populaciers, que Mo ise va se presenter de- 
vant les anciens d Israel et ensuite devant le fier Pharaon ; 
mais c est au nom de Je hovtf. C est au nom du Dieu 
d Abraham, d Isaac et de Jacob, leurs peres, qu il dira aux 
Israelites : " Je suis revetu de l autorit ne cessaire pour me 
mettre a. votre tte et vous retirer de cette cruelle capti- 
vit ou vous ge^nisstz deja depuistrop longtemps. Je hova, 
qui m a revetu de cette autorite . m a donne en consequence 
la puissance necessaire pour briser le joug de fer que le 
fier tyran de 1 Egypte fait peser si lourdement sur vos 
tetes, et vous conduire dans cette terre de benedictions 
promise avec serment a vous et a votre proste rite ." 

Ce n est pas au nom du peuple que Mo ise ira se pre 
senter devant 1 orgueilleux Pharaon pour lui dire : " Ken- 
dez la libert^ a nos frdres, et laissez-les aller en paix dans 
la terre ou ont ve cu leurs peres." Mais c est au nom de 
Je hova qu il dira & ce potentat : " Laissez aller mon 
peuple en paix, afin qu apres avoir ofFert un sacrifice a son 
Dieu dans le de sert, il entre en possession de la terre qui 
lui appartient." 

Ainsi ce premier fait renverse done 1 erreur fondamentale 
que nous avons signaled au commencement de cet article, 
et nous montre que la veritable base de toute socidte est 
1 ordre divin et religieux ; que toute autorite a necessaire- 
ment sa source dans le ciel, et qu elle vient de Dieu, et de 
Dieu seul ; soit directement, comme dans le cas present, 
soit indirectement, et par le ministere d un homme, ou 
d une assemblee d hommea, ou d un dvenement quelconque, 
comme nous le verrons plus tard. 

Un autre enseignement bien digne d attention ressort 
encore des circonstances memes de la naissance et de I e du- 
cation de Mo ise. Elles nous font voir comment la Provi 
dence sait, par des moyens qui sont bien au-dessus de nos 
faibles provisions, faire servir a I accomplissement de ses 
desseins la malice menie des me chants, et preparer 1 homme 



172 

fidele & accomplir la haute mission qu elle se propose de 
lui confier. La loi cruelle de Pharaon, qui condamnait a. 
mort les in fortunes enfants des Hdbreux, conduisit dans 
son palais meme le futur liberateur de ce peuple, pour 
lui faire donner la une Education royale qui le preparait 
a marcher a sa tete et a lui donner la plus sage et la plus 
admirable de toutesles legislations. Le martyr St.-Etienne 
nous apprend que Mo ise, sauv4 des eaux par la fille de 
Pharaon et devenu son fils adoptlf, fut instruit dans toute 
la sagesse des Egyptians et qu il e*tait puissant par ses 
paroles et ses osuvres. D anciens auteurs lui rcndent le 
meme t^moignage, et racontent que les pretres de 1 Egypte 
appelerent Moise Hermes^ou 1 Interprets, le savant par 
excellence ; qu il fut le premier Sage. L historien Josephe 
parle d une guerre que Moise conduisit avec beaucoup de 
gloire, dans laquelle ayant dte mis a la tete de I arme e 
egyptienne, non-seulement il tailla en pieces I arme e des 
Ethiopians, mais il entra dans leur pays, prit plusieurs 
villes, assiegea la capitale nomme e Saba, ou il se condui 
sit avec tant de bravoure et de gene rosite , que ses enne- 
miSj comple tement battus, demanderent la paix et devin- 
rent ses amis. 

Ainsi done il ressort ^videmmerit de ces faits : 

Premierement, que la socie te repose essentiellement sur 
1 ordre religieux ; 

Deuxiemement, que 1 autorite , qui en est la piene an- 
gulaire, vient de Dieu ; 

Troisiemement, que les hommes qui doivent 1 exercer 
sont aussi pre pare s par sa Providence a ce haut ministere, 
et choisis par elle, soit directement, soit indirectement. 

Tels sont en peu de mots quelques-uns des hauts en- 
seignements que nous donnent 1 dlection et la mission de 
Moise. 

Le savant abbd Rohrbacher, apres avoir racontd ces 
faits dans son Histoire universelle de V Eglise catholique, 
fait a, ce propos une remarque qui est la pense e de tout 
cet article, et que voici : " Dieu ne voulait pas seulement 
introduire les Israelites dans la terre de promission ; il 



173 

voulait surtout en former un peuple, et un peuple tel 
qu il put durer jusqu a la fin du monde ; il voulait encore, 
a cette occasion, instruire tous les peuples." A nous done 
de 1 etudier consciencieusement, a nous de profiter des 
leons que nous donne son histoire. 



ARTICLE XXT. 

ACCORD DE L HISTOIRE PROFANE AVEC L HISTOIRE SAINTE SCR CE 
SUJET. TEMOIGNAGE DE L HISTOIRE ANCIENNE. 

Voici done, en resume , comment s exprime le savant 
que nous venons de nommer : 

" A 1 extremite de 1 orient apparait un empire immense, 
fonde Tun des premiers apres le deluge, et qui depuis a 
subsist^ sans interruption jusqu a nos jours ; cet empire, 
c est la Chine. Son caractere dominant est la veneration 
pour les ancetres. Dieu qui, des ce monde, recompense 
les nations de ce qu elles peuvent avoir de bon, a sans 
doute voulu recompense! la piete filiale de la nation 
chinoise, en la faisant vivre si longtemps sur la terre que 
la Providence lui a donnee. 

" Confucius y est revere comme le legislateur de 1 em- 
pire... Voici comment cet homme celebre par sa sagesse 
pose la base et le point d appui de toute sa legislation : 
Dieu, dit-il, entend les cris des peuples, et donne des 
ordres pour deposer les mauvais rois et en substituer 
d autres. Les lois sont les ordres du ciel meme, et toutes 
les fonctions publiques sont des commissions du ciel. Le 
juge charge de punir les crimes est en quelque sorte par 
ticipant de la puissance et de la justice de Dieu lui-mgme : 
en exergant le droit de vie et de mort, c est le legislateur 
supreme qui s associe a lui. Yous qui presidez au gou- 
vernement, s ecrie-t-il, vous qui etes preposes pour fairs 
executer les lois, n etes-vous pas a la place de Dieu pour 
etre les pasteurs des peuples ? Le Seigneur a pretendu, par 
la sanction des lois, secourir les peuples, et c est dans cette 
vue qu il s est associe des juges qui sont ses ministres, 



174 

" C est Dieu qui donne 1 empire a qui |il veut; o est 
lui qui change les dynasties, etc., etc." Ces maximes 
revieniient sans cesse dans son livre intitule Cliou-King. 

Comme on le voit, cette legislation, qui regit encore 
aujourd hui le plus ancien des empires et le plus nom- 
breux des peuples, ne pose pas moins clairement que celle 
du legislateur des Hebreux 1 ordre religieux comme 
extant la base n^cessaire et 1 appui indispensable de toute 
societ^ politique. II ne concoit pas que Ton puisse 
assigner a I autorite une autre origine que celle du ciel, 
et que les rois et les magistrats puissent se regarder autre- 
ment que comme les reprdaentants et les ministres de 
Dieu lui-meme pour le bien des peuples. 

En passant de la Chine au Japon, aux Indes et & tous 
les autres peuples de FAsie dont 1 origine remonte a pres 
de trois mille ans, on retrouve partout les memes prin- 
cipes et les memes traditions sur 1 origine de la socie te . 
Les fondateurs de tous ces empires et de tous ces royau- 
mes nous apparaissent en tete de leur histoire, ou comme 
des dieux memes, ou comme des hommes extraordinaires, 
envoye*s de Dieu pour fonder au nom de la divinite des 
gouvernemens propres a deTendre et prote ger les peuples 
centre la tyrannic, et pour leur donner des lois sages et 
justes, dont 1 observation doit assurer la paix, la prospe*- 
rite et le bonheur des nations, attendu que la premiere 
condition de toutes ces lois e tait leur conformity avec la 
loi e ternelle de Dieu. 

L histoire des Egvptiens et des autres peuples de 
1 Afrique nous donne absolument le meme enseignement. 
Partout on y pose comme chose indubitable, ct que per- 
sonne meme n a eu la pensee de rvoquer en doute, que 
le terrain religieux est le seul sur lequel puisse reposer 
1 ordre S03ial que toute legislation civile et politique est 
unc emanation de la loi divine, appliqude, par ceux que 
Dieu en a charge s, aux besoins et a la protection des 
peuples et des individus. 

II serait trop long et en meme temps superflu de multi 
plier les citations. Nous nous contenterons d ajouter au 
tdmoignage des Chinois et de leur legislateur Confucius, 



175 

oelui de deux peuples bien connus des libdraux et des 
demagogues : le tdinoignage des Grecs et des Remains. 
Voici comment s exprime sur ce sujet le savant abb6 
Rohrbacher : " Le premier peuple qui s offre a nous est 
une colonie asiatique, me lange e de quelques e migre s 
d Egypte : c est le peuple Grec. 

" De petites monarchies plus ou moins tempe re es 
d aristocratie et de dmocrarie, domine es surtout par le 
sentiment religieux, voila ce que nous presente le plus 
ancien monument de la Grece, les poesies d Homere. Les 
rois y sont appele s les Sieves et les ministres du Dieu 
supreme. C est lui qui les revet de puissance etde gloire, 
c est de lui qu ils tiennent le sceptre et les lois. Les 
affaires courantes, ils les decident seuls ; pour celles qui 
sont un peu graves, ils consultent les chefs. Dans les 
occasions les plus importantes, ils assemblent toute 1 ar- 
mde, tout le peuple ; on consulte publiquement tous les 
interpretes de la divinite ; leur reponse ddcide de la 
guerre et de la paix... L intervention de la divinite , la 
foi aux oracles, voila 1 esprit dominant. Les lois tiraient 
de la leur principale force. Minos s enferme dans 1 antre 
de Jupiter (que ce peuple regardait comme le dieu supre 
me) pour rendre sacre es aux Cre tois les lois qu il leur 
prepare. Lycurgue, dans une occasion seinblable, s adresse 
a 1 oracle de Delphes. Or Delphes e tait, pour la Grece, 
non-seulement le centre de la terre, mais encore un centre 
de la religion et du gouvernement." Voila pour la Grece, 
voyons maintenant pour Rome. 

Parmi les auteurs qui nous parlent de ces epoques recu- 
lees, les plus anciens ecrivirent au temps de Ce sar etd Au- 
guste, d autres encore plus tard. Leurs ecrits sont souvent 
divers, mais tous s accordent a nous representer le gouver 
nement primitif de Rome subordonne a la religion et au 
pouvoir spirituel des pontifes. 

Denys d Halicarnasse, dans ses Antiquites romaines, 
fait dire a Romulus (le fondateur de Rome), que quand 
il fut elu roi, il e"tait bien flatt^ d avoir 6t6 juge digne 
de la royaute par les hommes, mais qu il n acc^pterait cet 
honneur qu autant que la divinite 1 y autoriserait par des 



176 

auspices favorables. En ayant eu, il assembla le peuple, 
lui fit connaitre les signes divins, et aussitot il fut proclame 
roi. Des lors il passa en coutume que nul ne montdt sur 
le trone, ni n entrat dans les charges, si la divinite ne 1 y 
autorisait par ses oracles." 

Ce qu on vient de voir des Grecs et des Remains, doit 
aussi se dire des Gaulois, des Germains et des Bretons, 
qui composent le fond de la population europe enne. 

" Voila done, continue le meme savant, voil& done non 
pas quelques individus isoles, mais toutes les nations de 
1 antique univers, depuis les extre mite s de 1 Orient jusqu st 
la froide Cale donie Cbinois, Japonais, Indiens, He breux, 
Egyptiens, Grecs, Remains, Gaulois, Germains, Bretons, 
proclamant de concert, comme la premiere des lois, comme 
la base de la societe humaine, que Dieu seul a le droit de 
commander & 1 homme, et que par consequent ce qu il y 
a d humain est de droit subordonne a ce qu il y a de 
divin, TEtat a la Religion. Voila ce que ces peuples 
croyaient, voila ce qu ils professaient, non pas dans leur 
decadence, mais dans la vigueur de leur jeunesse. C est 
avec ces idees et ces gouvernernents th^ocratiques qu ils 
ont execute , soit en fait d armes, soit en fait d arts, des 
prodiges dont le souvenir ou les debris nous e tonnent 
encore." 

" C est done un fait incontestable que toute 1 antiquite 
a subordonnd le temporel au spirituel, le civil au reli- 
gieux." 



T^MOIGNAGE DE L HISTOIRH MODERXE. 

L histoire des nations chrdtiennes est encore bien plus 
formelle sur ce sujet. Des les premiers siecles du christia- 
nisme, on aperoit de suite Tinfluence que la doctrine 
catholique exerait sur les souverains. 

Qu il nous suffise de citer un seul fait pour prouver 
combien cette doctrine de 1 origine celeste du pouvoir et 
de la subordination de 1 ordre politique al ordre religieux, 



177 

exergait une influence salutaire meme sur les potentats les 
plus absolus. C est le fait de Thdodose-le-Grand soumis a 
une penitence publique pour avoir agi avec trop de sevd- 
rite a I ^gard des infortune s habitants de Thessalonique. 
Punir des sujets revoltes, qui s etaient laisses emporter 
aux plus graves exc&s contre.l autorite souveraine, e*tait 
certaincment un acte politique tres-sage, mais encore 
fallait-il que cet acte, tout juste qu il dtait, fut conforme 
aux regies de I e quite , et que le chatirnent fut proporti- 
onne a la faute. Point du tout, 1 Empereur, irrite de 
la conduite indigne de Thessaloniciens, se donne bien 
garde de consulter le grand e"veque de Milan, St.-Am- 
broise, qui e tait 1 ame de ses conseils. Cedant a 1 em- 
portement de la colere, il donne de suite les ordres les 
plus seVeres et fait massacrer la plupart de ces infortune s. 
Le saint e veque, tout afflige de cette cruaute, voulut faire 
comprendre a ce potentat que la puissance souveraine n est 
pas donne e pour servir la passion et I emportement de 
Fhomme, mais bien plutot pour imiter la bonte et la 
mis^ricorde du Hoi des rois ; en consequence il lui infligea 
publiquement une penitence salutaire, propre a re parer sa 
faute et devant Dieu et devant les homines. La grandeur 
d ame que cet illustre empereur montra en s y soumettant 
humblement est sans doute son plus beau titre de gloire 
aux yeux de 1 univers j comme Test pour St.-Ambroise 
sa fermete in^branlable dans 1 accomplissement de son 
devoir d eveque. 

En se rappelant que cet empereur etait le successeur 
des Tibere et des Neron, et que St.-Ambroise 6tait 1 un 
des pretres de ces pauvres Chretiens que Ton envoyait a 
la mort pour amuser le peuple et honorer les dieux, on 
comprendra facilement quel changement profond la doc 
trine catholique avait produit dans les ides de ce meme 
peuple sur la nature et les devoirs du pouvoir civil. 

Tout le monde sait que la loi commune et fondamen- 
tale des nations chre tiennes etait la reconnaissance de la 
religion catholique comme religion de 1 Etat, et que tout 
Souverain et tout gouvernement, en prenant le pouvoir en 
main, prenait aussi Tengagement solennel de se confor- 

12 



178 

mcr, dans toute sa legislation et les actes de son adminis 
tration, a la doctrine ct aux enseignements de 1 Eglise. 
Dela chez ces peuples, et notaniment chez lea deux puis- 
santes nations avec lesquelles nous sommes le plus direc- 
tement en rapport, la premiere par notre origine, la se- 
conde par notre existence politique ; de la le role important 
que le corps episcopal a toujours exerce dans les conseils 
nationaux. Dans les (Stats ge ne raux, qui ne se runis-- 
saient que dans les circonstances ou il s agissait des intd- 
rets majeurs de la nation, le clerge n etait-il pas regards 
comme un des grands corps de 1 Etat? 

Encore aujourd hui, malgre les changements profonds 
que la reTorme religieuse a amends dans le gouvernement 
de la protestante Angleterre, cette nation, si sage d ail- 
leurs, n a-t-elle pas senti la neeessite de conserver au 
moins la forme exterieure de son ancien gouvernement 
catholique, en admettant, contraireuient auprincipe meme 
du protestantisme, 1 ordre religieux comme base de 1 or- 
dre social, et en proclament aussi la neeessite d une reli 
gion d Etat ? Ne voyons-nous pas sieger aux conseils de 
la nation, parmi les grands corps de 1 Etat, la chambre des 
Lords spirituels ? 

En France, les boulversements de la revolution ont sans 
doute amene une alteration plus profonde des rapports de 
1 Eglise et de 1 Etat. Car c est la surtout que pendant 
pres d un siecle les sophistes impies, arme s de la puis 
sance du gdnie et des prestiges du talent, ont travaille 
avec une ardeur incrojable t ddmolir dans les ames tout 
edifice religieux, et a dessdcher dans les coeurs la sernence 
vivifiante de la vertu. La perfection iddale de la societe 
liumaine, telle que sortie de ces cerveaux en delire, c etait 
un peuple sans autels, un gouvernement sans Dieu. De h\ 
1 idde fondamentale du contrat social. 

Dieu, pour donner une grande leon aux rois et aux 
peuples, autant que pour chillier la nation et le gouverne 
ment qui avait souffert tranquillement un pareil scandale, 
pormit, dans sa sagesse et sa justice, que la seduction al- 
lat jusqu au point d en venir a r^aliser serieusement 1 uto- 
pie absurde et impie d une socidte sans religion et sans 



179 

Dieu.* Quel en fut le re*sultat ? Kegardez au temple ces 
hommes qui ne veulent point de Dieu, prdsentant 
& 1 adoration de la nation tres-chrdtienne la ddesse rai- 
son, incarnde dans une femme prostitude. Voila la 
divinit^ qui a pris sur 1 autel la place du Dieu trois 
fois saint. Les grands pretres de cette nouvelle divi- 
nitd sont les demagogues affublds du manteau de pbi- 
losophes. Regardez au forum et sur la place publique ; la 
tete ensanglantde d un roi juste et bon tombde Idgalement 
sous un fer meurtrier ; le sang innocent des pretres et du 
peuple, coulant a grands flots sous le couteau de la guillo 
tine, vous redisent, avec une dpouvantable dnergie, le 
bonheur rdservd aux nations qui tenteront d asseoir 1 or- 
dre social sur la force brutale, et qui croiront pouvoir 
remplacer avec avantage 1 autel par 1 dchafaud, le prtre 
par le bourreau, et la divinitd par la mort et le ndant.... 

Les tyrans eux-memes qui en etaient venus ^ cet exces 
de desire, e pouvantes des consequences de leurs principes, 
s empressent de de cre ter 1 existence de TEtre Supreme. 
Et le Pontife qui se donne la mission de proclamer ce 
dogme s appelle Robespierre ! 

C en e"tait fait de la nation qui se glorifie ^, juste titre 
du nom de fille-aine e de 1 Eglise, si Dieu, dans sa mise ri- 
corde, n eut eu pitid d elle et ne lui eut suscitd un libdra- 
teur. Du milieu de son immense population de trente-six 
millions d ames surgit un homme inconnu et a peine fran- 
cais. La Providence 1 a arme de la puissance du gdnie 
militaire, elle lui a donnd la vaste intelligence de I homme 
d dtat. A 1 heure marqude, elle lui dit : Va ! ! La vic- 
toire marche devant lui, 1 ordre renait sous ses pas. Son 
premier soin, en saisissant le sceptre, est de remettre la 
societd sur sa veritable base, 1 ordre religieux. II declare 
solennellement qu il est impossible de gouverner un peu 
ple sans le secours de la religion. En consdquence, il fait 
purifier par les pretres les temples souillds et profanes ; 
il releve les autels renversds, rend au culte divin son dclat 
et ses pompes, et rdtablit les solennitds religieuses. 

La nation, ddlivrde du joug de fer qui 1 avait opprimde 
si cruellement, et revenant a, elle comme au sortir d une 



180 

ivresse profonde, est epouvantde des exces auxcpels la 
demagogic Pa pousse e. L homme de gdnie qui vient de 
la ddlivrer lui apparait comme Penvoye de Dieu, elle s em- 
presse de le proclamer son chef et de sesoumettre aunou- 
vel ordre de chose qu il a etabli. 

La main venerable do la religion vient sanctionner cette 
oeuvre, en imprimant au front du nouvel elu le caractere 
et 1 onction sainte. A cc signe sacre* les populations res- 
pectueuses et soumises reconnaissent dans leur souverain 
le ministre de Dieu armd de Pepdo pour la protection 
des bons et la repression des mechants. 

Heureux si cet homrne providentiel n eut pas, at son 
tour, flechi le genou devant 1 idole de la gloire, et cede 
aux entrainements de Pambition ! Heureux s il n eut pas 
prdvariqud, comme autrefois Saul, en voulant porter la 
main a 1 encensoir, et soumettre le Pape, qui Pavait bdni 
avec tant de bonte, aux exigences injustes d une volontf 
despotique. Peut-etre, helas ! ne serait-il pas alle mourir 
tristement sur un rocher solitaire, perdu dans Piminensite 
de Pocean ! ! 

Toujours est-il que ce fait gigantesque de la revolution 
frangaise, qui touche a 1 histoire contemporaine, proclame 
avec une bien terrible eloquence les fatales consequences 
de Perreur condamnde par le grandj Pape Pie IX, d une 
societd constitute en dehors du principe religieux. 

Si le gouvernement de la France n est pas redevenu 
aussi completement catholique qu au temps des rois tres- 
chretiens, son souverain s intitule encore : " Empereur 
des Franyais par la grace de Dieu, etc." La religion a ses 
representants dans la personne des archeveques et des 
eveques qui sidgent au sen at en leur qualite de princes 
de PEglise. Par leur concours a toutes les deliberations 
qui se font dans les conseils de la nation, ils contribuent 
a maintenir " entre le Sacerdoce et PEmpire cette union, 
cette harmonic de vues reciproques, toujours, toujours si 
feconde en effets salutaires pour la societd religieuse et la 
gociete civile." C est ce que le liberalisme et la dema- 
gogie ddtestent et cherchent a ddtruire, ainsi que nous 



181 

le dit le St.-Pere dans 1 Encyclique du 8 de cembre 
1864. 

Done 1 histoire profane aussi bien que 1 histoire sainte, 
1 histoire ancienne aussi bien que 1 histoire moderne et 
contemporaine, le genre huiuain tout entier se leve comme 
Tin seul homme et prodame bien solennellement que la 
base essentielle de toute society, que 1 appui ne cessaire de 
tout pouvoir, O EST L ORDRE RELIGIEUX. 

" Non est enim potestas nisi a Deo : Car tout po avoir, 
toute autoritd, toute puissance vient dfe Dieu." 



ARTICLE XXVI. 

LA VERITABLE PH1LOSOPHIE EST D AC CORD AVEC L HISTOIRE ET LA 
REVELATION SUB LA SOURCE DU POUVOIR ET L ORIGINE DE L AU- 
TORITE. TEMOIGNAGES DES PLUS CELEBRES PHILOSOPHES. 

Apres avoir interroge la re ve lation et 1 histoire, nous 
aliens prdsentement nous adresser a, la philffeophie et lui 
demander de vouloir bien nous dire, a son tour, ce qu elle 
pense de 1 origine de 1 autorite et de la base essentielle de 
toute societe. Elle va nous repondre par ses plus 
illustres represeutants, cos homines de geiiie qui, par 
leurs judicieuses observations des faits de 1 histoire et 
leurs patientes investigations des lois qui regissent 1 ordre 
social, ont r^elleuient merite 1 admiration des hommes et 
le titre de philosophes, ou amis de la sagesse, qui leur a 
^td d^cerne. Nous ne craindrons pas meme d invoquer 
le te moignage de deux hommes que les liberaux les plus 
avance s ne sauraient r^cuser. C est le te moignage du 
sophiste Jean-Jacques Rousseau lui-meme, et celui de 
1 impie Voltaire. Oes deux hommes, qui ont fait un abus 
si etrange des rares qualites que la Providence leur avait 
departies, ont rendu un te moignage bien e"clatant a la 
verite que nous exposons, quand la haine epouvan table 
qu ils portaient a la religion et a tout ce qui se rattache & 
Dieu leur laissait quelques moments fle repit, et permet- 
tait a la lumiere de leur raison de se faire jour & tra- 



182 

vers le image e*pais dont la corruption de leur coeur et la 
perversion de leur esprit avaient enveloppe leur intelli 
gence. 

Trois des plus beaux ge nies de 1 antiquit^, Confucius 
chez Ics Chinois, Platon chez les Grecs et Cicdron chez 
les Remains, Ont recherche avec soin, & des dpoques et 
dans des pays bien differents, ce que devait etre un gou 
vernement, une societe, pour atteindre la perfection ; et, 
chose extremement remarquable, 1 iddal le plus parfait 
d une socidte politique, tel que ces grands genies avaient 
pu le concevoir, c*est ce que nous voyons rdalise dans la 
legislation mosaique, et surtout dans le christianisme. 

Confucius vivait environ six cents ans avant la nais- 
sance de Jesus-Christ. Dans notre dernier article, nous 
avons expose* ses principes sur la base d un bon gouverne- 
ment. Or cet homme avait entrevu, a la seule lumiere 
de la raison, qu il dtait completement impossible d asseoir 
la socie te et 1 autoritd d un gouvernement quelconque sur 
un autre terrain que le terrain religieux ; que la religion 
dtait ndcessairement la base et le point d appui de 1 ordre 
social. 

II pose done en tete de ses ouvrages philosophiques 
qu il extste un Supreme Seigneur, souverainement intelli 
gent, dans le creur duquel tout est marque* distinctement, 
qui pardonne au repentir et qui se laisse flechir a la 
priere et qui entend les cris des peuples. Le Trone est 
le sidge metne de ce Seigneur Supreme, et c est lui qui 
donno les regies de gouvernement, et les lois sont les 
ordres memes du ciel. C est lui qui conserve tous les 
royaumes dans les quatre parties du monde. On trouve 
un passage bien remarquable, surtout dans la doctrine de 
Confucius, c est 1 attente du Saint qui doit venir porter la 
loi a sa perfection et etendre son regne dans tout 1 uni- 
vers. II disait que le Saint envoy^ du ciel saurait toutes 
choses, et qu il aurait tout pouvoir et dans le ciel et sur 
la terre. 

Ne croirait-on pas entendre un prophete en lisant ces 
paroles ? 

Uu sidcle plus tard, commen^ait 4 fleurir, en Gr^oe, le 



183 

plus eloquent des disciples de Socrate, le sage Platon. 
Voici comment il expose les principes fondamentaux de 
la socidte politique et des lois civile?, dans les traites qu il 
ecrivit sur ces sujets : 

" Ce n est pas un homme, mais Dieu qui peut fonder 
une legislation. En consequence, 1 ordre que le legisla- 
teur humain doit suivre et qu il doit prescrire a tous, c est 
de subordonner les choses humaines aux choses divines, 
et les choses divines a ^Intelligence souveraine. Jamais 
homme n a fait proprement de lois : c est Dieu qui, en 
gouvernant tout Funivers, gouverne en particulier toutes 
les choses humaines par sa Providence. Prions Dieu, 
dit-il, pour la constitution de notre cite, afin qu il nous 
ecoute, nous exauce et vienne a notre secours, pour dis 
penser par nous son gouvernement et ses lois." 

Si le sage de la Chine parle comme un prophete, le 
langage du philosophe grec no ressemble-t-il pas & celui 
d un chretien ? 

Ecoutons maintenant le grand orateur remain. Dans 
son Licre des lois, Ciceron dit : " Pour etablir le droit, il 
faut remonter a cette loi souveraine qui est nee de tous 
les siecles avant qu aucune loi cut ete ecrite, ni aucune 
ville fondee. Pour y parvenir, il faut croire avant tout 
que la nature entiere est gouvernde par la Providence, que 
1 homme a dte cree par le Dieu Supreme, et que, par la 

raison, il est en societd avec Dieu Je vois que 

c etait le sentiment des sages que la loi n est point une 
invention de 1 esprit de 1 homme, ni une ordonnance des 
peuples, mais quelque chose d eternel qui regit tout Funi 
vers par des commandements et des defenses pleins de 
sagesse. 

" Des notre enfance, dit-ilj on nous accoutuma a 

nommer lois les ordonnances des hommes ; mais, en par- 
lant de la sorte, nous devons toujours nous rappeler que 
les commandements et les defenses des p tuples n ont point 
la force d obliger a la vertu et de detourner du peche. 
Cette force est non-seulement plus ancienne que toutes 
les nations et les cites, elle est du meme age que ce Dieu 
qui soutient et rdgit le ciel et la terre... C est pour- 



184 

quoi la loi veritable et souveraine a laquelle il appartient 
d ordonner et de defendre, est la droite raison du Dieu 
supreme... Ou. cette loi est m^connue, violde par la 
tyrannic d un seul, de plusieurs ou de la multitude, non- 
seulement la socidte politique est vicieuse, il n y a plus 
merae de society. Cela est encore plus vrai d une demo 
cratic que de tout autre gouvernement." 

Voila comment la raison humaine, dans la personne de 
ses plus illustres repr&sentants, s exprime sur 1 origine de 
la socie^ et la source de Pautorite . En se rappelant que 
ces hommes de genie, vraiment dignes du nom de philo- 
soplies, vivaient avant la promulgation de 1 Evangile, et 
en dehors des verite s re ve lees, on est e tonne de la force 
et de la clartd avec lesquelles ils s expriment sur cette 
question importante, et partout combattue avec tant 
d opiniatrete et d aveuglement par 1 ecole du lib^ralisme 
moderne. N est-il pas Evident que c est la une de ces 
verite s primordiales dont ia connaissance, indispensable a. 
1 existence meme de la socie td, a e^e gravee en caracteres 
inde le biles au fond de 1 intelligence humaine ? 

Plutarque trouvait cette verite d une telle Evidence, 
qu il ne craignait pas de dire " qu on batirait plutot 
une ville dans les airs que de constituer un Etat sans la 
croyance des Dieux." 

" C est done un fait incontestable, conclut le savant liis- 
torien de 1 Eglise, que toute I antiquite a subordonn^ le 
temporel au spirituel, le civil au religieux. Non-seu- 
ment cela etait, mais les philosophes les plus celebres de 
cette rnSme antiquit^, Confucius, Platon, Cic^ron, soute- 
naient que cela devait tre sous peine d une damnation 
irremediable." 

En fin, les deux hommes qui ont le plus contribud au 
travail gigantesque et aux bouleversements de la Evolu 
tion, Voltaire et J.-J. Rousseau, n ont pu s empecher de 
reconnaitre cette ve rite . Dans les moments de calme que 
la haine de la religion et 1 aveuglement de 1 orgueil 
leur laissaient, Us en ont fait les aveux les plus eloquents, 
et lui ont rendu les temoignages les plus forts. Qu il 
nous suffise de citer les paroles suivantes : " Jamais Etat 



185 

ne fut fonde , dit Jean-Jacques Ronsseau, sans que la 
religion ne lui servit de base." Et Voltaire dit que 
" partout ou il y aura une socie td etablie, la religion est 
ne cessaire." 

Voila comment la philosophic s unit & 1 histoire et vient 
confirmer ce que nous a enseigne la revelation sur 1 ori- 
gine de I autorite et le terrain sur lequel repose ne cessai- 
rement 1 ordre social. Comme nous le voyons, elle ne ren- 
verse pas moins dnergiquement la doctrine liberale des 
demagogues, d une socie te constitute en dehors du prin- 



cipe religieux. 



*** 



UN ACTE RELIGIEUX. LE SERMENT EST L*AME DE LA SOCIElfc. 

Mais c est surtout en e tudiant les points de contact de 
la socie te civile avec la religion que cette ve rite devient 
e vidente. Qu il nous suffise, pour nous en convaincre, de 
jeter un coup d oeil rapide sur un seul point : c est le fait 
extremement remarquable du serment, qui doit ne cessaire- 
ment intervenir dans tous les pactes divins et humains 
pour les rendre obligatoires et efficaces. 

Or le serment est, de sa nature et avant tout, un acte 
religieux.- Pour qui ne connait pas Dieu, il n y a pas de 
serment possible. Car comment un tel homme pourrait-il 
invoquer comme temoin de la verite qu il affirme, ou 
comme garant de la sincerite de ce qu il promet, et cau 
tion de sa fidelity a tenir ses engagements, le Dieu de 
toute verite , vengeur inexorable du parjure, lorsqu il ne 
croit pas meme a 1 existence de cet Etre Supreme ? Mais 
lorsque la religion aura appris & cet homme a connaitre 
Dieu, sa puissance et sa justice, lorsqu elle lui aura ensei 
gne que son reil sonde les reins et les coeurs, qu il lit ce 
qu il y a de plus secret dans le fond de Fame humaine, et 
qu il punit des plus terribles supplices ceux qui invo- 
quent son saint Nom pour affirmer le mensonge ou degui- 
ser la since rite de leurs sentiments, alors, elle nous 
fournit un levier puissant, qui a son point d appui sur ce 
qu il y a de plus inviolable dans Fhomme, la conscience. 



186 

Etudions un instant la socidtd dans ses rapports avec 
le serment. 

Une agglomeration d hommes se trouvent providen- 
tiellement jets a cot<5 les uns des autres ; les rapports 
continuels qu ils ont entre eux leur font vivement sentir 
le besoin d une organisation sociale ; ou bien une revolu 
tion violente a renverse le gouvernemerit qui les protd- 
geait, et brise les liens sociaux qui les unissaient pour 
leur utility commune ; les maux dpouvantables qui en sont 
la consequence immediate et ndcessaire les forcent nialgre 
eux a retaire ce qu un entralnement aveugle leur avait 
fait renverser. On s empresse de rddiger une constitu 
tion, qui sera la base des rapports de la nouvelle socie te 
qu ils veulent former. Mais cette constitution, une fois 
ecrite, expliquds a. tout le psuple assemble, a-t-elle par 
eile-meme la force de rdtablir 1 ordre et de reformer la 
socie te ? Pas du tout ; elle n est la qu une lettre niorte, 
impuissante par ellc-meme. Que feront ses auteurs, pour 
donner la vie a. cette lettre morte ? 11s s adresseront a la 
religion, et lui demanderont un instrument plus puissant 
que le ge*nie servi memo par les chemins de fer et les 
canons rayds. Et la religion leur donnera le serment. Ce 
sera le souffle puissant qui donnera la vie a leur socie te , 
en liant toutes les consciences au maintien et a 1 observa- 
tion fidele du pacte fondament.il. 

Jamais socie te n a pu se former, et de fait, jamais 
socie te ne s est forme e, ni dans aucun temps, ni dans 
aucun lieu, sans qu elle n ait puise son principe de vie 
dans le serment que ses membres ont prete solennelle- 
ment ou au moins implicitement d etre fideles a sa con 
stitution. 

C est la loi a laquelle Dieu lui-meme a bien voulu se 
soumettre en donnant a son peuple I organisation sociale. 

Mo ise ayant reu de Dieu le sommaire de la legislation 
qui devait rdgir les enfants d Israel, descendit de la 
montagne, et la leur proposa. Tout le peuple rdpondit : 
" Toutes les paroles que 1 Eternel a dites, nous les ferons 
et nous lui obdirons." Alors, prenant le sang qui e tait 
dans les coupes, il le rdpandit sur le peuple et dit : " Voici 



187 

le sang de Talliance que 1 Eternel a faite avec vous sur 
toutes ces paroles." 

Peut-il y avoir rien de plus solennel que cet engage 
ment et ce serment de fideiitd & la constitution qui leur 
dtait donne e ? 

Non-seulement le serment est le point d appui sur 
lequel repose la socie te , mais il est encore le principe de 
vie qui relie tous les membres du corps social, et leur 
communique, jusque dans leurs extrdmites les plus eloi- 
gne es, la -vigueur t 1 activitd dont ils ont besoin pour 
fonctionner convenablement. Sans le serment, pas d admi- 
nistration, pas de gouvernement possible ! 

Prenons un fait tout-a-fait & la porte e de nos lecteurs, 
parce qu il se renouvelle asscz fre quemment en ce pays. 
Un ministere vicnt d etre renverse. II s agit d en cr<3er 
un nouveau pour le rem placer. Le gouverneur a fait 
choix de tout le personnel, chaque membre de la nouvelle 
administration a accept^ le poste qui lui a dte assign^, la 
gazette officielle s empresse, dans un extra, d annoncer au 
pays inquiet cctte heureuse nouvelle. Voila done le nou 
veau gouvernement au grand complet ; il ne lui manque 

plus rien rien que la vie, II est precise ment oil 

en dtait le corps d Adani au sortir des mains de son 
Cre ateur. II avait des yeux pour voir, des oreilles pour 
entendre, des mains pour agir; en un mot, c e tait un 

corps parfait, il ne lui manquait plus rien rien 

que la vie. Car avec ses yeux, ses oreilles, ses mains, etc., 
il ne pouvait ni voir, ni entendre, ni agir. Tel est pre cise - 
ment le ministere et tout gouvernement qui vient d etre 
forme avant la prestation du serment d office. Le souffle 
divin donna la vie et le mouvement au corps de ja parfai- 
tement forme du premier homme. C est a la meme 
source que tout gouvernement, une fois forme , ira cher- 
cher le principe de vie qui lui donnera 1 activite et le 
mouvement. Le nom tout-puissant de Dieu invoque par 
le serment produira sur ce corps moral le meme effet que 
le souffle divin sur le corps inanimd d Adam. 

Ce que Ton dit de la tte de radministration gouverne- 
mentale, il faut le dire de tous sea menbres. Voyons, par 



188 

exemple, le de partement de la justice. Quand Fhomme | 
qui a e*te* invest! des pouvoirs necessaires pour de*finir le 
veritable sens des lois et en faire 1 applioation, quand cet 
hoinme, investi d un pouvoir si grand, pourra-t-il commen- 
cer a 1 exercer ? Tant que le serment d office ne sera pas 
venu viyifier ce pouvoir, n est-il pas vrai qull demeurera 
comme sans vie dans les mains du juge ? 

Mais un juge verra venir devant lui un criminel qui a 
trempe ses mains dans le sang innocent. Ce meur trier 
s est enveloppe* du voile des tdnebres ; il a taclid d enseve- 
lir son crime dans 1 oubli et le silence, en le de*robant a, 
tout ceil humain. Un temoin qu il ne soupgonnait pas a 
tout vu. Et ce temoin, qui va lui arracher le secret qu il 
a peut-etre inte ret & cacher ? Qui va assurer la socidte* 
que. dans une question ou il s agit de la vie ou de la mort 
de Fun de ses membres, ce temoin dira la ve rite , toute la 
verit^, rien que la ve rite ? Encore le serment. Et le ser 
ment seul est I instrument assez puissant pour descendre 
au fond de cette conscience et la forcer de produire a la 
lumiere le secret que la prison et les tourments ne pour- 
ront lui arracher. 

C est un fait que personne n osera rdvoquer en doute: 
sans le serment, 1 administration de la justice est impossi 
ble. 

Et 1 homme de la force armee, qui lui donnera cette 
puissance merveilleuse de faire mouvoir a son commande- 
rnent des milliers de canons, des centaines de mille cara 
bines ? N est-ce pas encore le serment, par lequel chaque 
officier, chaque soldat en s enrolant s est oblige* d obe ir a 
son general jusqu a la mort ? Oui, le serment est plus fort 
que la mort elle-meme. Quand ces terribles paroles se font 
entendre : " En avant, marchons ! ! " des milliers d horn- 
mes, entraine s par la puissance de leur serment, se preci- 
pitent au pas de course contre une haie he risse e de bayon- 
nettes fl amboyantes et meurtrieres ; en vain les batteries 
de canons vomissent en mugissant le fer et la mort, rien 
ne peut les arrter. A-t-on jamais vu un ge ne ral assez in- 
sense* pour essayer de prendre le commandant d une ar- 
me e dont il ne se sera pas assure* 1 obe issance et la fide lite 



189 

par la foi du sermeitt ? Ce general lui-meme, en recevant 
de son gouvernemcnt I e pe e et le droit de commander, n a- 
t-il pas jure fide lite et obdissance a son pays dans la per- 
gonne de son Souverain ? 

Les socie te s secretes elles-memes rendent hommage a 
cette v^rite. Malgre la haine profonde qu elles portent a 
Fautel et au trone, elles sont force es de s incliner devant 
cette loi de la nature et de s y soumettre. Leur but prin 
cipal est de renverser 1 ordre religieux et de detruire le 
christianisnie, afin de prendre sans controle la direction de 
1 esprit humain. Pour atteindre ce but, la force sociale leur 
est ne cessaire. Les chefs impies de ces societes savent que 
cette force se trouve dans 1 ame, et que le seul instrument 
capable de le mettre en activite, c est 1 intervention du 
Saint Norn de Dieu. 

De let les sermens dpouvantables et les imprecations 
qu ils font prononcer a tous leurs adeptes en seles affiliant 
avec un ceremonial que 1 enfer seul a pu leur inspirer. 
Ainsi ces ennemis de Dieu et de ses saints ne craignent 
pas d aller chercher dans le ciel meme le principe de vie 
qui va animer la socicte qu ils ont formee pour combattre 
le Seigneur et son Christ ! ! 

Voici en peu de mots le resume de notrs pens^e 
sur cette grave question du soutien de 1 ordre social 
et de 1 origine du pouvoir. La religion est a 1 Etat ce 
que 1 ame est au corps. L ordre religieux est aussi 
distinct de 1 ordre social que 1 ame Test du corps. La sepa 
ration de ces deux choses amenera aussi certainement la 
mort de la societe, que la. -separation de 1 ame d avec le 
corps amene la mort de 1 homme. C est par 1 union et 
1 harmonie entre le sacerdoce et Pempire qu un peuple 
jouira de la paix, et marchera d un pas sur dans la voie 
de la prosperite et du bonheur. 

Mai e en est assez, et terminons cet article par les pa 
roles du Livre de la Sagesse, dont ce qui precede n estque 
le commentaire : 

" Per me reges regnant, et legum conditores justam decer- 
nunt justitiam. " " C est par moi que les rois regnent, et 
que les l^gislateurs font des lois justes. C est par moi 



190 

que les princes commandent et que les puissants rendent 
la justice." 



ARTICL.E XXVII. 

COMMENT DIEU INTERVIENT DANS I/ORGANISATION SOCIAIJC IT 
POLIT1QUE DES PEUPLES, 

Apres avoir explore* avec soin et reconnu avec certitude 
le terrain sur lequel repose necessairement 1 ordre social, 
il convient de rechercher, a ialumiere des faits, par quelles 
voies la Providence precede a la formation et a la conser 
vation de la socie te ; et par quels moyens elle la gue rit 
des difle rentes maladies dont elle peut etre affectee. 

En parlant de 1 Eglise et de la famille, nous avons dit 
que, dans ces deux socidte s, 1 autorite vient de Dieu, non- 
seulement dans son fond, mais encore dans sa forme ; 
c est-a-dire que le Createur lui-mSme a rdgld et determine , 
par la loi naturelle, la forme du gouvernement de la 
famille, comme le Redernpteur a rdgld par la loi e vange - 
lique la forme du gouvernement de 1 Eglise. 

Mais dans sa sagesse infinie, Dieu a laissd aux homines 
le choix de la forme qu il conviendrait de donner au gou 
vernement politique, suivant les besoins et les aptitudes 
de chaque peuple. C est pour cela que 1 Eglise catho- 
lique a toujours reconnu et accept^ tout gouvernement 16- 
gitimement constitue, quelle que fut sa forme : monarchic, 
aristocratic ou re publique ; et qu elle a toujours enjoint 
rigoureusement a ses enfants le respect et Fobdissan^e a 
1 autorite publique , sans regarder a la forme qu elle 
pouvait avoir revetue. 

Par quelles voies I autorite , qui descend du ciel, s in- 
carne-t-elle, se personnifie-t-elle dans les hommes charge s 
de faire fonctionner le gouvernement? Et ces hommes, 
qui sont-ils ? comment arrive-t-on a les connaitre ? 

C est ce que nous allons rechercher prdsentement. 
L election de Moise, 1 ordre qu il re9oit d aller se mettro 



191 

& la tete des enfants de Jacob, pour les ddlivrer de la 
tyrannic egyptienne, et leur donner la legislation qui devra 
les rdgir dans la terre de benediction promise a leurs peres, 
nous apprennent que Dieu intervient quelquefois directe- 
rnent lui-meme, et sans aucun interine diaire, dans le choix 
des gouvernants et 1 organisation des peuples. Plus sou- 
vent sa Providence se servira d eve nements qu elle seule 
peut controler, pour atteindre le meme but ; ou bien elle 
confiera ce ministere a. un prophete, ou a tout autre 
homnae qu elle en aura spe cialement charge ; comme nous 
le voyons dans 1 election de Josue par le legislateur he- 
breux lui-rneme, et dans celles de Saiil et de David, pre 
miers rois de ce peuple, par le prophele Samuel. D au- 
tresfois, elle confiera ce haut ministere a chaque inembre 
de la nation qui a le droit de faire enregistrer son vote 
sur le livre des elections. Heureuse la nation ou chaque 
electeur comprend, comme il le doit, 1 importance de ce 
ministere, et s en acquitte avec la fidelite d un Samuel ou 
d un Moise ! 

Si 1 expose que nous aliens faire des principes qui doi- 
vent guider nos compatriotes dans 1 accomplissement d un 
devoir, duquel dependent la prospdritd et le bonheur de 
notre pays, aussi bien que notre avenir national, peut les 
aider en quelque chose a donner a notre chere patrie des 
legislateurs honnStes, sages et e claire s, des administrateurs 
intelligents, integres et courageux, certes, nous serons 
amplement recompense du travail que nous nous somines 
impost uniquement dans ce but. 

Voici ce que nous lisons dans 1 Exode a propos de 
1 eiection de Josue : " Moise r^pondit a 1 Eternel : Que 
Jehova, le Dieu des esprits et de toute chair, choisisse un 
homme qui veille sur cette multitude, et qui puisse entrer 
et sortir devant elle, de peur que le peuple de 1 Eternel 
ne soit comme des brebis sans pasteur." Et 1 Eternel 
repondit a Moise : " Prends Josue, fils de Nun, homme 
en qui est V esprit, et mets ta main sur lui, presente-le de 
vant le grand pretre Eleazar et devant tout le peuple. La, 
donne-lui les ordres en la presence de tous, et mets sur 
lui une partie de ta gloire, afin que toute Tassemblee des 



192 

enfants d Israel I e coute. II se prdsentera devant le grand. 
pretre Eldazar, et consultera par lui 1 oracle de Jehova. 

Qu en disent les liberaux et tous les avocats de la sou- 
verainete absolue du peuple ? 

Voici comment Moi se fut dtabli le seul dlecteur du chef 
qui doit le remplacer dans la conduite de son peuple. 
Plus tard, nous voyons le meme ministere confid a Samuel 
et a quelques autres prophetes ; ils sont charge s de faire 
seuls 1 election du Souverain qui doit gouverner la nation. 

Et cependant, il faut bien en convenir : dans tous ces 
cas, il est vrai de dire : Vox prophetoe, vox Dei : la voix 
du prophete, c est la voix de Dieu. 

Lorsque ce ministere, au lieu d etre confie a un pro 
phete, est confie a un peuple, comme c est le cas dans les 
jours et le lieu ou la Providence a place notre existence, 
il est e galement vrai de dire : Vox populi, vox Dei : la 
voix du^peuple, c est la voix de Dieu, si toutefois le 
peuple a apporte dans 1 accomplissement de son mandat 
divin la fidelity du prophete. 



RESPONSABILITE DES ELECTEURS DEVANT DIEU ET DEVANT LES 
HOMMES. 

Chose digne de remarque, 1 intervention de Dieu dans 
le choix des chefs qu il donne a eon peuple devient de 
moias en moins apparente, comme on peut s en convaincre 
en observant les circonstances de 1 election de Moi se et de 
Josue , et celles de 1 ^lection de Saiil et de David. Dieu 
choisit lui-meme et sans intennddiaire Moi se ; mais il ne 
choisit Josue que par le ministere de Mo ise. De meme il 
choisit Saiil par le ministere du prophete Samuel, qui ne 
1 avait jamais vu ; et le meme prophete, charge plus tard 
de F election d un successeura Saiil, rejete parce qu il avait 
prevarique , savait seulement qu il se trouvait dans la famille 
d Isai e le Bethle hemite, sans connaitre lequel des sept 
enfants de cet Israelite Dieu avait choisi pour remplacer 
Saiil. Enfin, au temps des Machabdes, le peuple juif et ses 



193 

pretres nc voulurent reconnaitre Simon pour souverain que 
conditionnellement, et jusqu a ce qu il s dlevat un prophte 
fidele pour les assurer qu il 6ta.it vraiment Fdlu du Sei 
gneur pour gouverner son peuple. Ce qui fait voir aussi 
eornbien les Juifs dtaient convaincus que le choix des 
chefs des nations appartient a Dieu. 

En effet, voici les paroles remarquables que nous lisons 
dans le livre.du Deutdronome : " Quand tu seras entrd 
dans la terre que 1 Eternel, ton Dieu, te donnera j que tu 
la possdderas et que tu habiteras en elle ; si tu viens a 
dire : J dtablirai sur moi un roi comme toutes les nations 
qui m environnent, tu dtabliras sur toi pour roi celui 
que PEternelj ton Dieu, aura clioisi. Tu devras prendre 
pour roi sur toi un de tes freres ; tu ne pourras pas placer 
sur toi un homme d une autre nation, et qui ne soit point 
ton frere." 

Ces faits relatds dans 1 histoire du peuple de Dieu et 
ces divers passages de nos livres saints renferment un 
enseignement bien clair, et nous rdvelent des principes de 
la plus haute importance -pour nous guider comme chrd- 
tiens et catholiques dans raccomplissement de nos devoirs 
civils et politiques. Chaque dlecteur doit les connaitre et 
les bien comprendre, et se convaincre que son vote dans 
les elections n est pas seulement un droit dont il peut user 
pour s assurer sa part Idgitime d influenee dans la Idgisla- 
tion et 1 administration des affaires de son pays, mais que 
c est de plus un devoir bien grand que la divine Pro 
vidence lui a imposd, de concourir, dans la mesure de 
ses forces, a donner & sa patrie les Idgislateurs et les 
gouvernants que Dieu lui-meme a appelds et qu il a 
choisis. 

Si notre peuple dtait profonddment convaincu de cette 
vdritd ; si tous ceux qui prennent part aux elections, can- 
didats et dlecteurs, comprenaient bien 1 etendue de la res- 
ponsabilitd qu ils assument devant Dieu, dans ces circon- 
stances importantes, on n aurait certainement pas autant 
de desordres et de scandales a ddplorer qu on en a eu de- 
puis un certain nombre d anndes, quand il s agit de pro- 
cdder a 1 election des hommes qui doivent prendre part 

13 



194 



au gouvernement, soit de la municipality soit du comte*, 
soit de la province entiere. 



DIEU DONSB A LA SOCIETY, SUIVANT QU ? ELLE LE MERITS, SE3 
GOUVERNANTS. 

C est done une ve rite incontestable, et un principe 
clairement dtabli dans les citations ci-dessus, que tout 
homme qui doit prendre en main le gouvernement d un 
peuple a ete au pr^alable choisi de Dieu, et doue* en con- 
se quence des talents, des aptitudes et des qualitds ndces- 
saires pour remplir convenablement des fonctlons aussi 
importantes. Nous avons deja fait remarquer par quelles 
voies admirables la Providence fit donner & Mo ise une 
Education royale dans le palais meme des Pharaons. Nous 
venons de voir comment Dieu lui-meme declare a Moise 
qu il a donn^ a Josue 1 intelligence et le courage nces- 
saires pour marcher a la tete de son peuple, combattre scs 
ennemis et 1 introduire dans la terre promise. LeLivre des 
Rois nous apprend la meme chose de Saul, nonobstant sa 
prevarication, et de David, que le Seigneur declare etre 
un roi selon son coeur, etc. 

D ailleurs, la raison ne donne-t-clle pas le mgrne ensei- 
gnement a quiconque veut la consulter sans passion et 
sans pre^uge ? Pourquoi parmi les hommescette diversity 
de talents et de qualites, d aptitudes et d inclinatio is ? 
Est-ce la 1 effet du hasard, ou un caprice de la nature ? Non, 
certes ; mais c est bien 1 unc de ces lois admirables d une 
Providence infiniment sage. Elle a fait I homme pour vivre 
en societd ; elle a du en consequence lui donner tout ce qui 
lui etait ndcessaire pour atteindre ce but. Et attendu que la 
socidt^ est un etre moral dont chaque individu est membre, 
il s en suit que chacun a des fonctions differentes a rem 
plir suivant le poste auquel la Providence elle-meme 1 a 
appele . Car, comme notre corps, qui n est qu un, est cepen- 
dant compose de plusieurs membres, et que chaque 
membre a des fonctions diverses et les aptitudes ndces- 
saircs pour les remplir convenablernent, de m6me dans Je 



195 , 

corps social il y a diverges fonctions a remplir, et de 1&, 
sans aucun doute, la diversity des dons et des talents que 
Dicu a ddpartis a chacun de ses membres, pour rencon- 
trer les besoins divers de la societd. De la aussi obliga 
tion pour chaque homme de bien connaitre le poste auquel 
il a dtd destine, s il ne veut pas etre dans la societd un 
membre de place, toujours souffrant, et quelquefois dange- 
reux. 

Helas ! quand nous conside rons, d un cotd, la certitude 
de cette loi providentielle, et son importance pour la paix, 
la prospe rite et le bonheur d un peuple, et que, de 1 autre, 
nous voyons tous les jours le caprice, 1 intdr^t et 1 ambi- 
tion etre les seuls guides d un grand nombredans le choix 
de leur position, nous nous sentons inalgre nous mal a 
1 aise, et nous ne sommes plus dtonnds des agitations et 
des troubles auxquels les societe s de notre temps sont sans 
cesse en butte. Car comment un corps ou la main voudrait 
faire la fonction de 1 ceil, ou les pieds voudraient se mettre 
a la place de la tete ; comment un corps ou rdgnerait un 
pareil ddsordre, pourrait-il n etre pas dans un etat de 
trouble et de soufl rances continuelles ? 

Si done il est de la plus grande importance pour le 
bien de la societe que chacun de ses membres consulte 
sa capacitd pour connaitre le posle que la Providence lui 
a assign^, combien plus devra-t-il en etre ainsi pour ceux 
a qui il faudra confier les hautes et redoutables fonctions 
de la legislation et du gouvernement ? 

Done, toutes les fois qu il s agit d une election quel- 
conque, chaque dlecteur doit se dire : " Puisque la Pro 
vidence a juge convenable, dans sa sagesse, de nous donner 
la forme de gouvernement qui nous regit, je suis certain 
qu elle a aussi fait choix de 1 homme qu il s agit d elire 
presentement et qu elle lui a donne toutes les qualites n<5- 
cessaires pour faire honneur au mandat que nous allons 
lui confier. A nous done, electeurs, de trouver cet honmie 
que Dieu a choisi, et de ne pas nous tromper dans une 
afiaire qui peut avoir pour nous les plus graves consd- 
quences. " 

JSfous devons faire remarquer ici que Dieu, dans sa jus. 



196 . 

\ 

tice, ne donne pas toujours aux nations des chefs selon 
son coeur. Quand elles sont coupables et qu elles ont m<5- 
rite d etre chtiees, il les gouvernera quelquefois avec un 
sceptre de fer, suivant 1 expression du psalmiste. Ou bien, 
comme nous le dit le prophete Isa ie : " II enlevera (au 
peuple coupable) le guerrier, le juge, le prophete, le vieil- 
lard ; il lui donnera des princes qui n ont pas plus d in- 
telligence que des enfants, et des e ffemine s les domine- 
ront. " 

Nous esperons que notre peuple n en est pas encore 
rendu la ; mais qu il a encore au milieu de lui des hoinmes 
intelligents et courageux, capables de pre sider surement a- 
ses destinies nationales. 



L iJLECTEUR DOIT VOTER SUIVANT SA CONSCIENCE. - CELUI QUI VEND 
SON VOTE COMMET UN CRIME. 

S il est indubitable que c est Dieu lui-meme qui fait 
le choix des homines d Etat, il est aussi certain que dans 
les gouvernements dlectifs, comme le notre, la mission pro- 
videntielle confiee aux prophetes chez le peuple de Dieu, 
a Mo ise, a. Samuel, d ^lire ces hommes choisis de Dieu, 
cette mission est ddvolue cliez nous a tout homme qui a la 
qualitd d dlecteur. Est-ce ainsi qu on le comprend dans le 
temps ou nous vivons ? Combien de citoyens se croient 
maitrcH absolus de leur vote, libres de donner leur suffrage 
a tort et a travers, et a qui bon leur semblera ? C est la, 
certes, une erreur bien grave et qui rend grandement cou 
pables, devant Dieu et devaut les hommes, ceux qui 
agisserit ainsi dans- 1 accomplissement de leurs devoirs 
d ^lecteur. Non, certainement, le vote d un electeur n esti 
pas sa propri^t(, mais la proprie te de la nation qui lui a 
confe^ ce droit, et qui pout le lui retirer s il en abuse. 
La loi de Dieu lui fait un devoir rigoureux de 1 exercer 
judicieusement, et avec tout le soin ne cessaire pour donner 
a son pays les hommes les plus capables de le gouverner 
avec sagesse et ferniete . 

Si le prophete Samuel, charge" seul de faire 1 election de 






197 



Saul et ensuite de David, cut rencontre* sur sa route quel 
ques-uns de ces ambitieux, si communs de nos jours, et 
que ce corrupteur, For & la main, les plus magnifiques pro- 
messes sur les levres, 1 eut sollicite avec instance de lui 
donner 1 onction qui devait faire roi 1 elu du Seigneur, 
quel n aurait pas e te le crime de ce prophete et la gran 
deur de sa prevarication, en ce dant a la tentation ? Or tel 
est le crime, telle est la prevarication de 1 electeur qui 
vend son vote, et qui donne son suffrage, non point par 
" conscience et avec conviction, mais par interet, par esprit 
de parti, ou pour d autres motifs encore plus ddgradants, 
que nous avons honte de signaler ici, et qui nous ont 
fait rougir devant nos compatriotes d origine dtrangere. 

Puisque les dlecteurs sont charge s de par Dieu lui- 
meme de trouver par leur vote celui qu il a choisi, il y a 
done moyen pour eux d atteindre ce but : c est de voter 
avec connaissance de cause et au meilleur de leur con 
science, en suivant fidelement les regies de conduite que 
la religion leur trace en ces circonstances selennelles, 
comme en toutes les autres ou il s agit de I acconiplisse- 
ment de la loi de Dieu. 

St. -Thorn as, recherchant quelle est la forme de gouver- 
nement la plus parfaite pour un royaume, dit que " c est 
celle ou 1 homme le plus remarquable par sa vertu est 
place au-dessus de tous les autres, et commande aux 
chefs subalternes, et ou ceux qui sont les plus vertueux 
sont electeurs et dligibles, relativcment au pouvoir. " 

Voilil une condition qui peut dclairer les l^gislateura 
sur les qualifications a exiger des candidats et des voteurs. 
On tient beaucoup & la qualification p^cuniaire, mais 
tient-on assez a la qualification morale de ceux a qui Ton 
veut confier le soin de la chose publique ? Nous ne le 
croyons pas, et Ton n entendrait pas autant de plaintes et 
de murmures, Ton n aurait pas a ddplorer des scandales 
bien propres a faire perdre aux populations le respect et 
la soumission dus a rautorite , si les elus du peuple etaient, 
comme 1 enseigne St.-Thomas et comme le present la loi 
de Dieu, 1 dlite des citoyens les plus recommandables par 
leur vertu. 



198 

A qui done a exigcr cette qualification morale, la plus 
importante de toutes ? C efit & vous surtout, electeurs ; 
la loi de Dieu vous 1 ordonne, le bien de votre pays vous 
le demande ; ce n est qu a cette condition que votre gou- 
vernement representatif sera re ellement le plus parfait des 
gouvernements. 



ARTICLE XXVIII. 

OBLIGATION POUR LE PRETRE D ECLAIRER LE FIDELE SUP. LA GRAVITY 
DE SES DEVOIRS D ELECTEUR. 

Le Createur precede a 1 organisation sociale d un peu- 
ple et a Te tablissement regulicr de son gouvernement, de 
deux manieres : lo, par une intervention surnaturelle et 
directe, mais bien rare ; 2o, plus souvent par une interven 
tion naturelle et conforme aux lois ordinaires de sa Provi 
dence. Telle est la conclusion que nous pouvons legttime- 
inent tirer de ce que nous avons -dit dans les articles 
precedents. 

Ce que nous avons dit surlaresponsabilite descitoyens 
dans 1 exercice de leurs droits d electeurs, est suffisant, 
pensons-nous, pour faire comprendre que c est reellement 
un mandat que la Providence leur a confid. De ce man- 
dant decoule 1 obligation d exerccr le droit qu il confere 
toutes les fois que le bien de la nation le demande. De la 
aussi le devoir rigoureux d apporter dans Fexercice de ce 
droit toute la discretion et toute la prudence que Ton 
apporte ordinairement dans les affaires les plus importan- 
tes de la vie. Car du choix des representants de la nation 
depend.la bonne ou la mauvaise legislation, de ce choix 
depend <5galement la bonne ou la mauvaise administra 
tion de la chose publique par les honimes charges de pre- 
sider a nos destinees nationales. 

Or, la premiere condition done qui nous parait neces- 
saire pour une bonne election, c est que ceux qui sont 
charge s de la faire soient bien convaincus que, pour eux, 
c est avant tout une affaire de conscience tres-grave, sur 






199 

laquelle ils doivent s attendre a rendre un jour un compte 
rigoureux au tribunal de Celui qui les jugera tout aussi 
bien comme citoyens que comme individus et membres de 
la famille. 

C est bien aiusi que 1 entendaient les Peres du troisieme 
concile provincial de Quebec, qui disaient, dans leur lettre 
pastorale adresse e aux fideles de la Province : 

" Yous avez en main, Nos Tres-Chers Freres, le moyen le 
plus simple et le plus facile de remedier a tous ces maux 
(1 usure, 1 intemperance et le luxe) et a tant d autres qui 
d^solent notre pays autrefois si heureux : c est de toujours 
faire de bonnes Elections, c est- a-dire de n envoyer pour 
vous representer en parlement que des homines disposes a 
reprimer le vice et a favoriser le bien ; dc ne choisir pour 
maires et conseillers municipaux que ceux de vos co-pa- 
roissiens que vous savez etre capables de faire regner le 
bon ordre. Aussi devez-vous toujours proceder a ces elec 
tions avec le sentiment de la grande responsabilite qui 
pese sur vos consciences, puisque vous repondrez de tout 
le mal cause par les hommes que vous aurez elus avec la 
certitude qu ils e"taient incapables de remplir les devoirs 
de leurs charges. 

" Quand done vous etes appele s, N. T.-C. F., a exercer 
ces droits de la vie politique, n oubliez pas que vous r- 
pondrez devant Dieu du peu de discernement que vous 
aurez apporte a remplir les devoirs qui y sont attache s, et 
des consequences serieuses qui auront purdsulter de votre 
negligence. Si, comme nous ne paurions en douter, nous 
devons tous rendre compte au juste Juge, meme d une 
parole inutile, qui nous parait etre de si peu d 1 importance, 
que sera-ce quand nous serons cites a son tribunal, pour 
y etre juges sur des actes qui auront ete la cause certaine 
d une multitude de crimes, et de la damnation eternelle 
d un grand nonibre d hommes ?" 

Les catholiques qui comprennent cette vdrite expos^e 
avec tant de clarte et de force par nos eveques reunis en 
concile, doivent done etre bien ^tonnes d entendre quel- 
quefois des hommes, qui se disent enfants soumis de 
1 Eglise, dire et dcrire que c est une affaire qui ne regarde 



200 

pas la religion, et que les pretres n ont pas le droit de 
se meler detections. 

Pourquoi faut-il avoir a constater ici qu un certain 
nombre de catholiques ont ddja tellement pretd 1 oreille a 
cette doctrine anti-chrdtienne, qu ils en viennent jusqu a 
dire que dans cet ordre de choses, ni le curd, ni 1 dveque, 
ni le Pape n ont rien & voir. En consequence, on en a vu 
qnelques-uns, dans certaines paroisses, qui n ont pas eu 
honte de sortir de 1 dglise, au grand scandale des fideles, 
lorsque leurs pasteurs, pour 1 acquit de leur conscience et 
pour se conformer aux injonctions formelles de leurs supd- 
rieurs, c est-a-dire aux ordres de leur dveque et du chef 
vdndrd de 1 Eglise catholique, ont cru devoir aborder en 
chaire ce grave sujet, leur donner les instructions les plus 
propres & les e clairer sur cet ordre de devoirs, et a les 
aider & s en acquitter chrdtiennement. 

Ces pauvres catholiques ont-ils jamais fait attention que 
le fidele qui ne veut plus dcouter ni son curd, ni son dve- 
que, ni le Pape, fait par la meme un acte d apostasie ? 
Car ni eux, ni les faux docteurs qui leur pr6chent cette 
doctrine erronde, n ont reu mission d dclairer et de con- 
duire les Pasteurs de 1 Eglise et de leur dire : " Vous pre- 
eherez sur tel sujet, mais vous n avez rien & nous ensei- 
gner comme citoyens : la-dessus, nous ne devons point 
vous dcouter." Non : la vdritd est que N. S. J.-C. a <fit 
du curd, de 1 dveque et du Pape: " Celui qui vous 
dcoute m dcoute, celui qui vous mdprise me mdprise," et 
encore : " Celui qui n dcoute pas 1 Eglise doit 6tre regardd 
comme un payen et un publicain." 

Voil^t ou en sont rendus les catholiques qui, abandon- 
nant 1 enseignement de leurs pasteurs, pretent de prefd- 
rence 1 oreille & des hommes qui n ont jamais regu la 
mission de les instruire ; mais qui s efforcent de les attirer 
de leur c6td en cherchant, par des discours et des dcrits 
mensongers et flatteurs, a capter leur confiance. En meme 
temps ces hommes daugereux jettent dans leur esprit, par 
des insinuations perfides et malveillantes, la ddfiance a 
1 dgard de ceux que Dieu leur a donnds pour guider leurs 



201 

consciences, aussi bien dans 1 ordre civil et politique que 
dans tout autre ordre de choses. 

Mais, diront quelques-uns, le pretre va trop loin, il de - 
passe les limites de sa juridiction. 

Nous n avons qu un mot a rdpondre a, ces hommes. Le 
pretre a ses supe rieurs regulierement e tablis ; c est a eux et 
a. eux seuls a le juger. Ainsi TOUS n avez pas le droit de vous 
constituer 1 accusateur et en meme temps le juge de votre 
pasteur, de celui que Dieu vous a command^ d dcouter 
sous les peines les plus graves. Quand meme vous seriee 
re ellement convaincu que votre pasteur s est e carte de 
son devoir, et qu il a perdu de vue 1 enseignement que 
1 Eglise 1 avait charge de vous donner, encore une fois 
vous n avez pas le droit de vous constituer son juge, et 
d aller, au sortir de 1 dglise, de nigrer en presence de son 
peuple un homme que les lois divines et humaines vous 
commandent de respecter. C est ignorer les premiers en- 
seignements de la religion, ou c est avoir perdu la foi que 
de s oublier jusqu a ce point ; et ceux qui encouragent ces 
discoureurs dans ce triste me tier en coutant ces insinua 
tions malveillantes et ces accusations mensongeres a, 1 a- 
dresse de leur cure , ou du clergd en general, ne sont guere 
moins coupables. 

Dans le cas ou le pasteur serait dans son tort, vous 
devez en ge mir d abord, si vous etes franchement et sin- 
cerement oath oli que : car il n y a qu un enfant qui a le 
coeur mal fait qui se plaise a devoiler la honte de son 
pore et le ddshonneur de sa mere ; puis vous devez ensuite 
porter la chose au tribunal competent, c est-a-dire devant 
son e veque. C est lui que 1 Esprit-Saint a ^tabli pour sur- 
veiller 1 enseignement religieux, et conduire tout le trou- 
peau par des pasteurs fideles. II a la lumiere pour juger, 
et 1 autorit^ pour redresser ce qu il pourrait y avoir de 
de fectueux. 

Yoila la conduite que tiennent les hommes vraiment 
catholiques. 

Si la conduite d un fidele qui a la hardiesse de con- 
damnor lui-meme renseignement de son pasteur, et de le 



202 

censurer publiquement en presence do son peuple, est ex- 
tremement blamable, que faudra-t-il penser des journalis- 
tes qui s arrogent la mission d accuser et de juger en der 
nier ressprt, du liaut de leur fauteuil Editorial, toutes les 
questions que le pretre aura abordees en chaire ? Pour 
1 ecrivain encore plus que pour 1 orateur, c est une faute 
bien grande que celle de se mettre a la place de 1 eveque, 
et de se constituer gratuitcment juge, pour ne pas dire 
calomniateur impudent, de ceux de qui Dieu a dit : 
" Qui touche a 1 oint du Seigneur me blesse a la prunelle 
de 1 oeil." Si le fidele ne peut en conscience e couter 1 ora- 
teur sans foi dont nous venons de parler, & plus forte 
raison lui sera-t-il deTendu de lire les ecrits d un tel jour- 
naliste. 



Nous le repe tons : la loi divine a e tabli 1 e 
I dveque seul, le surveillant et le juge de la conduite et de 
Tenseignenient du pretre. C est devant son tribunal que 
doivent sc porter toutes les plaintes que ces journalistes, 
aussi bien que ces orateurs, croiraient avoir a, formuler 
contre leurs pasteurs. 

Tel est, croyons-nous, le premier devoir d un electeur 
consciencisux ; c est de bien connaltre la responsabilite de 
son vote et d ecouter avec attention, sur un point aussi 
important de la morale chre tienne, 1 enseignement de 1 E- 
glise que le pretre est oblige de lui expliquer; et de se 
defier avec soin de ceux qui chercheraient & le soustraire 
& cette direction si sage et si salutairo pour qui veut bien 
faire. 



SUITE DES DEVOIRS DE l/ELECTEUR. 

Le second devoir de 1 electeur decoule necessairernent 
du premier. C est de voter avec connaissance de cause : 
par consequent, de bien connaitre les qualites que doit 
avoir un bon repre sentant, et ensuite, s assurcr si 1 homme 
& qui il donne son vote les possed^ reellement. 

II est utile de remarquer ici qu un repr^sentant, ou un 



203 

depute, (Test un homme que I electeur met asa place, pour 
parler et agir dans les conseils de la nation, comme il le 
ferait lui-meme, s il y etait present. Or, nul doute que 
1 electcur ne doive parler et agir, dans toutes les delibera 
tions, d apres sa foi religieuse et ses principes d honnete 
homrne. Done il doit s assurer que le candidat pour qui il 
vote et qu il charge de parler et d agir en son nom dans 
toutes les mesures legislatives qui seront soumises a sa 
plus se rieuse consideration, le fera rdellement comme lui- 
meme. De son cote, le candidat, s il est honnete, ne peut 
accepter le mr.ndat qu on lui confie sans prendre Pobliga- 
tion de se conformer avec la plus grande fddelite a une 
chose aussi juste; car il sait bien que quand il parle en 
sa qualit^ de depute", quand il vote, ce n est pas lui qui 
parle ou qui vote, c est son comte, ce sont ses electeurs ; 
il est leur organe, il doit repeter leurs pensees, exprimer 
leurs convictions avec la fide lite de l cho. 

Cependant, est-ce ainsi que les choses se passent tou- 
jours?Nous regrettons de le dire, des faits assez nom- 
breux viennent nous prouver que c est souvent le contraire ; 
que dans bien des circonstances, les Electeurs ont manque 
de prudence ou que leur reprdsentant a viole ses engage 
ments et mdconnu ses devoirs de depute". Nous ne cite- 
rons qu un fait. Deux comtes, exclusivement catholiques, 
out choisi pour les repre senter chacun un honnete protes- 
tant. Or un cas de divorce s est present^. Eh bien ! ces 
deux represents its d une population exclusivement catho- 
lique ont vott, pour le divorce, sachant bien qu en cela ils 
agissaient directement centre les convictions religieuses 
de leurs constituants. Nous n hdsitons pas a dire que si 
ces electeurs catholiques avaient pu prevoir ces votes, ils 
n auraient pu en conscience charger ces deux hommes 
d aller dans Tenceinte legislative parler et agir pour eux, 
catholiques, en protestants, et ce contrairement aux defen 
ses les plus formelles de leur religion. Ces deux deputes, 
en agissant ainsi, ont certainement mal agi a 1 egard de 
leurs electeurs, et completement oublie le devoir que leur 
imposait leur qualite de representant. Car ce n e tait pas 
leur conviction personnelle qu ils devaient consulter sur 



204 

cette question importante, mais bien celle des homines ai; 
nom desquels ils parlaient et ils votaient. 

Ce que nous disons du divorce, nous le disons e gale- 
ment de toute autre question qui se rattache soit aux prin- 
cipes de la foi, soit aux regies des mcours, telle que les 
coles communes, 1 usure, 1 intempdrance, etc., 

De ces fuits consigned dans les documents officiels et d un 
grand nombre d autres que nous pourrions encoi \ citer,nous 
concluons que c est un devoir pour tout (Slecteur catholi- 
que de s assurer que Thomme qu il appuie de son suffrage 
agira toujours en sa qualite de reprdsentant d un comte 
catholique, et votera conformdment aux principes de 1 E- 
glise catholique. Tout candidat qui ne voudrait point ac 
cepter une semblable condition doit le declarer franche- 
ment a ses electeurs, s il est honnete, et ne point accepter 
un mandat qui ne peut lui etre conne* qu a- cette con 
dition. 

C est pour e tablir ce principe que Dieu dit a. Israel : 
Tu prendras pour roi sur toi un de tes freres ; tu ne 
pourras pas placer sur toi pour roi un homme d une autre 
nation et qui ne soit point ton frere." Deut. 17. 14. 

En examinant avec attention ce passage de la Sainte- 
Ecriture, il est evident que Dieu fait cette ordonnance 
pour sauvo^arder le principe religieux et 1 unitd nationale 
chez son peuple ; choses qui auraient pu recevoir une ra- 
pide et profonde altdration par la presence d un roi infidele 
et (Stranger d la tete de la nation. 

Nous le disons avec peine, et cependant & la louange de 
nos compatriotes d origine e trangere, les listes electorales 
prouvent qu ils comprennent mieux, ou du moins appli- 
quent plus fidelement ce principe que nous. 

En France, 1 cle ment religieux est officiellement repr5- 
sent^ dans les grands corps de 1 Etat, d apres la constitu 
tion merne du gouvernement. Les cardinaux et les dv- 
ques qui sidgent au sdnat frangafs sont Id les reprdsen- 
tants de 1 Eglise et veillent aux intdrets de la religion. 
Malgr cette sauvegarde si puissante de leurs intents 
religieux, les ^lecteurs catholiques ne s en croient pan 



205 

moms obliges de s assurer encore le concours puissant de 
leurs reprdsentants par le choir qu ils en font dans les 
Elections. 

A plus forte raison done en Canada, ou la religion n a 
aucun repre sentant officiel dans les conseils de 1 Etat, est- 
ce un devoir encore plus grand pour les electeurs de s as 
surer la protection de leurs mtdrets religieux par le choix 
judicieux de leurs de pute s. 

Attendu que le premier et le plus puissant Element na 
tional est le lien religicux, il s en suit que 1 electeur catho- 
lique, fidele ii ce principe, agit non-seulement en bon 
chre tien, mais encore en bon patriote et en ve ritable ami 
de sa nationality et que les liberaux et les demagogues 
qui veulent exclure la religion et le pretre de I ordrepoli- 
tique, sont a ce point de vue les plus dangereux ennemis 
de nos interets nationaux. 



ABTICL.E XXIX. 

LES QUALITJ2S QUE DOIT AVOIR LE CANDIDAT. 

L e lecteur intelligent et conciencieux comprend facile- 
ment la grancle responsabilitd qu il lui faut assumer, 
toutes les fois qn il est appele a exercer ce qu il regarde 
comme son droit le plus prdcieux de -la vie politique, le 
privilege de donner, par son vote, un conseiller, un maire 
a sa paroisse, un legislateur a son pays. Done, avant tout, 
il doit s assurer que Thornine a- qui il va confier sa part 
d autorite souveraine, sera un mandataire fidele ; que, dans 
tous les actes d autorite et de legislation auxquels il pour- 
ra prendre part, il agira et se conduira comme il le ferait 
lui-menie, confonne ment a ses convictions religieuses et a- 
ses principes d honn^te homme. Or cette assurance, il ne 
pourra la trouver que dans les qualites qui constituent le 
legislateur sage et prudent, et qui font le magistrat hon- 
nete et courageux. Car tout homme qui prend une part 
au gouvernement d un peuple, si petite qu elle soit, a be- 
eoin de lumiere et de fermete , pour distinguer|ce qui est 



206 

juste et honnete, et rdsister a toutes les influences qui le 
poussent de cot4 et d autres, le tiraillent en sens divers, 
pour le faire ddvier du droit chemin et 1 entrainer hors 
du devoir. 

Quelles sont done les qualite s quo 1 dlecteur doit recon- 
naitre dans le candidat & qui il va donner sa confiance, et 
qu il va appuyer de ses suffrages ? 

La-dessus, commc sur tous les autres actes ou l homme 
a un devoir important a remplir, la Sainte-Ecriture jette 
une vive lumiere. Voici, entr autres passages, ce que 
nous lisons au livre du Deuteronome. C e tait au mo 
ment ou le peuple hebreux allait entrer dans la terre 
promise a ses peres, pour en prendre possession, et rece- 
voir definitivement 1 organisation et la vie sociale. Mo ise 
dit: " Je ne puis seul suffire a vous tous, parce que le 
Seigneur votre Dieu vous a tellement multiplies, que 

vous egalez aivjourd hui le nombre des e toiles du ciel 

Choisissez d entre vous des hommes sages et habiles, qui 
soient d une vie exemplaire, et d une probitt reconnue 
par mi vos tribus, afin que je les etabllsse pour etre vos 
juges et vos commandants" Deut. 1. 10. 13. 

Certes, il serait difficile de de sirer quelque chose de 
plus clair et de plus precis sur la question qui nous oc- 
cupe presenternent. Voici un peuple a qui Dieu accorde 
la franchise dlectorale, c est-a-dire le droit de choisir ses 
chefs pour assurer le fonctionnement regulier de son gou- 
vernenient. Mais en lui accordant ce privilege, regardd 
comme la sauve-garde la plus puissante centre le despo- 
tisine, Dieu trace a ce peuple les regies inmiuables qui 
doivent le guider dans 1 exercice d une aussi haute pr- 
rogative. Le Seigneur ne leur dit pas : u Choisissez des 
hommes tels que la passion ou 1 esprit de parti, I intdrSt 
ou le caprice vousle conseilleront." Non, certes ! ce n est 
pas ainsi que le Seigneur leur Dieu entend qu ils usent 
de cette liberte si precieuse. Bien loin de la, il leur d- 
signe avec soin quelle classe de citoyens ils doivent choi 
sir pour mettre a leur tete : il leur donne en detail les 
marques auxquelles ils j>ourront reconnaitre ces hommes 
qu il leur a lui-meme destines d avance pour chefs. Sq, 



207 

sagesse et sa bonte demandent done que ce choix tombe 
sur des homines qui leur soient bien conuus et vivant en 
consequence au milieu d eux : c est par la qu ils pourront 
constater plus facilement qu ils sont sages et habiles, 
qu ils menent une vie exemplaire, et qu ils sont vdrita- 
blement des hommes d une probitd reconnue dans leurs 
tribus. 

Plusieurs autres passages des livres saints viennent 
encore nous donner ce meme enscignement. Ainsi au ch. 
17. 14. 15 du meme livre, nous lisons : 

" Quand vous serez entrds dans le pays que le Seigneur 
votre Dieu doit vous donner, que vous en serez en posses 
sion, et que vous y demeurerez, si vous venez a dire : Je 
choisirai un roi pour me commander, comme en ont toutes 
les nations qui m environnent, vous e tablirez; roi celui 
que le Seigneur votre Dieu aura clwisi du nombre de 
vos freres. Vous ne pourrez prendre pour roi un homine 
d une autre nation, et qui ne soit point votre frere. Et 
lorsqu il sera etabli roi, il n arnassera point un grand 
nombre de chevaux il n aura point une quantity im 
mense d or et d argent. Apres qu il sera assis sur le 
trone, il fera transcrire pour soi dans un livre ce Deutd- 
ronome et cette loi du Seigneur, dont il recevra une copie 
des mains des pretres de la tribu de Ldvi. 11 Vaura avec 
soi, et la lira tons les jours de sa vie, pour apprendre & 
craindre le Seigneur son Dieu, et a garder ses paroles et 
ses ceremonies qui sont present es dans la loi. Que son 
C03ur ne s eleve point d orgueil au-dessus de ses freres, et 
qu il ne se detourne du droit chemin ni a droite ni a gau 
che, afin qu il regne longtemps, lui et ses fils, sur le peu- 
ple d Israei." 

Dans le Nouveau Testament, nous trouvons aussi plu- 
sieurs passages bien propres a nous eclairer sur la con- 
duite a tenir pourfaire une bonne Election. Par exemple, 
au premier chapitre des Actes des Apotres, nous lisons un 
passage remarquable a 1 occasion de 1 election de 1 Apotre 
St.-Mathias. St.-Pierre, en sa qualite de chef du college 
apostolique, trace la regie a suivre dans ce choix impor 
tant ; " 11 faut done, dit-il, qu entre ceux qui ont &6 en 



208 

notre compagnie, pendant tout le temps que le Seigneur 
Jdsus a vecu parmi nous. . ., on en choisisse un qui soit avec 
nous te moin de sa resurrection." " Alors ils en prsen- 
terent deux : Joseph, appeld Barsabas, surnomme le Juste, 
et Mathias. Et se mettant en prieres, ils dirent : Sei 
gneur , qui connaissez tons les liommes, montrez-nous lequel 
de ces deux liommes vous avez choisi pour prendre la 
place dans ce ministere et cet apostolat duquel Judas est 
dechu." 

Au chapitre six du meme livre, nous trouvons un autre 
passage tout aussi remarquable, a propos de 1 election des 
sept diacres. Le voici : " Et les douze Apotres, convo- 
quant la multitude des disciples, leur dirent : l II n est pas 
juste que nous abandonnions le ministere de la parole de 
Dieu, et que nous fassions le service des tables. Choisis- 
sez done, nos Freres, parmi vous, sept hommes d une vie 
excmplaire, et d une prolite reconnue (boni testimonii), 
plcins de V Esprit- Saint et de Sayesse, que nous puis- 
sions proposer a, cettc oeuvre." 

Ces divers passages, que no as avons cru devoir citer 
au long, parce qu il s agit d etablir une v^rite* mdconnue 
d un grand noinbre d tilecteurs, nice forinellement par 
d autres; centre laqueile meme un certain nombre d dcri- 
vains essaient encore, a chaque fois que 1 occasion s en 
prdsente, desoulever les prejuges les plus dangereux ; ces 
divers passages, disons-nous, prouvent a, 1 dvidence que 
tout electeur doit se regarder coinme charge d un mandat 
divin qui lui impose une lourde responsabilite ; et qu il 
doit apporter une grande fidelite et une sage discretion 
dans son accomplissement. 

C est ainsi que 1 Eglise catholique, dans le choix de ses 
ministres et de toutes les personnes qui doivent prendre 
part a son gouvernement, 1 a toujours compris et pratique^ 
depuis le temps des Apotres jusqu a nos jours. Et pour- 
tant, cette society, lors meme qu elle n est regardee que 
commc 1 oeuvre de Thorn me, est si parfaite dans son orga 
nisation, qu un des grands hommes d Etat de 1 Angle- 
terre, comme nous avons dja eu occasion de le dire, 1 his- 
torien Macaulay, n h^sitait pas a dire au sein du parlement 



209 

anglais, que la constitution de 1 Eglise romaine gtait cer- 
tainement le chef-d oeuvre de \\ >prit hum a in. 

En effet, n est il pas eVdent que toute societe" oii les 
elections seront fiites d apres ces princ pes, aura m-cess i- 
rement pour l^gislateurs tas homines les plus sag- j s et !es 
plus inteliigfnts; pour gouvenmnts, les homines l-s plus 
honnetes et les plus couragpux ? Kn un rnot, cette socie*te 
aura pour chefs les honmies les plus vtrtu<ux, et c est ce 
que St.-Thonias nous enseigne etre la perfection des gou- 
vernements hu mains. 

*** 

REGLEg PROPRES A GUIDER L flLECTEUR PANS LE CHOIX D ! DN CANUIDAT. 

Pour rendre cet enseign ment de nos livres saints 
encore plus facile a saisir, et pour contribuer, dans la me- 
sure de nos forces, a donner a notre cbere p itrie le meil- 
leur gouvernement possible, nous allons formuler, en quel- 
ques regies aussi courtes que claires. ces legons adnii- 
rables du plus ancien et du plus dtonnant des legisla- 
teurs. 

Premiere Regie. C est dans le college electoral meme 
que le* electeurs doivent prrndre le candidat a dire. 

Cette regie ressort dvidc lament de la recommendation 
qui est faite de prendre, chaque fois qu il s agit d ^lection, 
la personne a dlire parmi ceux qui sont spe cialement 
charges d en faire le choix : " Choisissez d entre vous, " 
" Prenez parmi vous, " etc. 

Pourquoi cette rocommandation, faite avec tant de soin 
par 1 ecrivain sacre, a ceux qui sont charges de faire le 
choix dont il s agit ? Pourquoi leur dire de chercher parmi 
eux, et non ailleurs, 1 homme qui doit les representer ? II 
nous parait evident que c est k\ 1 expression et 1 applica- 
tion d un grand principe qui veut que Ton choisisse 
parmi les electeurs eux-m6mes, ft dans leur college elec 
toral, celui a qui ils doivent confier 1 exercice de leur part 
de souverainete. 

Cette regie si sage est dans plusieurs ca? rendue obli- 

14 



210 

gatoire par la loi civile elle-meme. Ainsi, dans les Elections 
pour le Conseil legislatif, les candidats doivent 6tre des 
propridtaires de la division electorate. Dans la paroisse, il 
faut prendre pour marguillier un paroissien residant. II 
en est de meme du maire et des conseillers dans la muni- 
cipalitd. Dans le comtd, la loi civile laisse, a la vdritd, Tap- 
plication de cette regie au bon sens des dlecteurs ; parce 
(ju- il arrive quelquefbis que dans un comtd, il ne se trouve 
pas d homme convenablement qualifid sous tous les rap 
ports pour entrer dans les conseils de la nation et prendre 
une part active a la legislation, ce qui exige certaines 
aptitudes spdciales que Ton rencontre cbez bien peu 
d hommes. Outre la penurie d hommes suffisamment qua 
lifies, il peut arriver encore qu un comtd rendra un ser 
vice Eminent au pays en confiant le mandat de sa repre 
sentation a quelque capacitd supdrieure, qui aura dchoud 
ailleurs devant les intrigues et la cabale de quelque mddio- 
critd arabitieuse et malhonnete. C est ce qui s est vu dans 
notre pays dans la personne des Honorables Baldwin et 
Morin, dius, le premier dans un comte bas-canadien, et le 
second dans un comtd du Haut-Canada. Sans aucun doute, 
les deux comtes qui ont envoydcesdeuxhommesdminents 
en Chambre ont bien meritd du pays en lui assurant les 
services de leurs talents et 1 appui de leur honnetetd. Ce- 
pendant, il faut convenir que ce sont la des exceptions 
qui peuvent a la vdritd justifier la latitude de la loi a cet 
dgard, mais que les raisons de la regie n en subsistent pas 
moins. 

Done, autant que faire se peut, les dlecteurs doivent 
choisir pour representant ou depute un homme du college 
dlectoral. 

En voici quelques raisons. D abord, ils pourront recon- 
naitre plus fucilement s il a la capacitd necessaire pour 
bien s acquitter de la haute mission qu il s agit de lui 
confier, et s il est rdellement un homme d uae vie exem- 
plaire et d une probite reconnue, comme nous avons vu 
qu il est si soigneusement recommandd de les choisir. 
Ensuite, dtant un des leurs, ayant toutes ses propridtds et 
ses intdrets dans la meme localitd, ils auront par la meme 



211 

une plus forte garantie pour la protection et la defense de 
ces memes interets qui leur sont communs et qu il sera 
mieux a portee de connaitre que tout autre, attendu que 
personne ne saurait etre plus au courant des besoins du 
comte que celui qui y demeure et qui en connait person- 
nellement tous les electeurs. Une troisieme raison, qui a 
bien aussi son merite, c est la facilite de se rencontrer 
avec ses constituants pendant la vacance, et de se concerter 
avec eux sur ce q.u ils croiront le plus avantageux a 
leur locality, et d etudier ensemble les questions d un 
inte ret gdndral pour tout le pays. Enfin, une quatrierne 
raison a laquelle les hommes d honneur ne seront pcut-etre 
pas moins sensibles, c est qu il est honorable pour un 
comte d avoir au milieu des siens un hoimne qui puisse 
le reprcsenter dignement dans les conseils nationaux. 

Deuxiernc Regie. Les electeurs doivent clioisir pour 
les representer un liomme de leur nationalite. 

C est 1 enseignement qui ressort de 1 ordre donnd aux 
enfants d Israel de prendre pour roi un de leurs freres et 
non pas un etranger. On se rappelle que les principaux 
liens de la nationalite sorit la foi des ancetres, la langue 
maternelle, les usages et coutumes de la famille. C est lu 
ce qui constitue reeflement la nationalite. Tous les 
homines d un meme pays, qui sont unis entrc eux par ces 
liens,. doivent se regarder comme freres. Ce passage du 
Deuteronome enseigne clairement que la raison pour 
laquelle Dieu recommande aux Hebreux de prendre pour 
roi un de leurs freres, c est de conserver intactes la foi et 
les traditions de leurs peres, et de preserver de toute alte 
ration le culte public qu il leur avait present. C est pour 
cela qu il oblige le roi a faire une etude assidue de la loi 
de Dieu et de tout ce qui se rattache a la religion, afin 
qu il s y conforme et 1 observe fidelement. Or, Texperience 
a demontre qu un roi dtranger et d une autre religion por- 
terait in^vitablement une grave atteinte a la nationality. 
La defense d elire pour chef un Stranger avait done pour 
but de sauvegarder ce qu il y a d essentiel a la vie natio- 
nale en premiere ligne : 1 dlement religieux. . 

Pour 1 electeur canadien-frangais, que Ton sait etre 



212 

catholique avnnt tout, le candidat de pre fe rence devra 
done Otre celui qui offrira plus de gar.tnties pour la pro 
tection et la defense de ces trois clioses : la foi, la langue 
et les institutions nationales. 

De la faut-il ab^olument conclnre qu un comte cana- 
dien francais ne doit jamais confier s n mandat de repr- 
sentant a un horume d origine et de croy.mce Stran 
ge res ? 

Nous devons ici expliquer notre pen^e, fin qu on ne 
nous accuse pas de fanatisme, ou d hostilitd systlmutique 
cuvcrs nos compatriotes d une autre nationality. Le prin- 
cipe que nous exposons ici est une ve rite qu ils admettent 
comme nous, et dont ils tirent les consequences pratiques 
peut-etre plus fidelcment que nous. 

Nous disons done que si deux candidats ggalement 
capables et honnetes, jouissant d une probite* reconnue, 
Pun catholique et canadien-frangais, 1 autre d ori^ine 
^trangere et de croyance dilferentc, briguent les suffrages 
d uu de nos comte s , nous disons sans he siter que les 
electeurs doivent voter pour celui qui est leur frere par 
la foi, la langue et les couturnes. En agir autrement 
serait me connaitre 1 un des premiers devoirs de sa natio- 
nalite. Nos cornp itriotes d origine etrangere ne sont-ils 
pas plus fideles observateurs que nous de cette regie, qui 
est 1 expression uieme de la loi de la nature ? Si quel- 
qu un avait la-de^sus quelques doutes, nous lui conseiile- 
rions de consulter les annales parlementaires, et de nous 
dire combien d *. comtds ou Tdleuient pi otestant et breton 
domine ont envoy^ en chambre ou au Conseil Idgislatif 
des representants catholiques et canadiens-franais. 



AUTRES CONSEQUENCES DE LA DIUX1KME REGLE. 

Mais si 1 un de nos freres a renid la foi de ses ancetres, 
ou bien s il est du nombre de ceux qui, sans 1 avoir renide 
formelleraent, en ont abandonn^ la pratique et rejnte en 
partie 1 enseignement, parce qu ils ne le trouvent pas en 



213 

harm on ie avec leurs theories progressives et 
app uiient a ct tte classe de liberaux qui se prociament 
independants de tout, en pnlitique, et dont le premier 
principe est la, separation de 1 ordre re.igieux davc 
i ordre civil et politique, malgre la condaum tion solcn- 
nelle de cette doctrine anti-chietierme par le Pape Pie IX, 
dans son Ency clique du 8 de"cembre 1864, oh ! alors, 
nous n hesitons pas a dire que cet hoiiime n est plus notie 
frere ; il a bri>e le plus fort des liens qui nous unissaient 
a lui. En abaudonnant la foi de nos pores, en deversant 
Tinjure et le mepris sur ce que nos meres nous ont nppris 
a, respecter le plus, il est devenu pour ncus plus qu etran- 
ger, il est devenu in.iuvai> 



D uis ce cas, mil dou e (jiie 1 electeur c tholique ne 
doive voter de pief -renue pour It; c ..ndid t prote-t nt, 
mais honneie et n deie obbervaU-ur de sa religion. La rai- 
son nous en parait claire : c est que ce dernier, tout en 
appartenant a une croyance differente, a cependant eon- 
serve plusieurs des verites chretiennes, auxquelles il croit 
sincerement ; tandis qite le premier n a du catholici^me 
que 1 ecorce, sans croire seneusemeiit a ses dogmes, et 
suitout a 1 autorite de 1 Eglise qui en est la base et le 
fondement. Ce qui revient a dire qu il n a pas de prin- 
cipes re jgieux arretes. 

Or, c est de ces hommes que parlent les Peres du 
Seme concile provincial de Quebec dans leur letire pasto 
rale, quand ils disent aux fideles confies a leurs soin^ : 
" Nous devons vous faire connaitre avant tout, Nos Tres- 
Chers Freres, quels sont dans ces mauvais temps les 
hommes qui en veulent a uotre foi ; et pour cela nous 
n avons qu a vous faire entendre la voix bien connue de 
notre immortel pontife Pie IX, qui nous dit a tons que 
ces terribles eunemis bont ceux ......... qui ne craignent 

pas de publier, pour tromper les peuples, que le Pontife 
romam et tous les ministres sacres de 1 Eglise doivent 
etre exclus de tout droit et de tout domuine sur les biens 
temporels ......... Ce qu il y a de plus deplorable, c est 

que ces funestes erreurs et beaucoup d autres, gagnent et 
penetrent meme dans les esprits religieux qui ne sont pas 



214 

sur leurs gardes, parce que ceux qui les proclament ont 
grand soin de cacher leurs noirs desseins sous les dehors 
de la religion, qu ils font semblant de respecter pour mieux 
tromper les simples." 

Done, en exposant cette regie, nous ne faisons que suivre 
I enseignement de nos eveques reunis en concile. Apres 
nous avoir recommande avec soin de nous defter de ces 
homines dangoreux pour notre foi, ils nous recommandent 
ensuite de faire toujours de bonnes elections ; de n en- 
voyer pour nous repre senter en parlement que des hommes 
disposes a reprimer le vice et a favoriser lo bien, et dont 
la premiere qualite, par consequent, est d etre franche- 
ment et sincerement religieux. 

Bien que les electeurs canadiens-frangais doivcnt prefe- 
rer un honnete et sincere protestant a un catholique sans 
pratiques et sans convictions religieuses, il ne s cn suit 
pas qu ils doivent rester tranquilles en presence de ces 
deux candidate, se contentant de voter pour celui qu ils 
croiront le plus acceptable. Non. En agissant ainsi, ils ne 
serviraient pas leur nation com me elle a le droit de 1 at- 
tendre d eux. Ils doivcnt s efforcer de trouver, parmi eux, 
un des leurs convenablement qualifi^, sous tous les rap 
ports, pour meriter leur confiance et les representor digne- 
m^nt dans la legislature. Pour ariver a cet heureux resul- 
tat, ils ne devront pas hesiter a faire tous les sacrifices 
d opinion et d interet personnels necessaires. Ce n est 
qu ainsi qu ils pourront se rendre le temoignage d avoir 
accompli honorablement le devoir que la patrie leur avait 
impose, et de lui avoir reudu le service qu elle exige d eux 
en ces circonstances solennelles. 



ARTICLE XXX. 

SUITE DES KEGLCS PROPRE3 A GUIDER L ELECTEUR DANS LE .CHOIX 
D CN REPRESENTAXT. 

Troisieme regie. Le depute doit etrs un homme assez 
age pour avoir appris les Iccons de la sagesse, par I cxpe 



215 

** 

rience meme de la vie ; et il doit avoir donn6 des preuves 
de son habilete dans les affaires par la position honorable 
d laqiidle il a su s clever: 

Tel est bien, croyons-nous, le veritable sens de ces 
paroles du legrslateur helbreux : " Choisissez des homines 
sages et habiles. " 

II ne suffit pas que le depute apparticrme a la nationa- 
lite de ses constituants, et qu il reside dans la locality 
qu il represente ; il faut de plus qu il soit un citoyen dont 
1 age et4a position sociale autorisent les electeurs a dire 
de lui: " C est bien la 1 homme sage et habile qu il nous 
est commande de choisir, pour aller en notre nom exercer 
les fonctions redoutables du legislateur." Commengons 
d abord par etudier la premiere de ces qualite s, et effor- 
ons-nous de saisir le veritable sens du mot sage. 

Dans le langage des livres saints, les expressions sage, 
sagesse, signifient avant tout crainte de Dieu et soumission 
a sa loi sainte. Ainsi, le prophete royal dit : " Le com 
mencement de la sagesse, c est la crainte du Seigneur." 
(ps. 110.) De meme il regarde comme le comble de la folie, 
1 oubli du Seigneur et le mepris de ses ordonnances : 
" L insense ou le non-sage a dit dans son coeur : il n y a 
point de Dieu." (ps. 13. 1.) 

Lors done que Mo ise recommandait a son peuple de 
choisir pour chefs, dans chaque tribu, des hommes sages, 
il entendait leur dire de choisir avant tout des hommes 
qui eussent la crainte de Dieu et qui fussent fideles obser- 
vateurs de sa loi. 

C est pour cela qu en parlant des devoirs du chef de 
1 Etat, il met en tete la connaissance de la loi divine. " Le 
roi arrive au pouvoir, dit-il, fera transcrire dans un livre 
cette loi de Dieu, et il 1 aura toujours avec lui. Tous les 
jours il la lira, afin qu il regne longtemps, lui et ses fils, 
sur le peuple d Israel." (Deut. 17. 18.) Pourquoi cette 
ordonnance qui oblige le chef du pouvoir civil a faire une 
etude speciale de la loi de Dieu ? N est-ce pas parce que 
cette etude donne la veritable sagesse, qu elie enseigne 
1 art du veritable gouvernement des peuples, en ensei- 



216 

> 

seiguaut les principcs eternels do la justice et do 1 equitd ? 
Or c e^t la tout le secret qui nrdutient une nation dans 
la p.dx et la pro.-pdritd. " La justice et la p;ix se sont 
embrasse es." (Ps. 84. la.) u (Test la ju^-tice qui e lcve un 
peuple." (Prov. 14. 34.) C est par une legislation en tout 
oonforme a la loi divine qu il jouira du bonheur, puisqu il 
est dit : " Heureux le peuple qui a Dieu pour matt-re et 
Seigneur." 

La consequence que Mo ise tire de I e tude assidue de la 
loi de Dieu par le chef de la nation, est extr.mement 
reniarqu^ble : " Tous les jours il la lira, dit-il, nfin quil 
regae tongtemps, lid et ses /?/*, sur le pt-uple d* Israel." 
Oui ! ne craignons pasde 1 affirmer, et il nous serait fticile 
de le prouver au besoin par les enseiguements de 1 his- 
toire, le renversement des trones, ( extinction des dy 
nasties, les bouleversements, les massacres des revolutions, 
ont leur cause premiere dans 1 ignorance ou 1 oubli des 
lois eternelles qui regissent les socidtds aussi bien que les 
individus. Ces lois sont la boussole infaillible qui dirige 
le pilote, lui indique la route a suivre, pour eviter les 
ecueils et les recifs sur lesquels son vaisseau ira infailli- 
blement se briser, s il s en ecarte tant soit peu. Elles sont 
les rails solides sur lesquels le char de 1 Etat franchira en 
surete la profondeur des abimes, mais en dehors desquels 
il doit necessairement se briser avec fracas, et tombcr en 
pieces au fond du gouffre. 

Que faudrait-il penser du pilote qui aurait la prevention 
de conduire sur I lmmensite des mers son vaisseau sans 
boussole ? De quel nom faudrait-il appeler le conducteur 
qui se plaindrait que 1 inflexibilite des rails gene la 
liberte de sa locomotive ? Tels sont evidemrnent les 
homines qui ont la modeste pretention de constituer la 
societe civile en dehors de la religion, et de la soustraire 
a 1 action et a la direction de la loi divine. L Esprit-Saint 
les a qualifies energiquement : " Ce sont des insense s," 
et pourquoi ? parce qu ils ont dit dans leur coeur : " II 
n y a point de Dieu " en politique. 

Done 1 electeur qui doit confier son mandat a un homme 
sage ? devra choisir avant tout un homme qui connait les 



217 

enseignements de la religion et surtout la porte e de ces pn^ei- 
gn^rnents^dans leurs rapports . vec I ordre civil et politique. 

En consequence, il devra mettn- de cote, avt c UM grand 
soin, ces homines a doctrines nouvelies qui se proclamerit 
wdepetidaiits en politique, et qui pre endent follement 
conduire la societe au comble de la prosperite par des 
routes inconnues a tons ceux qui les ont precedes, mais 
dont la premiere condition est Fabandon du vicux sentier 
de 1 enseignement catholique. 

*** 

QUELQUES FAITS REMARQ^ABLES DE L lIISTOIRE SAINTE VIEXXEXT 
CONFIRMER L lMPORTANCB DE CETTE RECOMMANDATION PAITE AU 
PEUPLE, DE CH01SIR POUR CHEFS ET JUGES DBS HOMMES SAGES. 

Salomon, eleve avec tant de soin par le saint roi D;ivid, 
et prepare des ses plus tendres annees a 1 art si difficile 
de porter dignement la couronne et de tenir sagement 
le sceptre, se sent effraye a la vue des difficulties quejui 
presente le gouvernement du peuple dont Dieu Fa etabli 
le chef. Arrive au trone au printempe de la vie, il se 
defie de Fardeur et des emportements du jeune age; son 
inexperience dans les aff tires, son peu de connaissance des 
hommes, lui font sentir ce qui lui manque. 

Cependant, le Seigneur le regardait d un 031! de com 
plaisance, et ne voulait pas que Tdpreuve fut au-dessus 
de ses forces. Dieu lui apparait done et lui dit : " De- 
mandez-moi ce que vous voulez que je vous donnc." 

Salomon lui repondit : " Maintenant done, 6 

Seigneur mon Dieu, vous m avez fait rdgner, uioi votre 
serviteur, en la place de David mon pere ; mais je ne suis 
encore qu un enfant qui ne sait de quelle maniere il doit 
se conduire. Et votre serviteur se retrouve au milieu de 
votre peuple qui est innouibrable a cause de sa mul 
titude Donnez-moi la sagesse et 1 intelligence, afin que 
je sache comment je dois me conduire a 1 egard de votre 
peup;e ; car qui pourrait gouverner dignement un si grand 
peuple ? Je vous supplie done dc donner & votre serviteur 



218 

un coeur docile, afin qu il puisse juger votre peuple et dis- 
cerner le bien d avcc Ic mal." Le Seigneur agr^a cette 
demande et lui dit: " Parce que vous m avez fait cettf 
demande, et que vous n avez point desire que je vous 
donnasse un grand nombre d annees, ou de graudes ri 
chesses, ou la vie de vos ennemis, mais que vous ni ave2 
demande la Sagesse pour discerner ce qui est juste, j ai 
deja fait ce que vous m avez demande et je vous ai donn^ 
un coeur plcin de sagesse et d intelligence, etc." 

Ce passage si remarquable, que nous sommes forct! 
d abreger, nous enseigne clairement que la veritable sa 
gesse est la premiere qualit^ de 1 homme d etat; c est elle 
qui eclaire 1 intelligence, et trace d une main sure k 
limite precise qui separe le bien du mal. C est elle qu 
montre avec certitude le but qu il faut atteindre, et en 
seigne les moyeris qu il faut employer, le chemin qu i 
faut suivre pour y arriver surernent. 

Moi, la Sagesse, est-il dit au ch. 8 des Proverbes 
j habite dans le conseil. A moi la prudence et la force 
Les rois regnent par moi ; et c est par moi que les legis 
lateurs ordonnent ce qui est juste. Les princes coinman 
dent par moi, et c est par moi que ceux qui sont puissant; 
rendent la justice. Aussi ceh.u qui connatt le prix de L f 
sagesse n hesite pas a la preferer aux richesses et a 1? 
longue vie." 

La priere de Salomon nous fait aussi connaitre que h 
-sagesse n est point le partage du jeune age, au moms dan; 
le cours ordinaire des choses. La sagesse est le frui 
d une etude consciencieuse des principes de la justice e 
de 1 equite ; elle est le re sultat de 1 observation attentiv< 
des lois providentielles dans le gouvernement des chose; 
de ce monde. C est surtout a 1 ecole de la vie qu il fau 
en faire 1 acquisition. 

L histoire nous raconte la longue paix, la prospe riti 
sans pre ce dents, et toutes les splendeurs du regne de c> 
roi, le plus sage des hommes. Ce fut sous ce regne illus 
tre que le peuple juif atteignit 1 apo^e de la grandeur e 
de la puissance Rationales. Grande et sublime lec.oi 



219 

pour tous ceux qui par leur vote doivent concourir a don- 
ner a leur patrie des legishteurs et des gouvernants. 

Un autre fait tout aussi propre a deinontrer la ne ces- 
sitd de faire assister la sagesse aux conseils des nations, et 
a faire ressortir avec eclat les malheurs reserves aux peu- 
ples qui dedaignent ses salutaires enseignements, c est la 
conduite du jeune Roboam, au commencement de son 
regne. 

Le peuple, fatigue des charges qu avuient fait peser sur 
ses dpaules les prodigalites et les exces qui signalerent la 
fin du regne de Salomon, parce que ce grand roi avait 
fini malheureusement par ceder aux eaivfiements de la 
puissance, a la seduction et aux entrainements des ri- 
chesses et des plaisirs ; le peuple, accable des taxes qu il 
lui avait imposdes, s en vint trouver son fils Roboarn, a 
son* avenement au pouvoir, et le prier d alleger un peu le 
fardeau qui 1 accablait. " Revenez dans trois jours, leur 
dit ce jcune prince, et je vous repondrai." Puis il tint 
conseil avec les vieillards qui assistaient devant Salomon 

son pere et leur dit: " Quelle reponse me conseil- 

lez-vous de faire a ce peuple ? " Ces homines sages lui 
dirent: " Si vous ecoutez maintenant ce peuple, et que 
vous leur cediez en consentant a leur demande, et leur 
parlant avec douceur, ils vous serviront a jamais." 

Mais ce jeune prince cut 1 imprudence de mepriser les 
conseils si sages de ces vieillards, et alia demander aux 
jeunes gens eleves avec lui la rdponse qu il fallait donner 
a ce peuple qui s etait permis de lui dire: u Allegez le 
joug que votre pere a impose sur nous." Ces jeunes gens, 
aussi ardents qu inexpe rimente s, lui dirent : " Si vous 
parlez a ce peuple qui vous a dit : " Votre pere a appe- 
santi le joug sur nous, allegez-le ; " vous lui direz : " Le 
plus petit de mes doigts est plus gros que le corps de mon 
pere. Mon pere, dites-vous, a impose sur vous un joug 
pesant ; moi je le rendrai encore plus-pesant. Mon pere 
vous a frappes avec des verges, et moi je vous frapperai 
avec des scorpions." 

Au troisieme jour, 1 imprudent Roboam, abandonnant 
les conseils que lui avaient donnds les vieillards, parla 



220 

duremont au peuple qui e tait revenu pour entendre la re* 
ponse qu il ieur avail promise, et il leiir rdpondit selon le 
conseii des jeunes gens. Ce jeune priiice, ab .mdonn i 
sou aveug.tiiueiit par un juste jugfiiient de Dieu, ne vou- 
lut point dcouter la deniande si juste de ce peuple. Mai? 
il 1 exaspera par la durete de ses paroles, et le poussa a \t 
revolte par ses menaces intempestives. 

L histoire nous apprend les suites fatales d une con 
duite aussi etourdie. La guerre civile, et un pchismc 
malheureux divisa pour toujours la maison de Jacob 
Cette division deplorable f ut le signal de la decadence 
de la nation sainte ; eile pre~para les voies a la captiv.t{ 
de B byione, et aniena titialemcnt la dispersion complete 
des dix in bus qui foraiefvnt le roy m ne rebeile et schis 
in ttique d Isnel. Gi aude et lernbie legon ! Elle redil 
e loquemment le sort res il ve aux peuples qui aurunt I im 
prudence de coniier leurs destinees aux mains de quelquc 
nouveau Koboam, aide de conseillers aux aspirations ar 
dentes et aux idees progressives. 

II ne manque pas parnii nous de ces jeunes gens pre 
somptueux qui se croient nes pour prendre en main 1< 
timon d s affaires avaut d avoir appris a se conduire eux 
memes. Us orit li moieste prdtention d etre m litres 
avant d avoir dte disciples ; c.ipitames avant d avoir 6t( 
soldats, suivant la belle expression de St.-Jerome. A 
1 exempld de leurs patrons de TEurope rtivolutionnaire 
ils n htjsitent pas a croire qu eu vertu du progres moderue 
1 ordre des choses a ete renverse ; que la sagesse des vieil 
lards est de venue Tap mage des enfunts ; et qu au contrain 
la legerete, I imprdvoyance et Temportement du jeune age 
sont devenus le partage des homines muris par 1 etude e 
1 expdrience de la vie. 

Tout le bagage scientifique et la science gouvernemen 
tale d, ces nouveaux regdnerateurs consistent a mfipriser ci 
qui les a pr^cddes, homines et institutions, et a refaire, d< 
la base au soinmet, des socidtes qui selon eux ne rneriten 
plus de vivre. 

Malheur aux peuples qui feront 1 ^norme faute d< 
pretcr 1 oreille a la loquacite de ces jeunes gens qui on 



221 

des preventions u la science infuse etqui se croienthabiles 
sans avoir e*te" a l e*cole de 1 exj Science ! Le sort des infor- 
tune*s Israelites leur apprend ce qui les attend : la division, 
la guerre civile et la decadence nationale. Que sont en 
effet, pour ces homines de 1 avenir, les legons du passe et 
la sagesse des vieillardsl 

Si nous avons insiste sur cette premiere qualification 
du representant. c est qu elle est la plus import-ante de 
toutes et qu elle est mise en tte des a.utrcs. C est qu il 
est dit de la Sagesse : " Tons les biens nous sont arrives 
avec elle." C est que 1 ^crivain inspire nous apprend 
que qunnd Dieu est irrite* contre un peuple et qull veut 
le chatier, il dit : " Je leur donnemi pour chefs des 
hommcs qui n ont pas plus d intelligence que des cn- 
fantt." 

L histoire profane est ici parfaitement d accord avec la 
rdv^lation, el nous enseigne que tous les peuples qui ont 
compris les hauts enseignements de 1 exp^rience ont tou- 
jours eu le soin de confier le travail de la legislation a des 
homines sages, nmris par 1 age et la reflexion. Qu il nous 
suffise d en citer un ^eul exemple, pris chez le peuple le 
plus celebre de 1 antiquitd, le peuple roi. Qu etnit son 
senat, sinon I assemble e des vieillards ? C ir tel est le sens 
e*tymologique du mot Senatus par lequel on ddsignait ce 
grand corps d dtat. 

Nous concluons done a 1 affirmation de la regie e nonce e 
ci-dessus, que 1 electeur doit choisir pour representant un 
homme assez age pour avoir appris a 1 ecole de la re ve - 
lation et de 1 experience de la vie les premieres legons de 
sagesse indispensables a tout legislateur. 

=;=** 

SUIT! DE LA TROISIEME REGLE. 

A Phonnetetd et 11 Tintelligence, le depute doit encore 
loindre la connaissance des affiires et une aptitude con- 
venable pour toutce qui se nttache a leur administration. 
Car il n est pas seulement recommande de choisir des 






222 

hommes sages, mais encore liabiles. C est une quality 
que 1 electeur pourra reconnaitre et constater plus facile- 
ment dans le candidat qu il doit appuyer de son vote ; 
attendu qu il peut ici lui appliquer la regie evangdlique, 
et le juger, comrae 1 arbre, a son fruit, et non point a ses 
feuilles. Nous voulons dire que 1 habilete d un homme 
dans les affaires se reconnait par la prudence et le succes 
avec lesquels il les conduit, et non point par la facilitd et 
1 abondance avec laquelle il en parle. 

C est une chose qui nous a toujours singuliercment 
etonne, de voir la hardiesse de certains hoiimies a se poser 
devant nos populations comme docteurs et maitres passds 
dans les secrets de la fortune et 1 art de produire la 
richesse. A les entendre discourir, il n y a qu eux et 
leurs adeptes qui aient les talents et les lumieres ndces- 
saires pour administrer sagement la chose publique, faire 
avancer a grand pas la nation dans les voies de la pros- 
"perite . Les hommes iutelligents et expdrimentes, que la 
bonne conduite de leurs affaires personnelles aura recom- 
mandes a la confiance de leurs concitoyens, et portds au 
timon des affaires, ne sont, suivant eux. que des imbeciles 
malhonnetes ou des gaspillards dhontes. Et, pendant qu ils 
sont ainsi a vanter leur habiletd, en critiquant tout ce nui 
ne cadre pas avec leurs theories dcheveldes, regardez chez 
eux. La vous verrez un petit royaume dont ils ont 1 ad- 
ministration sans controle aucun. Comment le gouver- 
nent-ils ? Helas ! le bonheur et 1 abondance ont fui loin 
de leurs demeures. 

Les uns, heritiers d une fortune considerable, ont eu le 
funeste talent, par leur habile administration, de la dissiper 
en quelques "annees, et leur famille, vivant a la gene, 
n aura a recevoir d eux que 1 indigence, au lieu de 1 opu- 
lence que leur avaient le gue e leurs peres. 

D autres, moins bien servis par la fortune, ont demandd 
a 1 industrie ou au commerce une cariiere honorable et 
en meme temps lucrative ; et voila que le capital est 
venu comme de lui-meme se placer dans leurs mains 
Quels fruits a-t-il produits ? qu en ont-ils fait ? 

La banqueroute, la hideuse banqueroute, est venue 






223 



Trapper a leur porte ; elle a fait subir des pertes consi- 
itrables a leurs crdanciers trop confiants dans leurs pora- 
peuses promesses. Incapables de se releverde 1 abimeou 
ies a precipites leur incapacite, 1 impitoyable loi est venue 
leur enlever le beau litre de proprietaire. 

Voila Ies titres avec lesquels ils ont le courage de se 
presenter a la confiance d un college electoral. 

Inutile de dire que nous n entendons pas designer ici 
Ies hommes capables et integres que des accidents de force 
majeure et des evdnements incontrolables ont force ment 
^entraines dans la ruine et le malheur. 

Aussi ces citoyens respectables sont loin d avoir la har- 

diesse et Ies preventions de ceux dont nous parlons. 

Ces hommes prdsomptueux ont fait preuve de la plus 
Complete incapacite dans 1 administration du petit dtat 

que la divine Providence Ies avaient charge" de ^mverner, 
nous voulons dire leur propre famille. Sans le secours 
d une main amie et geuereuse qui leur a donne un abri 
et un lieu de repos, ils auraient eu la douleur d en voir 
Ies sujets se disperser avant le temps, et d aller eux-memes 
dcmander a des hommes plus habiles qu eux d utiliser 
leur travail pour Ies faire vivre ! 

Et dire qu on voit quelquefois certains de ces homme 3 
se poser devant leurs compatriotes comme des capacity s 
superieures, seules capables de sauver la patrie sur le 
bord de la ruine et de 1 arreter sur la pente de la banque- 
route ! eux qui n ont pu conduire leurs propres aifaires ! ! 
Yraiment, ce serait a n y pas croire, si Ton n en avait pas 
des exemples frappants sous Ies yeux ! Mais ce qui est 
peut-6tre encore plus surprenant, c est qu il y ait des 
dlecteurs qui, voyant cela de leurs yeux, ont encore une" 
confiance assez robuste dans" l habilet de ces hommes 
pour croire qu apres avoir mal administre leur affaire 
privee et personnelle, ils auront toute 1 habiletd ndcessaire 
pour bien conduire la chose publique. 

Non ; 1 electeur intelligent, qui se croit oblige" de donner 
& son pays un deput^ d une habilet^ reconnue dans Ies 
affaires, coinprendra done facilement cette regie que 



224 

I apotre St -Paul formule ainsi dans le choix des pasteurs 
de 1 Eirlise : u Si quelqu un ne sait pas gouverner sa 
propre nutison , comment pourra-t-il eonduire 1 Eglise 
de Dieu ? " Nul doute que, dans 1 occasion, cet e*lec eur 
con^ciencieux ne se rappt lie cette regie si sage, et n en 
fasse i application convenable en sedisant: "Comment 
un homuie qui n a pas su gouverner sa propre maison 
pourra-t-il gouvermT un pays tout entier, et le eonduire 
dans les voies de la prosperity et du bonheur? ". 

Ce que nous venons de dire de la sagesse et de 1 habi- 
lete necessair.es au repre seritant d un college Electoral, 
pour le mettre a la hauteur de sa position et le rendre 
capable de servir efficacement sa patrie, nous autorise a 
conclure qu il doit etre un homme occupant deja une 
positi n sociale propre a le recommander, et, par conse - 
quent, assez age pour avoir recu les premiers enseigne- 
ments de if sagesse a 1 ^cole meme de la vie social^ avec 
toutes ses difficulty s et ses tiraillements divers. C est un 
avantage que les annees seules peuvent procurer a rhoinme. 
Done, a moiris de circonstances tout-a-fait exceptionnelles, 
il ne faut point conn er le mandat d une representation i\ 
un homnie encore dans le jeune age et n ayarit point 
reussi a se creer un ^tablissement convenabie. Lui mettre 
en main la direction politique d un coaite ou meme d une 
division electorale, ce serait confier la conduite du vais- 
seau a un pilote qui n a pas de boussole. Nous 1 avons vu, 
la boussole de I hoiume d e tat, sur la mer orageuse de la 
politique, sur cette mer agitde de si frequentes tempetes, 
tiraillee par tant de courants divers, assombrie par 1 dpais- 
seur des nuages qui iui derobent la vue du ciel ; la bous 
sole de I hoinme d etat, disons-nous, c est un rayon de 
cette sagesse qui dirige Dieu lui-meme da -s le gouverne- 
rnent de 1 univers, et qui, d apres les lois de sa Providence, 
ne se communique a l homme qu avec les enseignements 
des annees et 1 expdrience des choses de la vie. 

A ce deTaut de sagesse et d experience inherent an 
jeune age, ajoutez cette ardeur irresistible qui le porte d 
secouer tout controle, ces aspirations brulantes vers un 
avenir qui le s?duit en se montrant a Iui sous les appa- 



225 

rences les plus trompeuses, il sera facile de coraprendre 
qu en 1 appelant au timon des affaires et le chargeant de 
eoncourir a leur direction, c est abannonner a Faction 
energique de la vapeur une locomotive que les rails, mal 
assures sur les coussinets qui les portent, seront impuis- 
sants a retenir dans le droit cliemin, et qui courra le plus 
grand risque d aller se briser contre quelque rocher, ou se 
precipiter dans quelqu abime. Temoin les jeunes con- 
seillers de Roboam. 

Enfin, un autre inconvenient que 1 on rencontre frd- 
quemnient chez les jeunes gens qui se lancent de bonne 
heure dans 1 arene politique, c est le besoin de se crecr un 
avenir. Combien n en a-t-on pas vu prendre cette direc 
tion, non point dans le but de servir leur pays et d utiliser 
dans 1 interet de leurs compatriotes les talents distingue s 
qu ils tenaient de la nature, mais bien dans le but d ar- 
river plus facilement a la fortune et aux dignitds par cette 
voie per fas et nefas. 

Or, ne faudrait-il pas que le jeune depute eut une vertu 
heroique pour register a la tentation de For et de Fambi- 
tion, lorsque quelqu emissaire, Tor en main, les promesses 
sur les levres, viendra lui demander 1 appui de son man- 
dat et de sres talents au detriment meme de ses consti- 
tuants ? Quand on a vu des hommes au coaur gene reux 
et au patriotisme sincere, jouissant d une honnete inde- 
pendance et ayant un passe honorable a conserver intact ; 
quand on a vu, disons-nous, ces hommes succomber, au 
grand scandale de leurU amis et de leurs electeurs, devant 
cette terrible epreuve de 1 or et des dignite s, abandon ner 
lachement le drapeau du devoir et de I honneur et trahir 
indignernent les interets qu ils s etaient engage s solennel- 
lement a d<3fendre, comment esperer que le jeune homme 
a la gene, qui a son avenir tout entier a crder, puisse 
resister a une aussi terrible tentation et demeurer fidele 
au poste de I honneur et du devoir ? Nous le repetons, il 
lui faudrait une vertu en quelque sorte surhumaine ; et 
nous ne croyons pas que I e lecteur prudent puisse comp- 
ter, pour le jour du danger, sur un courage aussi sublime 
mais si rare, surtout dans le temps ou nous vivons. Done, 

15 



226 

encore line fois, le depute* doit etre un homnie assez age* 
pour avoir appris les logons de la sagesse et donne" des 
preuves de son habiletd par la position honorable a laquelle 
il a su s elever, mais surtout des preuves de son hon- 
netete par ses antecedents. 



ARTICLE XXXI. 

SUITE DES REGLES QDI DOIVENT GUIDER I/ELECTEUR DANS LE CHOIX 
D UN DEPUTE. 

Quatrieme Regie. Le diputi doit etre un liomme 
d une vie exemplaire, et d une probite reconnue dans la 
division electorate qui le choisit. 

Cette regie est pn-.?que le texte meme des livres saints. 
Yoici, en effet, coi^nent s exprime le le*gislateur hebreux : 
" Choisissez des honiv- - ... qui soient d une vie exeni- 
plaire et d une probity reconnue parmi vos tribus." 

Nous n hesitons pas a, le dire : c est ici la veritable 
pierre de touche pour reconnaitre la valeur resile d un 
candidat. Combien dliommes vous developpent avec un 
talent remarquable les plus belles theories sur 1 ordre so 
cial, le fonctionnement des gouvernements, 1 dconomie 
politique, la ndcessite de la religion pour la paix et le 
bonheur des peuples ! A les entendre debitor leurs elo- 
quentes harangues, 11 lire leurs savants ecrits, rien de plus 
sagement pens6, rien de plus habilement dit quo les con 
ceptions politiques et sociales de ces homines; cependant 
est-ce la une garantie suffisante pour 1 electeur prudent ? 
Peut-il, sans aucune crainte, donner toute sa confiance a. 
celui qui parle si bien, qui ecrit avec tant de sens ? L E- 
crivain inspire nous dit qu il faut encore quelque chose 
de plus ; car apres avoir dit : " Choisissez des homines 
sages et habiles, il ajoute : qui soient d une vie cxemplaire 
et d une probite reconnue dans vos tribus." Ce qui re- 
vient a, dire qu il faut exiger dans i horn me a qui Ton 
remet la garde et la protection de ce que Ton a de plus 



22T 

cher au monde, la foi et la langue de nos ancetres, nos 
institutions nationales, la prospe rite du pays tout entier, 
il faut exiger dans cet homme plus que des paroles, mais 
des actes qui nous prouvent que son coeur est d accord 
avec sa bouche et sa plume. 

Ici, nous pourrions nous pargner la peine d entrer dans 
aucun de veloppenaent, pour signaler a nos lecteurs quels 
sont les hommes vraiment dignes de toute leur confiance, 
et quels sont en mme temps les ambitieux ego istes qu ils 
doivent regarder comme leurs plus dangereux cnnemis, et 
qu ils doivent, en consequence, eloigner avec soin de la 16- 
gislation et du gouvernement de leur pays. Ce travail a 
e te fait il y a quelques annees par un compatriote aussi 
distingue par son talent comme crivain, que par son 
zele ardent et dclaire a promouvoir nos int^rets religieux 
et nationaux. Ce veritable ami du peuple canadieri a 
fait un livre aussi solidement pense qu elegamment dent 
dont nous ne saurions trop recommander la lecture a ceux. 
qui de sirent sincerement connaitre leurs devoirs de ci- 
toyens. Ce livre, il 1 a intitule : " Le Conseiller du Peu 
ple." Nous n hdsitons pas a le dire, c est un conseiller 
sage et e claire, qui ne peut manquer de conduire dans le 
bon chemin ceux qui le consulteront attentivement et qui 
seront fideles a suivre ses avis. Nul doute que si notre 
peuple voulait se donner la peine de consulter au besoin 
ce Conseiller si bienveillant, on ne vit bientot renaitre 
parmi nous la Concorde et 1 union qui ont fait la force de 
nos peres au temps de I e preuve. 

Nous trouvons dans les deux premiers chapitres, inti- 
tule s : " Le peuple et ses amis ; " et Le peuple et ses 
ennemis, tous les developpements propres a ^lucider la 
regie que nous avons formulee en tete de cet article. Nous 
croyons ne pouvoir mieux f;dre que d y renvoyer nos lec 
teurs, et-de nous en tenir ici a dire quelques niots sur les 
rapports du candidat avec l autorite religieuse et civile, 
comme tant le moyen le plus propre a s assurer de la sin- 
c^rite de ses sentiments. S il est bon clire tien et bon 
citoyen, il doit savoir rendre a Dieu, ce qui est a Dieu et 
a C^sar ce qui est a Cdsar ; c est-a-dire le respect et 1 



228 

issance a qui de droit, tant dans 1 Eglise que dans PEtat. 
Voila ce que nous semble la premiere condition d une vie 
vrainient exemplaire. 

*** 

LE CAND1DAT COMME CHRETIEN. 

. Sans doute que c est deja beaucoup que les principes 
d un candidat soient d accord avec ceux de la religion 
qu il professe ; mais Fessentiel, le plus important, c est que 
ses actes et 1 ensenible de sa conduite soient aussi d accord 
avec ses priucipes. 

Quel fond, en effet, peut-on faire sur un homme qui dit 
d une faon et agit ensuite de 1 autre ? C est de ces hom- 
mes que 1 apotre St.-Paul a dit : " Us font profession 
dans leurs discours de connaitre Dieu ; mais par leurs 
actes, ils le nient, ils sont rebelles et incapables d aucun 
bien." Peut-on stigmatiser plus e nergiquernent ces hom 
ines qui se disent catholiques, pour capter la confiance de 
ceux dont ils" demandent les suffrages, et qui en rdalite 
ne remplissent aucun des devoirs que 1 Eglise nous prescrit. 

Mais voici qui est pire encore. On en verra meme 
quelquefois qui ne se contenteront pas d une indifference 
pratique, en conservant une foi purement speculative ; 
mais tout en professant un respect hypocrite pour la reli 
gion, dans leurs discours et leurs ecrits, tout juste ce qu il 
en faut pour ne pas alarmer la conscience trop religieuse 
de ceux a qui ils s adressent, ils seront toujours a criti- 
quer, a contrecarrer les pasteurs que Dieu leur a donnes, 
de rnaniere a, paralyser tous leurs efforts pour 1 avance- 
ment moral et la prospe rite de leurs paroisses. Au lieu 
de trouver dans ces hommes le concours bienveillant qu ils 
avaient le droit d en attendre, les pasteurs qui ont passe* 
tour-a-tour dans ces paroisses les ont constamment trou- 
v6s a la tete d une opposition systematique qu ils diri- 
geaient souvent avec une habilete digne d une meilleure 
cause, dans le but bien arrute de gener de plus en plus 
1 action du pretre, et de diininuer 1 influence si salutaire 



229 

dont il doit ndcessairement jouir aupres des fideles confids 
a ses soins, pour operer efficacement le bien. 

Comment 1 electeur sincerement catholique pourra-t-il 
croire qu un homme dont les actes sont en contradiction 
aussi flagrante avec les paroles et les dents, defendra cou- 
rageusement, protegera efficacement, dans les conseils de 
la nation, la libertd d une religion qu il gene autant qu il 
le peut, dans la personne de ses ministres, a chaque fois 
que 1 occasion s en presente ? 

Nous devons cependant le dire, malgre 1 habiletd rdelle 
de quelques-uns de ces hommes, et le soin qu ils prennent 
de se donner un vernis religieux, la mauvaiso disposition 
de leur cceur perce souvent et se montre a nu a I o3il at- 
tentif et prudent ; et il ne manque pas de ces citoyens 
clairvoyants qui en aient releve les mauvaises tendances, 
et signale les dangers a leurs compatriotes sans defiance, 
qui leur avaient donne une pleine ct entiere confiance. 

La premiere condition d une vie exemplaire est done la 
fide lite a son Dieu, non-seulement dans les paroles, niais 
encore et surtout, dans les actes, dans 1 acconiplissement 
fidele de ses devoirs religieux. jD est la, nous le repetons, 
la meilleure garantie que 1 electeur puisse trouver dans 
son representant, pour 1 exe cution fidele du mandat qu il 
lui confere par son vote. 

Done, 1 electeur prudent et consciencieux devra d abord 
dtudier son candidat comme chrdtien, et s assurer, suivant 
la reconimandatkm des livres saints, que sa vie est rdelle- 
ment exemplaire sous ce rapport. 



LE CANDIDAT COMME CITOYE.V. 

II devra ensuite 1 etudier CDinme citoyen ; et d abord, 
dans ses rapports avec 1 autorite civile etle gouvernement 
de son pays. Ici il devra encore rechercner si les actes et 
la conduite du candidat qui sollicite son appui sont d ac- 
cord avec ses paroles. Si son de vouement aux inte rets de 
ses compatriotes, et son attachement aux institutions de 



230 

sa patrie, sont en harmonie avec les belles choses qu il dd- 
bite sur le patriotisme. 

Rappelons d abord la doctrine e vange lique sur le res 
pect et la soumission dus aux personnes constitutes en au- 
torite. L ecrivuin inspire nous enseigne clairement que le 
pouvoir dont ces honimes sont revStus vient de Dieu ; et 
que, dans Fexercice de ce pouvoir, ils sont ses ministres 
memes. En consequence, il nous ordonne de leur rendre 
1 honneur, le respect et la soumission qui leur sont dus ; 
parce que, dit-il, ils sont les ministres de Dieu pour votre 
bien. 

Nous devons ici signaler une errcur bien grave relati- 
veinent a cette doctrine. II ne manque pas d hommes et 
d ecrivains qui posent en principe qu il faut, pour la bonne 
administration de la chose publique, que le gouverne- 
ment se trouve toujours en face d une opposition rdgulie- 
reinent organised et qui ait pour mission de lutter sans 
cesse, jusqu a ce qu enfin elle ait renverse les hommes du 
pouvoir, pour monter a leur place et recommencer la lutte 
en sens inverse. Nous le rdpetons, c est la une bien grave 
erreur, et un celebre publiciste a dit que c e tait etablir la 
revolution en permanence. 

Nous savons bien que les gouvernants peuvent abuser 
du pouvoir, et que, mme avec la meilleure volonte du 
ruonde, ils peuvent manquer des lumieres et de 1 dnergie 
ndcessaires aux vdritables hommes d Etat. Aussi, si d un 
cote nous abhorrons la demagogic, de 1 autre nous detes- 
tons le despotisme. La vdritd est done que le gouverne- 
ment, pour offrir toutes les garanties desirables de sagesse 
et de force, a besoin d un controle, et ce controle il le 
trouve dans les grands corps de 1 Etat, qui sont la pour 
1 aider, le conseiller, et 1 eclairer dans 1 action legislative, 
et ce controle ainsi exerce avec sagesse et moderation don- 
nera a un peuple le meilleur gouvernement possible. Mais 
conclure d? la qu il faut necessairement une opposition 
quand m^me a ce gouvernement, et qu il devra emporter 
au bout de la bayonnette toutes les mesures qu il croira 
utile de prendre, c est etablir en principe une espece de 
guerre civile, qui aboutit 4 une division malheureuse 



231 

entre les citoyen s, laquelle se manifesto presque toujours 
dans les Elections par dcs violations regrettables de la paix 
et da bon ordre, et quelquefois meme par 1 effusion du 
sang. Non : le controle a exercer sur le gouvernement 
doit etre respectueux, sage et modere. Ce sont des freres 
et des amis qui discutent ensemble sur les moyens les plus 
propres a, servir leur commune patrie. Un controle, exer- 
c(5 avec celte moderation chretienne, sera certainement 
beaucoup plus efficace pour maintenir les hommes du gou 
vernement dans les limites du devoir, et conserver Punion 
et la concorde dans la nation. 

Mais une pareille doctrine ne fait pas 1 aftaire des 
hommes que 1 ambition devore. Comment arriver au pou- 
voir si 1 on ne prouve que les hommes qui 1 ont en main 
en sont indignes par leur incapacity ou leur malhonnetete . 
De la leur mepris de I autorite dans les personnes qui 
en sont revetues. De la cette hardiesse avec laquelle ils se 
presentent devant leurs conipatriotes com me les seuls 
hommes capables de sauver la nation en peril. II ne sera 
peut-etre pas inutile de remarquer ierque ces hommes, 
qui semblent nes pour la lutte et 1 opposition dans 1 ordre 
politique, sont presque toujours les monies que Ton trouve 
aussi en lutte sur le terrain religie*ux, et en opposition a. 
leur cure et a leur eveque. 

Done, Telecteur vraiment chretien et ami de son pays 
s eiForcera de les reconnaitre, ces hommes, et de les 
eloigner avec soin de la representation nationale. 



QUE LES CHARLATANS POLITIQUES NE SONT PAS EONS CITOYENS. 
AB3ALON LEUR TYPE. 

% 

Mais comment les reconnaitre, ces hommes ? Ils sont si 
habiles a deguiser lours veritables sentiments ? Ils expo- 
sent avec tant d art leurs plans et leurs systemes ! Ils 
sont si eloquents dans rexpre.^piou lo leur patriotisme et 
de leur devouement aux int^rcts do leur patrie ! Ils sont 
si adroits a s insinuer dans 1 esprit, et a gagner le C03ur 



2S2 

du peuple, que des h,ommes d une intelligence peu com 
mune souvent s y laissent prendre, et se font leurs plus 
zekjs partisans ! O est la prdcisdment que se trouve la 
grandeur du danger ct la plus grande difficult^ a sur- 
monter pour faire disparattre la division du milieu de 
nous, et y ramener la concorde et 1 union. Ces homines 
sont certainement peu nombreux, et nous ne ferons pas a 
la plupart de ceux qui les suivent 1 injure de leur attri- 
buer les idees dangereuses, quelquefois impies, de leurs 
systemes, encore bien moins les sentiments deioyaux de 
leurs coaurs. Non ; et nous aimons a le reconnaitre ici, la 
plupart des homines qui se sout mis a la suite de ces 
ambitieux aiment sincerement leur patrie, et croient la 
servir utilement en marchant sous leur commandement. 
Comment done les reconnaitre^de maniere a ne s y point 
tromper ? comment les signaler de maniere a ouvrir les 
yeux meme a leurs plus diSvouds amis ? 

Ici encore 1 histoirc sainte nous vient en aide ; elle jette 
une grande lumiere sur ce sujet. Dans 1 histoire d Ab- 
salon, elle nous presente le type le plus parfait des char 
latans politiques. Elle nous raconte les malheurs que ces 
ambitieux dgoistes peuvent attirer sur un peuple, et nous 
signale en meme temps les caracteres auxquels nous pour- 
rons les reconnaitre. 

Voici ce passage remarquable : " Absalon se levant des 
le matin, se tenait a 1 entrde du palais ; il appelait tous 
ceux qui avaient des affaires, et qui venaient demander 
justice au roi. Et il disait a chacun d eux : D ou etes 
vous?... Yotre affaire me parait bien juste; mais il n y 
a personne qui ait ordre du roi de vous dcouter. Et il 
ajoutait : { Oh ! qui m etablira juge sur la terre, afin que 
tous ceux qui ont des affaires viennent .a moi, et que je 
les juge selon la justice ! Et lorsqus quelqu un venait lui 
faire la reverence, il lui tendait la main, le prenait et le 
baisait. 

II traitait ainsi ceux qui venaient de toutes les viiles 
d Israel demander justice au roi, et il s insinuait par la 
dans 1 affection du peuple." Telle est la conduite d un 
homme quo 1 ambition ddvore. 



233 

Etudions ce module, et voyons si dans ce type, qui ne 
pourra certainement blesser personne, il nous sera pos 
sible de reconnaitre les ambitieux qui ont seme la dis- 
corde parmi nous, et amene* cette division malheureuse 
qui pourrait avoir des consequences fatales. 

Absalon dtait 1 heritier presomptif de la couronne; 
avec un peu de patience, il serait arrive* legitimement au 
trone, et aurait ceint son front du bandeau royal aux 
acclamations de tout le peuple d Israel. Mais non : 1 am 
bition s est empare e de son coaur. Fils denature, il trouve 
que son pere vit trop longtemps. Sujet deloyal, il entre- 
prend de detroner son roi. II faudra pour cela en venir 
a, une guerre civile, le sang du peuple devra couler en 
abondance ! mais qu est cela pour 1 ambitieux ? Devant 
quel crime la soif du pouvoir devra-t-elle rcculer ? 

Les ambitieux de notre epoque ne sont pas, a la verite, 
assis sur la premiere marche d un trone ; mais qui sait si 
la Providence n en avait pas taille quelques-uns pour 
arriver au timon des affaires, et mettre au service de leur 
pays les quality s incontestables qu il lui avait plu dans sa 
bontd de leur departir ? Comme Absalon, ils ont livr 
leur C03ur aux entrainements de 1 ambition, et dans 1 ar- 
deur de leur soif du pouvoir, ils n ont pu se resigner a 
attendre le moment propice ou le chemin se serait ouvert 
comme de lui-meme devant eux, pour arriver au poste 
Eminent ou Dieu les appelait a servir leur patrie. Peut- 
etre aussi n e taient-ils appeles a la servir que dans un 
rang secondaire ; et dans leur orgueil ils ont dit : " Je 
monterai plus haut." 

Yoyons-les a 1 oeuvre. Ne dirait-on pas qu ils ont ^tudid 
a fond la tactique de leur mattre Absalon ? Avec quel 
soin ne s efforcent-ils pas de s insinuer dans Taffection du 
peuple ! comme ils s empressent de lui presenter les plus 
cordiales salutations, de lui donner des poignees de main, 
de s informer de ses affaires, de lui donner toutes les 
marques du plus vif inte ret, et de lui temoigner la plus 
sincere affection ! ! " Votre affaire est bonne, mes amis, 
vous avez la justice et le droit de votre cots . " Avec 
quelle lachete* ils en viendront meme d le flatter dans ses 



234 

egarements, sans avoir le courage de lui dire franchement 
une vrite utile, au risque de lui deplaire ! Tel est le 
premier caractere des faux amis du peuple, le flatter ser- 
vilenient et s insirmer par tous les moyens dans sa 
confiance. 

C est ce que faisait Absaloa pour gagner le coeur des 
hoinmes d Israel. 

Apres cet dtalage de zele et de devouement hypocrite 
pour le peuple, critiquer le gouvernement, calomnier les 
homines revetus de 1 autorite, les accuser de mai admi- 
nistrer les affaires, et de negliger les interets du peuple : 
telle fut la conduite du fils denature du saint Roi David. 
Voyez si ce n est pas de point en point celle de nos char- 
latants politiques. A les entendre, les hommes eminents 
que la confiance de leurs concitoyens a portds au pouvoir, 
et que leur capacite y a maintenus a travers mille difficul 
ty s, ces hommes ne sont que des imbeciles sans valeur, 
des gaspillards eliontes et malhonnetes, ou des niais sans 
prdvoyance, qui ne voient pas 1 abime ou doit bientot 
s engouffrer la barque de 1 etat dont ils ont la direction. 

Ainsi, le second caractere de ces hommes, c est de souf- 
fler dans le coeur du peuple le mdpris de 1 autorite, en 
d^gradant dans son esprit les hommes qui en sont revetus, 
fallut-il pour cela mentir impudemment comme Absalon, 
qui n hesitait pas a calomnier ainsi un roi que Dieu lui- 
meine nous declare avoir ete selon son coeur. C est ainsi 
que Ton prepare les populations a la revolte, et a toutes 
les horreurs des guerres civiles. 

Mais continuons. Apres avoir ainsi vilipend^ les hommes 
que Dieu lui-mehne nous commande de respecter parce 
qu ils sont ses ininistres et les represantants visibles de son 
autorit^ sur la te* re, ecoutons ce qu ils ont a dire d eux 
memes : " Oh! qui rn etablira juge sur la terre, afin que 
tous ceux qui ont des affaires viennent a moi, et que je ies 
juge selon la justice ! " Voilii bien leur tuctiqu e. II n y 
auia de bon gouvernement, de sage administration des 
affaires, de protection efficace des interets du peuple, que 
quand ils seront arrivds au pouvoir. Eux seuls ont assez 



235 

de lumieres et de de vouement pour operer le salut de la 
nation. " Oh ! qui m etablira juge sur la terre ! " Voila le 
grand but a atteindre, et pour y arriver, devant quels 
moyens reculeront-ils ? Helas ! 1 histoire d Absalon nous 
apprend qu apres avoir forme un parti assez nombreux 
pour lutter avec quelque chance contre son roi et son pere, 
il ne recula ni devant la guerre civile, ni devant le parri 
cide ; et le peuple paya de son sang la faute qu il avait 
commise en pretant 1 oreille aux calomnies de cet ambi- 
tieux, et en se laissant seduire par ses pompeuses promes- 
ses et ses basses flatteries. Qui pourrait dire ce que nous 
reserve la division intestine qui paralyse en grande partie 
notre puissance d action, en presence des adversaires nom 
breux de notre nationalite ? Le remede a ce grand mal est 
dans la main des electeurs. Choisissons des hommes sages 
et halites, mais surtout des hommes d une vie exemplaire 
et d une probite reco?mue, qui sachent rendre a I autorite 
religieuse et a I autorite civile, en leur qualite de Chretiens 
et de citoyens le respect et Vobiissaace qui leur sont dus, 
et dont la religion nous fait un des devoirs les plus impor- 
tants. 



ARTICLE XXXII. 

LES PRIN CIPSS QUI DOIVEXT GUIDER L ELECTEUR CHRETIEN PANS LE3 

ELECTIONS SONT PBU CONNUS ET GENERALEMENT MAL OBSERVES. 

NOS DIVISIONS NOUS TUENT. 

Nous avons recherche* avec soin et e tudie les principes 
qui doivent guider 1 electeur chretien dans le choix^d un 
depute, et nous les avons exposes aussi clairement qu il 
nous a ete possible. Pourquoi faut-il avoir a dire qu en 
faisant cette etude, nous n avons pu nous d^fendre d un 
sentiment de profonde tristesse a la vue de 1 oubli general 
et du ine pris criminel des sages regies qu ils prescrivent ? 
Pourtant il est vrai de dire que ces principes sont grave s 
dans notre Sine, tant ces enseignements des livres saints 
trouvent d e cho dans nos coeurs. 



236 

Les consequences fatales qu ont ddja, entraindes pour 
nous ces violations coupables de 1 une des lois les plus 
vitales de la socidte, puisqu elle louche a, la base meme de 
son organisation, les malheurs encore plus grands qu elles 
nous preparent inevitablement dans un avenir peut-etre 
assez prochain, nous autorisent, croyons-nous, a signaler a, 
nos eorupiitriotes la cause et les consequences de ces crimi- 
nelles deviations du devoir, Icsquelles ont souvent amene 
dans les elections des desordres scandaleux autant que 
dd?honorants. Le resultat en a dte que des colleges dlec- 
toraux ont envoye au parlement, non pas des hommes 
selon le coeur de Dieu, sages et habiles, d une vie cxem- 
plaire et dune, probite reconnue, mais des hommes tels 
que Dieu les donne quand il veut chatier un peuple, des 
intrigants ambitieux de la trempe d Absalon. Us ne 
savent guere que natter les prejuge s populaires, et vili- 
pender 1 autorite, afin de souffler plus surement la division 
dans nos r.-mgs et faire ainsi leur chemin. 

Pourtant, defendre 1 honneur du drapeau national, se 
ranger sans distinction de parti en une phalange serr.ee 
autour de celui qui le porte, et prdsenter courageusement 
un front inattaquable a tous ceux qui voudraient lui 
lancer la boue, 1 abattre etle ddchirer, voilabien, pensons- 
nous, un des premiers devoirs du veritable ami de sa 
nation. Ceux-lii done qui, par ambition, par esprit de parti 
ou par attachement a des theories et a des doctrines so- 
ciales et politiques que repousse 1 enseighement catho- 
lique, ne veulent jamais ceder d un iota, etn hesitent pas, 
en presence de 1 ennemi commun, a faire bande a part et 
a jeter la division parmi les leurs ; ceux-la, disons-nous, 
ne comprennent pas le premier devoir du citoyen, le prin- 
cipe vital de 1 union. Ne pourrait-on pas dire de ces 
hommes qu ils sont plutot disciples de Machiavel que de 
1 Evangile ? Car Machiavel a dit : " Divide et impera, " 
jetez parmi eux la division, et vous les dominerez faciie- 
ment ; tandis que le Sauveur nous dit : a Tout royaume 
divise contre lui-meme ne peut subsister." 

L union, c estlavie, c est la force d un peuple, et This 
toire de nos peres en est une preuve bien dclatante, C es 



237 

par la force do 1 union qu ils ont soutenu ces luttes hd- 
roiques qui ont jete sur notre origine une aurdole de 
gloire si brillante et si pure ; c est par Turnon qu ils ont 
traverse sans sombrer les tempetes qui ont accompagne 
et suivi la conquete ; c est par 1 union qu ils ont dejoue 
toutes les tentatives d un gouvernement jaloux et defiant 
pour les detacher de leur clerge, ce gouvernement com- 
prenant bien qu une fois le lien religieuxrompu, il aurait 
beau jeu des autres e le ments de notre nationality ; c est 
par 1 union qu ils ont resist^ aux efforts d une oligarchic 
despotique qui les a tyrannise s pendant tant d annees, mais 
qui n a fait par la que developper et donner plus d energie 
a ce sentiment, a cet esprit national si vivace dans leurs 
coeurs. Si. ces faits de notre histoire prouvent que 1 union 
de nos pres a dte pour nous le principe de notre vie et 
de notre force nationale, il n est pas moins certain que la 
division malheureuse qui a pdnetre dans nos rangs, et 
qui a partage les Canadiens-Frangais comme en deux 
camps ennemis, renfenne un principe de decadence et de 
mort. Nous n hesitons pas a le dire et a le signaler a 1 at- 
tention de icus ceux qui ont a coeur notre avenir comme 
peuple. Nous sommes en face du plus grand danger que 
notre nationalite ait jarnais eu a courir ; et ce danger ne 
vient pas du dehors, ni du nombre et de I habilete des 
ennemis de 1 element frangais et catholique en Canada, 
mais ce danger se trouve dans cette division fatale qui 
paralyse nos forces, detruit nos moyens d action et nous 
laisse pour ainsi dire sans defense devant Pennemi 
commun. 

C est ce qu avait fort bien compris 1 un des plus habiles 
ennemis de notre race, lord Durham. Apres avoir constate, 
par 1 e tude de notre histoire, que tous les efforts tentes 
j usque-la pour anglifier les Canadiens-Frangais avaient 
completement echoue devant 1 union de nos peres et leur 
attachement inebranlable a leurs principes religieux, cet 
homme intelligent conseilla une autre tactique, et indiqua 
les moyens a prendre pour souffler au milieu de nous 
1 esprit de division. 

L arnbition et 1 imprevoyance de quelques-uns des 
notres ne Font malheureusement que trop bien servi. 



238 



DBS CAUSES QUI ONT AMEXi PARMI NOUS LA DIVISION. LA PREMIERI, 
C EST LE LIBERALISMS ANTI-CHRETIEN QUI S EST IMPLANTE ICI. 

A quelles causes faut-il attribuer cette division qui a 
deja pe ne tre si avant dans nos rangs, et qui menace 
d avoir pour notre peuple les consequences les plus fu- 
nestes, surtout dans les circonstances critiques ou nous 
nous trouvons ? Nous croyons qu elles peuvent se require 
aux quatre cliefs que voici : 

lo Le libe ralisme ind^pendant et anti-chre*tien de la 
vieille Europe, qui a trouve parmi nousquelquesadeptes; 

2o L ambition et la soif du pouvoir chez un plus grand 
nombre ; 

3o La cupidit^ et 1 amour de 1 argent st descendu jus- 
que dans la multitude ; 

4o Enfin, un vice que nous oserions presque appeler na 
tional, tant il se rencontre frdquemment parmi nous, et 
que nous avons observe* non-seuleinent ici en Canada, 
mais meme parmi les Canadiens qui vivent aux Etats- 
Unis, ou des etrangers nous en ont quelquefois temoigne 
leur etonnement. Ce vice, c est une espece de jalousie 
qui porte souvent a favoriser un homme d une origine dif- 
f^rente, de preference a Fun des notres. 

La premiere de cos causes est sans aucun doute la plus 
redoutable en elle-meme et dans ses consequences, parce 
qu elle porte directement atteinte au lien national le plus 
puissant, le lien religieux 1 unite* de foi. Nous croyons 
devoir conseiller a ceux qui en douteraient de relire ce 
que nous en avons dit aux articles IX et X. 

Nous devons meme dire que nous avons entrepris le 
present iravail pour conjurer principalement ce danger, 
que nous regardons comme le plus grand que nous ayons 
jainais eu a courir comme nation. 

Ces doctrines anti-catholiques du libe ralisme moderne, 
que le Grand Pape Pie IX a sulennellement condarnne es 
dans son admirable encyclique du 8 decenibre 1864, ont 
fait descendre 1 illustre nation frangaise, il n y a pas en- 



239 

core 80 ans, jusqu aux limites de la barbarie la plus 
atroce ; elles ont mend sur les bords de 1 abime ce peuple 
gdndreux qui marchait depuis des siecles a la tete de la 
civilisation. 

Deja nous avons eu occasion de dire que la Providence, 
qui veillait avec tant de soin sur notre peuple naissant, 
1 avait mis sous la protection du drapeau britannique 
pour le soustraire aux funestes consequences de ces doc 
trines qui allaient presque tuer la nation le plus forte- 
ment constitute de toute 1 Europe. 

Hdlas ! I immensitd de 1 ocdan n a pu nous soustraire 
aux influences deldteres de ces doctrines anti-sociales 
prechdes sur tous les tons depuis plus d un siecle par des 
philantropes a rebours qui se sont modestement donnd 
la mission de refaire 1 oeuvre de Jesus-Christ lui-meme, 
et de rdgenerer le genre humain tout entier, en prdten- 
dant lui cnseigner les veri tables voies du progres, incon- 
nues jusqu a eux. Us se sont mis a, I osuvre avec une 
ardeur incroyable, depuis le grave philosophe jusqu au 
leger feuilletoniste, pour precher Tindependance absolue 
de la raison, et renverser 1 ancien edifice social appuye sur 
le dogme catliolique de 1 autorite. 

II y a quelques amides, de jeunes Canadiens, en petit 
nombre a la verite, se sont laisses quelque peu dblouir 
par les pompeuses promesses de liberte, de progres et de 
bonlieur que font ces rege nerateurs orgueilleux ; et quel- 
ques-uns malheureusement ont fini par porter a leurs 
levres ces coupes empoisonnees; malgre les avertissements 
de 1 Eglise leur mere, ils ont avale le poison fatal qui a 
tud dans leuf ame la vie de la foi. Les symptomes de 
ce deplorable changement se manifestent par leurs sym 
pathies pour les revolutionnaires enrages de 1 Europe qui 
font depuis sept ans unc guerre impie au Chef de 1 Eglise. 
Ces syniptonies se manifestent encore par la repulsion 
instinctive qu ils ont centre le clerge. et par 1 horreur 
qu ils eprouverit a voir les prctres s occuper des questions 
politiques, quand ces lu:-mmos t cl;;ires et vertueux le ju- 
gent convenable et utile a la religion dont ils sont les 
defenseurs-nes. On dirait que ces infortunes compa- 



240 

triotes, une fois qu ils se sont imbus de ces principes libe - 
raux et anti-catholiques , ne peuvent plus comprendre 
qu un pretre puisse etre un bon citoyen et aimer son pays 
autant qu eux. De la cet esprit hostile qui respire dans 
leurs discours et leurs ecrits, et les efforts constants qu ils 
font pour jeter dans les esprits le soupgon et la defiance a 
regard du pretre, et amener finalement une scission entre 
le clergd et le peuple. 

Ces changements si de plorables qui se sont produits 
dans les chefs, se manifestent plus ou moins dans ceux de 
leurs partisans qui lisent assidument leurs journaux et 
qui ont pris sans s en douter le poison de leurs mauvais 
principes. Nous ne craignons pas d en appeler au temoi- 
gnage ineme de leur conscience. Combien n y a-t-il pas 
de braves Canadiens, qui se disent et se croient encore 
bons catholiques, et qui ont cependant perdu complete- 
ment ce respect et cet attachement pour leurs pasteurs 
qu ils avaient regus de leurs bons parents ? Us se permet- 
tent de critiquer, de censurer 1 enseignement, non-seule- 
ment de leur curd, mais encore de leur eveque et meme 
du Pape. 

C est la, nous n hesitons pas a le dire, la cause qui a 
amend la division la plus profonde parmi nous, et qui a 
porte la plus grave atteinte a notre unite nationale, en 
s attaquant au lien religieux. 

Ne Poublions pas, notre mission comme peuple a un 
caractere dminemment religieux, ainsi que nous 1 avons 
demontre ; et si nous avons le malheur de nous laisser 
devoyer par ces liberaux irreligieux, Dieu saura bien se 
passer de nous, et apres avoir manque de corresponds a 
ses vues sur nous, il nous chatiera tres-certainement ; 
peut-etre, helas ! nous brisera-t-il comnie un instrument 
devenu inutile, et nous fera-t-il disparaitre au milieu des 
races etrangeres qui nous environnent. Car nous serons 
un peuple catholique, ou nous perirons. 



241 

DANGERS DB I/AMBITION ET DE LA CUPIDITE. 

La soif de For et 1 amour des honneurs et du pouvoir, 
pour etre moins redoutables que F abandon des principes 
catholiques, n en sont pas moins des causes formidables 
de division et de dsordres au temps des elections. 

L ambition et la cupidite donnent naissance a 1 esprit 
de parti ; 1 esprit de parti appelle a son secours la corrup 
tion ; et la corruption produit dans Fame Feffet des nuages 
dans le ciel : elle derobe la vue de la veritd Gomme ceux- 
la. ddrobent la vue du soleil. La corruption n aveugle pas 
seulement, elle rend sourd ; elle empeche d entendre les 
cris de la conscience. 

Yoici ce qu a dit de ces ddsordres un de nos dcrivains 
les plus distingues, Fauteur de Jean Rivard. II a ete plus 
a portee que beaucoup d autres d en bien constater les 
effets. Voici les paroles qu il met dans la bouche de son 
heros devenu membre du parlement: " C est singulier 
Feffet que produit la politique sur Fesprit et le co3ur de 
certains hommes. Parmi mes collegues, je vois des indi- 
vidus qui passent pour des modeles. dans la vie prive e ; 
affables, polis, bienveillants, ils seraient desoles de faire le 
moindre tort a personne. Mais dans la vie publique, ce sont 
des demons incarnes ; ils enragent sans cesse, et ne voient 
chez leurs adversaires que des hypocrites, des hommes sans 
honneur, des renegats. N attendez d eux aucune gene- 
rosite ; ils vous traiteront du haut en bas, si vous avez le 
malheur de les contredire ; grossiers, hableurs, imperti- 
nents, ils ne voient rien de bon que chez eux ou chez 
leurs amis. Ils sont constamment sur le point do decou- 
vrir un complot e pouvantable, une infamie monstrueuse ; 
leurs adversaires politiques sont a la veille de vendre le 
2wys et de nous livrer pieds et poings lies a la premiere 

puissance venue Les hommes qu ils ont denigre s, 

vilipendes lorsqu ils etaient leurs adversaires politiques, 
ils les (Sleveront jusqu aux cieux s ils deviennent leurs 

amis Que voulez-vous ? C est lafaute du systeme. 

On veut de Fesprit de parti, il faut 1 accepter avec ses 
conse quences, bonnes ou niauvaises." 

16 



242 

" L homme de parti, dit un auteur que j ai sous la 
main, voit tons les objets de profil. Quiconque sert ses pas 
sions est plein de mdrite ; qui lui nuit, est renipli de dd- 
fauts et de vices. Aveugle a la lumicre, sourd & la raison, 
il juge tout par son interet." 

Certes, on conviendra que le portrait n est pas flattd ; 
cependant il n a rien d exagdrd. Pour tout homme tant 
soit peu observateur, il est facile de reconnaitre que ce 
n est que 1 exacte veritd sur ce triste sujet. On dirait 
qu en politique, ces hommes ne reconnaissent plus les 
regies immtfables de la vdrite, de la justice et de la cha- 
ritd. Mentir, calomnier, se parjurer, tout cela n est rien, 
pourvu que Ton perde un adversaire politique, et que 1 on 
serve le parti auquel on s est vcndu,. S il faut juger de la 
valeur et de 1 honnetetd de nos homines politiques par ce 
qu en disent et qu en dcrivent leurs adversaires, surtout 
au temps des elections, il faudrait en avoir une bien triste 
idee. 

Comment veut-on apres cela que le peuple respecte 
1 autoritd, lorsqu on est tonjours a lui reprdsenter les 
hommes qui en sont rcv^tus comme des fripons, des vo- 
leurs dhontds, des traitres toujours prets a nou vendre a 
nos ennemis, ou des niais qui n entendent rient a la con- 
duite des affaires? 

*** 

LE PEUPLE EN GRANDE PARTIE RE3PONSABLB DE CE MAL PAR LA 
V YENTE DE SON VOTE. 

Et le peuple lui-meme, peut-il mettre la main sur sa 
conscience et dire : je n ai rien a me reprocher sous ce 
rapport ? Combien n y a-t-il pas d dlecteurs dans le pays 
qui regardent leur vote comme une rnarchandise et qui 
soupirent apres le temps des elections comme les vignerons 
apres celui de la vendange ? S il ne se trouvait quo quel- 
ques rares individus qui en fussent venus jusqu a cet 
oubli, a ce mdpris du premier devoir d un citoyen hon- 
nete et vraiment digne de la franchise dlectorale, il n y 
aurait la rien de bien dtonnaut j car on trouve partout 



243 

des 6tres de grade s. Mais qu on ait vu dcs colldges electo- 
raux se vendre en masse ; qu on ait vu des candidats aehe- 
ter leur mandat jusqu a trois et meme quatre mille pias 
tres, voila ce qui peut alarmer vdritablement les homines 
qui croient encore a la justice de la Providence qui chatie 
les populations prdvaricatrices aussi bien que les individus. 
Nous regardons conmie un crime devant Dieu et devant 
les hommes la ventc d un vote, et St.-Augustin dit posi- 
tivement que ce crime-Id, niene directement au despotisme 
et a 1 esclavage. 

En effet, que fait I dlecteur qui vend son vote ? II vend 
autant qu il est en lui le pouvoir de faire des lois qui dis- 
poseront de la proprietd, de la liberte et de la protection 
des personnes, c est-4-dire qu il so vend corps et biens, lui, 
sa famille et son pays. Et quand il a vendu cet instrument 
terrible du pouvoir Idgislatif, quel controle a-t-il le droit 
d exereer ensuite sur celui qui 1 a achete et bien payd ? 
S il voit son representant spdculer a son tour avec le man 
dat qui lui a cout^ si cher ; s il le voit vendre son comte 
au plus haut enchdrisseur, 1 electeur vdnal a-t-il le droit 
de se plaindre ? Peut-il avec justice faire quelque reproche 
& 1 homme qui nefait que tirer le meilleur parti qu il peut 
de ce mandat, qui lui a coute tant de fatigues et d argent ? 

Un des premiers inconvdnients de la venalitd dans les 
elections, c est d dloigner de la condidature les hommes 
vraiment honnetes et capables qui auraient bien la bonne 
volontd de mettre leiirs talents au service de leurs compa- 
triotes, mais qui ne se sentent pas le courage de se ruiner 
a moitie pour les engager a les accepter, et encore moins 
celui de se faire vilipender et trainer dans la boue par les 
orateurs de carrefour et les ecrivains sans vergogne qui 
n ont d autres principes que ceux de 1 ambition et de 1 in- 
tdrSt. 

Un second inconvenient qui n est que la consequence 
du premier, c est qu a la place de ces hommes integres et 
capables que la Providence dans sa bontd avait destine s a 
marcher a la tete du peuple, on aura pent-6tre des intri 
gants et des ambitieux dont la meme Providence se servira 
pour punir les populations qui se seront ainsi laissd cor- 



244 

rompre. Les dlecteurs qui vendent leur vote se rendent 
done coupables d une injustice criante envers leur pays, 
auquel ils sont obliges en conscience, pour la part de vie 
sociale qu ils en regoivent, de donner le meilleur legislateur 
possible. Aussi la loi de notre pays, d accord en cela avec 
la loi de Dieu, condamne-t-elle rigoureusement ce dd- 
sordre. 

Un troisieme inconvdnient, c est la position critique ou 
se trouvent souvent ces sortes d hommes lorsqu au mo 
ment de voter on leur prdsente le livre des Evangiles en 
leur disant : "Jurez devant Dieu et sur la part quo vous 
prdtendez en paradis que vous n avez point vendu votre 
voteni directement ni indirectement." Quelle lutte terrible 
pour 1 homme de coeur et de conscience ? Mais nous nous 
trompons, 1 homme de co3ur et de conscience ne descend 
pas jusqu a cette bassesse. L homme qui a eu assez peu 
de coeur et de conscience p w our vendre, avec son vote, sa 
femme et ses enfants, son pays et son Dieu, n hdsitera 
pas ordinairement a confirmer le march d par un parjure. 

Telles sont, en peu de mots, la gravite et les tristes con- 
sdquences de la vdnalite et de la corruption dans les 
ejections. 

La derniere cause de division que nous avons signaled, 
c est un certain manque d esprit national qui nous porte 
assez souvent a favoriser un etranger de preference a 1 un 
des notres. Ce ddsordre est certainement beaucoup moins 
grave que les autres, et peut n etre, dans bien des cas, que 
1 exageration de cette liberalitd Tranche et sincere qui 
distingue surtout nos compatriotes. Sans aucun doute, 
nous devons traiter en freres nos compatriotes d origine 
etrangere, puisqutf nous sommes les enfants d une com 
mune mere-patrie. Neanmoins, cela ne ddtruit pas le 
principe que nous avons expose pre cedemment, que c est 
parmi les notres qu il faut choisir 1 homme qui doit aller 
prendre dans la legislature la defense et la protection de 
nos intdrtHs religieux, de notre langue et de nos institu 
tions. Nous avons toujours vu avec peine un Canadien 
voter contre un Canadien (a moins qne ce ne fut un 
rendgat), pour soutenir un (Stranger. C est un spectacle 



245 

que nous donnent Hen rarement nos compatriotes d ori- 
gine britannique. 

Nous avons meme souvent admire chez eux la force 
du sentiment national qui les portait a. faire de ge^nereux 
sacrifices pour soutenir les leurs, de pre fe rence a tout 
autre. 

Nous avons la confiance qu ils ne trouveront pas inau- 
vais que nous engagions les Canadiens-Frangais a suivre 
les bons exemples qu ils peuvent leur donner, et a se 
soutenir entr eux coinme ils le font eux-memes. 

Telles sont, a notre avis, les causes de notre division 
intestine. Le remede doit venir d ou le mal a pris son 
origine. Que le peuple ferme 1 oreille aux discours des 
charlatans politiques, qu il cesse de lire leurs journaux, 
qu il repousse avec indignation les acheteurs de consciences 
et de votes. Alors il fera des elections suivant 1 ensei- 
gnement de sa foi. Dieii benira son choix. Avec la 
conscience et 1 honnetete dans les Elections, on verra bien- 
tot renaitre la concorde et 1 union dans nos rangs, et 
avec 1 union, la force ne cesbaire pour marcher d un pas 
assure vers I acconiDlissement de nos destinees nationales. 



ARTICLE XXXIII. 

CONCLUSION. 

II nous est maintenant facile de rdpondre aux questions 
que nous avons posees au commencement de ces articles 
et que nous avons ainsi formulees : " Est-il bien vrai que 
la politique soit un terrain sur lequel la religion n a pas 
le droit de mettre le pied ? Est-il bien vrai que les ques 
tions qui s agitent et se discutent sur ce terrain ne regar- 
dent nullement TEglise, et que le pretre qui les aborde 
commet un acte reprehensible ?" 

Nous avons interroge successivement sur ce sujet la 
Re ve lation, 1 Histoire ct la Philosophic ; et ces trois 
grandes autorite s nous ont repondu d un commun accord 



24G 

quo Vordre religieux est aussi intimement uni it I ordre 
civil etpolitiqite que Ydme Test au corps. La philosophic 
nous a repondu par la bouche des plus illustres represen- 
tants de la raison humaine, qu il est impossible de ne rien 
edifier en fait de soci<jte, si Ton ne prcnd pour premiere 
pierre d assise la religion, et qu il est absolumcnt nces- 
saire de subordonner le temporel au spirituel, la politiquo 
a la religion, sous peine d une anarchic irremediable. 

L histoire de tous les temps et de tous les peuples nous 
a montr(3 partout la divinite prdsidant a 1 organisation so- 
ciale des peuples, et tous les plus celebres Idgislateurs 
allant chercher dans le ciel meme I autorite et la sanction 
de leur legislation, declarant nulle et tjrannique toute loi 
oppose e a la loi divine. 

Enfin, la revelation elle-meme, nous parlantpar la bouche 
de son interprete infaillible , 1 immortel Pie IX, nous 
declare que 1 erreur capitale des temps modernes, est 
" cette tendance a ncutraliser, a dcarter cette puissance 
salutaire que 1 Eglise catholique, en vertu de restitution 
et du mandat qu elle tient de son divin fondateur, doit 
exercer librement jusqu a la consommation des sieclcs, 
aussi bien sur chaque homme en particulier que sur les 
nations, les peuples et leurs souvcrains, etadetruire entre 
le sacerdoce et V empire cette union, ce^te harmonic de 
vues reciproques, qui fut toujours si feconde en eiFets 
salutaires pour la socie te religieuse et la societe civile." 
Le grand Pape denoncc a tous les catholiques du monde 
ces hommcs pervers qui " osent enseigner que la bonne 
administration de la societe publique et le progres social 
requierent que la societd humaine soit constitute et gou- 
vernee sans egard pour la religion et comme si elle n exis- 
tait pas, etc." 

C est done une erreur condamn&e par la raison, par 
rhistoire et par la revelation de dire que la politique est 
un terrain ou la Religion na pas le droit de mettre le 
pied et ou rEglise na rien a voir. 

II nous reste a present & dire en peu de mots en quel 
sens et jusqu a quel point la religion doit controler la po- 



247 

litiquc ; car sfces deux choses sont aussi intimemcnt unies 
pour le bien de la societe quel amc estau corps, elles sont 
aussi egaleinent distinctes, ayant chacune leurs attribu 
tions particulieres et leurs fonctions propres comme Fame 
et le corps, et pour cela nous n avons qu a prdciser le sens 
du mot politique. 



CE QUE C EST QUE LA POLITIQUE EXTEXDUE DAX3 LE SEXS CHRETIEX ET 
PAR CONSEQUENT COXFORME AU BOX SEXS. 

La politique, au point de vue ou nous prenons ici ce 
mot, e est 1 art de gouverner suivant les regies de l^quite, 
de Injustice et de Vlwnnetet6. La base de la politique ou 
art social, dit Bescherelle, doit etre Vlwnnete et le juste. 

Voila done deux choses bien distinctes dans la poli- 
tique : 

lo L art de gouverver ; 

o Suivant les regies du juste et de 1 honnete. 

Cette definition est parfaitement conforme a ce quo 
nous enseignent les livres saints. Comme nous Favons vu 
dans un article precedent, Josud, devenu le chef du peuple 
he breux, reoit 1 ordre formel d avoir un cxemplaire de 
la loi de Dieu et d en faire tous les jours une dtude spe- 
ciale, afin qu il gouverne le peuple suivant les regies de la 
justice et de I equite . II lui est formellement enjoint dans 
les cas difficiles de consulter le Grand-Pretre, qui lui fera 
connaitre la volonte de Dieu, c est-a-dire le veritable sens 
"dcs regies de la justice et de 1 equitd, qui doivent diriger 
la politique. Done les pretres dans certains cas doivent 
intervenir dans les questions politiques. 

Un fait bien digne de remarque, c est que les payens 
les plus sages et les plus <5claires 1 entendaient ainsi, 
comme nous 1 avons vu par les passages de Confucius, de 
Platon, de Cicron que nous avons cites. 

L Apotre St.-Paul, dans 1 epitre aux Remains, nous 
enseigne clairement pourquoi Dieu a remis le. glaive aux 



248 

mains des princes. C est, dit-il, pour la protection des bons 
et la repression des merchants ; et le Sauveur rappelle & 
Piiate que le pouvoir qu il tient lui vient d en-haut ; et 
que par consequent il doit s en servir suivant les regies de 
la justice et de 1 equite, c est-a-dire que sa politique doit 
etre subordonnee a la loi de Dieu. 

C est ainsi que 1 ont toujours enseignd les Docteurs 
Catholiques. Qu il nous suffise de citer le passage sui 
vant du savant Cardinal Gousset, archeveque de Reims : 
" Un catholique, dit-il, n admettra jamais que ceux qui 
gouvernent un royaume ou une republique ne sont sou- 
mis a aucune puissance eccle siastique dans les choses tem- 
porelles. En effet, V usage de la puissance civile n est 
qu une SUITE D ACTIONS MORALES ; et les souverains 
peuvent faire des fautes centre la morale dans les actions 
memes qui regardent le gouvernement de 1 Etat, aussi 
bien que dans leurs actions privees. O, dans toutes ccs 
actions , qui ont, le plus souvent, pour objet des choses 
temporelles, Us sont soumis a VEglise, s ils sont chretiens ; 
non a cause du rapport de ces actions avec le bonheur 
temporel, mais bien a cause de leur rapport avec la feli- 
citd eternelle. Quoi ! 1 Eglise ne pourrait tenter, lorsqu elle 
le juge expedient, d arreter par des peines spirituelles uii 
tyran qui tiendrait son peuple dans 1 oppression ! Qui 
oscrait done faire un crime a Saint Ambroise, arche 
veque de Milan, d avoir defendu 1 entree de 1 eglise a 
Theodose,. et de 1 avoir soumis a une penitence publique a 
cause du massacre de Tliessalonique ? " 

Nous croyons devoir attirer 1 attention de nos lecteurs 
sur ces paroles, extremement remarquables, de ce profond 
theologien : u Or dans toutes ces actions, qui ont le plus 
souvent pour objet des choses temporelles, ILS SONT SOU- 
MIS A L E"GLISE, S ILS SONT CHRETIENS." 

C est la prccise nient ce que nc veulent point nos libd- 
raux independants et nos demagogues. Us vont meme 
jusqu a se faire theologiens a leur fagon, et disent a 1 E- 
glise que son royaume n est pas de ce monde, prdtendant 
bien que Dieu n a rien a voir aux affaires d ici-bas. 

C dtait la modeste prdtention de Pilate, qui disait inge - 



249 

nument au Sauveur des hommes qu il avait le pouvoir 
de 1 envoyer a la mort ou de le ddlivrer suivant son bon 
plaisir. C est dommage que Notre-Seigneur Jdsus-Christ 
n ait pas ete de son avis. C ^tait encore la prevention du 
Grand- Conseil des Juifs, qui voulait empecher St.-Pierre 
d annoncer 1 evangile, et qui le men a ait tout simplement 
de la prison et de la mort s il se permettait d aller a 1 en- 
contre de leur defense. Ce prince des apotres, a 1 exemple 
de son divin maitre, se permit aussi lui, de n etre pas de 
leur avis, et de leur repondre pour I information de tous 
les siecles, qu il vaut mieux obeir a Dieu que d obeir aux 
hommes. Done, en politique comme en tout autre ordre de 
clioses, il faut etre soumis a 1 Eglise, interprete infaillible 
de la loi de Dieu, si Ton est chretien, parce^ que 1 ordre 
politique est subordonne a 1 ordre religieux. 



De ce qui vient d etre dit il ressort evidemment que 
tout acte politique a deux faces, 1 une qui regarde le ciel 
et 1 autre la terije, 1 une qui touche aux interets de 1 eter- 
nite et 1 autre qui touche aux interets du temps. Le chre - 
tien est done oblige de s assurer d abord que toutes les 
mesures de legislation ou de gouvernement sur lesquelles 
il peutexerccr quelque controle, sont conformes a 1 ensei- 
gnement de 1 Eglise ; et dans le cas de doute, il doit s en 
rapporter a ceux qui ont regu mission de lui definir cet 
enseignement, et a qui il a ete dit : " Allez, enseignez 
toutes les nations " ...... u Quivous dcoute m e coute, qui 

vous meprise me meprise." C est-a-dire qu il doit -s en 
rapporter a ses pasteurs, a son cur^ et a son eveque. 

C est la et jusque la que le pretre, comme pretre, a non- 
seulement le droit, mais encore le devoir d aborder les 
questions politiques en chaire, et de ddnoncer au peuple 
fidele conns a ses soins ce qu elles peuvent avoir d oppos^ 
a 1 enseignement de 1 Eglise et d hostile a la religion. II 
doit en consequence faire comprendre a son peuple que 
c est une obligation bien grande pour lui d eloigner de la 
legislation, dans la mesure de ses forces, tout homme 



250 

qu il saurait etre le fauteur et Ic ehampion de ces mesu- 
rcs que repousse sa foi religieuse. 

Nous savons qu il se presentera de grandes difficulte s 
dans la pratique ; qu il se trouve quelquefois des homines 
qui n hesitent pas, et pour cause, a consurer et meme a 
condamner 1 enseignement donne du haut dela chaire sur 
ces sujets. On verra quelquefois ces homines, d un cote 
professor un respect hypocrite pour la religion, et de 
1 autre mepriser souverainement ses ministres. On en a 
vu meme, uu sortir de 1 eglise, avoir le triste courage de 
blamer devant son peuple ce que le pasteur vcnait de lui 
precher pour 1 acquit de sa conscience ; on les a entendus 
se servir en ces circonstances du langage le plus incon- 
venant. 

Nous le re petons, une telle conduite est indigne d un 
chre tien, et des paroissiens ne peuvent souffrir un pareil 
scandale sans manquer a Tun des devoirs les plus impor- 
tants du catholicisme ; puisque J^sus-Christ a dit en par- 
lant des Pasteurs : " Qui vous mdprise me mdprisc." 

Dans la supposition meme ou le cure 0erait allo trop 
loin, une telle conduite de la part de ces hommes n en 
serait pas moins blamable ; car le pretre, comme nous 
1 avons deja dit, a son supdrieur. et c est a Teveque qu ils 
doivent deferer leurs plaintes s ils les croient fondees. 

Yoila la conduite que tiendra toujours i homme fran- 
chement catholiquc ; mais il faut ignorer et mepriser les 
premiers enseignements de sa religion pour oser tenir la 
conduite opposee. 

Quand done le fidele s est assure que les questions poli- 
tiques qui se pre sentent n ont rien d oppose* a ses con 
victions religieuses, il pourra en suretd de conscience les 
aborder par le cote qui regarde les intdrets du temps et 
le bonheur d ici-bas. Si le pretre a du lui dire avec St.- 
Augustin : " In necessariis unitas ; " dans les choses 
necessaires, c est-a-dire dans ce qui touche a la foi et aux 
interets de 1 ame, il faut V unite, il lui dira avec le memo 
Docteur : " In dubiis Ubertas ;" dans les les choses dou- 
teuses, c est-a-dire dans celles qui ne touchent qu aux 



251 

interets du temps, et que Dieu a laissees a la discussion 
des homines, vous avez la liberte d abonder chacun dans 
votre sens. Mais encore le pasteur devra-t-il faire a ses 
ouailles, dans ce cas, la recommandation du memo saint 
Pere: " In omnibus caritas] " c est-a-dire, dans toutes 
vos discussions et divergences d opinion, vous ne devcz 
jamais perdre de vue les regies de la. charite. 

Telle est la ligne de conduite que la raison, 1 histoire 
et la religion nous tracent dans I accomplissement de nos 
devoirs de citoyens. C est a leur accomplissement fidele 
qu est attachee notre union, notre prospdrite nationale, 
ainsi que notre avenir commc peuple. 



ARTICLE XXXIV. 

CONCLUSION. SUITE. 

IMMORALITE ET AFFREUSES CONSEQUENCES D UNE POLITIQUE APPUYEB 
SUR UNE AUTRE BASE QUE LA JUSTICE ET L EQUITE. 

II ne suffit pas d avoir etabli positivement que la base 
essentielle et ne eessaire de l&politique ou de Tart veri 
table du gouvernement, est la justice et requite : il con- 
vient encore, pensons-nous, de donncr un autre genre de 
preuve, en mettant sous les yeux de nos lecteurs quelques 
fails qui font toucher du doigt I immoralitd et les affreuses 
consequences des divers systemes par lesquels on a voulu 
lui donner un autre point d appui. 

C est ce que nous avions 1 intention de faire en son lieu 
dans 1 article precedent ; mais une circonstance impr^vue 
ne nous a pas laissd le temps de le faire alors. Nous espe - 
rons qu on nous permettra d ajouter ici cette nouvelle 
preuve a Fappui de la conclusion que nous avons du 
necessairement tirer de 1 ensemble de nos articles. 

II ne inanque pas d hommes, de nos jours, orateurs et 
^crivains, qui proclament bien haut la doctrine des faits 
accomplis, dans 1 ordre politique, et qui regardcnt le sue- 



252 

cos comme la justification la plus complete de la politique 
des hommes d Etat : " Get habile diplomate a r^ussi, 
disent-ils, ses previsions se sont re alise es, le succes a cou* 
ronne toutes ses entreprises ; done c est un homme sage, 
done il avait de son cots la justice et requite ! " 

Voila comment raisonnent ces homines. 

Voici ce qu en pensait 1 illustre archeveque de Cambrai. 
Le pieux et savant Fenelon disait un jour a Louis XIV, 
qui inclinait quelquefois vers ce principe : " Sire, Votre 
Majest^ fait pendre le pauvre malheureux qui vole la 
vache de son voisin, et Elle s empare sans remords des 
provinces limitrophes de son royaume." 

Nous avons vu, dans ce temps-ci, un roi s emparer par 
la ruse et la trahison du trone de son proche parent, et 
porter en meme temps une main sacrilege surun domaine 
dix fois sdculaire, au nom du principe des nationalites ; 
nous 1 avons vu appeler a son secours les rdvolutionnaires 
de toute 1 Europe, et les ennemis les plus acharne s de 
1 Eglise dont il se disait le fils tres-devoue ; nous 1 avons 
vu combattre a cote des brigands et des sicaires de tout 
calibre pour accomplir ces grands actes politiques qui 
n etaient rien moins que la spoliation de son pupille et 
I asservissement du plus auguste des Peres. Le succes 
qui a couronne cette grande iniquite a vain les honneurs 
de 1 apotheose au Jin politique qui a eu I habilete de 
mener a heureuse fin des plans aussi sagemcnt concus. 
Get homme, c est le fameux comte de-Cavour. Ce qu il y 
a de plus attristant dans cette grande spoliation des lois 
primordiales des nations, c est que plusieurs souverains se 
sont empresses de reconnaitre et de sanctionner ces bri 
gandages heureux et ces usurpations criminelles, au nom 
du principe des faits accomplis ! Faudra-t-il, pour main- 
tenir ce fait, marcher dans le sang du peuple conquis, le 
tenir eourbe sous le joug de 1 oppression par une force de 
deux cent mille bayonnettes ; faudra-t-il le spolier, le rui- 
ner, pour nourrir et e quiper les bourreaux qui le perse - 
cutent et 1 oppriment, tout cela est parfaitcment juste et 
equitable , a la condition toutefois que le succes y appose 
sa sanction. Tout cela a sa raison d etre et trouve sa 



253 

justification dans les famcux principes des nationalitds et 
des faits accomplis. 

Mais I he ro ique Pologne, mais la fidele Irlande veu- 
lent-elles alle ger tant soit peu le joug qui les accable, en 
rejetant toutefois I alde de la revolution, et reniant toute 
solidarity avec ces cosmopolites sans foi ni loi, on trai- 
tera en rebelles les plus courageux de leurs enfants, on 
les enverra expier sur 1 echafaud, dans les angoisses d un 
sombre cachot, ou dans les tourments d un exil pire que 
la mort, la crime d avoir voulu rendre a la libertd leur 
chore patrie. 

Les potentats qui ont applaudi au crime triomphant? 
n ont pas meme une parole de sympathie pour le courage 
et I hero isme de la vertu opprimee et suecombant sous la 
terrible loi du plus fort. Mais pour la consolation de ceux 
que le malheur accable, pour 1 honneur de 1 humanite et 
le salut de la societe, un souvcrain, celui qui est la fai- 
blesse armee, s appuyant sur la force du droit, de la jus 
tice et de 1 equite, le Pape, le Pere-Roi s est leve dans la 
grandeur de sa dignite, il a denonce a la face de 1 univers, 
devant Dieu et devant les hommes, ces grandes iniquity s ; 
il a fle tri, reprouve et condamne les principes affreux qui 
comportent de semblables consequences, et par lesquels 
on cherche a les justifier. Tout 1 univers catholique et 
craignant Dieu s est incline devant cette autorite supreme, 
et a reconnu dans cette voix 1 echo fidele de la sagesse 
incre e e qui eclaire tout homme venant en ce nionde. Leur 
conscience a e te soulagde et leur co3ur rassure sur 1 ave- 
nir de la societe. 

*** 

ROBESPIERE ET CAlPHE. 

Une autre pierre d assise que des hommes d un genie 
non mediocre essaient souvent de donner a la politique, 
c est la raison d etat, et meme Vinteret purement mate 
riel. Us ne peuvent comprendre cet enseignement des 
livres saints qui dit que la justice eleve une nation, et que 
le peuple heureux est celui qui a le Seigneur-Dieu pour 



254 

maitrc. Pour eux, il n y a pas d autres regies de la jus 
tice en politique que la raison d dtat et 1 intdret : tout 
doit ccder devant ces deux grands princijies. 

Or, c est precisdment le premier de ces principes que 
Robespierre a invoqud pour justifier la condamnation de 
1 infortund et vertueux Louis XVI. Robespierre, ce 
grand moraliste, ce Pape de la revolution qui a ddcrdte 
1 existence de Petre supreme, distingue avec soin Fordre 
politique d avec 1 ordre juridique, moral et constitution- 
nel : " Moralement, dit-il, juridiquement, constitution- 
nellement, Louis XVI est hors de cause ; ce n est pas un 
jugement, mais c est une mesure politique; vous n etes 
pas des juges, mais des homines d etat. Politiquement, il 
faut que Louis XVI perisse plutot que la nation." 

" C est tout juste, dit le savant auteur de VHistoire de 
rEglise que nous avons deja citd plusieurs fois, c est tout 
juste le raisonnement de Caiphe. C dtait aussi un lialile 
hommequQ ce Ca iphe, et surtout un fin politique. Vous 
n y entendez rien, dit-il a ses collegues, qui se donnaient 
beaucoup de peine pour trouver de faux tdmoins contre 
le Sauveur, et se torturaient 1 esprit a inventer des rai- 
sons plausibles pour le mettre a mort, vous n y entendez 
rien ; ne voyez-vous pas qu il vaut mieux qu un homme 
perisse plutot que toute la nation? En effet, n est-il pas 
dvident que si nous ne faisons pas mourir Jesus, les 
.Remains viendront ; ils prendront notre ville, la detrui- 
ront de fond en combie et disperseront tout le peuple ? " 

Voila comment parle la fine politique qui croit que les 
regies de la justice et de 1 dquitd n ont rien & faire avec 
le salut et la prosperitd des nations. L histoire nous ap- 
prend comment la politique de Ca iphe sauva le peuple 
hdbreux sous le regne de Titus et de Vespasien, quand 
elle nous raconte les horreurs et les massacres du sidge 
de Jdrusalem, ou plus de onze cent inille Juifs pdrirent 
misdrablement, precisdment en punition de leur ddicide. 
Elle nous apprend dgalement le bonheur et la prospdritd 
que procura a la nation frangaise la politique de Robes 
pierre, apres la mort de 1 infortund Louis XVI ? lorsque 



255 

le couteau sanglant de la guillotine et la hache rdpubli- 
caine curent remplace sur le trone ce roi vertucux. 

C est done en vertu d une politique au-dcssus des 
regies de la justice et de 1 equitd qu ont etc commis les 
plus grands crimes qui aient jamais effraye la conscience 
huniaine, voir meme le crime que 1 astre du jour a refuse* 
avec horreur d eclairer : 1 infame ddicide des Juifs. 

Comment ne pas conclure que le venin meme de la 
mort ne circule dans les pores de 1 arbre qui produit de 
tels fruits ? Comment ne pas conclure que les principes 
qui hienent a de telles consequences ne soient des prin 
cipes de mort ? Or tels sont les principes politiques qui 
ne prenncnt point pour base les regies dternelles et in- 
flexibles de la justice ct de 1 dquite. 



UN DERNIER MOT AUX DEMAGOGUES. 

En terminant ce travail deja trop long, et auquel nous 
avons donn^ un de veloppement que nous dtions loin de 
prevoir, nous croyons qu il convient de rechercher la cause 
de cette antipathic que manifestent quelques-uns de nos 
compatriotes a 1 egard du pretre, et de repondre a, certains 
rcproches qu ils adressent avec tant d amertume et d in- 
justice au clerge canadien. 

Examinons d abord ce que vaut la modeste prevention 
qu ont ces hommes d exclure absolument de toute im- 
mixtion dans les affaires politiques de notre pays le clerge 
en general. Quand ils ont dit : " Le PrCtre ne doit pas 
se meler de politique, " ils croient avoir proclamd la un 
axiome aussi evident que la lumiere du soleil en plein 
midi. 

Nous savons maintenant a quoi nous en tenir sur 1 in- 
tervention du pretre, en tant que pretre et pasteur, dans 
la politique ; nous avons vu que non-seulement il peut 
s en meler, mais qu il a le devoir et 1 obligation d abor- 
der toutes les questions politiques sur les points qui, de 
pres ou de loin, touchent a la conscience, lorsque le bien 



256 

de son peuple le demande. Quand ces homines se voient 
serrds de pres sur ce point, ils en font generalement assez 
volon tiers la concession. Ils consentent facilement a res- 
treindre la trop grande portde de leur axiome. 

" C est bien, nous disent ces homines qui regardent 
le pretre conime un ennemi dont il faut se defier, c est 
bien, nous vous accordons ce point, mais au moins vous 
nous accorderez que pour le cote qui regarde le temps et 
les inte rets purement civils, le pretre n a rien a voir dans 
les affaires politiques." Et pourquoi pas? Sur quoi done 
ces messieurs appuient-ils cette seconde pretention ? Qnelle 
est la loi de notre pays qui frappe de mort civile 1 homme 
qui entre dans les rangs du sanctuaire pour tre plus 
utile a son prochain en servant son Dieu plus fidelement ? 
ou bien quelle est la loi de Dieu qui defend a cet homme 
de de vouement de rendre a sa patrie les services qu elle 
demande a tous ses enfants, lorsqu il sera en son pouvoir 
de le faire ? 

Nous ne connaissons aucune loi divine ou humaine qui 
ddfende au Pretre de dire son opinion sur les affaires de 
son pays en la maniere qu il jugera convenable et con- 
forme aux regies de conduite que lui tracent ses supd- 
rieurs. D ailleurs le pretre est citoyen, ct conime tel il 
est sur un pied d egalite avec tous ses compatriotes. Comme 
eux il est oblige de porter sa part des charges de 1 etat 
en autant qu elles ne 1 arrachent pas a des devoirs supe- 
rieurs, d en respecter les lois, et d obdir fidelement aux 
superieurs que la Providence lui a donnes dans 1 ordre 
civil. Puisque la loi de Dieu et des homines ne defend 
point au clerge, en sa qualite* de partie integrante de la 
nation, de prendre part, autant qu il le juge convenable, 
aux affaires de son pays, sur quoi done peuvent-ils s ap- 
puyer pour lui faire un crime d user d un droit qui lui 
appartient tout aussi bien qu aux autres citoyens ? 

En France, ne voyons-nous pas, a 1 heure qu il est, des 
Cardinaux, des Archeveques, des Eveques sieger dans 
les rangs des senateurs, en vertn meme de la constitution, 
et prendre une part importante a toutes les ddlibe rations 
de ce corps qui est la personnification de la sagesse natio- 



25? 

nale ? Au temps des rois tre s-chre tiens, le clerge* n dtait- 
il pas officiellement reconnu comme 1 un des grands corps 
de 1 ^tat? Toutes les fois que la gravity des affaires 
ndcessitait la reunion des e tats-ge ne raux, le clcrge ne 
sie geait-il pas dans ces grandes assemblies, sur un pied 
d galite avec les autres classes de citoyens ? C est au 
nom de 1 egalite , de la libertd et de la fraternite que Ton 
a renverse cet ancien ordre de choses. La premiere appli 
cation que 1 on a faite de ces grands principes de liberty, 
d e galite , de fraternite rdvolutionnaires, a etd de profa- 
ner et de fermer les e glises, d envoyer les pretres a la 
mort ou de les forcer a 1 exil. Si 1 on tudie avec soin 
les liommesqui sontaujourd hui le plus opposes au clerge*, 
on reconnaitra facilement qu ils sont les plus grands admi- 
rateurs de ces principes demagogiques et rdvolutionnaires. 
C est sans doute au nom de cette liberte qu ils veulent 
gener le pretre dans 1 exercice d un droit qui lui appar- 
tient tout aussi bicn qu a eux-memes. C est au nom de 
cette e galitd qu ils veulent lui imposer cette loi d exclusion 
et le frapper d ostracisme ; enfin c est encore au nom de 
la fraternite re volutionnaire qu ils denoncent le pretre 
comme un homme dangereux, dont il faut se defier et 
qu il faut bien se garder d ecouter quand il s agit de faire 
une election ou de former son opinion sur quelque ques 
tion importante et qui touche aux plus chers interets de 

notre nation. 
* 

Pourquoi cette antipathic ? pourquoi ces soupgons, 
cette defiance qu ils s efforcent par tpus les moyens de 
jeter dans 1 esprit de nos compatriotes ? Les pretres cana- 
diens ne sont-ils pas aussi bien qu eux les enfants du 
peuple ? N ont-ils pas au milieu de ce peuple leurs plus 
chores affections, et leurs plus grands inte rets ? Leur sort 
n est-il pas intimement lie^ au sien ? La prospe rite et les 
revers de la nation -ne leur sont-ils pas communs ? Pour 
quoi done chercher a elever un mur de division entre 
ceux que la nature et la religion ont aussi intimement 
unis? 

D ou peut done venir cette patriotique horreur que 
YOUS inspire le pretre ? pourrions-nous leur demander ; 

IT 



258, 

quelles sont les raisons qui vou3 font redouter si fort sa 
presence, son influence et son action dans ce qui touche 
aux plus chers interets de notre commune patrie, lorsqu il 
a 1 intime conviction que le bien commun le deniande et 
que c est un devoir pour lui comme pour les autres 
citoyens de servir son pays dans la mesure de ses forces ? 
Allons, parlez franchement et dites-nous : que manque-t-il 
a ces hommes pour comprendre convenablement les iutd- 
rets de notre pays et le servir utilement ? Sont-ils moins 
instruits et moins intelligents que ceux qui prennent 
ordinairement part aux affaires ? Sont-ils, par exemple, 
moins honnetes que les charlatans politiques dont la mis 
sion a eclaircr et a diriger le peuple vous parait incontes 
table ? Quelque soit votre courage, nous ne croyons pas 
qu il aille jusqu a vouioir attaquer serieusenient votre 
clergd sous ce triple chapitre de 1 honnetete, de 1 intelli- 
gence et de 1 education. 

*** 

BILAN DE LA GENEROSITE SACERDOTALE ET DEMAGOGIQUB. 

Vous admettez que le pretre canadien a assez de lumie- 
res et de vertu pour diriger les consciences dans les sen- 
tiers du devoir etde 1 honneur. Pourquoi done venez-vous 
ensuite crier sur tous les tons et ecrire dans ?os journaux 
qu il fciut se defier de lui ; que s il cherche quelquefois a 
eioigner des conseils de la nation des hommes dont il con- 
nait les tendances pcrverses et les principes dangereux, ce 
n est, dites-vous, que par un vil interet qu il agit de la 
sorte ? Oui, hommes genereux et devouds au service de vos 
compatriotes, voila bien le reproche injurieux que vous 
avez eu le courage de lancer a la face de vos pasteurs. Le 
clerge canadien, un clergd qui n est mu que par 1 interSt ! ! 
Vraiment,c est a n y pas croire, surtout en presence des mo 
numents dont sagenerosite et son devouement ont jalonne 
les deux rives du grand fleuve jusque dans la profondeur 
de nos forets. Oh ! sans doute, vous qui adressez a, vos 
pretres ce reproche humiliant, vous vous sentez de taille 
a soutenir le parallole avec eux pour le uoinbre et la 



259 

t 

grandeur des oeuvres accomplies en faveur de vos corapa- 
triotes. Aliens, voyons un peu. 

La dime ! le Pretre a peur de perdre la dime ! voila son 
crime selon vous ; voila ce qui le frappe d incapacite 
politique ! ! Que vous ayez eu cette idde du clerge, il n y 
a la rien de bien surprenant : car vous 1 auriez peut-etre 
jugd par vous-memes, et mesure a votre aune. Mais que 
vous ayez eu 1 impudence de lui en faire un crime aupres 
d un peuple qui sait et qui voit encore tous les jours le 
noble usage qu il en fait, pour le soulagement des pauvres 
et 1 dducation chretienne de la jeunesse, a laquelle il dis- 
tribue avec abondance le pain de 1 intelligence et du coeur 
dans les nombreux e tablissements de charitd et d educa- 
tion qu il a Sieves avec de si grands sacrifices sur tous les 
points du pays ; voila ce qui nous surprend j voila ce que 
nous avons peihe it nous expliqner. 

Rien de plus facile a demon trer que la ve rite des 
avances que nous faisons ici. II sufiit de compter nos 
colleges et nos convents, et de demander a chacun de ces 
e tablissernents le noin de son fondateur. A peine en 
trouverez-vous un qui ne soit un monument destine a 
redire & ceux qui viendront apres nous, le nom et la gend- 
rosite de quelque pretrc distingue, et le noble usage que 
le clergd en general a fait de la dime en leur venant lar- 
gement en aide pour en jeter les fondations, et en faciliter 
1 entrde aux dleves pauvres surtout par la creation de 
bourses a cette fin. Quand on vient a examiner avec soin 
les sommes considerables qu il a fallu depenser pour 
mettre sur le pied ou nous les voyons ces institutions si 
e ffiinemment natkmales, et qui font 1 admiration des Stran 
gers, on comprend alors quels sacrifices ont du s imposer 
ces homines de devouement ; car c est un fait notoire que 
plusieurs de nos colleges n ont pas couttj moins de vingt 
a vingt-cinq mille louis. 

Combien d hommes distingues qui occupent aujourd hui 
des postes erninents dans la socie te, qui defendent avec 
autant de vaillance que d habiletd nos plus chers interets, 
ont pris la les armes puissantes de la parole et de la plume 
qui les mettent en <$tat do lutter avec avantage envers et 



260 

centre tous ceux qui tenteraient de porter une main sacri 
lege sur 1 arche sainte de notre nationality 1 Parmi ces 
homines n y en a-t-il pas plusieurs qui n auraient pu 
r^ussir a mettre au service de leur pays les rares qualite s 
qu ils tenaient de la nature, si 1 ooil perspicace et le coeur 
ge ne reux d un bon cure* n avaient su les ddcouvrir, et 
rdparer 1 erreur de la fortune qui les avait fort mal servis ? 

Ile las ! pourquoi faut-il avoir a, le constater ici ? ces 
actes de ge nerosite n ont pas toujours eu le r^sultat que la 
charite de ceux qui les accoraplissaient avait le droit d en 
attendre. Quelques-uns de ces hommes ont eu le coeur 
assez mal fait pour se tourner centre leurs bienfaiteurs, et 
mordre la main qui leur avait distribue le pain de 1 intel- 
ligenee et du coaur tout aussi bien que celui du corps. 

Et vous, messieurs, qui vous etes si fort Sieve s centre 
la dime que la loi de nature aussi bien que la loi divine 
et humaine fait un devoir aux fideles de payer & leurs 
pasteurs, seriez-vous prets & jurer devant Dieu et devant 
les hommes que vous n avez jamais mangd de ce pain de 
la dime ? que vous n avez point reu du pretre, ou dans 
une maison fondee et entretenue en grande partie par la 
dime, cette education dont vous faites un abus si Strange ? 

Mais assez. Voila un rapicle apergu des monuments et 
des ocuvres que le clerge peut montrer & ceux qui veulent 
lui demander compte de la dime. 

Maintenant, messieurs, vous qui vous dites les amis du 
peuple et ses ge ne reux bienfaiteurs, montrez-nous done ce 
que vous avez fait pour ce peuple, pour ses pauvres et ses 
enfants ; ou sont les monuments que vous avez e rige s dans 
I inte ret de notre nationalite ? Je regarde, je recherche avec 
soin, je parcours le pays d un bout a 1 autre, et je ne trouve 
rien ! rien ! ! absolurnent rien ! ! ! 

C est en presence de ces faits que vous avez voulu vous 
faire un levier de la dime pour soulever le peuple contre 
le clerge ! Non, laveritd est que la dime a etc le moyen 
providentiel dont Dieu a vouiu se servir pour nous conser- 
ver cumme peuple. Car ou en serions-nous sans nos colle 
ges ? Ou r^glise aurait-elle pu recruter les hommes du 



261 

sanctuaire ? ou FEtat aurait-il pu trouver la science et la 
capacity ndcessaires aux differentes professions liberates, 
et meme aux postes les plus Sieves de la hidrarchie sociale, 
sans ces institutions benies ? et comment ces institutions 
auraient-elles pu subsister parmi nous sans la ge nerosite et 
le de vouement de nos pretres ? 

Vos reproches a radresse du clerge sont done le cri de 
Vingratitu.de et de I aveuglement : Us sont aussi mal fon- 
des que vos pretentious au controle exdusif de nos affaires 
nationales. 

Nous le r^petons en finissant : notre mission comme 
peuple a un caractere essentiellement religieux. Notre sa- 
lut national tout aussi bien que notre salut eternel ddpend 
de notre attachement a la foi de nos peres. Tant que nous 
serons fideles a marcher sur leurs traces, comme eux le 
ciel nous benira, comme eux nous prospe rerons ; nous 
avancerons d un pas ferine et sur vers Taccomplissement 
de nos destinees, qui sont sans aucun doute la formation 
d une grande nation Catholique dans la belle et riche 
vallde du St.-Laurent ! 

Cette verite bien comprise nous montrera clairement la 
route a suivre, meme dans les temps les plus difficiles, tels 
que ccux que nous traversons ; elle soutiendra notre cou 
rage lors meme que tout semblera de sespe re . Ainsi soyons 
toujours franchement et sincerement catholiques, et regar- 
dons 1 avenir avec une pleine et entiere confiance. 



FIN. 






TABLE DBS MATIERES. 



PAGES 

Avertissement de PEditeur 5 

Article I. 1 Pourquoi jusqu i\ present les pasteurs ont parle 
rarement des devoirs politiques du Chretien, et pourquoi 
il doit desormais en Gtre autrement . . 7 

2 Gravite des devoirs politiques Le clergo est a son 
poste pour instruire le peuple et eclairerles consciences. 9 

3 Obligation pour les catholiques d ecouter leurs 
. pasteurs 11 

Article II. 1 Graves avertisseinents de nos eveques : il y a 
parmi nous des ennemis caches qui en veulent a notre 
foi 12 

2 Quels sont done ces hommes dangereux ? quels 
moyens avons-nous de les connaitre ? 13 

3 a Autres feintes hypocrites des demagogues 14 

Article III. 1 Xationalite, politique, etc. II faut d abord s en- 

tendre sur les mots , 17 

2 Qu est-ce done que la nationalite ? Quelle est la 
chose merveilleuse qui, sous ce nom, a le pouvoir de re- 
muer avec tant de force le coeur de 1 homme ? . . 13 



264 

Article IV. 1 Suite de 1 etude des qualites coustitutives de 

la nationalite. Unite de foi 20 

2 Uniformite des moeurs, lois et coutumes, etc 23 

3 Comment plusieurs Canadiens u agissent pas en 
amis sinceres de notre nationalite 26 

Article V. 1 La pa trie, le patriotisme 27 

2" La religion perfectionne le patriotisme, elle 1 eleve 
et 1 epure. Le colon canadien 29 

3 Benediction de deux eglises dans les cantons de 
1 Est. Triste contraste qu offre 1 emigraiion. si regrettable 
aux Etats-Unis 31- 

4 Obligation de combattre 1 emigration. Manque de 
patriotisme d un certain journal , 35 

Article VI. 1 Chaque nation a une destinee providentielle j\ 
remplir. Obligation pour elle de bien comprendre sa mis 
sion et de marcher constamment vers le but que lui a 
assigne la divine Providence 37 

2 Enseignement de Fhistqire sacree et de 1 histoire 
profane sur ce sujet " 39 

Article VII. 1 Les Canadiens-franc,ais sont reellerneiit une 

nation ; la vallee du St.-Laurent est leur patrie 43 

2 Importance pour les Canadiens-frangais de bien 
comprendre la mission providentielle confiee u leurs 
peres. De leur fidelite ^i cette mission depend leur avenir 
national 44_ 

Article VIII. 1 La mission providentielle du peuple cana 
dien est essentiellement religieuse : c est la conversion 
au catholicisme des pauvres infideles qui habitaient ce 
pays, et 1 extension du royaume de Dieu par la forma 
tion d une nationalite avant tout catholique 47 

2 Autres preuves de la mission providentielle du peu 
ple canadien 50 

3 Rapprochement remarquable entre Jacques Cartier 
et le pere des croyants 53 

Article IX. 1 Continuation des preuves de la mission provi 
dentielle des Canadiens 55 

2 Pourquoi la Providence frappe de sterilite les pre 
miers essais de colonisation en Canada 56 

3" Choix providentiel des premiers colons. 58 



265 

4 Action providentielle des missionnaires a 1 origine 
de notre nation 59 

5 L organisation hierarchique de 1 Eglise en Canada a 
ete le principe de notre vie nationale 61 

Article X. Resumede ce qui a etc dit dans les articles prece 
dents 6 

Article XI. 1 Quelques reflexions sur la conquete du Canada 

par 1 Angleterre 72 

2" Force et beaute de la constitution britannique. Fide- 
lite de nos peres a leur nouvelle mere-patrie 73 

3 Devoirs que nous impose notre position a, 1 egard 
de nos compatriotes d origine etrangere 75 

Article XII. 1 De 1 autorite, sa nature et son origine 78 

2 Erreurs sur 1 origine de la societe. Les socialistes, 
les rationalistes, les demagogues -. 80 

3 Veritable origine de 1 autorite 83 

Article XIII. 1 Les differentes formes que revet 1 autorite. . 84 

2 L autorite paternelle et 1 autorite papale ou pontifi- 
cale viennent de Dieu quant au fond et quant a la forme. 85 

3 U L autorite royale ou civile vient immediatement de 
Dieu quant a son fond seulement 87 

4 Ces trois formes de gouvernement regissent aujour- 
d hui les trois grands peuples que nous connaissons le 
mieux 88 

5" Quelle est la meilleure forme de gouvernement? . . 90 

6 Consideree en soi, la meilleure forme de gouverne 
ment est la monarchic 92 

Article XIV. 1 Ce que c .gst que la monarchic temperee .... 95 

2 Le gouvernement divin est une monarchic temperee. 97 
3 Le gouvernement de la famille est une monarchic 

temperee 99 

4 Le gouvernement de 1 Eglise est une monarchic 

temperee ~ 100 

Article XV. 1 La monarchic temperee a sa plus belle expres 
sion dans la paternite 102 

2 Existence phenomenale du peuple de Dieu 104 

3 Le gouvernement du peuple de Dieu, tel qu e~tabli 
par Moise, etait une monarchic temp6ree ; derniere preure 
que c est la meilleure forme de gouvernement, ,,,,,.,, 106 



266 

Article XVI. 1 Avantages et inconvcnients des gouverne- 

ments aristocratiques et democratiques 110 

2 L aristocratie donne plu$ d uniformite dans Faction 
da gouvernement, et favorise I accuinulation des riches- 
ses, mais divise en castes la nation Ill 

3 La democratic est la forme la plus rimparfaite des 
gouvernements et presente le moins de garanties pour 
la paix 114 

Article XVII. 1 Coup d oeil sur 1 origine de la societe 116 

2 Importance de 1 enseignement historique sur cette 
question 117, 

3 1 Jean-Jacques Rousseau el le contrat social 118 

4 Moise et la Genese. Traditions des plus anciens 
peuples 121 

Article XVIII. 1 La premiere de toutes les lois ecrites a pour 

sanction le principe de la peine de mort 124* 

2 Raison de la premiere loi 125 

3 Sanction de la premiere loi 126 

4 Lutte de la passion centre la loi 127 

5 Suite du drame d Eden 12$ 

Article XIX. 1 Origine de la societe domsstique ou de la 

famille 131- 

2 Le mariage Chretien 132 

3 1 Erreurs sur le mariage chrctien 134 

4 Co qu il faut penscr des alarmes de certains 
hommes au sujet du divorce dans le projet de Confede 
ration 136 

Article XX. 1 La libertc d enseignement a 6t6 vivement dis- 

cutee en France 139 

2 Erreur du liboralisme sur ce sujet. Dangers des 
~6coles communes 140 

3 Valeur sociale de 1 education 141 

Article XXI. 1 L education des enfants par leurs parents 
n est que 1 application de 1 une des lois primordiales de 
la nature . . .144 

I 

2 a La loi d education qu on observe dans les etres pri- 
ves de la raison, est aussi cell^g qui preside au developpe- 
ment de 1 homme .*. , 147 



267 

3 Les droits du pretre i\ concourir & 1 education de 
1 enfant decoulent du mme principe 149 

4 Le liberalisme tend u s approprier le droit des pa 
rents dans 1 education do 1 enfant 151 

Article XXII. 1 Origine de la societe civile. Epoque patriar- 

cale. Xemrod premier souverain nomme dans 1 Ecriture. 153 

2 a Adam premier chef de la societe publique 155 

3 Nemrod et Romulus fondateurs de societe 156 

Article XXIII. 1 Etude des principes sur lesquels repose la 

societe 159 

2 9 Superiorite de la legislation mosa ique ; 1 enseigne- 
ment de 1 eglise sur ce sujet est la regie que doit suivre 
tout catholique 160 

3 Lois providentielles qui reglent le sort des nations. 163 

Article XXIV. 1 Erreur fondamentale du liberalisme, bannir 

Dieu de la sociite 165 

2 Le premier enseignement des livres saints, en nous 
montrant Faction incessante de la Providence dans la 
societe, refute cette erreur 168 

Article XXY. 1 Accord de 1 histoire profane avec 1 histoire 

sainte sur ce sujet. Temoignage de 1 histoire ancienne. . 173 
2 n Temoignage de 1 histoire moderne 176 

Article XXVI. 1 La veritable philosophic est d accord avec 
1 histoire et la revelation sur la source du pouvoir et I o- 
rigine de 1 autorite. Temoignage des plus celebres philo- 
sophes 181 

2 Un acte religieux, l&ssrment, est I ame de la societe. 185 

Article XXVII. 1 Comment Dieu intervient dans 1 orgauisa- 

tion sociale et politique des peuples 190 

2 Responsabilite des electeurs devant Dieu et devant 
les homines 192 

3 Dieu donne a la societe, suivant qu elle le m jrite, 
ses gouvernants 194 

4 L electeur doit voter suivant sa conscience. Celui 
qui vend son vote commet un crime , % 196 

Article XXVIII. 1 Obligation pour le pretre d eclairer le 

fidele sur la gravite de ses devoirs d electeur 198 

2 Suite des devoirs de 1 electeur , , .... 202 



268 

Article XXIX. 1 Les qualites que doit avoir le candidat. . . 205 

% 2 Ragles propres a guider 1 electeur dans le choix 

d un candidat 209 

3 a Autres consequences de la deuxieme regie 212 

Article XXX. 1 Suite des regies propres h guider 1 electeur 

dans le choix d un representant 214 

2 Quelques faits remarquables de 1 histoire sainte 
viennent confirmer 1 importance de cette recommanda- 
tion faite au peuple. de choisir pour chefs et juges des 
hommes sages 217 

3 U Suite de la troisieme regie 221 

Article XXXI. 1 Suite des regies qui doivent guider Felec- 

teur dans le choix d un depute 226 

2 Le candidat comme chretien , 228 

3 Le candidat comme citojen 229 

4 Que les charlatans politiques ne sont pas bons 
citoyens. Absalcn leur type 231 

Article XXXII. 1 Les principes qui doivent guider 1 electeur 
chretien dans les elections sont peu connus et generale- 
ment mal observes. Nos divisions nous tuent 235 

2 Dangers de 1 ambition et de la cupidite 241 

3 Le peuple en grande partie responsable de ce mal 
par la vente de son vote 242 

Article XXXIII. 1 Conclusion 245 

2 n Ce que c est que la politique entendue dans le sens 
chretien et par consequent conforrne au bon sens 247 

Article XXXIV. 1 Conclusion. Suite. Immoralite et affreuses 
consequences d une politique appu} r ee sur une autre base 
que la justice et Tequite 251 

2 Robespierre et Caiphe 253 

3 Un dernier mot aux demagogues 255 

4 Bilan de la generosite sacerdotale et demagogique. 258 



FIN DE LA TABLE. 



ERRATA. 

Page 12, 26e ligne, aulieude : que 1 on/azY, lisez : que Ton uoz*. 

Page 37, 31e ligne, ajoutez : le deluge qui fit presque disparattre 
la race humaine et. 

Page 90, 9e ligne, an lien de : La France enchantee, lisez : Le 
frangais cnchante. 

Page 96, lere ligne, au lieu de : qui conlraine, lisez : qui entraine. 

Page 122, lOe ligne, au lieu de :Dja le mot religion, lisez : DC 
Id le mot religion. 

Page 123, 8e ligne, au lieu de : Avec perdu, lisez : Avail perdu. 

Page 123, 24e ligne, au lieu de : les consequences, lisez : les incon- 
sSquences. 

Page 166, 17e ligne, au lieu de : dans le langage, lisez : dans le 
langage demagogique, 



N. B. Nous avons ordinairement indique les citations d au- 
teurs que nous avons faites ; il a pu cependant en echapper 
quelques-unes que nous avons faites de memoire, n ayant pas lea 
auteurs sous la main pour les indiquer si A irement, 



5 T. FEB 9 1956 



CO 

i 

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